mardi 24 mars 2015

HEUREUX D'UN PRINTEMPS


Samedi dernier, le 21 mars 2015, premier jour du printemps, au camp Fra-Gilles. On avait fait le projet avec Isabelle, Félixe et Mara, de construire un fort de neige, de glace et de sapinage entre le camp et l'atelier. Ici, on voit l'atelier. 


Mais avant toute chose, puisqu'il faisait très froid durant le trajet en motoneige d'une trentaine de minutes, on avait besoin de se réchauffer un peu en arrivant. Le dîner que je venais de mettre au four (de la cuisinière au propane) pouvait bien se faire attendre, on n'était pas en peine avec notre verre de rouge, Isabelle et moi, le temps qu'on faisait nos plans avec les petites avant d'entreprendre notre projet. Crocodile Dundee qui était là depuis la veille, avait entretenu le feu dans le poêle à bois pour qu'on soit bien confortable. 


Félixe et Mara s'en donnaient à coeur joie à sauter sur les lits qu'on avait collés ensemble. Au campe, en autant que c'est sécuritaire, on a le droit de tout faire! 


Le dîner est presque prêt au four, on a juste le temps de faire un dessin. 


Après le dîner, Crocodile Dundee aide les petites en coupant les branches trop basses du sapinage pendant que Isabelle commence à creuser les « fondations » de notre fort. Le temps d'aller donner un coup de main à mon frère dont le camp est situé à environ 3 kilomètres, Crocodile Dundee nous laisse construire le fort entre filles.


Elles en mettent du coeur à l'ouvrage, les filles!
 

Le soleil nous donne une belle énergie. 


Félixe et Mara se font tout un monde imaginaire. Le fort prend forme, avec un salon, une cuisine, un endroit où elles veulent faire un feu pour faire griller des guimauves... Elles espèrent que Papi, au retour, va être très impressionné.


La journée avance, la construction du fort aussi, on décide de préparer le feu qu'on allumera seulement après souper. On aura donc des guimauves grillées pour dessert. Je suis mandatée pour trouver des branches à guimauves, c'est ma spécialité, j'ai l'oeil pour ça! 


Après souper, au moment où le soleil a envie de se coucher, à la demande générale, Papi raconte des histoires autour du feu. Isabelle se souvient de ses deux préférées du temps qu'elle était elle-même une petite fille : Le petit autochtone qui avait été sauvé de la noyade par un aigle à tête blanche (un conte inventé par Crocodile Dundee) et en rappel, l'histoire de Perdrianne et Perdriau, inspirée d'un récit de Félix Leclerc. 


La flamme se concentre peu à peu, on commence à avoir des braises. C'est l'heure des guimauves grillées!


J'ai été touchée par ce moment de grande proximité d'un bonheur tout simple. Je n'avais pas de branche à guimauves pour moi-même. Entre vous et moi, je ne raffole pas trop des guimauves mais j'aime tout ce qui est alentour. Alors, dans un geste généreux et un sourire complice, sa plus belle guimauve dorée juste à point, Félixe me l'a offerte. Et tout de suite après, Mara a fait la même chose. Ces deux petites savent donner et ça m'a fait chaud au coeur... On s'est mis spontanément à s'offrir nos plus belles guimauves. 

HEUREUX D'UN PRINTEMPS 

Après une journée si bien remplie, la fatigue nous gagne à mesure que notre petit feu diminue. On regarde longuement les étoiles de ce ciel si beau, si calme et si serein. Il fait maintenant une noirceur totale, sans pollution lumineuse. Nous rentrons à l'intérieur du camp où une chaleur douce nous enveloppe. On dort comme des marmottes jusqu'à dimanche matin. 

Je l'ai toujours dit, le bonheur, c'est jamais compliqué et le printemps, ben, c'est dans notre coeur qu'il s'installe en premier. 

vendredi 13 mars 2015

HOMMAGE À ELISE


Ce texte hommage, je le portais en moi depuis des années. Lorsque, le mardi 3 mars dernier, nous avons été convoqués par le médecin de garde et le personnel soignant, nous étions plusieurs membres de la famille présents, à apprendre et consentir en même temps aux soins de confort qui s'imposaient et qui allaient la protéger dorénavant de toutes ces souffrances qu'elle n'avait plus besoin de vivre, même si elle était déjà dans un semi coma. Je n'ai pas dormi cette nuit-là... et quelques autres qui ont suivi... 

L'écrire ensuite pour vrai, au lendemain de son décès, a été facile, en une heure ou deux, c'était réglé, même s'il y avait plein de monde autour, j'étais dans ma bulle. Ma plume plongeait dans l'encrier de mon coeur et courait sur mes feuilles lignées. La famille l'a approuvé sans en changer une virgule. On la reconnaissait comme on l'avait connue et aimée. C'était ça. On m'a demandé si je me sentais capable de le lire devant les gens. J'ai dit oui sans aucune hésitation. J'avais été capable de le faire pour mon père, sans que la voix me casse, sans verser une larme, et même avec un sourire tendre, une sérénité profonde. J'ai même été jusqu'à chanter le petit bout de chanson de Gilles Vigneault pour que tout le monde la reconnaisse. L'amour, ça peut aller jusque là, des fois. 

Il me venait des milliers d'images, le film de sa vie se déroulait dans mon esprit et mon coeur à mesure que je livrais ce texte que je savais presque par coeur tellement je me l'étais approprié, ce qui me donnait la force et l'élan nécessaires pour raconter aux gens présents qui était notre chère Elise. 

Dans le déroulement de la cérémonie des derniers adieux, je savais que tout de suite après l'hommage, Isabelle enchaînait avec sa guitare et sa belle voix, alors que Félixe tenait absolument à accompagner sa maman dans une chorégraphie dansée, improvisée, très douce et très belle... 

Plusieurs m'ont demandé s'ils pouvaient garder ce texte en souvenir. Voilà pourquoi je le publie ici. 

HOMMAGE À ELISE

Gilles Vigneault débutait sa chanson Gens du pays par ce couplet plein de sagesse et de vérité : « Le temps qu’on a pris pour dire je t’aime est le seul qui reste au bout de nos jours… »

Notre chère Elise en a pris du temps tout au long de ses 93 années pour dire et vivre ses « je t’aime » à sa façon si personnelle et généreuse, tellement touchante et attachante.

D’abord, dans sa famille au Témiscamingue, à Ville-Marie, auprès de ses parents, de ses 12 frères et sœurs, oncles tantes, cousins cousines, ainsi que ces familles du voisinage dont plusieurs étaient originaires de la Bretagne comme les Rannou. Étant l’aînée d’une si grande famille, dès son plus jeune âge, elle a bercé avec bonheur tout plein de vrais petits bébés qui lui servaient de poupées et qu’elle aimait tant cajoler. Elle gardait de cette époque si heureuse de son enfance des souvenirs attendris qui avaient pour décor ce qu’elle appelait « la petite montagne sur la terre à Papa » qui la rattachait pour toujours et à jamais à son Témiscamingue natal.

Devenue une belle jeune femme souriante comme elle l’a été toute sa vie, elle a vite été remarquée par le voisin de son âge qui habitait la terre d’en face, chez les Rivest. Emilien lui a tout de suite plu. Ensemble ils ont été une super équipe, une alliance remplie d’amour, à la base d’une famille qui a toujours été leur fierté. Cinq enfants : Gisèle, Claudette, Nicole, Gilles et Céline.

L’affection n’a jamais manqué dans cette maison où Elise était le cœur et l’âme, comme le sont toutes les mamans si aimantes. Plus il y avait de monde, plus l’amour se multipliait, comme par enchantement. Et c’est ainsi que nous aussi, les conjoints, avons été accueillis à bras ouverts et tels qu’on était, à mesure qu’on arrivait dans la famille, qu’on se joignait à la tribu d’Emile et Elise.

Et puis, la nature étant ce qu’elle est, les petits-enfants sont arrivés, un par un, chacun leur tour, dix en tout, multipliant le capital d’amour à rendement très élevé qui donnait à Grand-Maman Elise le bonheur et l’occasion de créer des moments magiques et inoubliables avec tous ceux et celles qu’elle appelait tendrement « ses petits chatons », même lorsqu’ils devenaient grands. Elle avait cette capacité d’amour infini qui a toujours été la source à laquelle chacun s’abreuvait allègrement.

C’est parce que notre chère Elise était une usine à bonheur.

Elle savait créer la chaleur, le confort, les événements, les bons moments, les plaisirs simples de la vie.

Bonne travailleuse, toujours avec une attitude d’ouverture, ses collègues de travail de l’époque n’en sont pas encore revenues, elle savait se faire aimer instantanément et c’était si tant tellement réciproque.

Elle voyait la vie avec des lunettes roses, imaginant tout le temps l’aspect positif et agréable des choses, et surtout le meilleur de chaque personne. Elle vous faisait sentir unique et aimé inconditionnellement. Un petit rien lui faisait plaisir et nous valait ses sourires avec ses yeux rieurs, son rire cristallin, ses bisous, ses câlins et ses remerciements chaleureux.

Ah c’était une artiste aussi… Elle a créé des robes si belles pour ses petites filles, des poupées de chiffons avec des bouilles sympathiques, des gâteaux d’anniversaire et de Pâques avec les petits lapins en guimauve qu’elle fabriquait, des œufs de Pâques en chocolat qu’elle personnalisait pour ses petits-enfants, et tant de choses belles et utiles, en céramique et en poterie. Elle y peignait souvent des fleurs, des tiges de blé, des volutes harmonieuses, des paysages de toutes les saisons.

Elle créait même des jardins et des environnements fleuris, à la maison comme au chalet, aidée en cela par Émile et ses brouettées de terre, qui allaient s’échoir du gazebo jusqu’au sentier des amoureux qu’elle fleurissait de tous ses talents. Elle leur donnait des noms évocateurs qui la faisaient rêver. Elise était une grande romantique même si elle s’en défendait avec un clin d’œil, sans en être convaincue elle-même.

Elle aimait l’amour, c’était son pain quotidien!

Elle aimait lire aussi : surtout des romans et des récits historiques. Et la musique… Comme elle aimait écouter de la musique! Elle aurait bien voulu savoir danser, elle nous l’a dit si souvent. Encore dernièrement, un heureux moment pour elle, lorsque nous sommes allées au 2e étage de la Maison Pie XII entendre les musiciens et leurs airs d’autrefois qu’elle semblait reconnaître et apprécier. Elle, assise dans son fauteuil, et moi debout à ses côtés, on dansait avec nos mains et son sourire m’habite encore comme l’ultime cadeau que j’ai partagé avec toute sa famille, une grande famille maintenant enrichie de ses dix arrière petits-enfants qui sont nos petits chatons à nous. Oui, la vie continue…

Elle nous aura donné tellement d’amour tout au long de sa vie que nous saurons maintenant en être imprégné et inspiré pour poursuivre la nôtre. Elle connaissait un grand secret sur l’art d’aimer et d’être aimé, un secret qu’elle nous aura révélé au fil du temps, sans faire de discours, simplement en la regardant vivre. Le voici :

1) L’essentiel, pour être heureux, c’est de sourire à la vie en toutes circonstances.

2)  C’est en semant de l’amour qu’on récolte du bonheur.

Et depuis quelques jours, nous en avons découvert un troisième :

Même si son cœur a cessé de battre,
l’amour qu’il y avait dedans continuera de vivre
à travers nous tous qui l’avons tant aimée

dimanche 8 mars 2015

JE LA VOUVOYAIS


Elise Rannou-Rivest
1921-09-08 - 2015-03-07

JE LA VOUVOYAIS

S'il faut encore se convaincre que le vouvoiement n'empêche pas du tout la proximité des rapports humains chaleureux, bien au contraire, la relation exceptionnelle que j'entretiens depuis bientôt 39 ans avec Belle-Maman va dans le sens de ce phénomène. 

Je l'appelais Madame Rivest ou Belle-Maman ou chère Elise et je la vouvoyais tendrement. Elle me tutoyait tout aussi tendrement en m'appelant Francine, ou « la femme de mon Ti-Gars » ou sa 5e fille. Quand on sait tout l'amour qu'elle avait pour son Émile qui nous a quittés il y a 18 ans, pour ses enfants, 4 filles et un garçon, les conjoints que nous sommes, qu'elle accueillait dans sa vie comme si on avait toujours été là, ses petits-enfants au nombre de dix qu'elle a toujours appelés « mes petits chatons », leurs zamours de conjoints et ses arrière petits-enfants, déjà dix d'entre eux sont venus enrichir son clan et la vie continue. Bref, faire partie de sa famille est une chance inouie qu'on a toujours su mesurer. 

Je pourrais vous parler d'elle pendant des heures, des jours, des saisons. Et je le ferai probablement... 

Toute sa vie, elle a su générer, propager, inspirer, susciter, créer, rassembler et multiplier l'amour autour d'elle. Si elle pouvait communiquer avec nous en ce moment, elle nous dirait probablement ceci : 

* * * * *
Ne pleurez pas mon départ
Je suis partie dans l'infini
Je suis mille vents qui soufflent...
Je suis le diamant qui brille sur la neige
Je suis la lumière du soleil sur les semences
Je suis la douce pluie d'automne
Et le réveil dans le silence du matin
Je suis parmi la volée d'oiseaux qui voltigent
Je suis la lumière étoilée dans la nuit

Ne pleurez pas mon départ
Je suis partie dans l'infini
Je suis toujours parmi vous
Je vis dans la nature

dimanche 1 mars 2015

TOURNER LA PAGE


C'était dimanche dernier chez nous. Bébé Blanche est toujours souriante et curieuse de tout comme ça. Elle aura 8 mois bientôt. 


Elle a toujours ses yeux bleus, on ne se pose plus la question si ça va rester de même! On a ça en commun, elle et moi, ainsi que notre journée d'anniversaire, vous vous souvenez qu'elle née le jour de mes 57 ans?


Toujours dimanche dernier, sa grande soeur Félixe arrivait de la Fête d'hiver où elle s'était fait faire un maquillage... 


... dont elle était très fière!


La veille, donc samedi dernier, près du camp Fra-Gilles à Rapide Deux. Enfin, on avait un répit des grands froids de ce mois de février qui a battu des records et un peu de soleil sur la neige pour créer une si douce lumière qui nous a fait du bien à l'âme.  

TOURNER LA PAGE

Cette page que j'avais si hâte de tourner, c'est celle du calendrier : Février 2015 nous aura semblé le mois le plus long et le plus sombre de l'année en raison de tous les événements qui se sont enchaînés à un rythme affolant et qui nous ont causé de grandes inquiétudes, comme je vous le racontais dans mon billet précédent que je m'empresse de recouvrir de celui-ci. 

J'avais hâte au 1er mars pour vraiment passer à autre chose, même ici, sur ce blogue où des membres de ma famille et mes amis(es) viennent prendre de mes nouvelles. 

Je voulais juste vous dire que je vais bien. J'ai l'impression d'être un petit canard qui se retrouve un peu perdu sur le bord d'un rivage à pédaler en dessous de l'eau parce qu'il ne sait pas faire autre chose, surtout pour ne pas être submergé par les dernières vagues qui signifient la fin de la tempête. Je secoue mes plumes, je regarde partout pour retrouver mes repères mais je m'aperçois que je vais bien et ça m'encourage. 

Mais moi qui aime tant l'hiver d'habitude, je vous avoue que je n'ai jamais eu si hâte au printemps. Je suis très heureuse qu'on aille dans cette direction! 

mercredi 18 février 2015

D'AMOUR ET DE MUSIQUE


Noël 2013, Isabelle, Félixe et Elise, ma fille, ma première petite-fille et ma belle-maman. 


Une enfant émue, ça m'émeut.  

. 
Septembre 2013, Journées de la culture. Isabelle était porte-parole de ces Journées pour notre région. Nous sortions du Centre d'exposition de Rouyn-Noranda où nous avions passé un beau moment ensemble, ma mère, ma fille et moi. 

D'AMOUR ET DE MUSIQUE

D'entrée de jeu, j'aime mieux vous le dire, je vais très bien maintenant mais je demeure encore un peu ébranlée émotivement. Même si je suis entourée de personnes âgées dont la santé n'est plus ce qu'elle était, c'est pour notre fille Isabelle que nous avons craint dernièrement. Comme quoi tout peut basculer en un rien de temps, la santé, la vie et le bonheur sont si fragiles, vous savez... 

Une petite intervention chirurgicale de routine (enlever 4 dents de sagesse) avec un spécialiste du maxilo facial à l'hôpital où je suis née, à Amos, et c'est l'horreur qui commence : complications post-opératoires, douleurs, enflure qui ne se résorbe pas puis s'étend, nuit sur civière à l'urgence à Rouyn, antibiotiques en intraveineuse, stabilisation en vue du transfert d'urgence à l'hôpital d'Amos où elle a été opérée trois jours plus tôt, examens, deuxième opération d'urgence cette fois, voies respiratoires enflées, intubée à froid, incapacité à respirer, intervention in extremis, travail de l'anesthésiste, du chirurgien spécialiste et toute une équipe au travail, ensuite plus de 24 heures aux soins intensifs, douleurs impossibles à soulager, deux antibiobiques canon en intraveineuse, bref, vous voyez le topo? Isabelle a eu peur et nous aussi. Pendant ce temps, j'étais soit à son chevet soit auprès de mes deux petites-filles pour relayer mon beau-fils. On ne la laissait jamais seule et ce n'était pas un caprice ni de sa part ni de la nôtre, croyez-moi. Elle avait besoin d'assistance et le personnel soignant, très compétent et très humain, comptait sur notre présence auprès d'elle jour et nuit pendant son hospitalisation. 

Une jeune femme de 28 ans, en forme et en santé, maman de deux petites filles, était à ce moment-là plus en danger que ses deux grands-mères. 

Isabelle est sortie de tout danger, elle est en convalescence chez elle, auprès de son homme et de sa petite famille. Nous ne sommes jamais loin... 

En fin de semaine, c'est ma mère qui nous a fait peur. Montée de pression, malaise, consultation avec son médecin ce matin, je l'accompagne... Elle va s'en tirer avec un bon suivi et une médication ajustée. 

En quittant ma mère en fin d'avant-midi, j'allais normalement faire manger Belle-Maman à son CHSLD mais comme j'arrivais trop tard pour ce faire, parce qu'ils mangent très tôt là-bas, j'ai eu l'idée de l'amener plutôt au 2e étage où tous les mercredis après-midi, il y a des musiciens bénévoles qui viennent divertir les résidents, enfin pour ceux qui le peuvent. Belle-Maman a 93 ans, est atteinte d'une sorte de démence mélangée avec de l'alzheimer, on ne sait pas exactement, ces troubles sont très difficiles à diagnostiquer. Elle ne peut plus vraiment s'exprimer, n'a plus de mobilité ni d'autonomie. Mais elle demeure la même personne qu'elle a toujours été, avec ses goûts et ses intérêts, du moment qu'on lui administre les médicaments qu'il faut pour apaiser ses anxiétés. Et ces médicaments-là, ils la font dormir beaucoup beaucoup. 

Donc, à mon arrivée à 12:30, elle cognait des clous dans son fauteuil gériatrique et on s'apprêtait à la coucher dans son lit pour sa sieste à l'aide du lève-personne. Je lui ai demandé si elle avait le goût qu'on aille écouter de la musique en bas. Si vous aviez vu son sourire... Eh qu'elle avait compris ma question!

Ravie de la trouver en assez bonne condition physique et mentale aujourd'hui pour supporter « le voyage » de quelques étages plus bas, du 6e au 2e plus précisément, il me fallait quand même la tenir éveillée jusqu'à l'heure où les musiciens commençaient à jouer. Ce ne fut pas une mince tâche mais j'ai mes trucs : au lieu de pousser son fauteuil gériatrique par l'arrière et disparaître de sa vue, je me place devant elle et je tire le fauteuil vers moi en reculant, je lui parle tout le temps, je fais le clown, je ris et elle rit de me voir rire, je lui conte toutes sortes d'affaires, je sors mes photos d'enfants, les miens et ceux de la famille (elle a toujours tellement aimé les enfants elle aussi) et c'est ainsi qu'on s'est dirigées lentement mais sûrement vers le 2e étage sans qu'elle s'endorme.

En sortant de l'ascenseur, la musique nous a enveloppées comme une couverture chaude qui sort de la sécheuse! Quel sourire elle m'a fait... Un sourire « comme avant », comme à toutes les fois où nous allions, elle et moi, écouter les musiciens à la résidence où elle habitait avant. La musique ne fait pas juste d'adoucir les moeurs, elle adoucit la maladie, n'importe quelle maladie. Elle ramène des souvenirs même à ceux qui ont perdu la mémoire, elle réveille une mémoire affective qui s'était endormie depuis longtemps.

Il y avait des musiques instrumentales, des reels, des chansons, des pièces qui m'étaient toutes familières, certaines que je pouvais chanter au complet en dansant avec elle... Oui, c'est ça, danser avec elle. Comment? En faisant valser doucement son fauteuil gériatrique avec mon genou, je battais la mesure sur son bras ou sur ses mains, toujours jointes, sous la couverture qui l'enveloppe en permanence. Là, je lui disais : « Eh qu'on danse bien, nous autres, hein? » 

Il y avait tant de beau monde dans cette salle. Et tant d'amour. Et tant de belle musique. D'abord, les musiciens, un violon, une guitare, un synthétiseur et une chanteuse, une madame qui devait avoir autour de 70 ans. Ensuite, tous ces gens que je connais et que je côtoie régulièrement dans ce microcosme qui me semble de plus en plus familier et accueillant : des résidents, des membres de leur famille, toujours les mêmes, des bénévoles et accompagnateurs/trices au coeur grand comme le monde, des membres du personnel, etc.  

Ma cousine Lucie accompagne souvent des résidents du CHSLD depuis que sa mère est décédée, elle est restée attachée à l'endroit. J'adore cette fille, je me suis toujours sentie proche d'elle. On se croise souvent là-bas et on a appris depuis toujours à se comprendre vraiment beaucoup sans avoir à se parler trop longtemps. Des fois, on rit, des fois on a les yeux dans l'eau. Je vois très souvent Marlène, c'était mon ange au bureau d'assurance l'automne où j'ai fait deux accidents de voiture de suite dans une période où j'étais particulièrement épuisée à tout point de vue. Je vous ai déjà raconté ça ici même. Ah cette Marlène, toujours un ange et toujours ce sourire si apaisant. Depuis sa retraite, elle est tellement présente au CHSLD, à la fois pour sa mère et pour bien d'autres. Il y a Johanne aussi avec laquelle j'ai tissé des liens qui vont bien au-delà de son métier. Et puis Michèle qui vient nourrir sa maman à la petite cuillère tous les midis et qui s'en va souvent en pleurant, on se conte nos misères de CHSLD en fumant une cigarette dehors dans le stationnement et on finit par rigoler en se disant qu'on souhaite mourir jeune... mais qu'il est trop tard, on est déjà vieilles!!!

Cet après-midi, parmi les danseurs, j'ai vu un vieux monsieur tout beau tout chic qui avait du rythme et une belle allure, avec une belle madame d'environ 70-75 ans, des beaux cheveux blancs, toute gracieuse. Elle me semblait plus jeune que lui mais il était vraiment un beau monsieur alors elle devait lui avoir trouvé jadis beaucoup de charme, ce charme qui ne vieillit pas... J'ai appris qu'ils étaient père et fille, lui a 96 ans, elle a 74 ans. 

Une vieille dame au clin d'oeil facile et à l'air espiègle dansait toutes les valses et les polkas avec une énergie incroyable. Elle ne s'est pas assise souvent. Elle dansait avec l'une, avec l'autre, elle a brûlé quelques-unes de ses compagnes tout au cours de l'après-midi. Lucie m'a dit qu'elle avait  98 ans. Malgré des petites lacunes évidentes mais pas trop gênantes au point de vue cognitif, manifestement, elle n'avait pas oublié ses pas de danse.

À quelques reprises, Lucie et moi, on a eu des complicités comiques en écoutant ces chansons. Parce que cette musique-là, on la connaît, on a grandi là-dedans, c'est de la musique de mononk, un peu country, un peu vieillotte, un peu du style de la bonne chanson, un peu folklorique, un peu de Richard Desjardins aussi, après tout, on est à Rouyn-Noranda. Dès les premiers accords, on s'exclamait en même temps : 

- C'est le reel à Cyrice à mon oncle Louis!

- C'est la chanson à ma tante Colette!

- C'est la toune à Lauréat!

Dans cette salle, cet après-midi, il y avait beaucoup de fauteuils roulants, de fauteuils gériatiques, de déambulateurs (marchettes) de gens avec des problèmes cognitifs, de personnes affectées par la vieillesse, la maladie, le chagrin aussi, je pense à Madame Duplain qui a perdu son mari la semaine dernière et qui saluait gentiment tout le monde comme à son habitude. Certains dansaient, certains chantaient, certains écoutaient, riaient, parlaient mais tout le monde tout le monde tout le monde, sans exception, souriait. Je n'ai jamais vu autant de gens heureux au pied carré que cet après-midi, au CHSLD Maison Pie XII. 

Et Belle-Maman s'est endormie dix minutes avant la fin en rêvant qu'elle dansait...  

 

mardi 20 janvier 2015

Crocodile Dundee fait du cinéma!



Cette photo date d'il y a une quinzaine d'années. Elle a longtemps été mon fond d'écran sur mon ordinateur, ainsi j'avais toujours sous les yeux Crocodile Dundee et notre fille Isabelle, heureux et complices, lors d'une des expéditions de canot père-enfant qu'ils faisaient tous les ans à cette époque avec d'autres de nos amis. 

Crocodile Dundee fait du cinéma!

Je vous avais déjà raconté que lors du tournage de Chasse au Godard d'Abbittibbi, un film de Éric Morin, nous avions eu la chance de faire l'expérience de quelques jours de tournage sur un plateau de cinéma. J'avais, pour ma part, déjà participé au tournage du documentaire Le Grand Retour un film de Herménégilde Chiasson, des Productions du Phare-Est, tourné en 1994 dans le cadre du tout premier Congrès mondial acadien. J'avais adoré cette expérience. 

Dans Chasse au Godard d'Abbittibbi, une fiction, on a fait appel à beaucoup de figurants pour quelques scènes mais notre fille Isabelle avait un troisième rôle, Crocodile Dundee et moi aussi. Aucun de nous trois n'avait tourné la même journée puisque nous faisions partie de trois scènes différentes. J'ai été coupée au montage (ça arrive souvent en cinéma malgré que j'ai passé deux jours coiffée, maquillée et costumée comme dans les années 60) on ne me voit pas vraiment dans le film. Mais Isabelle, oui, bien sûr, elle avait même du texte à apprendre. Quant à Crocodile Dundee, non seulement on le voit et on l'entend dans la scène de la taverne mais à un moment donné, il crève l'écran pendant deux secondes alors qu'on le voit en gros plan, en tant que travailleur de la mine. C'est probablement là que Éric Morin, le réalisateur, a eu un coup de coeur pour « sa gueule de cinéma »!

Donc, au moment de tourner une publicité pour Momentum, un centre de conditionnement physique de notre région, Éric a demandé à son Rambo préféré (cette pub est d'ailleurs surnommée la pub de Rambo!...) s'il voulait faire une journée de tournage avec son équipe pour promouvoir l'entreprise en question. C'était l'été dernier. Crocodile Dundee a dit oui sans trop savoir dans quoi il s'embarquait mais il avait tellement eu de plaisir lors du tournage de Chasse au Godard d'Abbittibbi qu'il ne voulait rien refuser à Éric. 

Disons qu'il n'a pas eu de difficulté à entrer dans la peau du personnage, vous allez tout comprendre quand vous verrez cette publicité de 30 secondes. Au fil des années, mon homme a porté tellement de surnoms. Selon l'époque et le contexte où ils l'ont connu, on l'appelle tour à tour Ti-Pop Rivest (les gars de la construction surtout)  Bill Wabo (un personnage des Belles Histoires des Pays d'en Haut)  Joe L'Indien (un personnage de l'émission Les Cadets de la forêt)  Rambo (personnage bien connu au cinéma, interprété par Sylvester Stallone) et finalement, Crocodile Dundee, pour ceux qui ont vu le film ou bien qui me lisent depuis 8 ans ici. 

http://vimeo.com/108271932

Cette publicité est diffusée depuis 3 mois dans les salles de cinéma de chez nous et aussi à la télévision pendant nos nouvelles régionales. Si vous habitez en Abitibi-Témiscamingue, vous avez des chances de l'avoir déjà visionnée, on nous en parle tellement souvent, si vous saviez. Crocodile Dundee vient tout juste de me donner la permission de la mettre en ligne, pour nos parents et nos amis qui sont de l'extérieur de la région, qui en entendent parler et qui veulent la voir. 

Regardez bien le sourire qu'il a vers la fin, quand il court sur le tapis roulant... Un petit sourire bref, authentique, chaleureux... C'est avec ce sourire-là que je suis tombée en amour un jour!

Bon cinéma!


vendredi 16 janvier 2015

La beauté du monde


Cette photo me fait rire et je me reconnais dans l'expression « complètement sidérée » de ma petite-fille la plus jeune, Blanche, celle qui est née le jour de mes 57 ans. Heureusement qu'elle sourit la plupart du temps et que ses beaux yeux bleus si pétillants nous ramènent à... 

La beauté du monde

Avec les récents événements entourant la tuerie au Charlie Hebdo, ensuite les réactions et réflexions lues, vues et entendues partout dans le monde et qui vont dans toutes les directions, je vous avoue que j'ai encore une fois perdu quelques repères et beaucoup d'illusions sur la nature humaine en général. Je ne comprendrai jamais comment et pourquoi on en vient à tuer au nom d'une croyance, d'un dieu, une idéologie, une religion. 

Ce qui me « répare » à chaque fois où je suis brisée, c'est la beauté et la bonté du monde, de la nature humaine quand on prend chaque être humain un par un. Arrive un moment où je sens le besoin de prendre du recul des médias traditionnels comme des médias sociaux pour m'ouvrir à la vie ici et maintenant. Est-ce de la lâcheté, de la survie ou de la résilience? 

Quoiqu'il en soit, pendant que tous ces événements brassaient les cerveaux et les coeurs à la grandeur de la planète et faisaient surgir le meilleur et le pire de nous, comme humanité, j'ai été plus attentive que d'habitude à ce qui se vivait dans mon univers proche pour trouver refuge dans quelques rencontres marquantes, gestes gratuits et sourires bienveillants qui ont fait une grande différence dans mon quotidien. 

Mardi soir, nous sommes allés à la salle communautaire de la petite ville minière de Cadillac, un salon funéraire provisoire où reposait en paix une grande dame que j'aimais beaucoup. Elle s'appelait Mary. Nous connaissons 2 de ses enfants et quelques grands amis que nous avons en commun. Mary était une fière Algonquine, si tant tellement proche de la vie et de la nature. Il y a des êtres qui sont inoubliables et Mary est de ceux-là qui répandent autour d'eux paix et amour dans un regard, un geste, un sourire, une merveilleuse authenticité et une économie de mots qui, en sa présence, devenaient superflus. Je n'ai jamais vu autant de personnes réunies dans un si petit lieu plein d'amour et d'affection où régnaient respect, recueillement, silences éloquents,  pleurs discrets, poignées de main chaleureuses et câlins réconfortants. 

Je vais très souvent au CHSLD où réside maintenant Belle-Maman. J'y étais encore cet avant-midi et ce midi, pour son rendez-vous chez la coiffeuse au rez-de-chaussée et ensuite pour lui donner son dîner à la grande salle à manger tout près du salon de coiffure, qu'on appelle maintenant « le restaurant » parce que le décor est magnifique et que ça lui amène parfois un sourire. Elle a l'impression d'une grande sortie. Oui, c'est difficile d'accompagner depuis tant d'années une personne en si grande perte d'autonomie mais on rencontre là des êtres d'exception, d'une humanité sans pareille, qu'il s'agisse de membres du personnel soignant ou d'autres proches aidants qui, comme nous, vivent des situations extrêmes qui bouleversent au point où l'on espère tous de mourir jeune... Ces personnes qui accompagnent de tout leur être ceux et celles dont la vie n'en est plus une ont un sourire émouvant, fait de tendresse, de douceur et d'empathie. Un sourire qu'on s'offre les uns les autres sans s'en rendre compte, un sourire entendu, complice, qui contient les mêmes discours sur la vie et la mort qui se côtoient toujours en parallèle sans jamais se croiser. 

En sortant du CHSLD, dans cette froidure hivernale qui n'avait rien pour me réchauffer le coeur, je devais passer à l'épicerie et faire des courses urgentes. Partie tôt de chez moi ce matin, j'avais remis à plus tard la corvée de pelletage de toute cette neige tombée hier soir et cette nuit, avec le banc de neige durcie que n'avait sûrement pas manqué de me faire la déneigeuse de la ville, comme à son habitude. Crocodile Dundee étant absent de la maison, je n'avais pas l'intention de me défiler mais cette corvée de pelletage me pesait comme jamais auparavant. Je manquais de courage. 

Avec mes sacs d'épicerie à débarquer de la voiture, je voulais me stationner dans la rue pour éviter de durcir davantage le banc de neige, j'avais très faim, des appels téléphoniques à retourner et tellement de retard en tout que... ce fut un véritable cadeau de la vie  de me rendre compte en arrivant chez moi que quelqu'un avait tout déblayé la cour, même la galerie et les escaliers avaient été pelletés. Il y avait un ange gardien qui avait tout fait ce travail pour moi. Je n'en revenais pas de la bonté du monde. Quelques heures plus tard, je ne connais pas encore l'identité de cette personne qui m'a rendu service. Est-ce un voisin? Un ami? Mon frère? Mon super gendre? Je ne sais pas mais je saurai bien un jour... En attendant, ce geste m'a convaincue qu'il reste encore tellement du bon monde dans le monde, comme disait mon père. et ces petits événements du quotidien ont contribué à me « réparer » cette fois encore.