dimanche 1 mars 2015

TOURNER LA PAGE


C'était dimanche dernier chez nous. Bébé Blanche est toujours souriante et curieuse de tout comme ça. Elle aura 8 mois bientôt. 


Elle a toujours ses yeux bleus, on ne se pose plus la question si ça va rester de même! On a ça en commun, elle et moi, ainsi que notre journée d'anniversaire, vous vous souvenez qu'elle née le jour de mes 57 ans?


Toujours dimanche dernier, sa grande soeur Félixe arrivait de la Fête d'hiver où elle s'était fait faire un maquillage... 


... dont elle était très fière!


La veille, donc samedi dernier, près du camp Fra-Gilles à Rapide Deux. Enfin, on avait un répit des grands froids de ce mois de février qui a battu des records et un peu de soleil sur la neige pour créer une si douce lumière qui nous a fait du bien à l'âme.  

TOURNER LA PAGE

Cette page que j'avais si hâte de tourner, c'est celle du calendrier : Février 2015 nous aura semblé le mois le plus long et le plus sombre de l'année en raison de tous les événements qui se sont enchaînés à un rythme affolant et qui nous ont causé de grandes inquiétudes, comme je vous le racontais dans mon billet précédent que je m'empresse de recouvrir de celui-ci. 

J'avais hâte au 1er mars pour vraiment passer à autre chose, même ici, sur ce blogue où des membres de ma famille et mes amis(es) viennent prendre de mes nouvelles. 

Je voulais juste vous dire que je vais bien. J'ai l'impression d'être un petit canard qui se retrouve un peu perdu sur le bord d'un rivage à pédaler en dessous de l'eau parce qu'il ne sait pas faire autre chose, surtout pour ne pas être submergé par les dernières vagues qui signifient la fin de la tempête. Je secoue mes plumes, je regarde partout pour retrouver mes repères mais je m'aperçois que je vais bien et ça m'encourage. 

Mais moi qui aime tant l'hiver d'habitude, je vous avoue que je n'ai jamais eu si hâte au printemps. Je suis très heureuse qu'on aille dans cette direction! 

mercredi 18 février 2015

D'AMOUR ET DE MUSIQUE


Noël 2013, Isabelle, Félixe et Elise, ma fille, ma première petite-fille et ma belle-maman. 


Une enfant émue, ça m'émeut.  

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Septembre 2013, Journées de la culture. Isabelle était porte-parole de ces Journées pour notre région. Nous sortions du Centre d'exposition de Rouyn-Noranda où nous avions passé un beau moment ensemble, ma mère, ma fille et moi. 

D'AMOUR ET DE MUSIQUE

D'entrée de jeu, j'aime mieux vous le dire, je vais très bien maintenant mais je demeure encore un peu ébranlée émotivement. Même si je suis entourée de personnes âgées dont la santé n'est plus ce qu'elle était, c'est pour notre fille Isabelle que nous avons craint dernièrement. Comme quoi tout peut basculer en un rien de temps, la santé, la vie et le bonheur sont si fragiles, vous savez... 

Une petite intervention chirurgicale de routine (enlever 4 dents de sagesse) avec un spécialiste du maxilo facial à l'hôpital où je suis née, à Amos, et c'est l'horreur qui commence : complications post-opératoires, douleurs, enflure qui ne se résorbe pas puis s'étend, nuit sur civière à l'urgence à Rouyn, antibiotiques en intraveineuse, stabilisation en vue du transfert d'urgence à l'hôpital d'Amos où elle a été opérée trois jours plus tôt, examens, deuxième opération d'urgence cette fois, voies respiratoires enflées, intubée à froid, incapacité à respirer, intervention in extremis, travail de l'anesthésiste, du chirurgien spécialiste et toute une équipe au travail, ensuite plus de 24 heures aux soins intensifs, douleurs impossibles à soulager, deux antibiobiques canon en intraveineuse, bref, vous voyez le topo? Isabelle a eu peur et nous aussi. Pendant ce temps, j'étais soit à son chevet soit auprès de mes deux petites-filles pour relayer mon beau-fils. On ne la laissait jamais seule et ce n'était pas un caprice ni de sa part ni de la nôtre, croyez-moi. Elle avait besoin d'assistance et le personnel soignant, très compétent et très humain, comptait sur notre présence auprès d'elle jour et nuit pendant son hospitalisation. 

Une jeune femme de 28 ans, en forme et en santé, maman de deux petites filles, était à ce moment-là plus en danger que ses deux grands-mères. 

Isabelle est sortie de tout danger, elle est en convalescence chez elle, auprès de son homme et de sa petite famille. Nous ne sommes jamais loin... 

En fin de semaine, c'est ma mère qui nous a fait peur. Montée de pression, malaise, consultation avec son médecin ce matin, je l'accompagne... Elle va s'en tirer avec un bon suivi et une médication ajustée. 

En quittant ma mère en fin d'avant-midi, j'allais normalement faire manger Belle-Maman à son CHSLD mais comme j'arrivais trop tard pour ce faire, parce qu'ils mangent très tôt là-bas, j'ai eu l'idée de l'amener plutôt au 2e étage où tous les mercredis après-midi, il y a des musiciens bénévoles qui viennent divertir les résidents, enfin pour ceux qui le peuvent. Belle-Maman a 93 ans, est atteinte d'une sorte de démence mélangée avec de l'alzheimer, on ne sait pas exactement, ces troubles sont très difficiles à diagnostiquer. Elle ne peut plus vraiment s'exprimer, n'a plus de mobilité ni d'autonomie. Mais elle demeure la même personne qu'elle a toujours été, avec ses goûts et ses intérêts, du moment qu'on lui administre les médicaments qu'il faut pour apaiser ses anxiétés. Et ces médicaments-là, ils la font dormir beaucoup beaucoup. 

Donc, à mon arrivée à 12:30, elle cognait des clous dans son fauteuil gériatrique et on s'apprêtait à la coucher dans son lit pour sa sieste à l'aide du lève-personne. Je lui ai demandé si elle avait le goût qu'on aille écouter de la musique en bas. Si vous aviez vu son sourire... Eh qu'elle avait compris ma question!

Ravie de la trouver en assez bonne condition physique et mentale aujourd'hui pour supporter « le voyage » de quelques étages plus bas, du 6e au 2e plus précisément, il me fallait quand même la tenir éveillée jusqu'à l'heure où les musiciens commençaient à jouer. Ce ne fut pas une mince tâche mais j'ai mes trucs : au lieu de pousser son fauteuil gériatrique par l'arrière et disparaître de sa vue, je me place devant elle et je tire le fauteuil vers moi en reculant, je lui parle tout le temps, je fais le clown, je ris et elle rit de me voir rire, je lui conte toutes sortes d'affaires, je sors mes photos d'enfants, les miens et ceux de la famille (elle a toujours tellement aimé les enfants elle aussi) et c'est ainsi qu'on s'est dirigées lentement mais sûrement vers le 2e étage sans qu'elle s'endorme.

En sortant de l'ascenseur, la musique nous a enveloppées comme une couverture chaude qui sort de la sécheuse! Quel sourire elle m'a fait... Un sourire « comme avant », comme à toutes les fois où nous allions, elle et moi, écouter les musiciens à la résidence où elle habitait avant. La musique ne fait pas juste d'adoucir les moeurs, elle adoucit la maladie, n'importe quelle maladie. Elle ramène des souvenirs même à ceux qui ont perdu la mémoire, elle réveille une mémoire affective qui s'était endormie depuis longtemps.

Il y avait des musiques instrumentales, des reels, des chansons, des pièces qui m'étaient toutes familières, certaines que je pouvais chanter au complet en dansant avec elle... Oui, c'est ça, danser avec elle. Comment? En faisant valser doucement son fauteuil gériatrique avec mon genou, je battais la mesure sur son bras ou sur ses mains, toujours jointes, sous la couverture qui l'enveloppe en permanence. Là, je lui disais : « Eh qu'on danse bien, nous autres, hein? » 

Il y avait tant de beau monde dans cette salle. Et tant d'amour. Et tant de belle musique. D'abord, les musiciens, un violon, une guitare, un synthétiseur et une chanteuse, une madame qui devait avoir autour de 70 ans. Ensuite, tous ces gens que je connais et que je côtoie régulièrement dans ce microcosme qui me semble de plus en plus familier et accueillant : des résidents, des membres de leur famille, toujours les mêmes, des bénévoles et accompagnateurs/trices au coeur grand comme le monde, des membres du personnel, etc.  

Ma cousine Lucie accompagne souvent des résidents du CHSLD depuis que sa mère est décédée, elle est restée attachée à l'endroit. J'adore cette fille, je me suis toujours sentie proche d'elle. On se croise souvent là-bas et on a appris depuis toujours à se comprendre vraiment beaucoup sans avoir à se parler trop longtemps. Des fois, on rit, des fois on a les yeux dans l'eau. Je vois très souvent Marlène, c'était mon ange au bureau d'assurance l'automne où j'ai fait deux accidents de voiture de suite dans une période où j'étais particulièrement épuisée à tout point de vue. Je vous ai déjà raconté ça ici même. Ah cette Marlène, toujours un ange et toujours ce sourire si apaisant. Depuis sa retraite, elle est tellement présente au CHSLD, à la fois pour sa mère et pour bien d'autres. Il y a Johanne aussi avec laquelle j'ai tissé des liens qui vont bien au-delà de son métier. Et puis Michèle qui vient nourrir sa maman à la petite cuillère tous les midis et qui s'en va souvent en pleurant, on se conte nos misères de CHSLD en fumant une cigarette dehors dans le stationnement et on finit par rigoler en se disant qu'on souhaite mourir jeune... mais qu'il est trop tard, on est déjà vieilles!!!

Cet après-midi, parmi les danseurs, j'ai vu un vieux monsieur tout beau tout chic qui avait du rythme et une belle allure, avec une belle madame d'environ 70-75 ans, des beaux cheveux blancs, toute gracieuse. Elle me semblait plus jeune que lui mais il était vraiment un beau monsieur alors elle devait lui avoir trouvé jadis beaucoup de charme, ce charme qui ne vieillit pas... J'ai appris qu'ils étaient père et fille, lui a 96 ans, elle a 74 ans. 

Une vieille dame au clin d'oeil facile et à l'air espiègle dansait toutes les valses et les polkas avec une énergie incroyable. Elle ne s'est pas assise souvent. Elle dansait avec l'une, avec l'autre, elle a brûlé quelques-unes de ses compagnes tout au cours de l'après-midi. Lucie m'a dit qu'elle avait  98 ans. Malgré des petites lacunes évidentes mais pas trop gênantes au point de vue cognitif, manifestement, elle n'avait pas oublié ses pas de danse.

À quelques reprises, Lucie et moi, on a eu des complicités comiques en écoutant ces chansons. Parce que cette musique-là, on la connaît, on a grandi là-dedans, c'est de la musique de mononk, un peu country, un peu vieillotte, un peu du style de la bonne chanson, un peu folklorique, un peu de Richard Desjardins aussi, après tout, on est à Rouyn-Noranda. Dès les premiers accords, on s'exclamait en même temps : 

- C'est le reel à Cyrice à mon oncle Louis!

- C'est la chanson à ma tante Colette!

- C'est la toune à Lauréat!

Dans cette salle, cet après-midi, il y avait beaucoup de fauteuils roulants, de fauteuils gériatiques, de déambulateurs (marchettes) de gens avec des problèmes cognitifs, de personnes affectées par la vieillesse, la maladie, le chagrin aussi, je pense à Madame Duplain qui a perdu son mari la semaine dernière et qui saluait gentiment tout le monde comme à son habitude. Certains dansaient, certains chantaient, certains écoutaient, riaient, parlaient mais tout le monde tout le monde tout le monde, sans exception, souriait. Je n'ai jamais vu autant de gens heureux au pied carré que cet après-midi, au CHSLD Maison Pie XII. 

Et Belle-Maman s'est endormie dix minutes avant la fin en rêvant qu'elle dansait...  

 

mardi 20 janvier 2015

Crocodile Dundee fait du cinéma!



Cette photo date d'il y a une quinzaine d'années. Elle a longtemps été mon fond d'écran sur mon ordinateur, ainsi j'avais toujours sous les yeux Crocodile Dundee et notre fille Isabelle, heureux et complices, lors d'une des expéditions de canot père-enfant qu'ils faisaient tous les ans à cette époque avec d'autres de nos amis. 

Crocodile Dundee fait du cinéma!

Je vous avais déjà raconté que lors du tournage de Chasse au Godard d'Abbittibbi, un film de Éric Morin, nous avions eu la chance de faire l'expérience de quelques jours de tournage sur un plateau de cinéma. J'avais, pour ma part, déjà participé au tournage du documentaire Le Grand Retour un film de Herménégilde Chiasson, des Productions du Phare-Est, tourné en 1994 dans le cadre du tout premier Congrès mondial acadien. J'avais adoré cette expérience. 

Dans Chasse au Godard d'Abbittibbi, une fiction, on a fait appel à beaucoup de figurants pour quelques scènes mais notre fille Isabelle avait un troisième rôle, Crocodile Dundee et moi aussi. Aucun de nous trois n'avait tourné la même journée puisque nous faisions partie de trois scènes différentes. J'ai été coupée au montage (ça arrive souvent en cinéma malgré que j'ai passé deux jours coiffée, maquillée et costumée comme dans les années 60) on ne me voit pas vraiment dans le film. Mais Isabelle, oui, bien sûr, elle avait même du texte à apprendre. Quant à Crocodile Dundee, non seulement on le voit et on l'entend dans la scène de la taverne mais à un moment donné, il crève l'écran pendant deux secondes alors qu'on le voit en gros plan, en tant que travailleur de la mine. C'est probablement là que Éric Morin, le réalisateur, a eu un coup de coeur pour « sa gueule de cinéma »!

Donc, au moment de tourner une publicité pour Momentum, un centre de conditionnement physique de notre région, Éric a demandé à son Rambo préféré (cette pub est d'ailleurs surnommée la pub de Rambo!...) s'il voulait faire une journée de tournage avec son équipe pour promouvoir l'entreprise en question. C'était l'été dernier. Crocodile Dundee a dit oui sans trop savoir dans quoi il s'embarquait mais il avait tellement eu de plaisir lors du tournage de Chasse au Godard d'Abbittibbi qu'il ne voulait rien refuser à Éric. 

Disons qu'il n'a pas eu de difficulté à entrer dans la peau du personnage, vous allez tout comprendre quand vous verrez cette publicité de 30 secondes. Au fil des années, mon homme a porté tellement de surnoms. Selon l'époque et le contexte où ils l'ont connu, on l'appelle tour à tour Ti-Pop Rivest (les gars de la construction surtout)  Bill Wabo (un personnage des Belles Histoires des Pays d'en Haut)  Joe L'Indien (un personnage de l'émission Les Cadets de la forêt)  Rambo (personnage bien connu au cinéma, interprété par Sylvester Stallone) et finalement, Crocodile Dundee, pour ceux qui ont vu le film ou bien qui me lisent depuis 8 ans ici. 

http://vimeo.com/108271932

Cette publicité est diffusée depuis 3 mois dans les salles de cinéma de chez nous et aussi à la télévision pendant nos nouvelles régionales. Si vous habitez en Abitibi-Témiscamingue, vous avez des chances de l'avoir déjà visionnée, on nous en parle tellement souvent, si vous saviez. Crocodile Dundee vient tout juste de me donner la permission de la mettre en ligne, pour nos parents et nos amis qui sont de l'extérieur de la région, qui en entendent parler et qui veulent la voir. 

Regardez bien le sourire qu'il a vers la fin, quand il court sur le tapis roulant... Un petit sourire bref, authentique, chaleureux... C'est avec ce sourire-là que je suis tombée en amour un jour!

Bon cinéma!


vendredi 16 janvier 2015

La beauté du monde


Cette photo me fait rire et je me reconnais dans l'expression « complètement sidérée » de ma petite-fille la plus jeune, Blanche, celle qui est née le jour de mes 57 ans. Heureusement qu'elle sourit la plupart du temps et que ses beaux yeux bleus si pétillants nous ramènent à... 

La beauté du monde

Avec les récents événements entourant la tuerie au Charlie Hebdo, ensuite les réactions et réflexions lues, vues et entendues partout dans le monde et qui vont dans toutes les directions, je vous avoue que j'ai encore une fois perdu quelques repères et beaucoup d'illusions sur la nature humaine en général. Je ne comprendrai jamais comment et pourquoi on en vient à tuer au nom d'une croyance, d'un dieu, une idéologie, une religion. 

Ce qui me « répare » à chaque fois où je suis brisée, c'est la beauté et la bonté du monde, de la nature humaine quand on prend chaque être humain un par un. Arrive un moment où je sens le besoin de prendre du recul des médias traditionnels comme des médias sociaux pour m'ouvrir à la vie ici et maintenant. Est-ce de la lâcheté, de la survie ou de la résilience? 

Quoiqu'il en soit, pendant que tous ces événements brassaient les cerveaux et les coeurs à la grandeur de la planète et faisaient surgir le meilleur et le pire de nous, comme humanité, j'ai été plus attentive que d'habitude à ce qui se vivait dans mon univers proche pour trouver refuge dans quelques rencontres marquantes, gestes gratuits et sourires bienveillants qui ont fait une grande différence dans mon quotidien. 

Mardi soir, nous sommes allés à la salle communautaire de la petite ville minière de Cadillac, un salon funéraire provisoire où reposait en paix une grande dame que j'aimais beaucoup. Elle s'appelait Mary. Nous connaissons 2 de ses enfants et quelques grands amis que nous avons en commun. Mary était une fière Algonquine, si tant tellement proche de la vie et de la nature. Il y a des êtres qui sont inoubliables et Mary est de ceux-là qui répandent autour d'eux paix et amour dans un regard, un geste, un sourire, une merveilleuse authenticité et une économie de mots qui, en sa présence, devenaient superflus. Je n'ai jamais vu autant de personnes réunies dans un si petit lieu plein d'amour et d'affection où régnaient respect, recueillement, silences éloquents,  pleurs discrets, poignées de main chaleureuses et câlins réconfortants. 

Je vais très souvent au CHSLD où réside maintenant Belle-Maman. J'y étais encore cet avant-midi et ce midi, pour son rendez-vous chez la coiffeuse au rez-de-chaussée et ensuite pour lui donner son dîner à la grande salle à manger tout près du salon de coiffure, qu'on appelle maintenant « le restaurant » parce que le décor est magnifique et que ça lui amène parfois un sourire. Elle a l'impression d'une grande sortie. Oui, c'est difficile d'accompagner depuis tant d'années une personne en si grande perte d'autonomie mais on rencontre là des êtres d'exception, d'une humanité sans pareille, qu'il s'agisse de membres du personnel soignant ou d'autres proches aidants qui, comme nous, vivent des situations extrêmes qui bouleversent au point où l'on espère tous de mourir jeune... Ces personnes qui accompagnent de tout leur être ceux et celles dont la vie n'en est plus une ont un sourire émouvant, fait de tendresse, de douceur et d'empathie. Un sourire qu'on s'offre les uns les autres sans s'en rendre compte, un sourire entendu, complice, qui contient les mêmes discours sur la vie et la mort qui se côtoient toujours en parallèle sans jamais se croiser. 

En sortant du CHSLD, dans cette froidure hivernale qui n'avait rien pour me réchauffer le coeur, je devais passer à l'épicerie et faire des courses urgentes. Partie tôt de chez moi ce matin, j'avais remis à plus tard la corvée de pelletage de toute cette neige tombée hier soir et cette nuit, avec le banc de neige durcie que n'avait sûrement pas manqué de me faire la déneigeuse de la ville, comme à son habitude. Crocodile Dundee étant absent de la maison, je n'avais pas l'intention de me défiler mais cette corvée de pelletage me pesait comme jamais auparavant. Je manquais de courage. 

Avec mes sacs d'épicerie à débarquer de la voiture, je voulais me stationner dans la rue pour éviter de durcir davantage le banc de neige, j'avais très faim, des appels téléphoniques à retourner et tellement de retard en tout que... ce fut un véritable cadeau de la vie  de me rendre compte en arrivant chez moi que quelqu'un avait tout déblayé la cour, même la galerie et les escaliers avaient été pelletés. Il y avait un ange gardien qui avait tout fait ce travail pour moi. Je n'en revenais pas de la bonté du monde. Quelques heures plus tard, je ne connais pas encore l'identité de cette personne qui m'a rendu service. Est-ce un voisin? Un ami? Mon frère? Mon super gendre? Je ne sais pas mais je saurai bien un jour... En attendant, ce geste m'a convaincue qu'il reste encore tellement du bon monde dans le monde, comme disait mon père. et ces petits événements du quotidien ont contribué à me « réparer » cette fois encore. 

mardi 30 décembre 2014

DES IDÉES ET DES IDÉAUX


Elles font partie des décos de Noël chez nous, ainsi je peux les relire souvent, ce sont les cartes de voeux que nous avons reçues de notre famille et de nos amis cette année. 

DES IDÉES ET DES IDÉAUX

Que j'aime les traditions! Tout le monde a les siennes et certaines viennent de loin. Ces rituels marquent le temps, forgent l'identité, cimentent notre culture, donnent du sens et racontent une histoire, LA NÔTRE!

L'année 2014 s'achève et si plusieurs ont hâte de tourner cette page pour en recommencer une toute neuve, d'autres ont besoin de faire un retour sur les événements marquants de cette année, avec ses joies et ses peines, pour en tirer des conclusions, des réflexions, des enseignements qui seront utiles dans la poursuite de notre avancée sur le chemin de la vie. Je suis dans cette catégorie, vous l'aurez deviné. 

Je n'ai pas pu envoyer de cartes de voeux à tous ceux à qui j'aurais voulu souhaiter une Bonne et Heureuse Année 2015. Alors, c'est par l'entremise de mon blogue que je voudrais le faire pour vous souhaiter très sincèrement 

LA SANTÉ

Et j'ajoute un autre voeu qui pourra contribuer à votre bonheur : profitez de tout ce qui est gratuit et payez-vous la traite en masse! 

Je sais, vous allez penser : « Bon, elle nous revient encore, elle, avec sa simplicité volontaire! »  

Non, je pensais plutôt à ce qui est accessible à tout le monde : le pouvoir de créer et de profiter du bonheur qui ne s'achète pas nulle part. Vous savez mieux que moi comment tout cela pourrait s'intégrer dans votre vie, je vous fais confiance!

D'abord, disons tout de suite que l'amour et l'amitié sont de grands bonheurs qui se multiplient à l'infini et qui ne coûtent rien. 

Et du temps? C'est un magnifique cadeau, le temps. Vous pouvez le donner, le partager ou en profiter pleinement, surtout s'il se fait rare. Il permet tout à tout le monde, le temps. 

Et la musique? Vous en jouez? Non? Vous aimez en écouter? Ouvrez la radio et laissez-vous bercer, vous avez la liberté de choisir ce qui fait plaisir à vos zoreilles et à votre coeur. 

Sortez faire une grande marche pour vous perdre dans le décor, dans un parc, un petit boisé ou dans la foule, peu importe ce qui vous convient au moment où vous décidez de le faire. 

Une bonne lecture? Un mots croisés trouvé dans le journal? Un chocolat chaud fait maison? Un coup de fil à quelqu'un juste pour prendre de ses nouvelles? Un bricolage qui vous trotte dans l'esprit depuis longtemps? Une visite à la bibliothèque? Sortir les vieux crayons de couleur et vous mettre à dessiner pour vous prouver que vous n'étiez pas si pire que ça en fin de compte? Prendre des photos numériques juste pour le plaisir? 

Un bonheur gratuit que je vous suggère dès les premiers jours de janvier : Préparez une grande chaudronnée de bonne soupe réconfort avec les restes de dinde et plein de légumes, invitez sans cérémonie et à la bonne franquette les amis que vous n'avez pas eu la chance de voir au temps des fêtes, cela vous permettra de faire vos voeux de bonne année en personne, de recevoir plein de bisous et de câlins. Gratisssssss!

dimanche 21 décembre 2014

Mettre une bûche dans le poêle



D'abord, ça prend des bûches


Ensuite, une allumette


Et un poêle


Et surtout le goût de mettre une bûche dans le poêle! 

* * * * *

Mettre une bûche dans le poêle

Cette petite anecdote qui s'est passée fin novembre (vous savez bien que je suis incapable d'inventer alors c'est du vécu!...) a été pour moi l'un des moments enrichissants de l'année qui s'achève avec ce solstice d'hiver, une révélation qui n'arrête pas de me faire réfléchir et qui m'apporte un éclairage nouveau pour l'avenir. Il est question de l'amitié avec un grand A et de la place qu'on lui fait (ou qu'on ne lui fait pas assez) dans nos vies. 

Notre ami Sylvain, sa femme et ses grands enfants habitent en Montérégie depuis une bonne trentaine d'années mais ils sont originaires de Rouyn-Noranda où ils ont encore quelques membres de leur famille et beaucoup d'amis. La distance ayant peu d'importance quand on est de l'Abitibi, on a toujours entretenu nos liens d'amitié grâce aux amis communs, aux expéditions de canot qu'on a faites ensemble sur plusieurs grandes rivières du Québec, des fins de semaine de pêche, des rendez-vous de canot camping dans les Laurentides, des visites de passage chez l'un comme chez l'autre, ou bien par téléphone et par courriel. Chaque fois qu'on se rencontre, c'est magique et on reprend là où l'on avait laissé comme si on s'était vus la veille. 

Mais la vie étant ce qu'elle est, vient un moment où nos obligations familiales sont si prenantes qu'on ne s'en aperçoit pas qu'on espace les rencontres, qu'on doit décliner des invitations qui pourtant nous feraient tant de bien et qu'on ne fait plus la place qu'on voudrait aux amitiés qui méritent mieux qu'un très flou « faudrait bien qu'on s'organise quelque chose ensemble ». 

On l'avait su par d'autres, cette fin de semaine-là, Sylvain était en ville! On espérait le voir mais... 

Ce dimanche fort occupé comme tant d'autres, on revient prendre une bouchée à la maison après avoir été visiter et faire manger Belle-Maman au CHSLD. Il y a plusieurs messages sur le répondeur dont un de Sylvain qui nous convoque à l'Abstracto (un bistrot bar super chouette à Rouyn-Noranda) à 16 heures. Sa voix est enjouée et chaleureuse comme toujours alors il ne se passe sûrement rien de grave. Évidemment, la journée était déjà chargée à bloc et en principe, on n'aurait pas eu le temps d'y aller mais on tasse le reste, c'est trop tentant et si intriguant. Il nous convoque!

À l'heure dite, on se pointe à l'Abstracto. Sylvain y est déjà, entouré de plein de nos amis communs. Les tables sont collées et l'ambiance est à la joie des retrouvailles de ces amis qu'on aime tant et qu'on ne voit pas assez souvent. Il y a tellement d'amour et de chaleur autour de cette grande tablée qu'on est envahis d'une espèce d'euphorie collective que c'en est difficile à décrire. Après les bisous et les câlins d'usage, on échange les dernières nouvelles, on rit, on se rappelle des souvenirs et nos folies, on s'informe des uns et des autres, de nos enfants, nos petits-enfants, de ceux qui sont loin comme de ceux qui sont proches et dont on s'ennuie cruellement en ce moment. 

Depuis l'appel intriguant de Sylvain sur notre répondeur, je me demande pourquoi il est venu faire son tour à Rouyn fin novembre. C'est toujours bien pas pour les paysages en cette saison où l'automne est parti mais l'hiver pas encore arrivé. Il doit bien y avoir une raison. J'espère que ce n'est pas un membre de sa famille qui est malade? Pourtant, il a l'air serein, notre Sylvain, enjoué, drôle, brillant, comme d'habitude. L'heure passe et jamais il nous dit pourquoi il nous a tous convoqués. 

Au bout d'un moment, je me risque : « Pourquoi Sylvain t'es venu à Rouyn en fin de semaine et tu nous as convoqués ici cet après-midi? Remarque, je suis tellement contente que tu l'aies fait mais je me demande pourquoi? ». 

Sylvain m'a répondu du tac au tac, les yeux dans les yeux : « Pour mettre une bûche dans le poêle! »

Et là Sylvain m'explique qu'il s'ennuie de nous autres, que comme nous tous, il a une famille qui prend beaucoup de place, il ne regrette rien, il les aime, il veut être là pour eux mais qu'il a décidé de faire de la place dans sa vie pour les vieux amis que nous sommes. Il a besoin de mettre une bûche dans le poêle tandis qu'il reste encore des braises et avant que le feu s'éteigne. 

À cet instant, pour moi, c'est comme si le temps s'était arrêté. Je ressens souvent cela quand je viens de comprendre quelque chose que j'aurais dû comprendre depuis longtemps... J'ai dit à Sylvain qu'il avait eu une merveilleuse idée et que je le remerciais du plus profond de mon coeur. On s'est souri. On s'est compris. 

* * * * *

Là-dessus, je vous souhaite à tous et à toutes, mes amis(es), de très Joyeuses Fêtes!

Mise à jour de Noël 



Je vous l'annonce officiellement, j'ai recommencé à croire au Père Noël... depuis que je l'ai vu arriver chez nous dans la soirée du 24 décembre!


À ce moment-là, on ne savait pas encore si on allait voir le Père Noël en personne cette année ou bien si on allait juste voir ses traces dans la neige comme par les années passées. 


Alors quand le Père Noël est arrivé et qu'on l'a invité à venir quelques minutes dans la cuisine, même s'il se disait à la hâte pour aller voir tous les autres enfants du monde entier, Félixe a tenu à lui présenter sa petite soeur, Blanche. Il avait même apporté un cadeau pour elle mais ne l'avait jamais rencontrée en personne. Il était très content. 



Le Père Noël nous a tous émus tant il a été sensible au bonheur de chacun, petits et grands. 

mercredi 19 novembre 2014

Les cadeaux de ma grand-mère


Elle, c'est ma grand-mère maternelle. Au décès de mon grand-père, elle est venue habiter chez nous. Elle et moi avons partagé longtemps la même chambre, ça crée des liens!  


Le sapin de Noël chez nous il y a quelques années. Chaque ornement a son histoire et son souvenir qui y est rattaché. La crèche et les personnages sont tout autant significatifs.


« Je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître » comme le chante Aznavour. 

Les cadeaux de ma grand-mère

Au début des années 70, on n'habitait plus à Matagami mais à Noranda. Notre si petite maison de la 10e Rue était tout le temps pleine de monde, même si nous n'étions officiellement que six à faire partie de la maisonnée : Papa, Maman, Grand-Maman, mes petits frères, Yves et Jocelyn, et moi. Nous étions devenus la maison familiale depuis que Grand-Maman habitait chez nous. Maman était l'aînée de sa famille de neuf enfants. Chacun(e) avait un(e) conjoint(e) et des enfants. Je me demande encore comment on réussissait à nourrir et héberger tout ce monde-là... Une fois, une voisine avait demandé à mes parents : « Mais où c'est que vous les couchez tous, on les voit rentrer mais on les voit pas ressortir? ». Papa avait répondu : « Ben c'est justement, ils se couchent pas, ils jouent de la musique jusqu'au petit matin! »

N'empêche que Grand-Maman, malgré son peu de moyens financiers, tenait à faire des cadeaux de Noël à tout son monde. Pour nous, ses très nombreux petits-enfants, elle tricotait toute l'année : des bas, des mitaines, des foulards, de toutes les grandeurs, de toutes les couleurs, parfois avec de la laine « détricotée », d'autres fois avec de la laine d'habitant qu'elle achetait en gros, c'était moi son assistante pour tenir les écheveaux qu'on démêlait et qu'elle roulait en pelotes, ce qui lui permettait de mesurer à l'oeil si elle en avait assez de la même couleur pour faire des grands bas ou des plus petits, ou bien s'il lui faudrait tricoter les bordures d'une couleur contrastante pour utiliser tous ses restants. 

Pour ses neuf enfants et leur conjoint, elle tenait à offrir quelque chose de neuf et de bien emballé, avec pour chacun sa carte de Noël personnalisée, choisie avec soin, écrite sur les deux bords et parfois même à l'endos, de sa propre main, avec sa calligraphie de bonne soeur, surtout qu'elle avait passé proche d'en faire une, comme trois autres de ses petites soeurs religieuses de la Congrégation Notre-Dame qu'elle admirait beaucoup. Grand-Maman n'était pas avare ni de ses écrits ni de ses sentiments qui débordaient d'amour, d'admiration, de protection et de tendresse infinie pour sa très nombreuse famille. Elle passait ses journées et ses soirées à tricoter en priant pour nous autres. Combien de fois m'a-t-elle dit : « Je t'ai encore placée sous la protection de la Sainte Vierge » et moi, je lui répondais : « Encore? Vous êtes donc ben fine, je vais pouvoir traverser la rue sans regarder ben vite! ». Au fond, c'était sa manière de me dire qu'elle m'aimait et qu'elle voulait qu'il ne m'arrive rien de fâcheux. J'étais ado, j'allais à l'école secondaire, j'avais toujours deux ou trois jobs les soirs et fins de semaine et je réussissais à faire ma vie de jeunesse, croyez-moi que j'ai pas passé à côté, j'ai « jeunessé » rien qu'en masse. (Sainement quand même!...) 

C'est à ce temps-ci de l'année qu'elle avait besoin de mon aide pour ses cadeaux de Noël. Vers la mi-novembre, elle vidait sa tirelire et ensemble, on roulait des 1 cent, 5 cents, 10 cents, 25 cents. On s'installait sur la table de la cuisine, avec des rouleaux de papier brun qui nous étaient donnés par les banques. On comptait deux fois pour être certaines de ne pas frauder la banque (!) nous étions honnêtes, intègres et très responsables : 50 x 1 cent, 40 x 5 cents, 50 x 10 cents et 40 x 25 cents. À la fin de la soirée, on avait pas mal de rouleaux. C'était la base de son budget pour ses cadeaux à ses enfants. 

Elle m'avait demandé une année de répondre à une annonce qu'elle avait vue dans un magazine pour recevoir gratuitement et sans obligation de ma part « le catalogue Primes de luxe ». Comme elle ne voulait pas se préoccuper des formulaires à remplir et des taxes de vente à gérer, elle voulait que je demande ce catalogue à mon nom, ce qui nous donnait le prix du gros sans pour autant que je devienne vendeuse pour cette compagnie. Une semaine plus tard, je recevais le catalogue et je découvrais en même temps qu'elle tout ce qu'on pouvait commander à des prix fort raisonnables quand on considérait le prix de vente affiché dans le catalogue en comparaison du prix que je payais, moi, en tant que vendeuse. Nous en avons passé des soirées, elle et moi, à magasiner dans ce catalogue... toutes les années qui ont suivi. 

Je me souviens que la première année, elle avait commandé une planche de crible pour mon oncle Hilaire et ma tante Huguette, le genre de cadeau qu'elle aimait offrir, qui pouvait faire autant pour l'homme que pour la femme. Pour mon oncle Edwin, comme il n'avait pas encore refait sa vie à cette époque, elle s'était permis de lui commander un contenant à boisson en forme d'auto. Ça va faire beau dans son salon qu'elle disait. Un ensemble de beaux verres pour ma tante Bernadette, parce qu'elle aimait le beau, et qu'elle avait déjà travaillé dans un bar, elle connaissait ça. « Pis mon oncle Claude, lui, des beaux verres, ça va tu lui faire plaisir? », elle m'avait répondu du tac au tac : « Elle a juste à lui mettre du 5 étoiles dedans pis il va aimer ça! » Deux jeux de cartes coordonnés dans une belle boîte en bois pour mon oncle Marcel et ma tante Denise et quoi encore pour mon oncle Jean-Charles, ma tante Jocelyne, mon oncle Raymond, Papa et Maman, mon oncle Yvon, le syndicaliste (clin d'oeil à Barbe Blanche!...)  On était prêts à poster la commande au bout de quelques soirées de magasinage dans le catalogue, j'y joignais mon chèque libellé à l'ordre de Primes de luxe et Grand-Maman me faisait un chèque du même montant le soir même, elle n'aurait jamais voulu que je finance ses cadeaux de Noël à ses enfants. 

Une dizaine de jours plus tard, on recevait la commande. Enfin, le petit carton de Postes Canada qui m'avertissait que j'avais un paquet arrivé à mon nom au bureau de poste. Quelle joie! Grand-Maman et moi, on était énervées comme des petites filles à découvrir le contenu de sa commande. On avait hâte de voir si c'était aussi beau en vrai que dans le catalogue qu'on avait usé à force d'hésiter et de le feuilleter d'un couvert à l'autre jusqu'au moment de commander. 

Les soirs suivants, ô bonheur suprême, surtout si j'avais congé de mes jobs d'étudiante et que je rentrais de bonne heure, on s'installait sur la table de la cuisine et on s'étendait même jusqu'au comptoir, avec les papiers d'emballage recyclés des années passées, des bouts de ruban, des choux, des ciseaux, du ruban gommé, des restants de décos de Noël, n'importe quoi qui me tombait sous la main, je me lâchais lousse dans la créativité et l'originalité pour créer les plus beaux emballages cadeaux qui soient, encouragée par elle qui s'émerveillait de tout et de rien, pendant qu'elle choisissait et écrivait ses cartes. Grand-Maman  était impressionnée de mes petites trouvailles, et moi, de ses mots tendres à ses enfants, c'était du bonbon pour nous deux de partager ces soirées-là. Préparer Noël n'avait jamais été aussi joyeux qu'avec elle dans ces années-là. 

Après que tous ses cadeaux de Noël était prêts, bien emballés et les cartes toutes écrites, il nous restait à faire des dizaines de pâtés à la viande, des beignes, des gâteaux sans feu, des tartes de toutes sortes pour le grand jour où tous débarqueraient à la maison : mon oncle Marcel et mon oncle Paul avec les guitares, mon oncle Claude avec son 60 onces de « Five Star » acheté « aux lignes » et légèrement entamé, les matantes toutes belles, les éclats de rire qui fusaient jusqu'à enterrer le bruit des enfants turbulents qui couraient partout, les manteaux empilés plein le lit de mes parents, les bottes cordées pour s'égoutter dans le bain et dégager l'entrée, les deux ou trois tablées à se succéder dans la cuisine où il faisait toujours trop chaud, le four rempli sur deux étages, les 4 ronds du poêle couverts de chaudrons, avec la vaisselle sale qui n'avait pas le temps de s'empiler parce qu'on la faisait à mesure et là, là, là, là?

Mon oncle Paul commençait à réchauffer sa guitare qui reposait dans le coin à côté du sapin en attendant, ma tante Yvonne, ma tante Denise et ma tante Gertrude qui se réchauffaient  la voix en débarrassant la table, quelques accords endiablés plus tard, entre les fous rires uniques de ma tante Bernadette et les histoires grivoises de mon oncle Edwin, mon oncle Marcel allait rejoindre son petit frère pour s'accorder autant que s'accordaient leurs instruments et ça partait sur l'erre d'aller qui durerait toute la nuit avec une pause pour la messe de minuit où plusieurs n'iraient pas communier parce que pas à jeun : « Non pas par la fenêtre/Ni par la porte d'entrée/Mais par la cheminée/Comme il a fait l'an dernier/Pour tous Noël vient de naître/Papa Noël est arrivé/Comme par les années passées/Il vient remplir tous nos souliers/ Oh Noël Noël Noël Noël/C'est toi que nous fêtons/Petits comme grands/Le coeur content/Joyeux nous t'attendions... » 

Avec le recul, je vois bien que nous n'étions pas riches. Mais nous n'étions surtout pas pauvres, ah ça non, surtout pas pauvres. Eh qu'on n'était donc pas pauvres...