vendredi 14 juin 2013

L'homme qui plantait des arbres


Quand il était tout bébé, dans les bras de sa maman, il avait ce petit visage d'ange, ce sourire à la Vie, cette énergie, cette force tranquille et ces yeux vifs qui, avec le recul, nous font reconnaître que déjà, c'était évident qu'il allait embellir ce monde. 


Comme ce papillon, l'homme qui plantait des arbres a la présence discrète mais ô combien riche et profonde pour qui réussit à s'en approcher. Il a un respect immense pour la vie, la beauté, la pureté, le silence et la réflexion. 


Si ce bel orignal se permettait de faire un somme en plein après-midi si près de son quai, c'est qu'il se savait en sécurité tout près du camp de l'homme qui jardinait la nature comme on prend soin d'un bébé qu'on aime à voir grandir et s'épanouir. 


Il aime la forêt et profite de toutes ses richesses. Il connaît les arbres, arbustes et plantes de la forêt boréale. Il connaît aussi leurs secrets, il peut les nommer par leur petit nom puisqu'il est un intime mais il connaît même leur nom latin, il a choisi de faire de la foresterie son métier, en plus de sa passion. 


Il peut passer des heures et des heures à contempler la forêt et la vie qui bat. C'est même là qu'il se sent le plus vivant et en harmonie avec l'univers. Chaque fois que la vie l'a malmené, il ressentait le besoin viscéral  de se réfugier dans la forêt qui lui ouvrait ses bras. Comme une mère aimante. Ou un enfant chéri. 


Cette photo, c'est lui qui l'a prise. Il me l'a donnée il y a longtemps, je l'ai eue comme fond d'écran depuis tout ce temps-là, et ça représente pour moi une espèce de paradis, un monde de paix accessible, croqué sur le vif au hasard de ses déplacements dans le cadre de son travail. 


Celle-là aussi, c'est lui qui l'a prise. Si l'on peut connaître une personne par les choix qu'elle fait, ces deux photos donnent une idée du paysage intérieur de l'homme qui plantait des arbres. 


Ici en grande conversation avec le plus jeune de ses fils. Il a souvent réussi par le geste plus que la parole à communiquer sa passion à ceux qui l'entourent. 


Cet arbre droit et fier qui pousse de manière improbable sur cette île de roche, c'est tout lui. Il aime beaucoup cet endroit : Rapide Six. J'ai toujours pensé qu'il s'y reconnaissait inconsciemment. 




Nous autres, on dit qu'il est tellement amoureux des arbres qu'il les prend chacun leur tour dans ses bras mais pour dire vrai, c'est qu'il était fier cette fois-là de nous montrer que ce bouleau était si fort et en santé qu'il avait de la misère à en faire le tour. 

L'homme qui plantait des arbres 

Sa formation en foresterie l'a amené à se spécialiser en aménagement forestier. Mais ce n'est pas dans le cadre de son travail qu'il plante tant d'arbres et qu'il jardine la forêt depuis toujours. S'il a créé des mini forêts boréales partout où il a planté ses propres racines, c'est pendant ses heures de liberté et de loisir qu'il l'a toujours fait. 

Quand nous étions presque voisins au lac Dufault, je lui ai demandé une fois combien il avait planté d'arbres sur son terrain et il m'a répondu qu'il avait arrêté de compter après 750. Son défi et son plaisir consistent à diversifier les essences : les pins rouges, blancs, gris, les épinettes blanches, noires, les bouleaux, les merisiers, les frênes, les chênes, les mélèzes, les thuyas et j'en passe. Il prévoit pour chacun l'environnement qu'il lui faut, tant pour l'espace que pour l'ensoleillement, l'orientation, le sol, le drainage naturel et tous les critères de réussite qu'il maîtrise comme pas un pour que la forêt soit naturelle, belle et sauvage. Il l'aménage pour qu'elle n'ait pas l'air d'avoir été aménagée justement. Il l'aime nature! 

Il s'approvisionne en arbres auprès de plusieurs de ses amis et connaissances qui travaillent dans des domaines connexes, par exemple l'enseignement de la foresterie. Pendant le mois de l'arbre et des forêts, en mai de chaque année, il tient des kiosques pour informer les gens lors des activités de distribution d'arbres. Ainsi il communique sa passion et prodigue ses conseils à d'autres et à la fin, c'est lui qui part avec tout ce qui reste. Là où il demeure maintenant, il a pris sous son aile un terrain vague en face de chez lui depuis son arrivée, en 1999, et quand je lui ai demandé l'autre jour combien il avait d'arbres de plantés sans « SA » forêt urbaine, il m'a répondu qu'il avait arrêté de compter après 3000. 

Vous croyez qu'il aime planter des arbres? Non, pas tant que ça. Mais il y met tout son coeur quand même. Il dit qu'il faut persister, être tenace, rempli de patience et de tolérance, que la nature est plus forte que tout. Il sait d'avance et par expérience que sur 10 arbres qu'il plante, seulement 3 vont réussir à survivre, s'enraciner et grandir, parce que 7 vont être bouffés par les lièvres ou autres petits animaux de la forêt qui ont le droit de vivre eux autres aussi. Que même s'il y a plus de pertes que d'arbres qui survivent, il va toujours continuer à en planter. C'est un gars de même, l'homme qui plantait des arbres. Il a cette foi inébranlable et cet espoir fou, solide, tendre et infatigable dans la beauté du monde et la puissance du petit geste qu'on répète inlassablement. Modestement. C'est qu'il est visionnaire. Il voit des forêts là où il n'y en a pas encore et là où elles ont été décimées. Et il les crée selon ce qu'il imagine pour l'avenir. Il les crée vraiment de toutes pièces. Avec amour. Avec patience. Dans l'anonymat. Le silence. La liberté. La créativité. 

Il y a quelques années, l'un de ses amis qui est aussi le mien m'avait consultée au sujet de l'homme qui plantait des arbres. Il voulait qu'on lui rende hommage pour tout ce qu'il avait réalisé dans l'ombre depuis si longtemps et qui méritait une reconnaissance publique. Cet ami était désolé qu'il ne veuille pas de cette reconnaissance et pour aucune considération. Il me demandait d'intervenir auprès de lui pour le faire changer d'idée, ce que j'ai refusé de faire, par respect pour sa volonté et les raisons qu'il évoquait. Il croyait qu'en attirant l'attention sur lui et sur ses forêts, surtout celle qu'il a créée en milieu urbain, les gens allaient venir pour voir le fruit de son patient travail et tout bousiller, l'espoir entretenu, l'acharnement qu'il y a mis, la variété et la richesse qui s'y trouvent. 

À l'instar du film de Frédéric Back, L'homme qui plantait des arbres, il croit que la semence d'arbres est le symbole de toutes nos actions qui, à long terme, ont des conséquences que nous avons peine à imaginer. Il croit aussi que c'est à nous de penser et d'agir en fonction de ce que nous espérons pour l'avenir, de laisser si possible un monde plus beau et plus prometteur pour ceux qui nous suivent. 

Il a cette générosité sans borne et cet espoir complètement fou, mon frère Yves. 

Et pour m'assurer de ne pas froisser sa modestie légendaire, je lui rappellerai simplement l'une des phrases préférées de notre maman : « Le bien fait peu de bruit », ce qui n'est pas une raison pour taire à tout jamais les bons gestes qui se posent dans l'anonymat et le silence, cette inspiration qui était la marotte de notre papa, « Y a plein de bon monde dans le monde ». Moi, je crois que notre société a grand besoin de se faire raconter ce genre d'histoire vraie qui nous réconcilie avec la nature et les gens. 

Je lui souhaiterai aussi de voir pendant très longtemps encore se multiplier et s'épanouir ses forêts, entouré de ceux qu'il aime et qui partagent ses amours et ses passions. 

lundi 3 juin 2013

Aimer la pluie, prise 2


Je vous racontais l'autre jour d'où ça venait que j'aimais la pluie... Et ça venait de loin! Était-ce de l'intuition? Depuis le début de la saison, pour une fille qui aime la pluie, disons que je suis servie!!!  Comme il y a des histoires qui se racontent mieux en images qu'avec des mots, voici des petits moments de notre fin de semaine au campe... et sous la pluie. On commence par un déjeuner avec permission spéciale : du Nutella sur les rôties. 


Entre deux ondées, tout est calme...


Les arbres se mirent dans la rivière...


Le canot semble nous inviter à profiter de ce moment pour aller observer la faune des alentours. On a vu une loutre, des canards et un castor. 


Sous la galerie couverte, on peut jouer aux poupées de papier, se raconter des histoires drôles, jouer aux devinettes,  


Pratiquer la poutre,


Donner du pain aux pies,


Faire un petit tour de canot, mais pas loin parce que le ciel est encore à la pluie. 


Pêcher sur le quai... à la ligne morte. 


En attraper un...


S'en faire une petite entrée à déguster en attendant le souper.


Dimanche, c'était le déluge. Si on avait attendu une accalmie pour faire le trajet en bateau à partir du campe jusqu'à la marina (8 à 10 minutes), je pense qu'on y serait encore! Alors, avec une bâche et une rame, on s'est fait comme une petite tente dans la chaloupe, 


Et on est restés bien au sec


Félixe a voulu prendre une photo de moi parce qu'elle me trouvait rigolote avec mon petit chapeau de paille. C'est vraiment elle qui a pris cette photo! 

Aimer la pluie, prise 2

Et voilà. C'est pas plus compliqué que ça. Malgré la pluie, on s'est bien amusé, bien reposé et puis, en prime, Isabelle a pu passer à travers toute sa pile de correction des examens de ses élèves. J'ai même joué aux cartes avec Félixe, moi qui ne pensais jamais que j'aurais un jour accepté l'idée de jouer aux cartes. Je dis toujours que c'est pas que j'aime pas ça mais la vie est trop courte... 


jeudi 23 mai 2013

Il chantait la liberté


L'été dernier, du petit aéroport de Havre-aux-Maisons aux Îles de la Madeleine jusqu'à celui de Gaspé, au pays de Barbe blanche, ce petit saut de puce qui signifiait la fin du voyage, où j'embrassais du regard une partie intime et maritime de mon pays, créait en moi, dans mes veines, comme une grande marée de l'eau salée qui y circule encore,  faite de sentiments très forts de joie profonde, de paix, d'attachement et de nostalgie. 


Plus on s'approchait des rivages de la Gaspésie et plus la vague d'émotions me ramenait loin en arrière, du temps de mon adolescence, à mon premier voyage aux Îles. Dans mon coeur, il y avait une musique, celle de Georges Moustaki, « La mer m'a donné sa carte de visite/Pour me dire je t'invite à voyager... » et « Ma liberté, longtemps je t'ai cherchée... »


Je ne compte plus les moments de ma vie où j'ai été accompagnée par les chansons de Georges. Il est décédé à l'âge de 79 ans à Nice et je l'ai appris ce matin à mon réveil. J'ai l'impression d'avoir perdu un ami et je veux me souvenir de lui avec tendresse et reconnaissance. 

Il chantait la liberté

Devant moi, en ce moment, j'ai son visage barbu qui illumine de ses yeux de braise deux de ses microsillons usés que j'écoute encore parfois : Georges Moustaki Bobino 70 et l'autre, le plus connu sans doute, Le Métèque. 

Il y a quelques années, j'avais entendu dire que Georges Moustaki viendrait faire une série de spectacles au Québec et qu'il allait prolonger sa tournée jusqu'en Abitibi-Témiscamingue, à Val-d'Or et à Rouyn-Noranda. J'aurais tout fait pour avoir un billet comme tous ceux qui faisaient la file en même temps que moi. Il y a seulement 750 places au Théâtre du Cuivre, ça allait être à guichet fermé en quelques minutes, je m'en doutais. Je comptais les jours qui me séparaient de cette « rencontre » avec l'artiste. 

Par un beau soir ensoleillé de printemps, il nous est apparu, tout vêtu de blanc, sur la scène du Théâtre du Cuivre à Rouyn-Noranda. À l'heure. On lui aurait pardonné n'importe quel retard mais il est arrivé à l'heure. Presque sur la pointe des pieds. Discret. Calme. Souriant. Lui-même, tellement lui-même comme on l'avait rêvé. Et la magie a commencé à opérer dans cette salle si tant tellement subjuguée par sa voix, sa guitare, ses mots, ses chansons, sa présence. 

Comme dans un rêve. Il était là à nous chanter ses plus belles, ses plus tendres. On les connaissait toutes. On les chantait avec lui. J'ai chanté avec Georges Moustaki, moi. Ah oui, j'ai tant chanté ce soir-là, toute seule avec lui. Nous étions tous en tête à tête avec Georges. 

« Nous prendrons le temps de vivre/D'être libre, mon amour... »

« Votre fille a vingt ans/Que le temps passe vite... » 

« Pour avoir si souvent dormi avec ma solitude/Je m'en suis fait presqu'une amie, une douce habitude... » 

« La mer m'a donné sa carte de visite/Pour me dire je t'invite... »

« Pendant que je dormais/Pendant que je rêvais/Les aiguilles ont tourné/Il est trop tard... Pour l'enfant que j'étais/Pour l'enfant que j'ai fait/Passe passe le temps/Il n'y en a plus pour très longtemps... »

Bien sûr, il a chanté Le Métèque, Gaspard, Voyage, Le facteur, La carte du tendre, Joseph et lorsqu'il a entonné

« Ma liberté, longtemps je t'ai cherchée... »

C'était comme une prière que je récitais avec lui. 

Il nous a tant donné et la soirée a passé trop vite. Encore une fois, je le redis, comme dans un rêve. Un rêve magnifique, tendre et doux, du genre qu'on veut refaire chaque fois qu'on s'endort. 

Nous l'avons applaudi chaleureusement, debout, longtemps. Des moments d'éternité. Nous avions besoin de lui manifester notre affection et notre reconnaissance pour cette soirée et pour l'ensemble de son oeuvre. On entendait des « je t'aime Georges » qui fusaient d'un peu partout, tant du parterre que du balcon. 

À regrets, nous sommes sortis du Théâtre du Cuivre, lentement, comme sur la pointe des pieds nous autres aussi, toujours dans l'ambiance de sa musique et de ses mots. 

C'est là que j'ai revu tous ceux qui avaient reçu le même cadeau que moi, du monde de mon âge, avec lesquels j'avais étudié, au primaire, au secondaire, à l'université, des gens avec lesquels j'avais toujours eu des affinités et je comprenais pourquoi, on aimait tous Georges Moustaki, il nous avait bercés pendant les plus beaux moments de notre vie qu'on revivait ce soir-là. 

Les gens regagnaient leur voiture, mais une cinquantaine de nous sont restés agglutinés à la porte d'entrée à vivre ces retrouvailles magiques. Et puis, quelqu'un s'est mis à rechanter ses chansons. On a tous suivi. Que c'était beau. On chantait tous en harmonie. On prolongeait ce moment. On se disait qu'il nous entendrait peut-être... de sa loge! Que ça le ferait sourire...

Pour tout ça et plus encore, merci Georges Moustaki. 

« L'art aide à vivre ». 

mardi 21 mai 2013

Aimer la pluie


Photo prise l'été dernier au « p'tit château », notre camp d'été à Rapide Deux. On l'a retrouvé en fin de semaine dernière après le long hiver et tout ce qu'il y avait de dérangé, c'était ma watch (mirador) qui s'est un petit peu effondrée (le toit) mais c'est pas grave, je connais un bon menuisier débrouillard qui va m'arranger ça en deux temps trois mouvements. 


Le même camp, toujours l'année dernière, mais cette fois, avec la galerie très habitée qu'il pleuve ou qu'il fasse beau. C'est simple, on est toujours dehors, on n'entre dans le camp que pour manger (pas toujours) et dormir. 


Vendredi dernier, nous nous y sommes rendus à bonne heure et nous avions toute la fin de semaine de 4 jours devant nous. On voulait pêcher (c'était l'ouverture de la saison dans notre zone), se reposer, passer du bon temps avec Luc et Céline qui venaient nous y rejoindre samedi matin au quai de la marina. Ce sont nos amis mais aussi de la famille puisque Céline est la « p'tite soeur » à Crocodile Dundee. Elle était mon amie avant d'être ma belle-soeur. Et je suis allée à l'école avec mon beauf. Le monde est petit à Rouyn-Noranda! 


Il a fait super beau vendredi, de même que samedi toute la journée. Nous avons pris 3 beaux brochets en après-midi qu'on a apprêtés et dégustés pour souper. Le poisson était délicieux, il ne pouvait pas être plus frais! 


Même si la température était magnifique au début et la pêche excellente, c'est dimanche qu'on a passé peut-être la plus belle journée ensemble... assis sur la galerie... bien au sec tous les quatre à regarder la pluie tomber doucement et sans interruption. 

Aimer la pluie 

Je serai toujours reconnaissante à ma mère de m'avoir un jour appris à aimer la pluie autant que le soleil. J'avais 4 ans, j'étais alors enfant unique, mes deux petits frères ne sont arrivés qu'après, lorsque j'ai eu 5 ans et 7 ans.  De ça aussi, je lui suis reconnaissante, de m'avoir fait deux petits frères! 

J'étais rentrée dans la cuisine avec la mine basse... Pas d'amis, personne pour jouer, il avait commencé à pleuvoir. Maman m'avait raconté de si belles choses à propos de la pluie, que c'était essentiel pour les animaux, les arbres, les fleurs, l'herbe, les petits ruisseaux qui se gonflent... Elle m'avait sorti mon petit imperméable, un parapluie, des bottes de couleur (elles étaient rouges, il me semble). Elle m'avait suggéré de retourner dehors et de remarquer combien la pluie était chaude et douce. Je pouvais même y goûter en ouvrant ma bouche et en me sortant la langue. Je pouvais sauter dans les flaques avec mes bottes et c'était très amusant, il fallait essayer. J'allais avoir tous les modules de la cour d'école (l'école Victor-Cormier à La Sarre était au bout de ma rue) à moi toute seule si je voulais. Il n'y avait personne sur les balançoires. 

Après ça, je n'ai plus jamais vu une pluie d'été avec le même regard morose. J'ignore si ce que j'aime tant de la pluie, c'est ma mère qui me l'a raconté ce jour-là ou bien si c'est moi qui l'ai découvert ensuite mais quand il pleut, moi, je pète le feu et je ne m'empêche rien du tout, bien au contraire. J'ai le goût d'entreprendre mille projets. Je trouve la lumière si douce, les couleurs deviennent plus chaudes, plus vibrantes, les arbres plus flamboyants, les cours d'eau plus généreux, les flaques d'eau plus invitantes. J'ai toujours le goût de sauter dedans!

Dimanche, il pleuvait à mon goût! Nous avons été à la pêche en début de journée mais nous sommes revenus bredouille au milieu de l'avant-midi quand la pluie s'est mise à tomber. On s'est fait un petit gueuleton et après, nous sommes sortis sur la galerie pour étirer la tasse de thé. Et puis, on s'est refait bouillir de l'eau pour une tisane. Et un peu plus tard, les gars se sont pris une p'tite frette (une bière) pour faire plus « vacances ». Et les filles, on les a imités avec un verre de rouge. Et quelques fromages. Parle parle jase jase, l'après-midi est passé comme ça, dans la douceur du temps qui s'arrête et qu'on s'en fiche parce qu'on est juste bien. 

Céline a dit : « Comment ça qu'on est bien de même, pourtant on pourrait faire ça n'importe quand, c'est à la portée de tout le monde? ». La discussion qui a suivi entre nous quatre était aussi douce qu'animée, ça fait drôle à dire mais je la décrirais comme ça.

Bien vrai. Pourquoi on ne fait pas ça plus souvent? Parce qu'en ville (à la maison) on ne se serait pas permis de flâner sur la galerie couverte tout un après-midi sans être « productifs ». Le téléphone aurait sonné, quelqu'un serait retonti, on aurait fait du ménage, des courses, du lavage, une fournée de biscuits pour prendre de l'avance ou je ne sais pas quoi, mais on ne se serait pas permis de « ne rien faire » pendant tout un après-midi à regarder tomber la pluie toute douce qui donne une si belle couleur aux paysages et à la vie qui bat. 

Il y a des bouts où l'on était si calmes et si sereins, tous les quatre, qu'on ne parlait pas. Ça aussi, on ne se le permet pas souvent, des silences... Et pourtant, on devrait, ils sont remplis de mots d'amour et d'amitié, de ceux qu'on ne dit pas... justement. De ceux qu'on tait parce qu'ils méritent une écoute très spéciale... 

Ah j'ai passé un vrai beau dimanche au campe. C'était pareil hier, lundi. Toujours sous la pluie, nous avons célébré  en toute simplicité 35 ans de mariage, c'est pas rien. Tout un bail. Ça méritait bien un jour de pluie... et quelques silences habités! 

lundi 6 mai 2013

La vie continue


Il était une fois... l'été d'après le décès de notre petit Léo de course (notre Papa) nous étions allés toute notre famille ensemble à Rapide Deux pour revivre la fois où, quelques années auparavant, il avait été si heureux de retrouver le décor, la forêt et le campe de ses jeunes années, du temps où il bûchait dans les chantiers de la Coopérative, dans le secteur de Rapide Six. Ici, on voit Jocelyn et Noémie qui rament de chez mon frère Yves à chez nous. 


J'ai toujours aimé cette photo que j'ai prise alors que Joce et sa fille revenaient de leur petite virée en canot et qu'on partait pour la pêche, cette même fin de semaine de juin 2006. Pour continuer mon histoire, notre famille avait sans doute besoin de se redéfinir dans sa nouvelle dynamique, après le décès de Papa. Certaines familles auraient préféré aller se recueillir au cimetière. Cela ne nous ressemblait pas. Nous avions choisi inconsciemment de retourner sur ses traces, là où il avait été jeune et fort avec toute sa vie devant lui, là où il s'était tellement ennuyé de Maman qu'il lui écrivait alors qu'il était amoureux d'elle et pas encore marié, là où il était retourné avec nous, 50 ans plus tard, et qu'il avait retrouvé plein de souvenirs et des vestiges et des preuves tangibles des histoires qu'il nous racontait de cette époque où il était jeune homme et qu'il trimait dur. 


Dans notre famille, on est fous des arbres et de la forêt, c'est inscrit dans notre code barre! Ici, mon frère Yves faisant une accolade bien sentie à un bouleau!!!



Bien sûr, Maman était de l'expédition à Rapide Six, plus précisément au fond de la baie Ferguson, sur la rivière des Outaouais. 


Nous étions deux bateaux à faire l'expédition, à s'arrêter souvent, à pêcher, et puis les enfants aimaient bien changer d'embarcation, un petit bout avec mon oncle Yves, un petit bout avec mon oncle Gilles, oups, pardon, je veux dire mon oncle Dundee. 


Nous avions la journée parfaite pour l'occasion, pas trop chaud, pas trop frais, pas trop de vent, pas trop de vagues. Nous n'étions ni tristes ni joyeux, nous nous sentions sereins, en communion de pensée avec Papa, lui qui avait un grand sens de la famille, il aurait tellement aimé être au milieu de nous... Et il y était... en quelque sorte. 


Jamais nous n'oublierons cette vieille souche que nous avons aperçue tout près de l'endroit où Papa avait fait chantier autrefois. Nous avons baptisé cette image : « La vie continue » parce que ce symbole est très fort. Comment une jeune pousse peut-elle émerger si vivante de cette vieille souche morte depuis des années? 


C'est fort, la Vie! Même encore plus que la mort... ... ...


Notre famille avait établi sa nouvelle dynamique. « La vie continue... » Et c'est vrai. Maman a poursuivi son chemin toute seule, elle a dû réapprendre à vivre sans lui. Nous, les enfants, avons fait notre deuil, nos conjoints aussi, les 5 petits-enfants sont devenus des adultes, l'une est mariée, l'autre qui planifie de le faire l'hiver prochain, les trois garçons poursuivent leur route. Papa et Maman sont devenus des arrière grands-parents en 2009 et qui sait combien d'autres petits trésors suivront? 

La vie continue

Et moi, je vous quitte pour quelques jours d'escapade, d'aventures et de repos sur les routes du Québec. Je m'ennuie trop du Québec de partout, de ma famille qui vit au loin et que j'ai hâte de retrouver. Je veux déployer mes ailes et m'envoler jusqu'à eux. Je pars mercredi dans la journée et je reviendrai lundi ou mardi de la semaine prochaine. Oui, je sais, c'est très rapide et je traverserai quelques-unes de ces régions en coup de vent : l'Abitibi, l'Outaouais, les Hautes Laurentides, les Basses Laurentides, Lanaudière, Québec, Chaudière-Appalaches. 

Je voudrais aller plus loin encore, jusqu'en Gaspésie, aux Îles de la Madeleine, revoir le Bas-du-Fleuve, découvrir enfin la Côte Nord, revisiter le Saguenay Lac St-Jean, faire une petite poussée en Mauricie, dans les Bois Francs aussi, en Montérégie, à Montréal... 

Mais je me reprendrai, je suis encore jeune!

mardi 23 avril 2013

Vivre de son art


Il se prénomme Dominic. Je vous parle souvent de lui parce qu'il fait partie de notre famille depuis l'été 2007. Il a épousé notre fille, Isabelle, quelques mois après leur rencontre, en novembre 2007. 


Je le connaissais un peu avant qu'il fasse partie de nous. Dominic, dès l'adolescence, s'est révélé en tant que jeune homme très impliqué dans sa communauté, dans la vie culturelle de notre région. 


Si personnellement j'aime l'homme, l'amoureux de notre fille, le père de notre petite-fille, le fils, le frère, le beau-fils, l'ami précieux qu'il représente pour tant de gens, j'ai toujours admiré l'artiste intègre et passionné de la vie et des gens qui, grâce à son art, peut toucher, sensibiliser, faire rire et réfléchir, montrer la beauté dans la réalité, sous toutes ses formes. 


Comme artiste et comme homme, c'est par l'image qu'il s'exprime le mieux. Il a depuis toujours sa propre signature que je reconnais partout. Même dans sa façon de vivre, de parler et de raconter, on voit ses films! 


Il a une attitude formidable dans la vie. 


Il s'investit de tout coeur dans tout ce qu'il fait. Il n'attend pas de reconnaissance, il ne carbure pas à ça mais si ça lui arrive, il en est heureux et modeste, il ne s'accapare jamais le crédit et sent le besoin de faire rejaillir les honneurs sur tous ceux qui croisent sa route, dans son travail ou dans sa vie. 


Dominic a beaucoup voyagé dans le monde. Pas encore assez à son goût mais il est jeune, il pourra continuer à découvrir des univers et des cultures qui l'enchantent. Curieusement, il ne parle pas souvent de ses voyages, de ses expériences, de ses découvertes et de ses rencontres. Il écoute plutôt ce que les autres ont à lui apprendre, à lui montrer, à lui raconter. Il a une qualité d'écoute hors du commun. Tout bagage de vie lui sert dans son art comme dans sa vie en général. 


Sous des dehors toujours très enjoués, l'artiste observe et réfléchit beaucoup, lit, s'informe, s'implique, passe à l'action, vend ses idées comme ses idéaux, partage parfois ses réflexions, il sait convaincre sans parler fort, en tout respect des gens et des arguments qu'on lui sert, il ne réagit jamais avec des réponses toutes faites. 


Disons que ce n'est pas son habit de travail mais il peut le porter avec élégance lorsqu'il le faut. Il a de la classe, l'artiste, même en jeans déchirés avec un vieux T-shirt délavé et des souliers jaunes! 


L'artiste s'intéresse aux sports comme à la vie culturelle, à la philosophie, la sociologie, la politique, l'environnement, l'histoire, l'archéologie, la justice, la santé, les services sociaux, l'éducation, à sa région comme à toutes les régions du monde. Il est ouvert et généreux, il questionne plus qu'il n'affirme. Je n'ai jamais eu connaissance qu'il ait jugé ou condamné qui que ce soit, il tente plutôt de comprendre, de se mettre dans la peau de l'Autre, avec un A majuscule. Il a des convictions, des passions, des intérêts, et beaucoup de projets. Personnels et professionnels. 

Pour moi, Dominic est un être d'exception. Un artiste.

Vivre de son art

La semaine dernière, Dominic séjournait à Montréal pour son travail. En son absence, le Conseil régional de la culture remettait ses prix annuels dans plusieurs catégories, cette année dans le domaine du cinéma, de la réalisation, des nouveaux médias. D'ailleurs, Dominic et Isabelle ont reçu conjointement le Prix Réalisation pour Le stage de Kassandra, une websérie qui les avait menés jusqu'au Gala des Prix Gémeaux où ils avaient été mis en nomination. 

Cette année, le Conseil de la culture de l'Abitibi-Témiscamingue remettait son Prix Artiste à quelqu'un qui fait l'unanimité : Dominic Leclerc. 

En son absence pour cause de travail, Isabelle s'est rendue à Val-d'Or (avec ma voiture) et elle a accepté le Prix Artiste au nom de son mari, en lisant un court texte que Dominic lui-même avait écrit et lui avait envoyé par courriel. 

Le lendemain de cette soirée, j'ai trouvé ce texte qui avait été laissé dans ma voiture et depuis, je l'ai lu et relu, tellement je le trouve riche et profond, empreint de tout ce qui fait la grandeur d'âme, la détermination, l'attitude, les espoirs et les doutes d'un artiste, quel que soit son domaine, qui créée comme il respire, qui aspire et réussit à vivre de son art, en dépit des choix parfois difficiles mais pourtant nécessaires à son épanouissement et à son bonheur. 

Je vous partage ce texte comme j'ai souvent partagé avec vous des paysages que je trouvais trop beaux pour les garder pour moi toute seule : 

« Au bout d'un moment, une pratique artistique, ça devient une sorte de chien de poche. C'est une patente qui est intégrée à notre vie, en symbiose. C'est là quand on va au restaurant, c'est là quand on est en vacances, c'est dans nos faits et gestes et c'est même présent au sein de notre famille. 

Comme dans n'importe quelle pratique artistique, on fait nos trucs parce qu'on a la conviction que c'est comme ça qu'il faut les faire pour toucher, faire rire ou faire réfléchir. À travers ça, on fait un paquet d'erreurs, tant au niveau artistique qu'humain ou même financier. Et ces erreurs, ces faux bonds, affectent toutes les facettes de nos vies. 

L'art n'est pas compartimenté. L'art c'est la vie. 

Un prix comme celui-là ne fait pas seulement valoriser ma pratique artistique, ça vient confirmer que la marche, parfois difficile, en aura valu la peine et que mes choix, autant au niveau artistique qu'humain, sont cohérents et peuvent atteindre la cible. 

Le pèlerinage de la vie artistique est un chemin qu'on ne marche pas seul. Il est rempli de rencontres nécessaires à l'évolution. J'ai eu la chance de côtoyer des gens extraordinaires, créatifs et fonceurs. 

Ce sont eux les responsables. 

Merci à tous ces gens qui m'ont entraîné dans leurs projets ou ont accepté de participer aux miens. »

Dominic Leclerc, avril 2013.