mercredi 21 mai 2014

Je voudrais voir la mer


Nous sommes aux Îles de la Madeleine, à la fois au Québec et en Acadie. Plus précisément à Cap-aux-Meules. En haut du belvédère d'où l'on aperçoit au loin celle que j'appelle l'île mythique, l'Île d'Entrée, la seule qui ne soit pas reliée aux autres par la route 199 qui sillonne l'ensemble de l'archipel madelinot. 


La voici encore, l'Île d'Entrée qui se profile à notre horizon, cette fois à partir de la Dune-du-Sud, à Havre-aux-Maisons. J'ai des centaines de photos de cette île, de son phare, de son seul gîte du passant qui ne possède qu'une chambre (de quoi faire rêver n'importe quel écrivain!...) de la montée que nous avons faite pour nous rendre à son point de vue exceptionnel sur l'archipel, tel qu'il se révèle comme une apparition grandiose lorsqu'on arrive en haut de la Big Hill. Mais je veux que l'île conserve encore un petit peu de son mystère! 


Pêcheurs de homard au soleil levant. Dune-du-Sud, Havre-aux-Maisons. Comme le faisaient jadis nos deux grands-pères, ces pêcheurs se lèvent à 2 heures du matin et prennent la mer par tous les temps pour s'adonner dans le courage et la bonne humeur à leur dur métier. Contre vents et marées. Fin juin 2012, nos cousins nous ont invités à bord de leur homardier, Le Gaillard, pour y vivre l'une de ces journées mémorables, mon frère Jocelyn, ma belle-soeur Guylaine, Crocodile Dundee et moi. Quelle épopée on a eu le privilège de vivre grâce à Arthur, Hugo et Fred à mon oncle Will. Ils pêchent encore au large de la « p'tite shag » comme nos grands-pères autrefois. Revenus au quai de la Pointe Basse à midi, sans avoir eu le mal de mer ou si peu, ils nous ont dit qu'ils étaient fiers de nous qui avions le pied marin alors que nous étions, nous autres, si fiers d'eux. Et reconnaissants. 


C'était le 1er juillet 2012, notre dernier jour aux Îles. Mon frère et ma belle-soeur avaient pris le bateau à l'aube et nous devions prendre l'avion de 13 heures. Nous sommes à la Dune-du-Sud. Je souris peut-être sur la photo mais j'ai le coeur lourd de peine de quitter mes chères Îles, c'est de même à chaque fois. La plage qu'on voit s'étendre en croissant à l'infini, on peut la marcher sur 22 km. 


Plage de la Grande Échouerie. Pour certains, c'est la plus belle. Moi je ne saurais dire laquelle je préfère. Peut-être le Sandy Hook que j'ai marché à moitié seulement. La Dune-du-Sud, j'y suis attachée, c'est mon chez nous aux Îles. Il y a aussi la Plage de l'Ouest, celle du Corfou, la Plage de l'Hôpital, la Dune-du-Nord, Gros-Cap et celle où j'ai tant de beaux souvenirs de mes 15 ans, La Martinique!  


L'Île Boudreau. Cet endroit est peu connu et peu fréquenté par les touristes mais il mérite une randonnée pédestre et ce, pour mille raisons. 


De l'Île Boudreau, on redescend complètement à l'autre bout de l'archipel madelinot, sur l'île du Havre Aubert. C'est là que tout a commencé aux Îles, sur la Grave, lorsque nos ancêtres sont débarqués en contingent, en 1793, en provenance des Îles Saint-Pierre et Miquelon, où ils avaient été déportés plusieurs années auparavant. Ils avaient flairé le danger, une flotte anglaise les encerclait, ils ont dû partir en pleine nuit. Le Musée de la mer se trouve à Havre Aubert. Ici, on est au Café de la Grave, un incontournable, une ambiance typique des Îles, il y a toujours quelqu'un qui fait de la musique ou qui a quelque chose à raconter. Aux Îles de la Madeleine, la musique, c'est comme le vent, des personnages toujours présents dans le paysage. 


Au Café de la Grave, il ne faut pas manquer de goûter à leur chaudrée aux fruits de mer qui vous est servie dans un bol en pain. Je ne voulais pas intimider mes compagnons de voyage, je n'ai posé que nos assiettes! Mais vous auriez dû voir leurs sourires... Pour le dessert, je vous suggère de traverser juste à côté, au Four à Pain, pour goûter les traditionnels croxignoles ou encore des banax. 


Puisqu'on parle bouffe, les délices de la mer, on a aussi le choix de se les cuisiner soi-même. En revenant d'une journée en mer, d'activités sportives, culturelles et d'extraordinaires découvertes en tout genre, il faut s'arrêter à La Factrie, à Gros-Cap, sur l'Île du Cap-aux-Meules, pour y choisir tous les fruits de mer frais pêchés qu'on désire et se les cuisiner à son goût au chalet. Avec un petit verre de blanc bien sûr. Et des fous rires! Je sais pas ce qu'il a le vin aux Îles. il fait rire... 


Mon frère et moi, par temps gris, qui posons sur le chemin des Turbide. C'est notre nom de famille. On peut bien se sentir chez nous aux Îles, parce que des chemins Turbide et des chemins Poirier, il y en a plusieurs. Celui-ci est à l'île du Havre-aux-Maisons, le village d'origine de nos deux parents, de nos quatre grands-parents, de nos huit arrière grands-parents, de nos seize... 


Coucher de soleil au phare de Belle-Anse, Étang-du-Nord. Parlant des phares, c'est mon dada, que dis-je, ma dévotion, je dirais même mon obsession. Il y en a plusieurs aux Îles. Je pense à celui de l'Anse à la Cabane, de Pointe Basse (Cap Alright) de Belle-Anse, de l'Île d'Entrée et ceux qui ne sont plus en fonction aujourd'hui, à l'Île Brion et au Rocher-aux-Oiseaux. Mon grand-père Poirier a déjà été gardien de phare au Rocher-aux-Oiseaux. Et le phare de l'Île d'Entrée est un lieu très important dans l'histoire magnifique de Farmer, le cheval des Îles, une histoire vraie que j'aime raconter à ma petite-fille qui ne s'en lasse pas. J'ai promis à Félixe qu'à l'été 2015, on irait tous ensemble aux Îles, qu'elle et moi, on ferait la tournée des phares, on partirait une journée complète rien que pour ça. C'est déjà plus qu'un rêve, c'est devenu un projet. 

Je voudrais voir la mer

Je ne m'explique pas vraiment comment il se fait que je suis plus attachée aux Îles de la Madeleine que ma propre mère qui y est née et qui y a vécu jusqu'à l'adolescence. Mon père aussi était très attaché à ses Îles. Mes parents et grands-parents, lorsqu'ils se sont installés en pays neuf, en Abitibi, sont retournés régulièrement aux Îles pour visiter la parenté et passer du bon temps au pays qui les a vus naître. Ils étaient fiers d'être Madelinots et leur bel accent chantant fait de vieux français et de termes marins les suivait partout où ils allaient, comme une marque distinctive, à tel point que mon père disait que c'était son passeport international. 

Mais moi? Je ne suis pas née aux Îles de la Madeleine mais en Abitibi. Tout ce qui touche les Îles ou les Madelinots me passionne, me touche, m'interpelle vivement. 

La mer me manque... Comprenez-vous ça? La mer me manque comme si j'avais grandi auprès d'elle. La mer me calme, me berce, me regénère, me ressource, me guérit de tout. Pour moi, toutes les îles sont des îles au trésor!

Et si vous aimez vous faire raconter des histoires, des contes, des légendes, il y en a aux Îles qui le font bien mieux que moi, avec l'accent madelinot en plus. Je les écouterais pendant des heures, particulièrement Élaine Richard qui parle avec l'accent du Havre-aux-Maisons.

http://www.cfim.ca/contes-et-legendes1/-/pub/0KtJ/content/2830570-elaine-richard-19-octobre-2013?redirect=%2Fcontes-et-legendes1

Faut pas être pressé, il faut se laisser bercer en les écoutant...

vendredi 2 mai 2014

Comme si on y était


Été 2012, au campe, à Rapide Deux. On se prépare pour la pêche. 


Certains leurres sont colorés et amusants. 


Entendez-vous le yukulélé et la voix d'Isabelle qui chante : « Somewhere over the rainbow »?



Les vers sont des appâts très efficaces pour la pêche mais d'abord et avant tout, ce sont des êtres vivants. 


...


La délicatesse de ses petits doigts pour prendre le ver... 


...


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...


Ça ne mord pas encore mais la lumière est si belle. À la pêche, on apprend plein de choses, entre autres la patience. 


« Ça mord pas toi non plus, Papi? »


...


Il fallait que l'histoire finisse comme ça mais comme je n'ai pas pris de photo du « gros poisson », je ne me souviens plus si Dominic était pris dans le fond, si c'était une barbotte ou un doré trop petit qu'on a dû remettre à l'eau! 

Comme si on y était

Il y a des histoires qui se passent de mot. Les images suffisent. J'avais juste envie de la revivre. De la partager. La saison de la pêche dans notre zone sera ouverte le vendredi 16 mai prochain.


lundi 28 avril 2014

Une époque révolue


J'ai pris cette photo au début du mois de décembre dernier parce que je me faisais rire moi-même d'être d'une autre époque à ce point. La table est mise : un café noir bien chaud, des stylos à pointe fine, ma plume, un encrier, des cartes, du papier à lettres, mon carnet d'adresses, mes autocollants, des timbres, etc. Petite touche de modernité quand même, mon mini Ipad trône en haut à droite mais remarquez qu'il est fermé!

Une époque révolue 

Peut-être qu'à force de passer autant de temps avec ma mère (82 ans) et ma belle-mère (92 ans) j'en viens à penser et à vivre comme une personne qui aurait 87 ans, la moyenne d'âge des gens que je fréquente!  Même à la piscine des aînés (55 ans et plus) où je vais régulièrement depuis un an (c'est formidable pour mes vieux os!...) je rencontre des gens beaucoup plus âgés que moi et je me sens souvent plus vieille qu'eux. Ils sont tellement modernes! 

Dans une de mes nombreuses nuits d'insomnies, je me suis mise à penser à toutes ces choses qui disparaissaient ou qui étaient en voie de disparaître et que mes petits-enfants ne connaîtront pas. 

Le repos dominical. J'ai grandi dans une famille catholique pratiquante avec un père qui avait tout le temps deux ou trois jobs, une mère qui travaillait fort aussi. Mais le dimanche, c'était sacré, on s'habillait propre, et il n'était pas question de faire un pouce d'ouvrage. La religion avait établi cette règle mais surtout, mes parents trouvaient que ça avait plein d'allure.  

Le goût des aliments. Vous rappelez-vous quand vous étiez petits et que la viande hachée goûtait bon? Une tomate bien mûre, gorgée de soleil, c'était du bonbon, un épi de maïs toujours un délice, une vraie tarte aux pommes ne se vendait pas au magasin, c'était comme le bonheur et le sucre à la crème, on devait s'en faire soi-même! D'ailleurs, on maîtrisait l'art de la pâte à tarte, à crêpe, à pain, etc. 

Une montre. Qui a besoin d'une montre maintenant? On regarde l'heure sur son Iphone! Pour les gens qui en ont, comme de raison. Mon téléphone, il est loin d'être intelligent, je le trouve plutôt impoli, mal élevé et extrêmement envahissant. Imaginez si je l'apportais avec moi partout où je vais... 

Les clés. C'est quoi, ce bout de ferraille? Un serrurier est un métier en voie de disparition. On vous remet une carte et bientôt la rétine de votre oeil ou vos empreintes digitales ouvriront toutes les portes auxquelles vous avez accès. Si vous êtes démodé, vous verrouillez et déverrouillez votre maison avec une serrure à code numérique. 

Le clavier d'ordinateur. Tout est tactile! Êtes-vous auditif, visuel ou... tactile? 

La vie de famille. Il paraît que c'est une idée rétrograde. Quel dommage... 

La démocratie. Les progrès de la technologie seront tels qu'ils diviseront la société en deux : ceux qui la comprennent... et les autres. Le marketing politique, les « faiseux d'images », le manque d'analyse et de profondeur, la vision à court terme et le je-m'en-foutisme ont déjà pas mal affaibli la chose. 

En lien avec ce dernier concept en voie d'extinction, je vais faire exception pour une fois et vous parler de politique. Non pas des partis politiques mais de la politique québécoise en général. Aux dernières élections du 7 avril où la population du Québec a élu un gouvernement libéral majoritaire, dans La Pinière, on a voté massivement pour Gaétan Barrette qui se présentait sous cette bannière. Cet homme représentait jusqu'à tout dernièrement la Fédération des médecins spécialistes du Québec. S'il y a quelqu'un qui a mis une pression énorme sur notre réseau public de la santé et des services sociaux, c'est bien lui. Il n'avait d'ailleurs aucun respect pour les travailleurs et travailleuses de ce milieu, même pas pour les médecins omnipraticiens et encore moins pour les patients. Il s'est déjà présenté il y a 18 mois pour la Coalition avenir Québec, sans succès, ce qui ne m'avait pas étonné à l'époque. Rappelons-nous que ce parti politique prône l'abolition des agences régionales de la santé et des commissions scolaires, les paliers régionaux les plus nécessaires et les plus proches du citoyen. Avant de se présenter sous la bannière libérale, il a accepté de sa Fédération une prime de départ de 1,2 M $ sans la moindre petite gêne. 

Le 7 avril dernier, dans La Pinière, il a récolté 58 % des suffrages exprimés, c'est-à-dire plus de 15 000 voix de majorité sur celle qui représentait cette circonscription depuis 20 ans, la très respectée Fatima Houda-Pepin. 

Comment les gens de cette circonscription électorale, La Pinière, en sont-ils venus à croire que Barrette méritait leur vote? Ils n'ont pas craint un seul instant que cet homme pourrait être envers et contre tous nommé ministre de la Santé et des Services sociaux? Je voudrais bien rencontrer quelqu'un qui a mis son X à côté du nom de cet homme en toute conscience et en connaissance de cause, je lui demanderais simplement... Pourquoi? 

Comment Philippe Couillard, notre nouveau Premier ministre, a-t-il jugé bon de nommer ce loup pour garder la bergerie? Parce qu'il juge qu'on n'a pas de mémoire, qu'on ne se souvient de rien? Le pire c'est qu'il a probablement raison, en dépit de la devise du Québec, cette inscription qu'on trouve sur nos plaques d'immatriculation : « Je me souviens ».


jeudi 10 avril 2014

Les joyeux naufragés




Ces photos ne sont pas de moi mais elles me font sourire et je les ai depuis si longtemps que je ne peux même pas accorder le crédit à qui les a prises. Je crois que c'est l'un de mes amis biologistes qui aime particulièrement les ours. Bientôt, comme nous, les ours cesseront d'hiberner et voudront trouver de quoi se nourrir, même s'il faut pour cela faire des pirouettes. 

Les joyeux naufragés

Montreal, here we come! Qui sommes-nous? Quatre joyeux naufragés qui débarquent de leur plein gré sur une île en ville, loin de leurs forêts boréales, en fin de semaine! Isabelle, Dominic, Crocodile Dundee et moi avons planifié ce court séjour dans la métropole depuis plus d'un mois.  

D'abord, l'invitation est venue des jeunes et ils ont tout mis en oeuvre pour qu'on accepte leur proposition. Dominic a réussi à dénicher longtemps à l'avance deux billets bien placés pour la partie de hockey au Centre Bell samedi soir. Un gros luxe! Un vieux rêve qu'ils vont réaliser. La dernière fois qu'on a vu un match des Canadiens de Montréal, c'était dans le temps du Forum, on ne peut pas dire qu'on exagère. Pendant ce temps, nous, les deux filles, au prix où sont ces billets, on a convenu à l'unanimité qu'on allait se payer plutôt une sortie culturelle qui nous enchante. On ne sait même pas encore laquelle! 

Nous partons demain matin très tôt pour faire ces 600 kilomètres. Nous serons à Montréal au milieu de l'après-midi et il est prévu que notre fille repose sa bedaine (elle a six mois de grossesse) pendant que j'irai à la piscine de l'hôtel faire quelques brasses. Les gars reluquent du côté de la piscine ou du gym, on verra bien. S'il fait soleil, il est question aussi d'un petit verre de « drigne » sur une terrasse. Quelques heures de libres puis on se rassemble pour aller prendre le repas du soir où ils ont réservé pour nous quatre à un endroit où il faut aller absolument, apparemment, une fois dans sa vie... 

Samedi, on a envie de trop de choses, il nous faudra faire des choix. Il y a tant à faire à Montréal et nous y sommes si peu longtemps.  Déjà, dimanche avant-midi, nous reprenons la 15 et la 117 Nord. Oui, je sais, c'est court. Mais ce sera intense. Autant qu'on l'est, autant qu'on s'aime, autant qu'on a besoin de se retrouver libres et heureux d'être ensemble, sans contrainte, même si ce sera trop court. Il sera possible tout de même de prendre le temps de vivre et de finir nos phrases, ne serait-ce que le long de la route aller-retour. Juste de rêver à ce petit voyage depuis plus d'un mois nous aura soutenus dans une période difficile. 

Les enfants vont souvent à Montréal, pour le travail ou pour le plaisir. Ils y ont beaucoup d'amis et plein d'endroits où ils ont leurs préférences et leurs habitudes. Ils auraient pu planifier une petite fin de semaine d'amoureux comme ils le font souvent. Mais cette fois, c'est avec nous deux qu'ils veulent célébrer le printemps, l'effervescence, la joie de vivre. 

Et moi, je suis remplie de gratitude parce que je me dis qu'on donne d'un bord, on donne de l'autre, sans y penser et sans compter, et puis un jour, si on a de la chance, ce sont nos enfants ou nos proches qui nous redonnent de ce dont on a le plus besoin, sans y penser et sans compter. 

mardi 1 avril 2014

Juste pour rire


Crédit photo : Le site internet de Juste pour rire

Juste pour rire

Tout le monde qui me connait doit s'inquiéter! On fait la promotion depuis quelques jours à l'antenne du réseau TVA d'une émission d'une heure qui sera diffusée jeudi prochain, le 3 avril, à 21 heures : Juste pour rire... de l'Abitibi.

Le concept de l'émission n'est pas nouveau apparemment puisqu'on a déjà « rendu hommage » aux régions de Québec, Laval et Saguenay.  Je n'ai rien vu de tout cela et j'ignore comment les gens de ces régions qui ont un fort sentiment d'appartenance ont réagi. Ont-ils ri? 

En novembre dernier, lorsque l'équipe de Juste pour rire est venue tourner ici, il y a eu des articles de journaux, des entrevues radio, télé et des chroniques culturelles d'ici qui y avaient fait allusion et qui nous invitaient à assister aux enregistrements. Dans un premier temps, puisque ma région s'appelle l'Abitibi-Témiscamingue, je trouvais qu'on commençait bizarrement en titrant Juste pour rire... de l'Abitibi, en amputant ma région de la moitié de son nom. Les gens du Témiscamingue s'en plaignent souvent et ils ont raison. 

Donc, lundi le 11 novembre dernier, on enregistrait l'émission à l'Agora des Arts, à Rouyn-Noranda. Je le mentionne pour ceux de ma famille et de mes amis qui reconnaîtront l'endroit, c'est l'église où on allait étant petits, celle où l'on a fait des funérailles à ma grand-mère, à mon père, etc. Le lieu a été converti depuis quelques années (et j'en suis fort heureuse puisqu'il retourne à la communauté) en salle de spectacles, ateliers et bureaux pour différents organismes culturels de notre ville et notre région. Mais je ne connais personne qui a assisté aux enregistrements alors ça m'intrigue. 

D'entrée de jeu, c'est rassurant de savoir que l'animateur est Stéphan Bureau. Ce monsieur a de la classe et du métier, j'ai eu l'occasion de le constater lorsqu'il a animé pendant toute une semaine l'émission Le Point de Radio-Canada, en direct du Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue, c'était en l'an 2000, alors que je travaillais moi-même aux communications de l'événement et que toute son équipe collaborait avec nous d'une manière assidue, respectueuse et très professionnelle. 

Les humoristes invités pour ce bien-cuit sont Cathy Gauthier, Derrick Frenette, tous deux originaires de la région, ainsi que d'autres artistes/humoristes de partout : Patrice Lemieux, les Denis Drolet, Guillaume Wagner, Korine Côté, PA Méthot, Stéphane Fallu, Jérémie Demay et Rémi-Pierre Paquin. 

Je suis très bon public, j'aime rire. Et ce qui me fait le plus rire, en général, c'est de reconnaître mes ou nos travers, nos petites manies, nos expressions, nos peurs, nos habitudes, nos mimiques, nos paradoxes, nos niaiseries. Le genre d'humour qui dédramatise, qui ne fait de mal à personne, qui ne ridiculise personne, qui peut avoir une portée sociale et qui, quand c'est bien fait, peut même aller jusqu'à nous sensibiliser, nous faire prendre conscience de certains de nos comportements qu'on pourrait améliorer, certains préjugés qu'on voit et qu'on entend trop souvent, qu'on gagnerait à mettre de côté. 

Avec Juste pour rire... de l'Abitibi, je crains qu'on retrouve encore les sempiternels mythes et préjugés contre lesquels je me bats depuis toujours. Vous savez l'Abitibi comme elle est perçue ailleurs qu'en Abitibi-Témiscamingue par des gens qui n'y ont jamais mis les pieds et qui propagent encore ce genre de sornettes? 

Il va me falloir pratiquer mon sens de l'humour!

samedi 15 mars 2014

Le loup de la 117


Tout en haut de la chaîne alimentaire trône le loup qui n'a rien à craindre d'autres pour sa survie que la famine et l'homme. 


Si la réputation du loup a été malmenée dans beaucoup d'histoires à faire peur aux enfants, pour les trappeurs, il représente la force, la détermination, le courage, la solidarité. Un guerrier qui connaît sa place et son rôle dans la meute. 


En spectacle, Isabelle Rivest chante « Le loup de la 117 », un moment unique et empreint de respect. Pour le trappeur comme pour le loup. 

Le loup de la 117

Mars 2008. Le trappeur, comme toujours à bonne heure en route pour son camp, s'arrête en chemin chez le concessionnaire de motoneige pour récupérer une pièce qu'il a fait réparer. Le commis qui le connaît bien l'interpelle au sujet d'un incident survenu la veille : 

- Tiens, v'là le trappeur, je voulais justement te parler de quelque chose... 

- Ah oui? 

- C'est notre mécanicien qui a frappé un loup hier soir avec son char, attends une minute, je vais l'appeler, il va te conter ça... Si tu veux récupérer la peau... 

- ... ... ...

Le mécanicien raconte qu'en soirée, entre la rivière Kinojévis et l'aéroport, sur la 117 Nord, il a lutté un loup qui n'a pas dû faire bien long avant de mourir de ses blessures. Selon lui, le loup serait mort sur le coup parce que son pare-choc est tout bousillé. Le trappeur ne remet pas en question le jugement du gars mais il lui pose quelques questions et d'après ses réponses, il craint, au contraire, que ce loup ne soit pas mort sur le coup mais qu'il doit souffrir atrocement, ayant peine à se déplacer. À partir de ce moment, il ressent l'urgence de le retrouver, non pas pour récupérer sa fourrure comme on le lui suggérait mais pour achever ses souffrances qui durent déjà depuis une bonne douzaine d'heures. 

Il y a deux choses que le trappeur ne peut pas supporter : qu'un animal souffre ou qu'il soit mort pour rien. Autrement, la mort, pour lui, devient une phase dans le cycle infini de la Vie. 

Ainsi, sans plus attendre, il part en direction de son camp, sur la route 117 et, arrivé près de l'endroit indiqué, il surveille de son camion ce qui pourrait être le point d'impact. Il s'arrête là où il voit des toutes petites pièces de pare-choc éparpillées sur le côté de la route, dans le banc de neige. Il prend ses raquettes et un gros fil de métal utilisé pour trapper le loup, ce qu'on appelle un collet à loup. Il part, le coeur battant, à la recherche de l'animal blessé. 

Il ne voit pas de sang. Ayant chaussé ses raquettes et quitté la route, il aperçoit les traces du loup dont le flanc droit est à la traîne dans la neige blanche. Il comprend maintenant encore davantage les blessures qui feront mourir l'animal mais lentement, sournoisement, cruellement, au bout d'atroces souffrances. Il visualise clairement le scénario de l'accident, les mouvements du loup pour se déplacer, fuir, se mettre à l'abri. 

Plus il suit la trace du loup blessé, plus il se sent proche de ce guerrier avec lequel il a développé tant d'affinités à force d'observer ses comportements, d'entendre ses hurlements dans la nuit, de voir comment il est maître chez lui en forêt. Il l'admire. Ce loup, c'est son frère, un frère qui souffre et auquel il s'identifie chaque jour davantage depuis que l'acouphène fait des ravages dans sa propre vie, dans ses silences trop habités. 

Au milieu de la clairière se dresse une grosse talle d'épinettes. Les traces y mènent. Il n'entre pas. Il fait le tour. Il ne voit plus aucune trace du loup. Il n'en est pas ressorti. Visiblement, il se terre. Là. Tout près. Il ressent son souffle presque. Il revient dans ses premières traces de raquettes et pénètre doucement dans cette forêt en s'arrêtant souvent pour observer le moindre signe d'une présence.

Au bout d'un moment, il aperçoit sa silhouette, tapie au pied d'une épinette, ses yeux perçants qui le dévisagent. Le loup débusqué fait un effort surhumain pour se déplacer d'une épinette à une autre tout en ne le quittant pas des yeux. S'installe alors un dialogue silencieux entre quatre yeux... Des confidences qu'ils n'ont jamais faites à personne d'autre, ni l'un ni l'autre. 

Le trappeur est réaliste, il n'arrivera jamais à approcher suffisamment le loup pour lui passer le fil de métal autour du cou et le mater. Le fier animal se débattra de toutes ses forces et donnera tout ce qu'il a dans ses mâchoires d'acier pour se libérer de l'emprise. Bien plus fort que l'instinct de mort, il y a l'instinct de vie, de survie même. Et ce loup n'en manque pas. Enfin, pas pour le moment. 

C'est là qu'il pense à ce qui lui a été dit depuis toujours. Les agents de la faune ont pour mission de venir en aide aux animaux de la forêt lorsque nécessaire. Et ce ne sera jamais plus nécessaire que maintenant. Le trappeur revient vers son camion en ayant le sentiment d'abandonner le loup à son triste sort mais ce n'est que temporaire. Il se rend à l'aéroport pour téléphoner au bureau des agents de la faune et il leur demande d'envoyer quelqu'un, armé, pour l'aider à mettre fin aux souffrances de ce loup blessé qui a été lutté par une voiture la veille. Il signale sa position. 

Un agent de la faune arrive peu après sur les lieux. Il est armé. Le trappeur le mène à la grosse talle d'épinettes, au refuge du loup qui n'a pas bougé d'un poil. Le loup les dévisage. Le trappeur est mal à l'aise devant la vulnérabilité du loup. L'agent de la faune encore plus. Il tire une première balle... BANG... Un hurlement retentit plus loin, beaucoup plus loin. Le loup semble atteint mais pas mortellement. Un guerrier, je vous dis. 

Un peu de sang sur la neige comme une signature trop rouge qui fait mal. Le trappeur fait signe à l'agent de la faune. Ne tire plus. Couvre-moi. Et il profite du remue-ménage pour faire le tour et arriver par derrière le loup, le surprendre avec son fil de métal autour de son cou et il serre, il serre de toutes ses forces. Une lutte à finir entre la vie et la mort, entre Le Trappeur et son frère, Le Loup. À bout de forces, tous les deux, c'est le loup qui finit par s'effondrer dans la neige. Il est enfin délivré de ses souffrances. 

L'agent de la faune repart sans dire un mot, toujours mal à l'aise. Le trappeur ne le reverra que deux ans plus tard... Mais ça, c'est une autre histoire bien plus triste encore. 

Le trappeur, loup sur l'épaule, s'en revient vers son camion, sa vie en miettes, l'âme en paix mais le coeur en peine. Le loup de la 117 ne sera pas mort pour rien au bout de ses souffrances qui viennent d'être abrégées. Il sera mort en héros, en guerrier, le trappeur pourra en témoigner, il fera tanner sa peau pour ne jamais l'oublier, s'inspirer de son courage, de sa détermination, de sa force de vie et de sa liberté dans sa forêt.  

* * * * *

Le loup de la 117 (Paroles et musique : Isabelle Rivest)

Un ancien chef de meute confus, fragile et vieux
Égaré sur la 117 et malheureux

Une voiture de citadin heurte l'animal de plein fouet
Vieux loup s'en ira mourir en forêt

Pensée générale chez les généraux : 
« Y doit être mort »

À travers les épinettes, le vent souffle la rumeur
Aux oreilles de l'homme qui écoute pour vrai
Le Trappeur

Paradoxe entre la pensée analytique et tout l'amour qu'il porte
Pour tout être qui respire et que la vie emporte
Ainsi qu'une pensée pour le bien de l'autre
Fidèle comme un apôtre
Le Trappeur ira enfiler sa veste de laine
Pour retrouver l'animal par-delà les plaines

Pour tendrement mettre une balle dans la tête
Pour loyalement faire cadeau du dernier souffle
Pour calmement expliquer la fin
Pour amèrement lever les yeux au loin

Bang! Bang! Bang!

Fier et frêle sur ses quatre pattes
Le loup se redresse
C'est un dernier salut à ce monsieur
C'est une dernière messe

Le Trappeur avec ses trop grosses mains
Des mains qui ont trop travaillé
Des mains insensibilisées par l'hiver
Essuie une larme au coin de l'oeil, il reste solennel
Moment fort et dur et beau mais sans dentelle

Vieux loup fait voler la neige en tombant
Et sa louve...

Elle déchire le silence dans son hurlement d'amant
Et fracasse l'acouphène du trappeur aimant 

Par une fin d'après-midi violemment belle
Un ancien trappeur confus, fragile et vieux
Marche vers son pick up, peau de loup sur l'épaule et malheureux

Il dit qu'il ne fera pas ça toute sa vie
Et il dit aussi...

Que lui, c'est dans le bois qu'il a trouvé toute sagesse, toute sérénité, toute philosophie
Et il dit aussi...

Qu'il devra demeurer spectateur de la scène du terroir
Parce que le bois, lui, c'est son miroir... 


jeudi 6 mars 2014

Histoire de pies!


Samedi dernier, au camp Fra-Gilles, on vivait une fin de semaine de rêve, de calme et de repos, en famille, pour bien marquer ce début de la semaine de relâche. Depuis l'été dernier, Félixe n'avait pas nourri elle-même « ses pies », elles étaient devenues plus farouches et donc, plus difficiles à apprivoiser... 


Les enfants nous donnent parfois des leçons de vie... Dans son regard et son sourire, je vois l'espoir et en même temps une confiance inébranlable que ce n'est qu'une question de temps pour que l'espéré et l'attendu se produise. Son papa contribue à cette confiance en la Vie, il a d'ailleurs la même expression sur son visage!  


Apprendre la patience, donner du temps au temps, respecter son rythme qui s'ajuste et se module à celui de Dame Nature. 


« Allez les pies, j'ai du bon pain, vous devez avoir faim? »


... ... ...


Ça y est!


Félixe voulait prendre une photo de moi avec les pies mais elle était trop absorbée par ce qui se passait, elle n'a jamais ouvert son appareil!!!


« Mamie, on dirait qu'elles préfèrent tes craquelins ».


Tu as raison, Félixe, tiens, je te les donne, mes morceaux de craquelins. 


 « T'as vu, Mamie? »


« Elle n'a plus peur de moi! »


 « Elle a beaucoup faim... » 

Histoire de pies 

Une histoire de pies, c'est presque une histoire sans paroles...