mercredi 26 février 2014

Mon photographe


Le voilà, ce cher Crocodile Dundee, à l'âge de 3 ou 4 ans. Seul garçon de sa famille, vivant sur une grande ferme au Témiscamingue, il devait s'inventer un ami pour jouer aux cowboys et aux indiens. Il se souvient d'avoir été souvent observer les castors pendant des heures et des heures, même des journées entières, au bout de la terre chez lui. S'il disparaissait souvent, sa mère et ses grandes soeurs ne s'en inquiétaient pas outre mesure, elles savaient bien qu'il réapparaissait tout le temps avec ses 13 ou 14 chats qui le suivaient partout! 


Depuis le 12 février 2013, Crocodile Dundee est devenu photographe au lieu de chasseur et trappeur. Toujours aussi protecteur de la faune, de la flore et de l'environnement, quand il se promène en forêt boréale maintenant, il est toujours armé de son appareil photo. Ici, un coucher de soleil à contre jour qu'il trouvait beau. 


Il est bien fier de celle-ci : un lynx. Crocodile Dundee s'est servi de son zoom pour la première fois en prenant cette photo, à l'automne 2013. Il en a pris toute une série mais celle-ci est la plus claire. 


Un castor à l'ouvrage. Automne 2013.


Mais qu'est-ce qu'il fait là, ce pauvre volatile emplumé? Il n'a pas suivi les copains qui s'envolaient vers le Sud?


Chouette lapone, janvier 2014.


La même chouette lapone, d'un peu plus près. 

Mon photographe

Au sujet de Crocodile Dundee, l'histoire que sa mère aime tant raconter, c'est la fois où... 

Sur la ferme, les chats sont nombreux et vivent en toute liberté. La ferme familiale Dundee se spécialisait en production laitière, avec un bon troupeau de vaches Holstein très productives. C'était une ferme modèle, avec tout l'équipement moderne.  

Crocodile Dundee était le petit dernier de la famille. Plus tard, il a eu une petite soeur qui s'est ajoutée mais lorsqu'il avait 3 ans, ses amis étaient les 14 chats de la ferme qui le suivaient partout, sauf dans la maison. Il les transportait à l'aide de sa « waguine » rouge. C'était son véhicule personnel! 

Comme de raison, si jeune, Crocodile Dundee ne savait pas lire, ni écrire, ni compter mais il avait donné un nom à tous ses chats. Un jour, il arriva un accident à l'un d'eux, une vache l'a écrasé et on ne l'a pas laissé souffrir ainsi... On a mis fin à ses souffrances. Madame Dundee a dit à son mari qu'il faudrait trouver une explication à donner au « p'tit » avec ce qui venait de se passer mais Monsieur Dundee lui a répondu que le « p'tit » ne s'en rendrait pas compte qu'il lui en manquait un, parce qu'à ce compte-là, un de plus, un de moins... 

Rendu au soir, Crocodile Dundee reprenait le décompte de ses chats en les nommant tous chacun leur tour et en leur disant qu'il fallait rester dans la waguine jusqu'à temps qu'il ait fini. Sa mère le voyait faire par la fenêtre et en avait les larmes aux yeux. Il disait : « Il m'en manque un, M'man! »

Il ne voulait pas rentrer à la maison tant qu'il lui en manquait un. Il le cherchait. Il l'appelait. 

Ses parents ont été obligés de lui avouer que le chat manquant avait eu un accident et qu'il en était décédé. Crocodile Dundee a bien accepté la vérité. Il a arrêté de chercher. Il est allé porter les 13 chats avec sa waguine dans l'étable jusqu'au lendemain matin. 

Sa mère a 92 ans et elle conte encore cette anecdote en la revivant à chaque fois. Pauvre minou, qu'elle dit, et je ne crois pas qu'elle parle du chat manquant. 

dimanche 9 février 2014

Faire du neuf avec du vieux


Voici « l'oeuvre » une fois restaurée avec le temps et la patience! J'aurais dû prendre une photo du textile tout sale et délabré au moment où je l'ai eu entre les mains, début décembre dernier... On dirait que j'aime les causes désespérées!!! Non mais c'est vrai, quand on réussit, on est fier de soi. Si l'on ne réussit pas, on appelle cela une expérience non concluante et on se dit qu'on n'avait rien à perdre alors on n'a rien perdu! 


L'étiquette qui ne tenait qu'à un fil avait attiré l'attention de Crocodile Dundee... et la mienne. Je ne saurais apposer une date sur la confection originale de cette pièce de vêtement fait pour le Grand Nord mais il y a longtemps que les Eskimos s'appellent des Inuits. 


En refaisant le capuchon, j'ai eu l'idée de broder une petite fantaisie de x pour en souligner le contour, y ajouter un pompon et un fil crocheté de ma fabrication. Comme j'avais déjà dans mon armoire à bricolage une petite balle de fil de coton de couleur rouge, je n'ai eu qu'à acheter un petit emballage de fil à broder à 45 sous. 


Une fois les coutures faites à la main à la presque grandeur du vêtement, les broderies et décorations (sobres) terminées, on voyait les dessous de mon ouvrage sur le capuchon alors j'ai pris un morceau de biais que j'ai cousu à la main sur l'envers. 


Crocodile Dundee « étrenne » son cadeau de Noël, le 27 décembre dernier, au camp Fra-Gilles. 

Faire du neuf avec du vieux 

C'est une petite histoire toute simple de bricolage mais les petites choses toutes simples qu'on réalise avec le temps et la patience nous amènent parfois à comprendre une foule de choses plus grandes et plus complexes. De toute manière, chaque fois qu'on prend le temps et qu'on travaille de nos mains, notre cerveau détendu (et le mien a tellement besoin de se détendre!...) réalise du même coup des réflexions et des conclusions qui nous font du bien et nous rendent un peu plus zen. 

En décembre dernier, Crocodile Dundee avait été travailler pour donner un coup de main à notre beau-frère, au nouveau camp qu'il venait de s'acheter, à Rapide Deux. Comme toute la transaction avait été négociée par lui, à Ste-Anne des Lacs, avec les vendeurs de Drummondville, on savait que ce territoire giboyeux n'offrait pas grand chose.... à part un territoire giboyeux! Situé pas très loin de notre camp Fra-Gilles, (le terme pas très loin est ici plutôt relatif) ce camp nouvellement acquis par notre beau-frère s'avère difficilement accessible parce que très loin en forêt pour la plupart du monde mais pas pour Crocodile Dundee, qui ne demande pas mieux que d'aller explorer. C'était aussi l'occasion d'aller prendre des photos pour le beau-frère et tant qu'à être là, il en avait profité pour déblayer le plus gros, brûler de la cochonnerie en faisant un grand ménage du camp et du hangar dont l'entretien avait été négligé depuis plusieurs années. 

En tombant sur cette pièce de vêtement qui avait plutôt l'air d'une vieille couverture déchirée et décousue, il l'avait presque jetée dans le feu mais à la dernière minute, voyant ces ours polaires de couleur brodés, il avait eu le réflexe de regarder de plus près et il avait vu cette étiquette en tissu qui ne tenait qu'à un fil et qui venait donner de la valeur à «  la chose ». Il avait décidé de se la mettre sur le dos pour l'essayer, par-dessus ses vêtements d'hiver. Il ne l'avait plus enlevée de la journée, tellement c'était chaud et confortable. Ce vêtement était fait pour les conditions nordiques, à n'en pas douter. 

Crocodile Dundee avait ramené à la maison sa trouvaille. J'étais sous le charme. Tant d'authenticité et peut-être tant d'histoire aussi. Sûrement que l'un des vendeurs du camp avait déjà séjourné ou habité dans le Grand Nord, sinon comment aurait-il mis la main sur un tel vêtement? 

C'est alors que j'ai eu l'idée de « m'attaquer » à cette canadienne en laine véritable pour la lui offrir, toute rajeunie et revampée, en guise de cadeau de Noël. J'en ai passé des heures, en cachette, à nettoyer, faire tremper, essorer, faire sécher à plat sur un vieux couvre-lit en chenille plié en quatre, avant de me lancer à recoudre à la main le haut et le bas, à gauche et à droite de la fermeture-éclair, encore solide. Je découvrais avec joie que les ours polaires rouges et noirs étaient restés intacts, je n'avais rien à y faire. Je me suis attaquée ensuite aux manches à recoudre et solidifier le tissu à certains endroits,  refaire l'ourlet du rebord avec du fil blanc-beige qui pouvait se marier avec le reste. Parce qu'il faut dire que le blanc de cette laine bouillie (c'est comme ça que ma mère appelle ça), même après avoir été lavé plusieurs fois, restait pas mal jauni, ce qui témoignait de l'âge et de l'usure de la canadienne venue du Nord. 

J'ai gardé le capuchon pour la fin, c'était là où il y avait le plus de travail à faire. Mais rendue là, j'étais encouragée de voir le cadeau de Noël prendre forme à mesure que j'avançais dans mes travaux. J'ai adoré chercher sur Internet et auprès de mon entourage des trucs en tout genre pour nettoyer, essorer, trouver du fil à broder de la bonne couleur, (il y a tellement de sortes de rouge!...) agencer une vieille balle de fil de coton, réapprendre à faire un pompon bien fourni, ressortir mes crochets, aiguilles et fils de toutes les couleurs, pour en quelque sorte, comme on dit, faire du neuf avec du vieux! 

Le cadeau de Noël de Crocodile Dundee cette année m'aura coûté 45 sous et ce sont les 45 sous les mieux investis de mon année 2013, ma première année de retraite... sans fonds de pension!

lundi 20 janvier 2014

De l'amitié à l'amour en 1976


C'était la gang à Crocodile Dundee en 1975. Je les connais tous et toutes. J'avais numérisé cette photo il y a quelques années pour la donner en cadeau à Denise. C'est celle que Crocodile Dundee tient par le cou. De gauche à droite, ceux qui sont debout : Claire, Denise, Crocodile Dundee, Roger, Anne, El Grand, Marleen, Ghislain. En avant, à genoux : Ti-Nioche, Line, Richard. Penché au-dessus d'eux : Coco. 


Moi, à la même époque! J'avais beaucoup d'amis(es) mais aucune gang attitrée. 


Le 20 mai 1978. Un clin d'oeil à Lise et sa mémoire phénoménale!

Nous avons très peu de photos de nous deux, juste nous deux. En voici une prise par notre fille, Isabelle, le 20 mai 1992. C'était notre 14e anniversaire de mariage. 


Le 1er juillet 2001 marquait le 50e anniversaire de mariage de mes parents. 


À Grande-Entrée, aux Îles de la Madeleine, fin juin 2012. Crédit photo : Jocelyn Turbide. 

De l'amitié à l'amour en 1976

Par où commencer? D'abord par la lecture du billet précédent, Grand Nord 1976, si ce n'est pas déjà fait! Dans les commentaires, plusieurs se demandaient comment nous étions passés de l'amitié à l'amour et si cette run à la Terre de Baffin pour Crocodile Dundee avait été le déclencheur... En quelque sorte, peut-être que oui mais ce serait sans doute arrivé quand même sans cette séparation de 3 mois et 10 jours, allez donc savoir... 

Notre amitié avait été instantanée dès les premiers jours de septembre où, en commençant notre 8e année, (aujourd'hui on dit Secondaire 1) nous nous étions retrouvés dans la même classe, la 8-6 qu'on appelait, qui regroupait des jeunes dont les noms de famille commençaient par les lettres de la fin de l'alphabet, les R-S-T-V-W. Nous étions voisins de pupitres. Les amis de la classe semblaient bien se connaître, ils avaient fait leur primaire ensemble mais nous étions deux nouveaux : Ses parents avaient déménagé de Ville-Marie à Noranda et les miens, de Matagami à Noranda. 

L'été précédent, j'avais eu le temps de connaître pas mal de monde dans mon nouveau quartier mais aucun n'était dans ma classe, sauf peut-être Royal et Vézina. J'avais connu aussi une fille très gentille avec laquelle j'avais des affinités naturelles et qui portait le même nom que Dundee, elle venait de déménager de Ville-Marie à Noranda. C'était sa petite soeur Céline! 

Toute cette 8e année a été parsemée de bons souvenirs, d'apprentissages, d'anecdotes et de... billets de discipline! Dundee et moi, on était « the perfect match » : il était drôle et moi, j'étais ricanneuse. Dès qu'il y avait un travail d'équipe à faire, on se tournait l'un vers l'autre, c'était réglé, on se plaçait ensemble. Les profs étaient habitués de nous voir travailler et déconner en équipe. Quand on riait trop, il leur arrivait de lancer : « Turbide-Rivest : dehors! » et on s'en allait ensemble chez le directeur avec notre billet de discipline. Ça créait des liens! Tellement que lorsque notre fille est née, après hésitation, on a décidé qu'elle porterait seulement le nom de son père parce qu'en jumelant nos noms Turbide-Rivest, on avait l'impression d'entendre la suite : dehors!

Notre amitié soudée tout au long de cette année scolaire inoubliable, nous avons poursuivi notre secondaire en se croisant partout, à l'école et ailleurs, dans nos activités sportives et sociales, avec les mêmes amis, les mêmes partys, les mêmes folies. Je sortais avec des gars, jamais rien de sérieux, des amourettes d'adolescents, rien de plus et lui, de son côté, a eu quelques compagnes aussi mais moins que moi. Il aimait sa liberté et moi j'avais si peur de l'engagement qu'on se comprenait sans se parler et pourtant, on se parlait souvent... et longtemps. On se souvient de discussions qui s'étiraient pendant des heures sur des coins de rues et lors de nos rencontres improvisées dans les débuts de soirées dans les différents bars de la ville.  

Notre complicité me rendait service. Quand il y avait un gars un peu achalant assis à côté de moi, Dundee le sentait tout de suite que je n'avais pas d'intérêt et il jouait le jeu du chum qui vient me rejoindre, ce qui faisait fuir le pot de colle comme par magie et je le remerciais d'avoir tout compris. On se promettait de se revoir plus tard au cours de la soirée! 

Bien souvent, on finissait nos soirées ensemble sans l'avoir vraiment cherché (était-ce vraiment le hasard?...) Comme on veillait tard, on fermait les bars et au moment du last call, notre phrase magique était celle-ci : « Un chicken fried rice à deux, au Cordon Bleu? » et l'autre répondait invariablement : « T'es pas game! » alors on partait bras dessus bras dessous à 3 heures du matin au resto chinois ouvert 24 heures sur la rue Principale, à Rouyn. 

Il n'y avait rien d'autre que de l'amitié entre nous. Enfin, c'est ce que je croyais. On partageait des confidences, des souvenirs, des rêves, des projets, des secrets, des complicités, une grande loyauté et beaucoup de respect, mais malgré tout, on ne parlait jamais de nos histoires d'amour, ni lui ni moi. On se gardait une petite gêne là-dessus. Pour moi, Crocodile Dundee n'était pas un gars, du genre qu'on trouve de son goût et qu'on voudrait sortir avec. Non, c'était autre chose... De plus précieux qu'un petit béguin passager. 

Et puis un soir... 

Une fin d'hiver un peu morose, un soir de mars 1976.... On se retrouve au Chat Noir, toute une gang en début de soirée. Un pot de colle assis à côté de moi, Dundee fait semblant d'être mon chum, fait fuir le pot de colle et me dit qu'ils s'en vont veiller à la Champlain. Je lui dis que moi, je vais rejoindre les filles au Piano Bar de l'hôtel Albert. Il me confie qu'il aimerait qu'on se voit plus tard peut-être, que c'est son dernier soir en ville, qu'il s'en va travailler à la Terre de Baffin pour 3 mois, il part demain matin. Autour de minuit, il arrive au Piano Bar avec Ti-Nioche, Coco et quelques autres de sa gang. Mes chums de filles et moi, on ne demande pas mieux, ces gars-là sont toujours sur le party et on a le goût de danser. À mesure que la soirée avance, on s'aperçoit que les autres sont sur la piste de danse et qu'il ne reste que Dundee et moi, seuls à cette table. On a tellement de choses à se raconter... Mais on est tristes un peu sans qu'on s'explique pourquoi. 

Pour le dernier slow, Dundee me demande si je veux danser. Non, je veux pas. Mais je ne lui dis pas et j'y vais quand même, parce que c'est son dernier soir en ville et que je veux lui faire plaisir. Je me souviens encore de cette chanson... Interminable! Je suis dans ses bras. Pas trop collée mais dans ses bras quand même. Et je suis bien. Tellement trop bien. J'ai trop bu. Ah c'est sûr que j'ai trop bu, c'est rendu que je ressens des affaires comme d'être trop bien. C'est pas normal. Et je veux pas tout gâcher. C'est mon meilleur ami. J'ai pas le droit d'être bien de même...  La musique s'arrête, les lumières s'allument et je voudrais être ailleurs.. Alors, je m'en sors avec : « Un chicken fried rice à deux, au Cordon Bleu? » et il me répond : « T'es pas game! » et c'est comme ça qu'on a passé encore le reste de la nuit à parler et à rire jusqu'à ce qu'il vienne me reconduire chez nous. 

Je l'ai su plus tard mais quand il est rentré chez lui cette nuit-là, il a réveillé sa soeur Céline pour lui raconter qu'il avait dansé avec moi. Un slow! Et qu'on avait fini la soirée ensemble au Cordon Bleu. 

À partir de là, tout était plate en ville. Je sortais souvent mais si je rencontrais tout le temps sa gang, lui n'était pas là et je ne comprenais pas encore que c'était la seule chose qui avait changé en ville : il n'était plus là. Donc, j'ai commencé à sortir moins. 

Une fois, en sortant de mon travail, je rencontre sa soeur Céline et je lui demande si elle a des nouvelles de son frère à la Terre de Baffin. Elle me donne plein de ses nouvelles et me dit que je devrais lui écrire, que ça lui ferait tellement plaisir parce qu'il s'ennuie à mourir là-bas. Je lui dis que ce serait une bonne idée mais je ne passe pas à l'action. Qu'est-ce qu'il pourrait croire, lui, à l'autre bout du monde, si je me mets à lui écrire? 

Le retour

En juillet 1976, je suis souvent les fins de semaine au chalet de mes parents, au lac Hébécourt. J'ai des amis et de la parenté là-bas, il y a un resto bar où l'on se retrouve tous ensemble, on fait de la musique, on veille tard, et j'oublie que c'est rendu plate en ville, je ne suis plus jamais là. J'apprends quand même à travers les branches que Crocodile Dundee est revenu à Rouyn-Noranda, qu'il a pris tout le mois de vacances pour profiter de son été, qu'il s'est acheté un camion et qu'il coule des jours heureux avec sa gang. 

Le 14 août 1976, un samedi, on ne va pas au chalet du lac Hébécourt parce que mon cousin Jean-Guy se marie. On s'en va tous aux noces!  En plus des oncles, tantes, cousins, cousines, je sais que je vais voir pas mal de monde, parce que les amis de mon cousin Jean-Guy et de sa femme, Michelle, sont aussi mes amis. Parmi eux, je vois Ti-Nioche, Coco, Ghislain, Pierre, en tout cas, une bonne gang tous assis à la même table. 

Il y a un fatiguant de pot de colle qui n'arrête pas de me demander pour danser. Il me demande s'il peut s'asseoir à ma table. Je dis oui mais juste parce que ça me tente de danser, le gars m'intéresse pas du tout. À un moment donné, le gars s'en va se chercher une bière pour lui au bar, il me demande même pas si j'en veux une. En s'en revenant, il jase avec quelqu'un longuement et la place est libre à côté de moi. C'est là que je regarde vers l'entrée... 

L'apparition 

Je n'oublierai jamais cet instant où j'ai regardé vers l'entrée... On aurait dit qu'il y avait des projecteurs braqués sur le gars qui était là et qui me regardait en souriant. Un beau gars... Un sacré beau gars! Beau bonhomme, bien habillé, les cheveux bien coupés et quels yeux, quel sourire. Je ne l'avais presque pas reconnu, c'était Crocodile Dundee! 

Le pot de colle arrivait pour se rasseoir à côté de moi mais Dundee est arrivé avant, m'a donné deux becs sur les joues, a fait semblant d'être mon chum et s'est assis à côté de moi. On avait tellement de choses à se raconter qu'on n'est même jamais allés danser ce soir-là. Pis on a veillé tard. Très très tard. 

Deux semaines plus tard, c'était mon cousin Richard qui se mariait. Le 28 août 1976, un samedi, Crocodile Dundee est venu me chercher chez mes parents pour qu'on aille aux noces à Richard. Lui était invité comme ami, et moi, comme cousine, mais on y allait ensemble. Depuis ce jour-là, le 28 août 1976, on ne s'est plus jamais quittés. 

Plusieurs conclusions 

Ça m'a pris du temps à voir clair. Crocodile Dundee avait compris bien avant moi que nous étions amoureux l'un de l'autre. 

J'ai toujours trouvé que l'amitié était une belle base pour l'amour. 

Si nous étions sortis ensemble plus jeunes, peut-être qu'on aurait bousillé nos chances. Il est heureux que nous ayons eu tous les deux, chacun de notre côté, une vie de jeunesse et de liberté. 

Vous auriez dû voir la tête de nos profs de la 8-6 quand on les rencontrait des années plus tard et qu'ils constataient qu'on était devenu... un couple! La prof de français et la prof de botanique nous ont avoué toutes les deux qu'elles n'étaient pas surprises... On a répondu à la prof de français qu'à force de nous dire : « Turbide-Rivest : dehors! », elle avait sûrement semé quelque chose!

Si j'avais si peur de l'engagement et que je ne m'investissais pas dans mes histoires d'amour, c'est que je savais instinctivement que le jour où je m'engagerais, ce ne serait pas à moitié. 

Je ne connaissais qu'un seul gars qui aimait sa liberté autant que moi : c'était lui!

Trente-sept ans plus tard, je peux dire qu'avec ce gars-là, j'ai vécu des milliers de choses mais je ne me suis jamais ennuyée une seconde!

Encore maintenant, il nous arrive souvent (mais moins tard dans la nuit!...) d'avoir de passionnantes discussions sur tous les sujets possibles et imaginables. Si le Cordon Bleu était encore ouvert, je pense que je lui proposerais : « Un chicken fried rice à deux au Cordon Bleu? » et il me répondrait : « T'es pas game! »

samedi 11 janvier 2014

Grand Nord 1976


Cette carte géographique des liaisons aériennes illustre bien que le plus au nord qu'on peut aller, c'est à Résolute Bay, au 76e parallèle. C'est tout près de là que Crocodile Dundee est allé travailler de la fin mars 1976 jusqu'au début juillet de la même année. Il a travaillé plus précisément à Strathcona Sound, pour la Nanisivik Mine qui a commencé ses opérations en 1976 pour fermer en 2002. Dans le temps, on disait que Strathcona Sound (Nanisivik) était situé dans les Territoires du Nord-Ouest. Aujourd'hui, on dit Nunavut. Embauché à partir d'une entreprise de Rouyn-Noranda, il a pris un vol Rouyn/Montréal pour ensuite faire Montréal/Résolute Bay et là, changer d'avion pour une petite carlingue qui l'amenait de Résolute Bay à Strathcona Sound. Un choc... culturel, m'a-t-il raconté. 


Cette photo et la suivante m'ont toujours beaucoup impressionnée. Quand on parle du soleil de minuit, ça peut avoir l'air de ça lorsqu'il y a du blizzard dans l'air. Cette drôle de luminosité blafarde, rosée, infinie me laisse... sans mots. 


Pendant l'hiver, enfin, leur hiver... l'avion qui va de Resolute Bay à Nanisivik doit atterrir sur la baie gelée (Artic Bay est aussi le nom d'un village inuit à 20 km de là). Durant l'été... enfin, leur été... sur la montagne qu'on voit sur la photo précédente, il y a un chemin qui sert de piste de décollage et d'atterrissage. Ça prend des méchants bons pilotes de brousse! 


Ici, je veux faire un clin d'oeil à mon ami Jacks, dont le père a été cuisinier dans le Grand Nord, à la Terre de Baffin. On peut voir la « cookerie » de Nanisivik, en 1976. C'est là que les gars vont déjeuner le matin, préparent eux-mêmes leur lunch pour le midi, ils le prendront sur les lieux du travail puisqu'ils ne reviennent qu'à la fin de leur journée de 12 heures pour souper. Oui, c'est bien 12 heures par jour et 7 jours par semaine... 


Ici, on peut voir le dôme qui servait de « cookerie » avec quelques « bunkhouses » alentour. La baie gelée qu'on voit sur la photo, c'est ça, l'aéroport de Nanisivik! Autrement dit, il n'y a pas d'aéroport là. À gauche, la montagne, c'est l'aéroport d'été, l'avion met plein gaz en roulant sur le chemin et au moment de se jeter dans le vide, l'avion décolle vers le haut.


Une bunkhouse comme celle-ci peut loger 9 hommes. Comme ils ne mangent pas là, ils n'y sont que pour la douche et le dodo. Pas évident, la proximité avec 9 gars qui travaillent tellement dur, qui sont isolés de tout et qui ont perdu leurs repères... À un moment donné, il y en a qui confondent le jour et la nuit. Il s'y produit beaucoup de phénomènes qui sont typiques aux... prisons. Peu après son arrivée, il a eu connaissance qu'un gars avait dû être sorti de là en avion d'urgence, il déraillait complètement. Encore peu de temps après, un gars de 50 ans (il se rappelle de son âge parce que ça l'avait frappé) est décédé d'un arrêt cardiaque. L'avion ne pouvait atterrir à cause des conditions météorologiques, donc ils ont décidé de placer le corps du gars décédé dans le drift de la mine... C'était la seule place possible et le délai a été d'une semaine. 


Là-bas, comme sur n'importe quel chantier dans le Grand Nord, l'alcool est prohibé. D'ailleurs, il serait difficile de s'en procurer, la compagnie est responsable du transport des travailleurs comme de tout le reste, alors ils ont le contrôle. Mais t'sais, des fois, des gars qui ont rien que ça à penser... Au bout d'un certain temps, ils ont des trucs. Quand Crocodile Dundee voit cette photo, il part à rire, comme quoi ça a l'air d'un méchant bon souvenir pour lui. Avec Ti-Pat Lavallée, Dion pis une couple d'autres, chacun s'était fait venir un 26 onces et ils ramassaient ça pour le jour J où ils en vireraient une « capable ». C'était ce jour-là! Crocodile Dundee, au premier plan, avait le rire facile et comme il porte son T-shirt de Strathcona Sound, on sait que c'était vers la fin de sa run. 


Oh la la que Ti-Pat Lavallée et Crocodile Dundee ont veillé tard...  C'était la fête dans leur bunkhouse ce soir-là, ils n'ont pas dormi de la nuit, les 9 gars. Il leur a pris une idée d'aller faire des photos en pleine nuit parce que le ciel était dégagé. Au matin, il fallait être dégrisé et que rien ne paraisse pour ne pas éveiller les soupçons. Tout le monde était à la cookerie à l'heure dite pour commencer sa journée mais il paraît que ça n'a pas veillé tard le soir d'après dans leur bunkhouse, c'était presque silencieux sinon que ça ronflait d'aplomb dans toutes les chambres! 


Voilà sous un autre angle « l'aéroport d'été » de Nanisivik. Crocodile Dundee s'était apporté un appareil photo jetable et avec la gang du bunkhouse sur le party, en pleine nuit, ils ont été faire des photos. En même temps, après que les 26 onces sont vides, qu'est-ce qu'on peut faire d'autre que de dégriser pendant que les autres dorment dans les autres bunkhouses?


Crocodile Dundee voulait garder un souvenir de son séjour de travail dans le Grand Nord et de l'endroit où il a célébré ses 20 ans. Il a demandé à Ti-Pat Lavallée de prendre cette photo de lui dans ce paysage immense, je dirais même démesuré. Sa « run » devait durer 3 mois mais finalement, comme l'avion n'a pas pu atterrir (malgré le côté fantasque des pilotes de brousse) à cause encore une fois de conditions météo impossibles, il aura fait 10 jours de plus. Et ce furent les 10 jours les plus longs de toute sa vie!

Grand Nord 1976

Il m'a tellement raconté souvent des anecdotes sur ces 3 mois et 10 jours qu'il a passés là-bas. Il dit encore aujourd'hui que c'est là qu'il a fêté ses 20 ans mais surtout qu'il est devenu un homme. À la dure, comme on dit. Et je le crois du plus profond de mon cœur parce que... Bon, il était mon grand ami avant d'aller faire sa run à la Terre de Baffin mais il s'est produit tout un déclic (si j'avais le temps, je vous raconterais!...) et on a commencé à sortir ensemble peu après son retour. Moi aussi, je trouvais qu'il était devenu un homme!!!

Pourquoi il dit que c'était comme en prison? D'abord, il n'y a que des bunkhouses avec plein de travailleurs. Il y en a des bizarres, des gars qui viennent de partout mais surtout du Québec et du Nouveau-Brunswick. Tous francophones avec quelques bilingues au travers. Il y a les « vieux loups », les « runmakers », ceux qui font ça pendant des années et qui développent des problèmes, à tout le moins une personnalité particulière. On respecte beaucoup les vieux loups là-bas. Personne ne les achale, personne ne leur parle, personne ne les écoeure. Ils ont des privilèges, comme prendre sa douche en premier quand il y a encore de l'eau chaude, avoir des fruits frais quand l'avion en apporte, etc. Tout le monde fait la même vie, tout le monde est confiné, on n'endure pas de mémérage, de chiâlage ni de braillage. Les boss de la mine sont comme les gardiens de prison. Si tu te fais prendre à te battre, à avoir de la boisson ou pire, de la dope, t'es dehors.

Autre chose étonnante aussi, quand il y a du blizzard là-bas, c'est pas de la petite neigette  en dentelles de rien du tout alors, il y a des câbles qui relient toutes les bunkhouses à la cookerie pour indiquer le chemin parce qu'on n'y voit strictement rien. Ça peut durer des jours.  Et ce que les gars font, c'est qu'ils se tiennent solidement ensemble pour se rendre jusqu'à la cookerie. Il n'est pas question qu'un gars vire de bord parce qu'il a oublié ses cigarettes dans sa chambre! Ils étaient donc solidaires malgré eux, une question de survie.

Le père de Crocodile Dundee était un vieux loup. Il avait sa bunkhouse à l'autre bout complètement de celle de son fils. Parfois, Crocodile Dundee voyait son père de loin, à la cookerie, mais pas souvent. Son père était un vieux loup solitaire. Deux fois, il a été voir son père là-bas, dans sa bunkhouse. La première fois, c'est le jour de ses 20 ans. Son père savait quel jour on était et il lui avait simplement dit bonne fête, il n'était pas jasant à cette époque. La deuxième fois, c'était quand il a appris à la fin de ses 3 mois qu'il ne pouvait pas partir. Son père lui a répondu que tant qu'à être pris là, aussi bien de travailler, que ça allait grossir sa paye. Monsieur Dundee était sur une run de 6 mois... Il en a fait beaucoup d'autres, avant et après 1976. À l'adolescence, Crocodile Dundee voyait son père deux fois par année, quelques jours entre deux contrats, autrement dit ils ne se connaissaient pas... Et pourtant, ces deux hommes, père et fils, s'aimaient profondément. La suite l'a clairement démontré. Mon beau-père était quelqu'un d'exceptionnel. Nous l'avons perdu le 22 décembre 1997. Crocodile Dundee m'a raconté beaucoup d'anecdotes à ce sujet, elles sont toutes très touchantes. 

Qu'est-ce qui incitait les gars à rester pour toute la durée du contrat? C'était bien simple, si tu quittais avant la fin de ton contrat, tu payais tes billets d'avion pour le retour : De Nanisivik à Résolute Bay, de Resolute Bay à Montréal, là tu faisais un dodo à l'hôtel et tu repartais le lendemain matin sur un vol Montréal/Rouyn. Toute ta paye allait y passer. Nanisivik Mine pouvait te réserver ta place sur ces vols mais ne payait pas pour ton retour Comme incitatif, on ne pouvait trouver mieux.

Anecdote digne d'une prison : Dans la bunkhouse à Crocodile Dundee, il y avait le grand Dion qui se garrochait toujours en premier dans la douche et qui y restait très longtemps jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'eau chaude. Crocodile Dundee et plusieurs autres en avaient ras le bol de prendre leur douche à l'eau froide. La grogne montait. Ils l'ont averti plusieurs fois de penser aux autres une fois de temps en temps. Dion continuait de courir tous les soirs vers la douche pour arriver le premier. Un bon soir, Crocodile Dundee a décidé de le battre à la course... La bataille a pogné. Ça se fessait à grands coups de poings. Deux enragés. Ce sont les autres gars de la bunkhouse, alertés par le bruit de la bataille, qui ont dû intervenir et les séparer. Personne n'a rapporté l'événement aux autorités, bien entendu, sinon les deux gars étaient mis dehors instantanément et sans compensation. Après cette bataille, Dion s'est mis à respecter Crocodile Dundee... et les autres gars aussi. 

Chaque fois que Crocodile Dundee rencontre un des gars qui étaient avec lui à Nanisivik en 1976, et je dirais même surtout Dion, Rancourt et Ti-Pat Lavallée, ils se sautent dans les bras comme s'ils avaient fait la guerre ensemble et ils ont plein d'affaires à se raconter.

Il m'a parlé aussi de ses rencontres avec les Inuits puisque quelques-uns travaillaient et logeaient avec eux mais entre eux. C'étaient des hommes qui avaient leur vie et leur famille à Artic Bay, à 20 kilomètres de là. Ils ne se mêlaient pas aux autres travailleurs et on les comprend puisqu'ils ont une mentalité tellement différente. Ils sont chez eux, dans leur milieu. Si dans la cookerie, quelqu'un avait le malheur d'échapper son cabaret, les Inuits applaudissaient à tout rompre et en riaient pendant tout le repas. Lorsqu'une cargaison neuve arrivait par avion avec des fruits et légumes frais, ils s'empressaient de les dévorer et d'en mettre dans leurs poches pour apporter à leur famille la fin de semaine. Les gars les laissaient faire, c'était trop beau de les voir s'émerveiller de ce trésor, une manne qui venait du Sud. Et Crocodile Dundee a eu la chance, à son retour retardé de 10 jours, de voyager dans la même carlingue qui décollait de la montagne, qu'un jeune Inuit de son âge qui avait besoin de recevoir des soins de santé à Montréal. Il ne parlait que sa langue et l'anglais mais surtout, il ne parlait pas mais il était très expressif, complètement absorbé par cette expérience toute nouvelle de voler dans ce tas de ferrailles qu'il avait déjà vu passer au-dessus de sa tête depuis quelques années. Crocodile Dundee lui baragouinait des histoires en anglais comme il pouvait mais il lui montrait des photos qu'il avait apportées avec lui, des photos prises autour de Rouyn-Noranda, la maison de ses parents, le chalet familial, son canot, ses amis, etc. Le jeune Inuit riait tellement qu'ils ont  eu des fous rires tout au long du vol de Resolute Bay et presque jusqu'à Montréal. À l'approche de la grande ville, en regardant par le hublot, le jeune Inuit est retombé dans un état second, subjugué par tout ce qu'il voyait, quelque chose comme une civilisation qu'il n'avait même jamais imaginée. À l'aéroport de Montréal, une infirmière lui avait été déléguée pour l'amener à bon port. Il en faisait pitié tellement tout cela était étrange pour lui. Selon Crocodile Dundee, il se serait senti plus chez lui sur la planète Mars...

Je pourrais vous en conter pendant des heures tellement j'ai écouté avec grand intérêt Crocodile Dundee lorsqu'il m'avait parlé de ça, avec toutes ses photos à l'appui, au mois d'août 1976 quand il est passé du statut de mon meilleur ami à mon amoureux. 

lundi 30 décembre 2013

Et pour terminer 2013


Le 31 décembre 2012, nous savions que nous tournions plusieurs pages du livre de notre vie. 


Le 1er janvier 2013 était le premier jour de ma « libération du marché du travail ». Tout au long de cette année qui s'achève, à chaque jour, j'ai apprécié mon nouveau statut en me demandant sérieusement : « Comment je faisais avant, quand j'avais toutes ces responsabilités? »


Le 12 février 2013 est un jour sombre. J'ai perdu toutes mes illusions sur la justice, entre autres, et beaucoup sur la nature humaine en général. Ce jour-là, j'ai assisté, impuissante et incrédule, aux procès de mon mari et de mon frère pendant une journée que nous nous rappellerons toute notre vie comme étant cauchemardesque. J'avais toujours cru que la vérité et la justice finissaient par triompher, comme dans les bons vieux films américains. Mais non, dans la vraie vie, ça se passe bien autrement, on peut fabriquer des coupables avec des innocents lorsqu'il le faut et qu'on a des objectifs à atteindre. Il suffit de deux agents de la faune qui se font un scénario et qui y croient dur comme fer. Ensuite, ils interprètent des faits isolés pour les faire concorder dans leur histoire même si c'est de façon bancale. Plus on collabore avec eux, plus ça se tourne contre nous. On ajoute à l'affaire un procureur de la Couronne qui veut se faire les dents et une juge qui n'a jamais mis les pieds en forêt et qui est en admiration devant le jeune procureur si talentueux. Notre avocat a fait beaucoup de sparages mais en dehors de sa carrière politique, rien ne l'intéressait et on pouvait se demander de quel côté il était, tellement il ne savait rien de notre histoire. Pathétique! Cet épisode nous aura coûté très cher en amendes, frais, intérêts, honoraires, etc. mais ce n'est rien à comparer de tout ce qu'il nous aura fait perdre de non chiffrable. 


Le 12 avril 2013, on passait chez le notaire pour la vente de notre propriété au lac Dufault. Après quatre mois à rénover la plus petite et plus modeste maison dans laquelle on s'en allait, on quittait celle qu'on avait aimée, rénovée et habitée au cours des 22 dernières années. Ça me faisait drôle de la voir « toute nue » mais ça me rassurait du même coup : elle n'avait plus l'âme d'avant... 


Le 8 juillet 2013. Après des mois de tergiversations, de procédures administratives qui se multiplient et un dossier qui s'épaissit, notre demande de dérogation mineure est entendue à la Ville de Rouyn-Noranda. Un toit terrasse sur un bâtiment secondaire... Ce n'est pas interdit mais ce n'est pas prévu dans la loi. On n'innove pas comme on veut au pays des grands espaces! Grâce à un ami architecte, à la collaboration de nos nouveaux voisins et à l'expertise de plusieurs personnes, le vote a dû être repris trois fois au conseil de ville pour se terminer ainsi : 8 oui, 2 non, 1 absence, 1 abstention. Fiou! 


Fin septembre 2013. Isabelle, notre fille, était la porte-parole cette année des Journées de la culture à Rouyn-Noranda. Elle était présente partout! Une porte-parole passionnée et impliquée qui ne comptait pas ses heures ni son dévouement. Eh qu'on était fiers d'elle. Dans une tournée des lieux de la culture chez nous, ma mère et moi nous sommes jointes à elle, à son invitation. C'était un heureux moment de partage, du genre qui se vit comme dans un rêve et qui laisse des traces à tout jamais dans nos mémoires... 


Le 14 octobre 2013, jour de l'Action de Grâces. Malgré les injustices vécues et suspensions de permis pour deux ans, il y a eu de la relève pour la chasse à l'orignal cette année. Dominic, notre gendre, et notre beau-frère Robert, ont rendu cette saison de chasse fructueuse, ce qui est venu appliquer un baume sur une plaie qui était et qui est encore très vive. 


Fin octobre, le Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue. La plus belle semaine de l'année pour moi. En prime, cette édition nous apportait son lot de bonnes nouvelles : d'abord, Dominic y présentait son premier long métrage à vie, ensuite Isabelle nous apprenait un grand secret juste avant, soit l'espérance d'un deuxième enfant pour eux et aussi, je m'y suis fait une nouvelle amie, une sorte de coup de foudre amical passionnant!


Du 27 au 29 décembre 2013. Avec Crocodile Dundee, nous avons été faire un petit séjour au camp Fra-Gilles, à Rapide Deux. Situé à 2 kilomètres du « p'tit château », ce camp est isolé du monde et permet de vraiment décrocher de tout. 


Du 27 au 29 décembre 2013. Le camp Fra-Gilles, d'un autre point de vue, a l'air d'une perle dans un écrin de forêt boréale. Là-bas s'illustre l'une des phrases célèbres de Crocodile Dundee : « À force de manquer de touttt, on manque de rien! ». 


Du 27 au 29 décembre 2013. Marcher en forêt et admirer ce que la nature nous offre en cadeau... J'en ai pris plusieurs des photos comme celles-ci, pour me souvenir à tout jamais de cette forêt mature magnifique. La forêt dans ce secteur sera rasée cette année et nous ne pouvons plus faire de représentations auprès du Ministère ni des forestières, Crocodile Dundee et mon frère ayant perdu leur statut de trappeurs lors du procès du 12 février 2013. Y a-t-il un lien de cause à effet? Je ne sais pas, j'ai perdu toute confiance en nos institutions gouvernementales et politiques. Tout s'est passé au sein du même Ministère... 


Du 27 au 29 décembre 2013. Avez-vous vu cette grosse boule de neige qui écrase une petite épinette? C'est une belle leçon de la vie, cette image. Au printemps ou bien avant, la grosse boule de neige tombera, partira au vent en poudrerie ou fondra tout simplement. Mais l'épinette restera debout, se secouera les épines et continuera de grandir. Elle est même trop petite pour être récoltée par les forestières, elle échappera à tous les dangers, sèmera partout autour d'elle des petites cocottes et un jour, elle deviendra grande, droite et fière, la reine de la forêt! 


Du 27 au 29 décembre 2013. Là, c'est moi qui vous dis « au revoir » et à bientôt. 

Et pour terminer 2013

Voilà un petit survol rapide de ce qu'aura été cette année 2013 chez nous, une année de changements. Elle aura été beaucoup plus consistante et variée mais je m'en tiendrai à ça, après tout, on est sur un blogue ici!

J'ai tant remis de choses en question cette année. Est-ce dans l'air du temps? Est-ce à cause de mes 56 ans? De mon nouveau statut de retraitée? Du changement d'environnement? 

Peut-être que pas mal de monde font un bilan de l'année ces jours-ci? 

Quoiqu'il en soit, aussitôt qu'on aura achevé 2013, l'année 2014 s'ouvrira à nous avec de belles pages blanches dans nos agendas. Qu'est-ce qu'on y écrira en haut de la première page? Santé! 

J'ajouterais aussi « Solidarité » pour tout le bien que ça fait, d'en recevoir comme d'en donner. « Espérance » parce que c'est le sel de la vie. « Amour » et aussi « Amitié ». 

C'est tout ce qu'on se souhaite, mes amis!

mercredi 11 décembre 2013

Le temps des cadeaux


C'était le 15 janvier 2009. Félixe était née la veille. Ses parents étaient tellement heureux..


Et moi aussi, je l'étais. Je n'oublierai jamais ce moment-là où je l'ai eue dans mes bras la première fois. Si petite. Si belle. 


Samedi dernier, la petite avait son « spestak » de danse auquel elle nous avait tous conviés, comme de raison. Pour fêter ça après, on est tous allés bruncher au St-Honoré, son endroit préféré qu'elle appelle « le restaurant bleu ». Et qui c'est qui est venu nous voir à notre table? Le Père Noël lui-même!

Le temps des cadeaux 

Comme le temps passe vite... Félixe aura bientôt 5 ans. Depuis le temps qu'elle veut devenir une grande soeur, voilà que son désir va se réaliser. J'ai maintenant, depuis hier soir, la permission de le dire à qui je veux : Oui, la vie est bonne pour nous autres!

Félixe le dit à qui veut l'entendre depuis quelques semaines, elle sera une grande soeur l'été prochain et chaque fois qu'elle le dit, elle donne un bisou au bedon de Maman ou elle le flatte. Un autre p'tit minou qui devrait se pointer le nez juste avant mon prochain anniversaire. Quel cadeau!

Lors de l'échographie passée hier, Isabelle et Dominic disent qu'ils ont trouvé que déjà ce bébé ressemble beaucoup à sa grande soeur. Et c'est vrai, j'ai vu la photo. 

L'année 2014 nous réservera des cadeaux, des surprises et des bonheurs infinis. En février, il y aura la naissance du petit bébé de Noémie et Hubert, ma filleule que j'adore et son conjoint que j'ai adopté comme filleul dès notre première rencontre tellement il est aussi adorable qu'elle. Aurélie sera le premier petit-enfant chez mon frère Jocelyn et la belle Guylaine. Premier petit-enfant aussi dans la famille de Hubert. J'imagine avec joie comme ils vont catiner dans le bout de Lévis et de Rimouski!

Le petit frère ou la petite soeur de Félixe devrait naître autour du 1er juillet. 

Le Père Noël aura beau être généreux cette année, il n'arrivera jamais à nous faire d'aussi beaux cadeaux. La barre est haute!

jeudi 5 décembre 2013

Le pouvoir évocateur d'une chanson


Mars 1965, devant notre roulotte enterrée de neige, sur la rue Rupert, à Matagami. Ce que je raconte ne se passe pas vraiment à ce moment-là mais quelques années plus tard. Celui qui a un sourire coquin, c'est Yves, dans les bras de Maman, on voit Jocelyn qui a l'air d'étouffer dans son nid d'ange. Je suis assise comme Yves sur le capot de la voiture. J'imagine que Papa doit avoir pris la photo. D'après les mines réjouies de toute la famille, on devait s'apprêter à « descendre » à La Sarre... 

Le pouvoir évocateur d'une chanson

Ça y est, ils l'ont fait jouer cette semaine à la radio et ils la feront jouer encore, chaque fois qu'on nous annoncera une tempête de neige d'ici Noël. De quelle chanson je parle?

http://www.youtube.com/watch?v=zRtGXwYBBkQ

« Le sentier de neige ». Version originale par le groupe Les Classels. 

Pourtant, je n'aime pas particulièrement les classiques et sempiternelles chansons de Noël, surtout qu'on commence à les entendre trop de bonne heure à mon goût mais celle-là évoque un moment particulier dans lequel je me replonge avec bonheur, comme si je la revivais, à chaque fois que je l'entends. Je ne m'en lasse jamais. 

On habitait à Matagami depuis quelques années, petite ville minière qui en était au début de son existence. Papa travaillait à la Orchan Mines. Maman n'avait plus le temps de travailler avec les trois enfants que nous étions. J'allais à l'école Galinée et mes petits frères étaient trop jeunes pour aller à l'école. On était heureux à Matagami. On ne le savait pas dans le temps mais oui, on était heureux. 

On « descendait » souvent les fins de semaine à La Sarre pour visiter nos grands-parents et nos familles. La Sarre est à 3 heures de route de Matagami et il nous fallait passer par Amos, la seule route possible. 

Ce 24 décembre, on part tôt pour arriver pas trop tard chez nos grands-parents Poirier à la maison du rang VII où toute la famille allait se réunir. Chacun arriverait avec les siens et il y aurait les cousins cousines, chacun aurait sa marche d'escalier pour le souper. Par ordre d'âge, j'héritais de la deuxième marche du haut, parce que mon cousin Michel avait deux ans de plus que moi mais la 3e et la 4e marche étaient celles de mes cousines Lise et Solange, presque de mon âge, suivies de près par Raymonde, sur la 5e marche, Luc sur la 6e, Ti-Gilles sur la 7e, etc. Pour nos parents, oncles et tantes, il y aurait au moins deux tablées si c'est pas trois et pendant que les uns mangeraient, les autres commenceraient à réchauffer les guitares, les harmonicas, les violons et les voix. Plus tard en soirée, il y aurait les cadeaux pour les enfants. Chacun un cadeau. Pas plus. De la part de nos parents. Et ce n'est pas le Père Noël qui viendrait faire la distribution, on n'a jamais cru au Père Noël chez nous. Encore moins à la Fée des Étoiles!

Le 25 décembre, on irait chez nos grands-parents Turbide, au p'tit village Bienvenue, toujours à La Sarre. Les familles étaient encore plus nombreuses à tel point que certains venaient souper et veiller sans leurs enfants mais ce n'était pas trop grave, la plupart ne restaient pas loin et on pouvait les voir quand même. Du côté de la famille de Papa, il y avait plus de monde, plus d'humour et moins de musique. Une autre dynamique familiale! 

Donc, ce 24 décembre, tous fringués en dimanche avec l'avertissement de Maman pour ne pas se salir durant le voyage, on décolle de Matagami. Les petits frères se chicanent pour s'asseoir où il y a «  la bosse du char », au milieu du siège arrière et Maman tranche la question, c'est moi qui ai le privilège de m'asseoir au milieu, mais ça vient avec une obligation, celle de jeter un oeil sur les petits pendant le trajet. De temps en temps, Papa fait sa grosse voix (pour essayer de nous impressionner mais ça ne marche pas, on le trouve drôle!...) : « Heille, vous autres, faites-moi pas arrêter le char pour démêler vos chicanes parce que vous allez le regretter ». Grosse menace!!!

La route est belle, malgré ce temps gris suspendu qui nous annonce de la neige à venir très bientôt. On voit défiler le chemin de la New Hosko, de la Mattagami Lake Mines, du Ready Mix, de la Orchan Mines. Et plus loin, la rivière Allard et ses cabanes en bois rond, au millage 95, la fourche du millage 72 qui mène à Joutel, et là, au milieu de nulle part sur cette route déserte, au millage 57... « Le 57 » un restaurant-bar-motel où nous sommes peut-être arrêtés, je ne me souviens pas de cette fois-là précisément mais Papa aimait bien prendre un petit remontant, « one for the road » en jasant avec le monde, pendant qu'on allait à tour de rôle à la salle de bain, avant de rembarquer dans le char et continuer la route. 

Vous ai-je dit qu'on n'avait ni ceinture de sécurité ni siège d'auto à cette époque? Bien vrai! 

Après la grande côte du 42, on sent qu'on approche d'Amos, on commence à voir des villages et des paysages de « par en bas », St-Dominique du Rosaire, la rivière Harricana, St-Félix de Dalquier, Pikogan...

Définitivement, on approche d'Amos, la grosse ville du bouttttt... Papa dit à Maman qu'il veut arrêter chez P. A. Périgny pour se choisir une belle pipe neuve, la sienne est rendue pas fumable. Maman est bien d'accord, elle a un petit achat à faire elle aussi dans ce beau grand magasin qui nous change du Hudson's Bay de Matagami. Ils décident que nous autres, on va rester dans l'auto, c'est moi qui serai en charge des petits, Maman trouve que c'est trop de trouble de débarquer toute la gang. Après, on ira dîner au fameux restaurant en sortant d'Amos, sur la route de La Sarre, là où la madame nous reconnaît, qu'elle est si gentille et fait de la si bonne tarte au sucre. 

Puisqu'on approche d'Amos, Papa ouvre la radio et syntonise CHAD. On n'entend que du grésillement pour commencer mais ça s'éclaircit, on dirait. Papa est tellement de bonne humeur, Maman chantonne, ils se sourient tous les deux, les petits jouent ensemble avec leurs petites voitures Matchbox et moi, au milieu d'eux, je rêve les yeux ouverts à tout ce qui s'en vient, la maison du rang VII si joyeuse et remplie de musique, et ces retrouvailles familiales avec les cousins cousines.

C'est à ce moment précis que je me dis que je suis une petite fille tellement heureuse, tellement chanceuse dans la vie! 

Tout à coup, le décor et la lumière changent comme par magie, il se met à neiger à plein ciel, des flocons si gros, si blancs, si doux, alors qu'on entre dans la ville, qu'on passe devant l'hôpital l'Hôtel Dieu où je suis née, que j'aperçois la cathédrale Christ-Roi avec son toit arrondi, on arrive sur le coin de l'hôtel Queen et la radio renaît avec un son tellement clair lorsque l'animateur présente cette chanson que j'entends pour la première fois : Le sentier de neige... si pur et si doux...