Cette photo me fait rire et je me reconnais dans l'expression « complètement sidérée » de ma petite-fille la plus jeune, Blanche, celle qui est née le jour de mes 57 ans. Heureusement qu'elle sourit la plupart du temps et que ses beaux yeux bleus si pétillants nous ramènent à...
La beauté du monde
Avec les récents événements entourant la tuerie au Charlie Hebdo, ensuite les réactions et réflexions lues, vues et entendues partout dans le monde et qui vont dans toutes les directions, je vous avoue que j'ai encore une fois perdu quelques repères et beaucoup d'illusions sur la nature humaine en général. Je ne comprendrai jamais comment et pourquoi on en vient à tuer au nom d'une croyance, d'un dieu, une idéologie, une religion.
Ce qui me « répare » à chaque fois où je suis brisée, c'est la beauté et la bonté du monde, de la nature humaine quand on prend chaque être humain un par un. Arrive un moment où je sens le besoin de prendre du recul des médias traditionnels comme des médias sociaux pour m'ouvrir à la vie ici et maintenant. Est-ce de la lâcheté, de la survie ou de la résilience?
Quoiqu'il en soit, pendant que tous ces événements brassaient les cerveaux et les coeurs à la grandeur de la planète et faisaient surgir le meilleur et le pire de nous, comme humanité, j'ai été plus attentive que d'habitude à ce qui se vivait dans mon univers proche pour trouver refuge dans quelques rencontres marquantes, gestes gratuits et sourires bienveillants qui ont fait une grande différence dans mon quotidien.
Mardi soir, nous sommes allés à la salle communautaire de la petite ville minière de Cadillac, un salon funéraire provisoire où reposait en paix une grande dame que j'aimais beaucoup. Elle s'appelait Mary. Nous connaissons 2 de ses enfants et quelques grands amis que nous avons en commun. Mary était une fière Algonquine, si tant tellement proche de la vie et de la nature. Il y a des êtres qui sont inoubliables et Mary est de ceux-là qui répandent autour d'eux paix et amour dans un regard, un geste, un sourire, une merveilleuse authenticité et une économie de mots qui, en sa présence, devenaient superflus. Je n'ai jamais vu autant de personnes réunies dans un si petit lieu plein d'amour et d'affection où régnaient respect, recueillement, silences éloquents, pleurs discrets, poignées de main chaleureuses et câlins réconfortants.
Je vais très souvent au CHSLD où réside maintenant Belle-Maman. J'y étais encore cet avant-midi et ce midi, pour son rendez-vous chez la coiffeuse au rez-de-chaussée et ensuite pour lui donner son dîner à la grande salle à manger tout près du salon de coiffure, qu'on appelle maintenant « le restaurant » parce que le décor est magnifique et que ça lui amène parfois un sourire. Elle a l'impression d'une grande sortie. Oui, c'est difficile d'accompagner depuis tant d'années une personne en si grande perte d'autonomie mais on rencontre là des êtres d'exception, d'une humanité sans pareille, qu'il s'agisse de membres du personnel soignant ou d'autres proches aidants qui, comme nous, vivent des situations extrêmes qui bouleversent au point où l'on espère tous de mourir jeune... Ces personnes qui accompagnent de tout leur être ceux et celles dont la vie n'en est plus une ont un sourire émouvant, fait de tendresse, de douceur et d'empathie. Un sourire qu'on s'offre les uns les autres sans s'en rendre compte, un sourire entendu, complice, qui contient les mêmes discours sur la vie et la mort qui se côtoient toujours en parallèle sans jamais se croiser.
En sortant du CHSLD, dans cette froidure hivernale qui n'avait rien pour me réchauffer le coeur, je devais passer à l'épicerie et faire des courses urgentes. Partie tôt de chez moi ce matin, j'avais remis à plus tard la corvée de pelletage de toute cette neige tombée hier soir et cette nuit, avec le banc de neige durcie que n'avait sûrement pas manqué de me faire la déneigeuse de la ville, comme à son habitude. Crocodile Dundee étant absent de la maison, je n'avais pas l'intention de me défiler mais cette corvée de pelletage me pesait comme jamais auparavant. Je manquais de courage.
Avec mes sacs d'épicerie à débarquer de la voiture, je voulais me stationner dans la rue pour éviter de durcir davantage le banc de neige, j'avais très faim, des appels téléphoniques à retourner et tellement de retard en tout que... ce fut un véritable cadeau de la vie de me rendre compte en arrivant chez moi que quelqu'un avait tout déblayé la cour, même la galerie et les escaliers avaient été pelletés. Il y avait un ange gardien qui avait tout fait ce travail pour moi. Je n'en revenais pas de la bonté du monde. Quelques heures plus tard, je ne connais pas encore l'identité de cette personne qui m'a rendu service. Est-ce un voisin? Un ami? Mon frère? Mon super gendre? Je ne sais pas mais je saurai bien un jour... En attendant, ce geste m'a convaincue qu'il reste encore tellement du bon monde dans le monde, comme disait mon père. et ces petits événements du quotidien ont contribué à me « réparer » cette fois encore.



























