vendredi 8 juin 2012

Au gré des marées





Photo 1 : Mes arrière grands-parents maternels, Léoni Poirier et Luce Jomphe. 

Photo 2 : Au cimetière de Havre-aux-Maisons, fin juin 2008, j'étais allée les « saluer » et c'est là que j'ai réalisé que tous les noms qui se trouvent sur les pierres tombales, ce sont les nôtres, ceux des familles de mon père et de ma mère. Même la toponymie des lieux nous rappelle qu'on est d'ici si tant tellement encore, aux Iles de la Madeleine, et ça nous frappe souvent au détour d'une rue, d'un chemin, d'un magasin, d'un atelier d'artiste, au son de la radio locale et dans nos ressemblances, notre humour, notre manière de vivre, de penser et de voir la vie. 

Photo 3 : L'histoire des Madelinots en Abitibi n'est pas encore consignée dans les archives du Musée de la mer. Mais ça va changer sous peu... 

Au gré des marées

À mon dernier séjour aux Iles de la Madeleine, je me suis rendue au Musée de la mer, à Havre-Aubert, et vers la fin de ma visite, j'ai voulu consulter leurs archives pour compléter ce que j'avais déjà de notre histoire, celle des deux contingents de Madelinots en Abitibi, en 1941 et 1942, et surtout, je voulais savoir comment cette histoire avait été perçue et racontée, du point de vue de ceux qui étaient restés aux Iles et qui les avaient vus partir. Comment avait-on rendu compte, dans l'histoire des Iles, de ce dernier grand mouvement de population des insulaires?

J'avais discuté longuement et agréablement avec un monsieur très gentil que j'avais pris pour le directeur général du Musée de la mer, mais qui en fait, s'avère plutôt le coordonnateur des collections historiques, je le sais maintenant. À mon grand étonnement, il m'apprenait que si les contingents partis des Iles pour la Côte-Nord au XIXe siècle, ceux de Baie Sainte-Anne au Nouveau-Brunswick, de la vallée de la Matapédia et du Saguenay étaient bien documentés, on n'avait rien du tout sur le dernier contingent, celui de l'Abitibi, tout simplement parce que personne n'avait jugé bon de la raconter, cette histoire.

Mes deux parents sont nés à Havre-aux-Maisons et mes quatre grands-parents aussi, ils font partie des 104 et 102 Madelinots partis des Iles en 1941 et 1942 pour s'en aller en pays neuf, l'Abitibi des années quarante. J'avais déjà en main  tous les détails de cette « pas pire épopée », dans les propos recueillis auprès de ma grand-mère maternelle en 1993 (document audio) et qui avaient servi à faire sa biographie en édition limitée. Du temps de l'Association Acadienne de l'Abitibi-Témiscamingue, j'étais là lors de l'assemblée de fondation, ça s'est passé dans ma cuisine! Ensuite, je me suis toujours occupé des communications pour l'AAAT, j'ai donc conservé beaucoup de documentation significative dans mes affaires. Bref, en cet après-midi de juin 2008, à l'instant même où j'apprenais que cette histoire-là n'existait pas tant qu'elle n'avait pas été racontée, je me suis sentie interpellée jusqu'au fond de mes entrailles, au nom de ceux qui m'avaient précédée comme pour ceux qui nous suivront... Toute une mission!

Cette fois-là, j'ai promis au gentil monsieur que j'allais y voir personnellement et que l'histoire des Madelinots en Abitibi serait un jour documentée comme toutes les autres. J'ai tenu promesse, je suis en lien depuis quelques semaines avec le coordonnateur du Musée de la mer qui nous attend à bras ouverts, mon frère Jocelyn et moi, accompagnés de nos conjoints, Crocodile Dundee et Guylaine, quand nous irons en vacances aux Iles de la Madeleine, du 24 juin au 1er juillet prochain.

Depuis ce temps-là, je fouille, numérise des photos, des documents d'époque, cherche et souvent trouve des filons précieux, réécoute des cassettes audio, juge de ce qui est pertinent ou pas, consulte autour de moi, considère, regroupe, classe et identifie des personnes, des événements, des dates, des lieux, des souvenirs et ça me passionne terriblement. Mon frère Jocelyn est mon grand complice dans cette affaire et lors de nos conversations par téléphone et par courriel, cette « mission » nous amène à des échanges qui nous font chaud au coeur à tous les deux. Ça met de la vitamine dans nos racines!

Mais tout n'est pas pertinent pour ce qu'on est en train de faire, c'est-à-dire l'histoire « Des Iles jusqu'en Abitibi », alors je reste avec des histoires, documents, photos, souvenirs, qui ne me serviront pas nécessairement à enrichir notre butin pour le Musée de la mer. Je considère quand même qu'il y a des histoires qui valent la peine d'être racontées et c'est le cas de Luce Jomphe, notre arrière grand-mère, celle qui est sur ma photo.

* * * * *

À mon premier séjour aux Iles, on y a célébré mon 15e anniversaire, c'était en juillet 1972. J'y étais avec sa fille aînée, ma grand-mère maternelle, Éva Poirier, ainsi que mes grands-parents Turbide, mon oncle Eddy Turbide et ma tante Léa. J'étais hébergée avec ma grand-maman Éva chez son frère Edmond et sa femme Elizabeth, qui avaient 15 enfants, une très très très grande maison, et qui gardaient avec eux leur aînée, Luce Jomphe. Aux Iles, c'est de même que ça se passe, on garde nos vieux, on les bichonne, on les dorlote et on les aime. Je trouvais ça tout à fait normal, chez nous on gardait ma grand-mère aussi, d'ailleurs elle et moi, on partageait la même chambre!

J'ai connu et côtoyé Luce Jomphe pendant les 10 jours qu'on avait passés aux Iles cet été-là. Elle me fascinait sous plusieurs aspects et j'étais amusée de les voir ensemble, elle et sa fille, qui avaient tant à se dire et qui se ressemblaient comme deux gouttes d'eau. Ma grand-mère était veuve depuis 4 ans mais sa mère, seulement depuis 2 ans. Elle avait perdu son mari, Léoni, son amoureux, l'homme qu'elle admirait, le meilleur menuisier des Iles, le père de ses 10 enfants et le grand-père de ses 130 petits-enfants. Quant aux arrière petits-enfants dont je suis, je n'ai pas fait le décompte mais elle devait sûrement le savoir, elle. J'y reviendrai...

Elle me racontait comment elle l'avait aimé, son Léoni, comment il lui manquait. Ça, c'était du grand amour! Il était décédé d'une crise de coeur, à l'âge de 92 ans. Elle disait : « Pauvre Léoni, il est mort jeune, son coeur l'a lâché... » et elle semblait vraiment croire qu'il était mort trop jeune. Tout est question de perception! Elle devait pressentir qu'elle allait vivre jusqu'à 103 ans et « avec tout son génie » comme on dit là-bas.

Moi, je n'en revenais pas qu'elle sache exactement qui j'étais, au nombre de personnes qui faisaient partie de sa famille. Elle aurait pu se mêler un petit peu, je ne lui en aurais pas tenu rigueur. Mais pas du tout. Pour elle, chaque personne était unique et moi, j'étais Francine à Rita à Éva, sa fille aînée. Elle savait aussi que j'étais Francine à Léo à Avila à Julien Turbide.

Dans la grande maison chez l'oncle Edmond, elle avait sa chambre en haut du grand escalier majestueux, tout en bois avec des volutes, celui que son Léoni avait probablement construit, il faudrait que je vérifie pour m'en assurer mais je suis pas mal certaine parce que c'était son ancienne maison qu'habitait toute la famille d'Edmond et Elizabeth. Elle pouvait monter et descendre ces marches 10 fois par jour, de son petit pas léger, toujours vêtue d'une robe qui avait l'air de sortir d'une boutique chic et son chignon de beaux cheveux gris sagement noué sur sa nuque, je ne l'ai jamais vue autrement, à toute heure du jour et du soir. Souriante et facile à attendrir, toujours prête à écouter, à aimer. Il émanait d'elle quelque chose de fort et fragile à la fois, un supplément d'âme, une sagesse mélangée avec une innocence toute juvénile. On aurait dit une poupée de porcelaine. Les 15 enfants chez mon oncle Edmond et moi, on était fous d'elle.

Quand elle a eu cent ans, Luce Jomphe, sa fille aînée, ma grand-mère, est allée aux Iles avec mes parents. Il y avait du monde de partout au Québec et du Nouveau-Brunswick. Ce furent de grandes célébrations qui ont duré quelques jours. Elle n'a rien voulu manquer. Même que mon frère Yves s'était organisé lui aussi un voyage aux Iles pour la circonstance, en compagnie de deux de nos cousins qui étaient aussi ses arrière petits-enfants. Tous sont tombés amoureux d'elle et elle a su les marquer de bien des façons.

Comme je n'avais pas pu y aller et qu'elle avait marqué ma vie d'adolescente, je lui avais fait parvenir une carte de voeux pour ses 100 ans. Quelle ne fut pas ma surprise, quelques semaines plus tard, de recevoir par le courrier, écrit de sa main, un mot de remerciement dans lequel elle me souhaitait plein de belles choses. Et elle priait pour moi... Je cherche ce papier depuis deux semaines et ne l'ai pas encore trouvé!

Elle était née le 22 juillet 1880, elle a vécu pleinement jusqu'à l'âge vénérable de 103 ans et 3 mois. Quand la petite dernière chez mon oncle Edmond a été mariée et qu'elle a mis au monde son premier enfant, la grande maison était devenue trop calme, et l'aïeule, sachant tous ses petits poussins capables de voler tout seuls, s'est trouvée tout à coup plus vulnérable et affaiblie. Ça ne prend pas un gros coup de vent... à 103 ans. Tante Elizabeth lui a alors proposé de descendre sa chambre en bas, au rez-de-chaussée, pour lui éviter le beau grand escalier. Savez-vous ce qu'elle lui a répondu?

« Prends pas la peine, Elizabeth, d'abord, ça va aller vite, le Bon Dieu sait que j'ai assez vécu... »

Pendant une dizaine de jours, elle n'a plus quitté sa chambre, elle ne s'alimentait plus et elle priait. Le docteur venait la voir à tous les jours. Elle ouvrait parfois les yeux et les refermait aussitôt, de toute manière, elle n'y voyait plus très bien. Elle avait décidé « avec tout son génie » que c'était assez, la Vie.

Elle est décédée le 19 octobre 1983. Dans le silence, la paix, la prière, le calme et la douceur. Une chandelle qui s'éteint... après avoir éclairé tant de gens pendant toute sa vie.

Elle avait approfondi, vécu et enseigné à cinq générations toutes les nuances et la profondeur infinie du verbe aimer. 

mardi 29 mai 2012

N'est pas dragon qui veut




Photo 1 : Un tétras mâle (communément appelé perdrix) ne sait pas encore que je l'observe.

Photo 2 : Il vient de s'en apercevoir, il se tourne pour me présenter son meilleur profil.

Photo 3 : Là, il pense de m'impressionner! 

N'est pas dragon qui veut

Je ne regarde pas beaucoup la télé mais depuis quelques semaines, il y a une émission diffusée les lundis soir, à 20 heures, à Radio-Canada : Dans l'oeil des dragons, ou quelque chose du genre. Je n'arrive jamais à l'écouter au complet, je suis toujours dérangée pendant cette heure-là, on dirait que ça le fait exprès, et  je m'en suis fait une idée sans toutefois pouvoir la défendre mais cette émission me fascine. Cinq dragons, quatre hommes et une femme, sont des gens d'affaires qui reçoivent, jaugent et jugent des propositions d'investissement présentées par de jeunes entrepreneurs qui cherchent à les convaincre d'embarquer avec eux dans leur entreprise, à différents pourcentages. Ils recherchent du financement, de nouveaux marchés, de la publicité, du mentorat de toute nature. Fascinant! Et formateur. À tout point de vue.

Les dragons ont la réputation d'être durs en affaires. L'émission est conçue et montée pour qu'on pense ça aussi. C'est assez réaliste. Ça se passerait pas mal comme ça dans la réalité, mais on ne verrait pas tout et ça nous prendrait plus de temps à comprendre quelles sont les motivations, les questionnements, les inquiétudes, les points favorables et défavorables qui font que certains se vendent mieux que d'autres et que le principal capital d'une entreprise, c'est d'abord et avant tout l'entrepreneur lui-même.

Autrement dit, les gagnants, dans cette émission comme dans la vie, sont ceux et celles qui savent se vendre. Mauvais exemple à suivre : mon tétras. À partir du moment où il était conscient d'être en représentation, il ne me montrait pas le meilleur côté de lui mais plutôt ce qu'il croyait comme étant le meilleur de lui. Erreur de bébé lala très courante. Nous autres aussi, les humains, on fait souvent cette erreur.

Anecdote : Ce matin, à 8 heures, le téléphone sonne chez nous. Au bout du fil, une voix féminine s'adresse à moi sans se nommer, elle m'appelle par le nom de mon entreprise et pas mon nom, elle me demande si je fais de la traduction. Elle a vu mon site internet, où il n'est question nulle part de traduction, et comme je le fais souvent quand je refuse un mandat, je lui donne des noms d'entreprises où elle pourrait trouver ce qu'elle cherche. C'est là qu'elle m'arrête et me dit qu'elle se cherche du travail pour l'été, qu'elle est en études anglaises. En voilà une autre qui ressemble à mon tétras...

Si j'avais été un dragon, je lui aurais donné ces quelques conseils :

- Quand tu te cherches un travail, même un travail d'été, tu n'appelles pas chez les gens à 8 heures du matin.

- Tu commences par t'identifier quand tu téléphones quelque part. Ensuite, tu poses tes questions.

- Quand tu veux un travail dans une entreprise, tu devrais au moins savoir dans quel domaine cette entreprise offre ses services.

Je ne crois pas que cette fille trouvera un travail d'été dans son domaine. Je lui ai quand même souhaité bonne chance, elle en aura bien besoin. Dans son attitude, juste au téléphone, je n'aurais pas eu envie de l'embaucher, même si j'avais eu un poste à combler, ce qui n'est pas mon cas, je suis travailleuse autonome. Mais j'aurais peut-être pu la référer ailleurs, ce que j'ai fait souvent quand je pouvais jumeler une chercheuse d'emploi avec une entreprise qui cherchait à combler un poste. 

On dit souvent que le monde des affaires est impitoyable. Moi, je trouve pas. Pour avoir côtoyé cet univers, et en faire encore un petit peu partie, je peux témoigner qu'il s'y pose beaucoup de gestes gratuits, qu'on y trouve souvent de la passion, de l'entraide, des alliances, des collaborations et des échanges de bons procédés. Sauf que ces gens s'en tiennent aux faits établis, pas aux idées bien exprimées. Ils n'agissent pas dans le but de se faire aimer mais de faire de l'argent. Ce qui ne les empêche pas, dans leur vie personnelle, de vouloir se faire aimer comme tout le monde. C'est clair. Et même transparent. Honnête, je dirais. Moi, j'aime ça de même.

À mon premier emploi comme étudiante, c'était à ce temps-ci de l'année, j'avais presque 15 ans, disons un gros 14, et j'étais tellement fière qu'on me fasse confiance, si jeune, pour commencer à travailler derrière le comptoir chez Lou's Tobacco Shop.  C'était comme de jouer au magasin, avec plein de choses à vendre, des clients faciles à satisfaire, une reconnaissance immédiate, une caisse enregistreuse qui faisait dring dring et merci beaucoup, à la prochaine! Je n'étais pas bilingue mais je me débrouillais en anglais et je voulais tellement apprendre, d'autant plus que le salaire minimum à 1,55 $ l'heure me semblait comme trop beau pour être vrai. Encouragée par mes petits succès, j'avais accepté aussi de travailler au Noranda Bakery et je continuais toujours d'aller garder chez le voisinage chaque fois qu'on me le demandait, j'adorais les enfants, les clients, le monde, et cette impression d'avoir de l'argent plein mes poches!

Aujourd'hui, j'ai un gros 54 ans. Ça fait 40 ans que je suis sur le marché du travail. C'est pour ça que des fois, je suis fatiguée, à bout de souffle et de motivation. Je n'ai plus l'impression d'avoir de l'argent plein mes poches, ça, c'est ce qui est parti en premier! Je commence à regarder en arrière et faire des bilans, c'est plus fort que moi. J'ai tellement appris tout au long de ces 40 ans qu'il me semble que j'en sais trop!

Si j'étais un dragon, je n'investirais pas 5 cennes dans une entreprise comme la mienne. Et j'aurais tellement de bons conseils à me donner!

Hier soir, je disais à Crocodile Dundee : « Qu'est-ce que ça m'a donné, à part de rendre service à tous les achalants du monde,  de savoir rédiger et de voir les fautes dans le journal, les magazines et les bouquins que je lis? » ce à quoi il m'a répondu avec son aplomb habituel : « À gagner ta vie! ». N'empêche que je demeure convaincue que j'aurais pu la gagner beaucoup plus facilement et dans le plaisir surtout, derrière un comptoir où je serais devenue bilingue avec le temps, en ayant la satisfaction de rendre le monde plus heureux, en jouant au magasin avec une vraie caisse qui fait dring dring et des enfants qui hésitent en faisant des calculs savants derrière la vitrine des bonbons à la cenne. Avec de l'argent plein mes poches! En 40 ans sur le marché du travail, je pense que j'ai régressé. Je suis vraiment pas un dragon...

jeudi 24 mai 2012

Consolation






Photo 1 : Une étoile est née! Dimanche dernier, après souper, entre la berçante et le poêle à bois. Elle n'interprète que ses propres chansons, paroles et musique. Chorégraphie et mise en scène. Production et réalisation. Une artiste multidisciplinaire!

Photo 2 : Quand on a une robe qui tourne, il est primordial de la faire tourner beaucoup beaucoup.

Photo 3 : Comme dans tout bon spectacle, celui-là comportait des moments tendres.

Photo 4 : Le spectacle terminé, l'artiste a tout donné, le public est conquis, ça applaudit à tout rompre.

Photo 5 : Hors de la scène, l'artiste demeure très accessible et trouve son inspiration dans la nature.

Consolation

La crise sociale qu'on vit au Québec présentement n'en finit plus de prendre tellement trop de place dans nos médias et dans nos vies. J'ai mes opinions, mes convictions et  ça ne vous étonnera pas que je vous dise que je penche toujours du côté de notre jeunesse, que je reste ouverte aux compromis, mais que j'admirerai jusqu'à la fin ceux qui se lèvent debout pour ce en quoi ils croient, dont nos libertés.

J'observe depuis le début comment notre société québécoise se comporte, les partis politiques, leurs stratégies, et les médias, comment ils traitent l'information, les factions étudiantes, leur mobilisation sans précédent, et dans tout ça, l'opinion publique qu'on manipule si facilement, la polarisation des positions et des débats, l'évolution (le terme est très mal choisi, je l'admets) de toute cette crise. 

Au moins, me disais-je, si on se déchire la chemise entre gens d'une même famille ou d'un même groupe, il se passe quelque chose d'encourageant : on est en train de se réveiller, de prendre conscience de nos forces, de nos richesses, se les approprier et les défendre, de comprendre comment ça marche, de réaliser le pouvoir qu'on a quand on se tient,  qu'on rallie du monde autour des valeurs qui nous sont chères. 

Ce que je voyais et que j'entendais autour de moi depuis le début me laissait croire que les médias et les sondages se faisaient complices lorsqu'ils affirmaient que la population du Québec approuvait la loi 78, la position du gouvernement qui fait la sourde oreille devant les revendications des étudiants et toutes sortes de balivernes que je classais parmi les exagérations mises de l'avant par ceux qui y gagnaient quelque chose.

Je m'étais trompée royalement. Autour de moi, j'avais beau écouter tout le monde, lire tout ce que je pouvais, m'abreuver à plusieurs sources, mon « autour de moi » n'était pas du tout représentatif de la réalité.

Je l'ai constaté hier avant-midi à mon grand désarroi, lors d'une petite réunion impromptue de quelques personnes dans la balançoire chez ma mère, au soleil, en prenant un jus d'orange et des nouvelles de tout un chacun.  Il faut dire que j'étais la plus jeune du groupe, mais en principe, ça ne devait pas changer la donne tant que ça.  Tous ceux qui étaient là avaient des enfants et des petits-enfants.

En un peu plus d'une heure, je n'ai jamais entendu autant de réactions vives, émotives, impulsives, déchaînées, mensongères, accusatrices, martelées violemment et sans aucune écoute pour une autre opinion, un peu d'ouverture, de réflexion, d'analyse, un jugement éclairé, critique et nuancé. Non, j'assistais en direct à une démonstration de la plus pure démagogie. Je n'ai pas pu placer un mot, ou rétablir quelques faits, d'abord, ils ne s'écoutaient même pas entre eux, et ensuite, je ne savais pas par où commencer, j'étais tellement sous le choc. Ils méprisaient leurs propres petits-enfants!

On a probablement pensé qu'on m'avait convaincue et que j'étais de leur bord. Non. Je pensais seulement qu'il ne valait pas la peine d'en discuter, le contexte ne s'y prêtait pas, je me serais épuisée davantage que je l'étais déjà. Mais je ne serai jamais du bord de la la peur, de la haine ou du mépris. Jamais. Si l'on ne s'est pas aperçu de ça dans mon non verbal, c'est qu'on ne considère pas le minimum de base de tout ce que je suis, qu'on ne me reconnaît pas comme une personne valable.  Je l'ai pris personnel. Refuser d'écouter, c'est mépriser. C'est ça que les étudiants arborant le carré rouge ressentent au Québec depuis 102 jours.
Je suis partie de là le coeur en miettes. J'étais déçue et heurtée mais j'étais devenue réaliste, ayant perdu beaucoup d'illusions. Ça s'est fait dans le plus grand des silences pour ma part. Dorénavant, quand je lirai ou que j'entendrai que le gouvernement Charest, en agissant comme il le fait à propos de la crise actuelle, du Plan Nord, de la corruption, de l'exploitation de nos richesses, de l'environnement, la santé, l'éducation ou de tout autre sujet d'importance, je saurai qu'il continue de marquer des points auprès d'une grande partie de la population (celle qui se garroche pour aller voter) qui considère qu'il « met ses culottes » et gouverne le Québec comme le plus grand nombre le veut. 

Nos médias ne parlent que de ça. Ils négligent tout le reste.

Saviez-vous que la forêt brûle ici? Oui oui, notre belle forêt boréale s'en va en fumée ces jours-ci. Plus de 30 feux de forêt rien qu'en Abitibi-Témiscamingue, et encore plus dans le Nord-Est ontarien, juste à côté, qui prennent de l'ampleur à cause des forts vents et des conditions climatiques de sécheresse qui sévissent. À l'est de Senneterre, un seul de ces feux, hors de contrôle, a déjà brûlé 17 000 hectares. Les pompiers forestiers de la Sopfeu sont débordés, ils ont besoin de l'aide de leurs collègues de l'Ontario, du Maine (aux États-Unis) et de tous ceux qui peuvent prêter des avions CL-415, du matériel et du personnel qualifié.

Saviez-vous qu'on vend aux plus offrants les richesses de votre sous-sol, oui oui, votre sous-sol qui contient de l'or et des métaux précieux? Ça se passe au nord du 48e parallèle, sur la Côte-Nord, en Abitibi-Témiscamingue surtout, et dans le Nord-du-Québec. Qu'est-ce qu'on fait de nos îles, celles d'Anticosti et les Iles de la Madeleine, entre autres, qui renferment sur leurs côtes des richesses gazières et pétrolières? Et le gaz de shiste dont l'exploitation pas tout à fait au point pourrait mettre en péril des régions entières, en Montérégie et autour du fleuve St-Laurent?
Vous ne le saviez pas, hein? Non, depuis deux mois, on nous présente aux 5 minutes les moindres mouvements de foule au coin des rues Berri et Sainte-Catherine, ou quelques rues plus loin, les arrestations qui se multiplient, les manifestations illégales, nocturnes, quotidiennes, et s'il y a une petite madame qui braille quand on l'embarque dans un char de police, on va nous présenter ça ad nauseam jusqu'à ce que vous pleuriez avec elle à force qu'elle vous est devenue intime et familière.  Ça aussi, ça me choque.

Ce qu'on présente du Québec, ce sont toujours les mêmes faces, les mêmes ponts, les mêmes réalités urbaines, les mêmes coins de rue, les mêmes voyous, comme si tout le reste n'existait pas. Le grand Néant savamment orchestré. Comment peut-on s'approprier notre pays, nos ressources, nos richesses et notre territoire quand on ne sait pas ce qu'on a, qu'on ne le voit jamais, qu'on en entend jamais parler autrement que dans le contexte tordu du « Plan Nord » qu'on nous vend à n'importe quel prix. Poser la question, c'est y répondre et de là, cette facilité de nos dirigeants de les vendre aux plus offrants dans notre dos sans qu'on le sache. Bébé fafa comme tout, le territoire est abstrait, il n'existe pas, personne ne s'y intéresse de toute façon.

C'est vrai que je suis une mamie complètement gaga de ma petite-fille. C'est pas original. Quand je la vois grandir et s'épanouir comme enfant, je m'inquiète de la société que je lui laisse, cette société québécoise inconsciente de tant de choses importantes et par le fait même complice des réseaux d'information continue qui forment (et surtout déforment) l'opinion publique. Une société qui achète tout et n'importe quoi, à partir du moment où c'est vendu par une grosse machine bien organisée, des stratégies de communication formidablement huilées qui continuent de faire la job.

Elle est trop petite, la  Félixou, pour  qu'on lui explique la loi 78, cette entrave dangereuse à nos libertés, nos droits, à notre démocratie. D'autres, beaucoup d'autres, supposément adultes et plus informés qu'elle ne le réalisent même pas, se désintéressent de l'essentiel de ce pays, s'insurgent contre  les luttes sociales de leurs petits-enfants et les traitent de tous les noms, approuvent l'humiliation et applaudissent, au contraire, ce gouvernement-là  qui « met ses culottes » en écrasant tout espoir chez « les enfants rois qui font du trouble » et qui se mobilisent pour quelque chose qui leur tient à coeur. 

Alors, quand je la vois danser, chanter et composer des chansons qui parlent d'amour, de lièvres, d'oiseaux, de castors, de fleurs, de robes qui tournent, des papas, des mamans, des papis, des mamies, des amies de la garderie, du lac et des poissons, ça me console un peu qu'il lui reste encore de belles années d'innocence devant elle.

mardi 15 mai 2012

L'éloge de la lenteur





Photo 1 : Félixe pense que c'est le même lièvre que l'année dernière mais nous autres, on n'est pas sûrs de ça du tout!

Photo 2 : Les castors ont dammé plus haut, il nous a fallu construire un plus gros pont pour traverser. J'aime l'allégorie de « construire un pont... en famille »!!!

Photo 3 : Depuis longtemps qu'Isabelle s'était acheté un yukulélé mais elle n'avait jamais le temps d'en jouer. Samedi, en prenant l'apéro, elle nous a joué et chanté Somewhere over the rainbow sur un rythme joyeux. Félixe a voulu imiter sa Maman, on voit que de tenir un instrument de musique et d'en jouer, ça ne semble pas lui être étranger. Il faut dire que l'instrument est tout à fait de la bonne grandeur pour elle.

Photo 4 : Des hamburgers laitue tomates et des épis de blé d'Inde au menu du souper. À partir du moment où l'on ouvre une bonne bouteille de rouge, moi, je considère que ça devient un souper gastronomique!

L'éloge de la lenteur

Je n'avais pas le goût d'écrire depuis le 26 avril, je m'en sentais incapable et j'ai suivi cet élan ou ce manque d'élan. Je crois avoir battu mon record de silence en plus de 5 ans. Trop de choses à vivre, à démêler et à penser... Ce matin, je m'oblige à faire un genre de lien avec mon billet précédent pour poursuivre dans la continuité. Je n'y arrive pas. Enfin, c'est flou un peu mais deux chemins se dessinent à la suite du décès de mon amie Diane et ça me tente de les suivre.

La première réflexion que j'ai faite a été la plus douloureuse : de constater jusqu'à quel point depuis que Diane n'est plus là, cette photo qui nous liait représente  une époque révolue. Morte avec elle, dans ce dernier fou rire qui continue de m'habiter et qui comble peu à peu le vide. J'avais eu l'intuition d'apporter cette photo avec moi lors de ce moment et j'en saisis maintenant un peu mieux la portée dans ma vie, la raison profonde. Il n'y a qu'avec ceux qui restent qu'on peut se consoler de ceux qui partent. Tout le monde sait ça mais moi, je viens de l'intégrer. Des fois, ça me prend du temps. J'ai intérêt à faire l'éloge de la lenteur parce que c'est le rythme qui me convient le mieux et ça se confirme de plus en plus!

Heureusement pour moi, mes proches partagent cette façon de voir. Dans cet esprit-là, la fin de semaine dernière, on s'était fait le cadeau de passer du temps ensemble, tous les cinq. Pour bloquer 3 jours dans nos 5 agendas,  disons plutôt 4 agendas, il fallait le vouloir fort fort fort! Mais la vie étant ce qu'elle est, notre séjour là-bas a été amputé d'un journée au début et une autre à la fin. Alors on s'est concentré sur ce qui nous restait : 24 heures. C'est fou tout ce qu'on peut vivre en 24 heures. Même construire un pont... 

Le deuxième chemin que je veux suivre n'est pas du tout un jugement critique mais une simple observation de comment les choses se passent autour de la mort. La mort sur les réseaux sociaux, je devrais plutôt préciser.

À l'approche du décès de Diane, on m'avait comme un peu mandatée pour aviser les amis(es) quand ça se produirait. Quelques-uns m'avaient lue ici mais je ne pouvais pas compter là-dessus. D'autres la savaient très malade et s'attendaient à ça mais on convient tous que ça surprend tout le temps quand même. Quand j'ai reçu l'appel de sa famille pour me dire qu'elle venait de rendre l'âme, je n'avais pas les numéros de téléphone de tout le monde et j'ai utilisé les réseaux que j'avais à ma disposition, dont Facebook. J'ai publié notre photo de secondaire IV sur mon mur et sur le sien, avec la mention : « Pour se rappeler le bonheur de nos amitiés ». Ceux qui devaient comprendre ont compris. Dans son réseau et dans le mien. Je trouvais ça moins choquant et plus respectueux ainsi. Ceux qui n'étaient pas au courant de la situation pouvaient penser que je publiais une photo de 1973 pour qu'on se rappelle tout simplement de bons souvenirs de nos amitiés d'alors.

Depuis, il y a eu 2 autres décès qui ont touché de très près des gens que j'aime et qui ont beaucoup de peine. La nouvelle de ces deux décès s'est répandue sur Facebook et sûrement d'autres réseaux sociaux également. À la vitesse de l'éclair. Phénomène moderne. Que je questionne.  

Le premier cas, c'est celui d'un jeune homme qui vient de perdre son grand-père. Quelques minutes plus tard, il annonce : « RIP Grand'Pa, j't'aime ». C'est de même que le monde l'ont su, des proches et des moins proches qui connaissaient très bien son grand-père. Deux des amis du jeune homme en deuil, pour lui signifier qu'ils venaient de prendre connaissance de la nouvelle, ont cliqué sur « j'aime ». Rien que ça. « J'aime » avec le petit dessin du pouce en l'air... C'est un peu indécent. Cheap shot! J'ai senti l'urgence de lui faire un p'tit coeur, lui offrir un câlin, je pouvais juste pas laisser ça de même. Et j'ai pas cliqué sur « J'aime », surtout pas. Par la suite, de nombreux commentaires se sont ajoutés, chacun exprimait sa souffrance personnelle en direct. Mais pas d'empathie. Ou très peu. L'expression simplissime d'un choc à l'annonce d'un décès. Un accusé réception. Point. Tu lis ça, tu cliques sur le ti pouce en l'air, tu fesses sur « enter », et tu passes à autre chose. C'est de même. Action? Réaction!

Le deuxième cas est encore plus triste. Il s'agit du décès d'un jeune homme, beaucoup trop jeune pour être foudroyé par une crise de coeur, à 31 ans. Une affaire imprévisible et inexpliquable. La nouvelle a été annoncée en grande primeur sur Facebook, c'est comme ça que je l'ai appris moi-même, et j'ai observé sans intervenir comment cette nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre, avec tout ce que ça comporte de révolte, d'émotions non contenues, de détresse et de questionnements sans réponse.  Une véritable crise vécue encore là en direct, dans l'impulsivité, l'instantanéité et la solitude dans la foule que génèrent trop souvent encore les réseaux sociaux qui sont des médias très puissants. 

Imaginez ce scénario : Vous êtes seul, il est très tard, vous n'arrivez pas à dormir. Pour chasser vos pensées d'insomniaque, vous ouvrez l'ordinateur et vous décidez d'aller faire un tour pour vous mettre à jour dans le fil des nouvelles sur les réseaux que vous fréquentez. C'est là que vous apprenez que votre grand ami vient d'être foudroyé par une crise de coeur, si jeune, laissant dans le deuil sa conjointe et deux petites puces de 5 ans et 3 ans. Vous êtes seul devant votre écran d'ordinateur, en pleine nuit, avec ce choc qui vous paralyse, cette peine immense qui vous submerge. Il n'y a personne avec qui partager la douleur que ça vous cause, les souvenirs qui vous reviennent avec force. Il est 2 heures du matin, vous êtes en communication avec le monde entier mais vous n'avez jamais été aussi seul.  

Il y a 10 ans à peine, ça ne se serait pas passé ainsi. On aurait attendu le lendemain matin, on vous aurait téléphoné. Un ami commun, probablement. Quelqu'un qui l'aimait autant que vous, sûrement. On vous aurait peut-être préparé au choc, avec un ton de voix qui vous aurait prévenu instinctivement qu'il se passait quelque chose de grave, en vous disant quelque chose comme « J'ai une nouvelle à t'annoncer, je n'arrive pas à le croire moi non plus, c'est au sujet de notre ami Untel, est-ce que je peux venir te voir ou si tu préfères que je te le dise tout de suite au téléphone? » et vous auriez été au moins deux pour vivre ça ensemble. 

Encore une fois, je ne veux pas porter de jugement critique sur cette façon de faire très moderne et efficace mais je continue de prôner davantage l'éloge de la lenteur que l'instantanéité de la nouvelle, l'efficacité des communications.  

jeudi 26 avril 2012

Notre lac est gris

Photo : Secondaire IV, École d'Iberville, 1973. Rangée du bas : Claire, Diane V, Diane P, moi, Maryse, Ginette. Rangée du milieu : Lisette, Lyne, Johanne et Daniel (ils sont toujours ensemble). Rangée du haut : Léo, René, Ghislain.

Notre lac est gris


Je ne devrais pas écrire ça... En tout cas, pas le publier...

Quand le téléphone sonne chez moi, à 9 heures le matin, c'est d'habitude mon signal pour me rendre à la résidence au chevet de Belle-Maman ou encore à l'hôpital, à la rencontre de l'ambulance. Mais pas ce matin. C'était la soeur de mon amie Diane V, la deuxième de la rangée du bas sur ma photo. « Diane aimerait te voir ».

À travers les sanglots retenus de sa soeur, je comprenais le principal, l'appel était logé de l'hôpital, les visites étaient permises à tout moment, je n'avais pas à attendre l'heure des visites, elle a répété : « Diane aimerait beaucoup te voir ».

* * * * *

J'ai connu Diane en arrivant à Noranda, on avait 12 ans. Dans le quartier où l'on habitait, le Vieux Noranda, le quartier de la mine, « le Bronx », on respirait tous la même affaire, de la boucane de mine, ça créait des liens vite faits et puis on avait tout un vocabulaire autour de ça, « ça goûte la mine, le vent est pas du bon bord, un couloir de boucane qui va jusqu'à Rouyn Sud, le char à mon père est picoté, la mine va lui payer une peinture, on peut pas jouer dehors, y a de la boucane à couper au couteau, on voit pas le voisin d'en face... » et on a toujours su, nous autres, de quel côté soufflait le vent, on n'avait qu'à regarder de quel bord crachaient les cheminées. En l'absence de vent, c'était encore pire, le SO2 nous tombait dessus directement, c'est là que la peinture des chars devenait picotée et que les madames rentraient le linge pas sec qui était suspendu aux cordes à linge.

En huitième année, dans notre classe, en plus de Crocodile Dundee, dont le nom de famille commence par R et le mien, par T, il y avait plein d'autres amis du quartier dont les noms de famille commençaient par la fin de l'alphabet, les R, S, T, V et on avait même deux W.  Personne dans ma gang n'a de photo de cette année-là. Par contre, on en garde des souvenirs impérissables. Même que moi, je dors avec un tous les soirs. Crocodile Dundee aime beaucoup Diane et c'est réciproque.

Ma photo de secondaire IV prend donc de la valeur à nos yeux à mesure qu'on avance en âge. Diane l'aimait beaucoup, cette photo, et moi aussi. Je la lui avais déjà fait parvenir par FB, elle était tellement contente. On ne se souvient même plus qui l'avait prise, peut-être Marjolaine? En tout cas, ça devait être avec ma caméra de l'époque, c'est pour ça que je l'ai. On avait juste à l'évoquer et les rires nous revenaient comme par enchantement. Cette photo était notre point de repère pour s'échanger les nouvelles de l'un et de l'autre, qu'ils soient sur notre photo ou pas.

Je suis donc partie à l'hôpital ce matin avec notre photo de la gang de secondaire IV dans mes poches. Diane voulait me voir... J'en étais heureuse et en même temps profondément émue et bouleversée. J'avais besoin de cette image, je ne sais pas trop si c'était pour qu'on rit ensemble une dernière fois ou pour me donner du courage.

Diane fait partie de ma vie depuis l'âge de 12 ans et nous habitons encore aujourd'hui le même quartier, celui de notre lac. Elle aussi, elle l'appelle « son » lac. On s'est si souvent croisées, à l'école, en ville, au dépanneur du lac Dufault, sur les îles ou les rivages de notre lac, en pédalo, en marchant, en faisant nos courses, en s'occupant de notre monde. On ne s'est jamais vraiment perdues de vue, on a toujours gardé notre amitié bien vivante, c'était tellement précieux. On ne se voyait pas aussi souvent qu'on l'aurait voulu, sa vie allait aussi vite que la mienne mais il nous arrivait parfois de se dire qu'on laissait tomber tout le reste et qu'on prenait le temps pour nous. À travers nos fous rires, on a toujours pris le temps de se dire qu'on s'aimait, qu'on se trouvait bonnes pour des affaires, pourries pour d'autres, naïves pis courageuses malgré tout, si fortes et si fragiles, pis drôles, pis nounounes des fois, pis qu'on se prenait donc pas au sérieux mais qu'on tenait tellement à ne pas se perdre.

Diane lutte courageusement depuis 2 ans contre un cancer. Elle a tenu à recevoir tous les traitements, subir toutes les interventions, même les plus invasives, pour vivre plus longtemps. Elle voulait... et nous en avions beaucoup discuté... elle TENAIT... à voir naître sa petite-fille d'abord, et ensuite, elle voulait la voir grandir le plus longtemps possible. Profiter de chaque moment. Chaque jour était important.  Chaque minute l'était aussi. Diane a toujours été comme ça, elle mordait dans la vie à pleines dents. Moi aussi. Ça faisait partie de ce qui nous liait, ce n'était quand même pas rien que la boucane de mine qu'on avait respirée dans le Bronx qu'on avait en commun.

Ces dernières années, on a perdu et pleuré ensemble pas mal d'amis qui sont sur cette photo. Claire, Lisette, Ghislain, Marjolaine... Tous morts d'un cancer dans la jeune cinquantaine. Et là, Diane n'en a plus que pour quelques jours... Mais de la boucane de mine, c'est pas dangereux pantoute, ça, non, c'est juste de la maudite propagande, des idées qu'on se fait.  En ce moment, j'en suis révoltée plus que jamais. C'est normal. La révolte est la première étape du processus de deuil qui vient de s'enclencher pour moi.

*****

Quand je suis arrivée à sa chambre, sa soeur et sa mère m'ont accueillie comme une membre de la famille. « Viens voir Diane, elle t'attend ». Elle avait son si beau sourire, comme toujours. Si petite. Le visage enflé, plus de cheveux, je l'ai trouvée tellement belle. Je le lui ai dit. Elle a souri. Dans ses yeux, tant de lumière... La sérénité... Elle n'a pas arrêté de me regarder et de me sourire. Elle essayait de me parler, de me communiquer quelque chose. J'entendais tout. Je voyais tout. Elle aussi. On était branchées par le coeur. Seules au monde. On a encore pris le temps, qui ne comptait plus, en laissant tomber tout le reste.

J'ai caressé son coco tout chauve, son visage, ses mains. On pleurait même pas. On souriait avec les yeux dans l'eau. On faisait ça souvent quand on se contait nos affaires. Elle n'était pas capable de pleurer comme du monde elle non plus. On a même eu un autre fou rire. Plein d'histoires dedans. Celles qu'on a vécues et celles qu'on ne pourra plus vivre désormais.

J'ai sorti ma photo. Elle a tellement souri qu'elle en a ri. Elle a montré du doigt Claire, Ghislain, Lisette, elle a dit « On va tous se revoir ». J'ai juste fait signe que oui. C'est là-dessus qu'on s'est laissées, quelqu'un d'autre arrivait, son oncle, je crois, et sa tante. Je n'ai pas voulu abuser de son temps devenu encore plus précieux. Il fallait que je partage. D'habitude, j'ai pas de misère à partager mais là...

Je l'ai remerciée de m'avoir invitée à venir la voir, je l'ai remerciée pour tout. Je lui ai fait le bisou le plus doux que je pouvais, j'ai reculé en la regardant, nos yeux ne se quittaient pas. Je suis partie.

Cet après-midi, on la transfère à la Maison des soins palliatifs. Je crains qu'elle tombe dans un coma très rapidement. La médication est tellement forte pour adoucir ses derniers instants. Je voudrais qu'elle les passe en compagnie de son homme, Serge, qu'elle aime tant, son fils unique, Gabriel, sa belle-fille, sa si mignonne petite-fille pour qui elle a mené tous ces combats sans jamais rien regretter depuis le début.

Et moi, j'ai eu le bonheur qu'elle me fasse appeler à son chevet ce matin, qu'elle veuille me voir. Pour me dire : « On va tous se revoir ».

Tu as raison, Vézoune, guette-moi une place à côté de toi à la caf.


mardi 24 avril 2012

Ah comme la neige...


Photo 1 : C'était ce matin, peu avant 7 heures. Les tizoizos ont été obligés de pelleter avant de déjeuner!

Photo 2 : Ah comme la neige a neigé... Mais pourquoi y a-t-il tous ces pas dans la neige, si tôt?

Photo 3 : Parce que Crocodile Dundee a dû aller attacher le quai pour la deuxième fois en moins de 24 heures, il voulait se sauver! (Pas Crocodile Dundee mais le quai).

Photo 4 : La petite maisonnette à Félixe a presque l'air d'être abandonnée. 

Ah comme la neige...


Ça fait des jolies images, ça, on en convient. Cette dentelle de neige si généreuse qui enjolive le paysage est très lourde à porter pour les arbres dont les branches ploient sous la douleur...

Mais je vous rassure tout de suite, à peine 3 heures plus tard, le paysage est tout changé, les arbres ont retrouvé leur port altier, les branches tendues vers le ciel.

Au fait, c'est quand le printemps?

mardi 17 avril 2012

Aux Iles en famille





Photo 1 : Quand je suis tombée par hasard sur cette photo d'archives, la seule inscription qu'on pouvait y lire était celle-ci : « 1941, gare de Québec, des Madelinots en route pour l'Abitibi »... Je vous en reparle...

Photo 2 : Juin 2008, au phare de L'Étang-du-Nord, du côté de Belle Anse, l'endroit est bien connu pour ses magnifiques couchers de soleil, quand on regarde vers la Gaspésie! (clin d'oeil à Barbe blanche).

Photo 3 : Juin 2008, plage de la Dune du Sud, Havre-aux-Maisons. Au premier plan, des homardiers reviennent s'amarrer au quai après leur dure journée de labeur à transborder les cages si lourdes. L'intrigante Ile d'Entrée se profile à l'horizon.

Aux Iles en famille

D'abord, il faut que je vous raconte un peu la photo 1. C'est mon cadeau à Claire, mon amie d'enfance, et aussi à Jocelyn, mon frère, qui ne l'a pas encore vue. Un présent du passé (présent du passé, la pognez-vous?) que j'offre à d'autres aussi qui viennent parfois naviguer de ce côté-ci. Je vous la partage avec la même émotion qui m'a submergée lorsque j'ai mis la main dessus.

L'année 1941, c'est celle où 102 Madelinots sont partis de leurs chères Iles pour venir s'établir à l'Île Nepawa, en Abitibi. L'année suivante, en 1942, 104 autres Madelinots sont venus les y rejoindre, mais cette fois, ils s'établissaient à Ste-Anne de Roquemaure, à quelques kilomètres de distance, toujours sur les rivages du Lac Abitibi. Mon père était du premier contingent, ma mère du deuxième. Cette pas pire épopée n'est pas beaucoup documentée dans l'histoire de l'Abitibi et encore moins dans celle des Iles de la Madeleine. Mais je vais y voir personnellement en juin prochain pour faire ma petite part, vous pouvez me croire!

Quand j'ai trouvé cette photo-là, j'ai instinctivement cherché Papa parmi les autres, je reconnaissais des visages, des attitudes, des ressemblances, des parentés. Je savais qu'il avait juste 13 ans à l'époque, qu'il ne voyageait pas avec sa famille, arrivée ici seulement l'année suivante, mais qu'il faisait le voyage avec son oncle et sa tante (une très longue histoire). Papa m'avait souvent raconté ses souvenirs de cette traversée et le fait de quitter pays et famille sans espoir de retour. Il avait été « malade » d'une grande fièvre tout au long du voyage et il était revenu à la santé comme par enchantement lorsqu'ils sont arrivés en Abitibi. Papa disait qu'il n'avait jamais su ce qui lui était arrivé. Moi, je lui répondais que c'est parce qu'il avait eu trop de peine... Et il partait à rire de son petit rire gêné quand je disais ça, il ne me croyait pas tout à fait mais un petit peu quand même.

La photo originale des archives est de format panoramique, on voit beaucoup plus de gens que sur la photo 1, mais j'en ai coupé la moitié pour garder ce que je voulais.

Papa a toujours eu pour grand ami son cousin qu'il appelait affectueusement « Évé à mon oncle Albert ». Ces deux-là se comprenaient d'instinct, ils ont « immigré » ensemble, des Iles jusqu'en Abitibi, ils ont jeunessé ensemble, se sont mariés dans les mêmes années, avec des « maîtresses d'école » originaires des Iles aussi, ils ont habité les mêmes villes minières, ont travaillé dans les mêmes mines, bref, ils se lâchaient pas, jamais jamais, c'était une amitié d'enfance, qui grandit au fil des ans et dont ils mesuraient bien l'importance. Sans se le dire, comme de raison. Y a des affaires qui se vivent mais qui se disent pas tellement. C'était de même.

Après seulement quelques secondes à balayer cette photo de long en large, j'ai reconnu sans l'ombre d'un doute mon neveu, Jean-François, le fils aîné de mon frère Yves, le petit-fils de Papa, C'ÉTAIT Papa.... en 1941, mon petit Papa pas de sourire, comme je l'ai rarement vu, c'est bien vrai qu'il avait eu une grande fièvre, ça me revenait là... Je peux pas vous décrire mon émotion. Ma mère a eu la même, ma fille aussi, et mon mari, et la semaine dernière, mon frère Yves était sans voix (avec le même petit rire gêné de Papa) quand je lui ai montré cette trouvaille d'archives. Cette photo-là, c'est une vague... une vague à l'âme!

Et tout à côté de Papa, comme depuis l'enfance et tout au long de leur vie, c'est pas un autre que... Évé à mon oncle Albert, le père de mon amie de toujours, Claire, mon amie d'enfance.

Alors, Jocelyn et Claire, je vous suggère de cliquer dessus pour la voir de plus près, et même de l'enregistrer pour la conserver dans vos archives et pourquoi pas, la partager avec vos proches? Je n'ai pas besoin de vous dire où ils sont, je suis certaine que vous saurez les reconnaître, la vague vous submergera vous autres aussi. Pour les autres qui voudraient les repérer, je laisserai le premier commentaire de l'autre côté de ce billet.

On s'en va aux Iles!

Crocodile Dundee et moi, on avait fait le projet depuis l'été dernier d'aller passer une semaine de vacances aux Iles de la Madeleine. Idéalement, on voulait y séjourner dans la même période que j'y avais été la dernière fois, c'est-à-dire la dernière semaine de juin. Pourquoi ces dates-là? Parce que la pêche au homard bat son plein, elle se termine toujours entre le 3 et le 7 juillet, donc on vit au rythme des homardiers et j'adore ça. En plus, cette période a beau être considérée comme la haute saison touristique, les Iles de la Madeleine appartiennent encore aux Madelinots jusqu'à la fin juin! (Seul bémol, j'ai su seulement après que Crocomickey et moi, on va juste se manquer, pourtant on s'était fait la promesse de se revoir là-bas et de partager nos galettes de morue... bouhou... bouhou... que c'est triste).

Du 24 juin au 1er juillet, nous y serons, à la Dune du Sud, au Havre-aux-Maisons, mais on ne passera pas nos journées là, vous pouvez compter là-dessus, on sillonnera les Iles d'un bout à l'autre, il y a trop de choses à voir et à vivre là-bas, au pays de mes parents et de tous ceux qui sont venus au monde avant eux, un peu notre pays en héritage à nous autres aussi, celui qu'on aime à revoir, parce qu'on l'aura jamais assez vu.

Des compagnons de voyage

Après avoir réservé nos billets d'avion, le mois dernier, j'étais dans une vraie euphorie. Comme ça m'a pris une grosse partie de l'après-midi tout coordonner, j'ai remis au lendemain la réservation de l'hébergement et la location d'une voiture. Ce soir-là, trop contente d'être heureuse, j'appelle mon frère Jocelyn, à Lévis, pour prendre de leurs nouvelles. Comme ça. Tout bonnement.

Parle parle jase jase, je finis par conter à Joce notre affaire aux Iles, les dates et tout ça, eux qui sont allés deux fois avec leurs enfants dans les dernières années et qui ont adoré ça à chaque fois, les enfants aussi. Et puis, on connaît le même monde, on a la même parenté! À la fin, je lui dis : « Ça vous tente pas de venir avec nous autres? »

Et là, si vous le connaissez pas, je vous l'apprends, c'est tout à fait le genre de mon frère qui me répond, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde : « Attends, j'en parle à Guylaine, donne-moi 10 minutes pis je te rappelle ». Et ça n'a même pas pris 10 minutes!

On y sera tous les quatre, aux mêmes dates! Bonheur doublé, quadruplé, décuplé... J'ai donc réservé dès le lendemain matin notre chalet pour 4 personnes là où l'on voulait s'installer, à la Dune du Sud. C'était comme par hasard le dernier qui restait de libre dans ces dates-là, la chance est avec nous. Pas besoin de louer une voiture, Joce et Guylaine arrivent de Lévis avec leur voiture, par le bateau de Souris, Ile du Prince Edouard, seulement quelques heures après nous et ils repartent le 1er juillet, quelques heures avant nous, ils nous laisseront à l'aéroport de Havre-aux-Maisons en passant. Pas plus compliqué que ça. Je vous le dis, on a le vent dans les voiles!

Depuis ce temps-là, chaque fois qu'on se parle et qu'on veut se conter quelque chose d'important ou de significatif, comme on a l'intention d'aller grimper ensemble la « Big Hill » à l'Île d'Entrée, on se dit : « On se contera ça en haut de la Big Hill »!

Ça fait que... Joce... Ta réaction à la vue de Papa en 1941, à la gare de Québec, en provenance des Iles, en direction de l'Abitibi... « Tu me conteras ça en haut de la Big Hill... » ou avant (je suis curieuse de t'entendre, montre ça à Guylaine aussi).

Et ma belle Claire, je pense à toi si souvent, je te fais le plus gros câlin, je t'embrasse fort fort, comme tu embrasseras ton cher Papa, Évé à mon oncle Albert, et ta Maman, Marguerite à François.