vendredi 25 octobre 2019

UNE LANGUE INSULAIRE

D'aussi loin que je peux remonter dans l'arbre généalogique de mes familles paternelles et maternelles, notre histoire part du Poitou, en France, pour venir s'établir en Acadie dès 1604. Vivant de pêche et d'agriculture, mes ancêtres ont subi la Déportation des Acadiens en 1755 pour se réfugier quelques années plus tard aux Îles Saint-Pierre et Miquelon, petit coin de France en Amérique, d'où ils sont repartis en un gros contingent, en 1793, pour coloniser les Îles de la Madeleine. Ils y sont depuis, établis plus particulièrement dans le village de Havre-aux-Maisons.


La tradition orale faisant partie intégrante de notre culture de peuple insoumis depuis toujours, il devenait évident que notre langue allait en garder des accents de vieux français, d'expressions maritimes et de particularités empreintes de toutes nos insularités, influencées par la pêche et la construction navale.


Si vous voulez, je vous amène à la découverte ou au rappel de quelques mots ou expressions typiques des Îles de la Madeleine, une langue que j'ai entendue tout au long de ma vie et que j'entends encore partout dans mes familles, ici et aux Îles. Des mots qui chantent ou qui font sourire, qui expriment mieux que tout des réalités qui réfèrent à la mer, aux bateaux et au vent du large. 


UNE LANGUE INSULAIRE 

Piège à fesses : Celle-là, elle me fait rire! Un jour, aux Îles, j'ai vu ces mots « piège à fesses » peints sur un banc public juste à côté d'une boutique d'art sur La Grave, à Havre-Aubert. Pas besoin d'explication pour savoir ce que ça signifie, on y voyait bien une invitation à s'asseoir!


S'amariner : S'habituer à une situation. Exemple : « Elle s'est amarinée rapidement à son nouvel emploi ». 

Tchaude : On dit un tchaude, comme par exemple un tchaude aux clams, un tchaude à la morue, etc. De l'anglais chowder. On peut dire aussi chaudrée. 

Déblâme : Excuse, prétexte, faux fuyant. Exemple : « Il s'est trouvé une déblâme pour ne pas venir ». 

Bord : Le bord d'un vaisseau. Par extension, le grand bord (salle familiale) le petit bord (la dépense, le garde-manger) à bord (à l'intérieur de) à contre-bord (à l'envers) de l'autre bord (l'autre côté de la mer, la grand'terre) prendre le bord (s'en aller) virer de bord (changer de direction). 

Le large : Haute mer. Exemple : « Prendre le large, regarder au large ».


Ancre : Instrument de métal lourd qu'on laisse descendre au fond de l'eau pour immobiliser l'embarcation. Par extension, à l'ancre signifie immobile, il y a aussi jeter l'ancre, lever l'ancre, s'ancrer, etc. 

Larguer : Libérer, détacher, partir. 

Bisque-en-coin : En diagonale, de biais.

Marée : Unité de temps vague, imprécise ou encore grande quantité. Exemple : « Il y avait une marée de monde ». 

Sawesse : Chapeau de pêcheur à large bord, imperméable. De l'anglais south et west. Parce que lorsque le vent est du sud-ouest, généralement il pleut.  

Pirate : Enfant ou adulte taquin, turbulent, joueur de tour, mauvais garnement. Exemple : « Dans sa classe, il y avait bien des petits pirates ». 

Beausir : Embellir, devenir beau. Exemple : « Le temps est gris mais à mon avis, il va beausir ».


C'est d'ailleurs sur ce joli mot que je vous laisse jusqu'à… une prochaine marée! 

jeudi 10 octobre 2019

JACKY VA SE DÉGOLFER

Savez-vous ce que signifie l'expression « se dégolfer »? Les Îles de la Madeleine, c'est un archipel situé en plein golfe St-Laurent.  Se dégolfer, ça veut dire quitter les Îles, se sortir du golfe, s'arracher de gré ou de force de ce lieu mythique, cet archipel en forme d'hameçon, qu'on ne quitte qu'en bateau ou en avion, pour aller… ailleurs.



JACKY VA SE DÉGOLFER

Mais Jacky, lui, va se dégolfer tout à l'heure, à 14 heures précisément, heure des Îles, une heure plus tard dans les Maritimes donc, et il ne le fera ni en bateau ni en avion. Je vous fais un peu comme qui dirait la chronique d'une mort annoncée : Jacky a demandé et obtenu l'autorisation pour l'aide médicale à mourir. 

Nous avons des liens de parenté, Jacky et moi. Mais je l'ai connu surtout virtuellement parce qu'il avait inventé, alimenté et animé depuis de nombreuses années une plateforme citoyenne madelinienne qui s'appelle Info Madelinot. Aujourd'hui plus de 6000 membres fréquentent assidûment son site pour s'informer, discuter, échanger, prendre des actions, supporter, se concerter, se mobiliser et s'encourager. 

Jacky a toujours su toucher le cœur de sa communauté, des Îles et d'ailleurs, parce que c'était tout un rassembleur. Un pacifique. Un écolo. Un gars de party qui aime le monde, l'humour et la musique. 

Il y a 3 ans, on lui a diagnostiqué un cancer et depuis ce temps qu'il fait tout ce qu'il faut de traitements, de changements, de thérapies, et tout cela avec courage, sérénité et résilience. Sur son site, il répétait souvent que tout devait se faire dans l'ordre et le respect, il rappelait souvent à l'ordre des personnes qui savaient plus affirmer et condamner que discuter et chercher à comprendre ou faire avancer les choses. Tout le monde aimait et respectait Jacky. 

Depuis quelques jours, il est hospitalisé à Cap-aux-Meules et on sait qu'il n'en sortira plus de cette chambre-là. C'est là qu'il recevra l'injection à 14 heures cet après-midi, entouré de ses proches, familles et amis. C'est aussi là que les gens vont le visiter depuis une semaine. Hier soir encore, ils ont apporté les guitares et ils ont chanté ensemble jusqu'à 20 heures 45. Jacky a fait rire tout le monde en fin de semaine, on a dit qu'on n'avait jamais vu plus serein que Jacky devant la fin imminente qu'il avait si ardemment souhaitée. 

Il l'a fait un peu pour lui-même mais aussi pour sa femme, ses deux filles, sa parenté et ses amis. Il a voulu prêcher par l'exemple dans sa communauté pour dire au monde que c'était possible de partir ainsi. Dans la dignité. 

Une autre expression typiquement madelinienne que je trouve originale et tout à fait de circonstances, c'est lorsqu'on dit d'une personne qu'elle est « sur ses puyinques », lorsqu'il n'y a plus rien à faire, médicalement, et que cette personne a « puyinques » (plus rien que) quelques jours ou quelques heures à vivre. Jacky est sur ses puyinques parce qu'il a choisi qu'il en soit ainsi. Je le respecte et je l'admire de vivre cette étape avec tant de force, de calme, de sérénité, d'humour, d'amour, d'amitié, de musique et d'heureusité. 

Auprès de lui aux Îles, ça circule sans relâche depuis la fin de semaine. Je le sais, je suis en communication avec beaucoup d'entre eux qui me donnent des nouvelles. Sur le site Info Madelinot, c'est pareil, les témoignages, vidéos, photos, souvenirs, messages s'additionnent et se multiplient. Jacky a publié hier soir son dernier message, tout simple, très beau et touchant. Il a légué sa plateforme à quelques-uns de ses meilleurs amis qui continueront son œuvre, celle qui lui tient à cœur. 

Des quatre coins du Québec, des Maritimes et des Îles, on a ce lien unique qui nous rattache à l'archipel madelinot et à Jacky aujourd'hui malgré la distance. On a lancé l'appel à toute la communauté là-bas de se rendre, nombreux, habillés en vert, dans le stationnement de l'hôpital à 13 h 30 pour que Jacky puisse voir de la fenêtre de sa chambre cette grande vague d'amour et tout le respect qu'on lui voue en l'accompagnant jusqu'à la fin. Ensuite, il pourra s'étendre sur son lit, recevoir l'injection et partir en paix. 

Pour ma part, je suis déjà en communion de pensée avec eux depuis quelques jours et ce matin, en me réveillant, j'ai pensé que c'était la dernière fois que Jacky voyait le soleil se lever. Oui, mon cœur est aux Îles avec toute la cousinerie et en ce moment, j'allume une chandelle, j'ai le goût de fermer les yeux et de chanter tout bas « J'aime ce petit coin de terre/Perdu là-bas aux grandes eaux/Où j'ai vécu avec ma mère/Mes premiers jours tendres et beaux/Les souvenirs de l'enfance/Viennent charmer mon âge mûr/Comme la vapeur que le vent balance/Embellit parfois ce ciel d'azur... »


vendredi 27 septembre 2019

ENSEMBLE ON VA PLUS LOIN

Marcher pour le climat, se mobiliser pour la planète, se rassembler pour les causes environnementales dans lesquelles on s'investit, qu'il s'agisse de sensibiliser nos décideurs, de s'informer sur l'exploitation de nos ressources naturelles ou d'empêcher le passage d'un gazoduc, de réduire le volume d'enfouissement des déchets, toutes les raisons étaient bonnes aujourd'hui, en ce 27 septembre 2019, de prendre une marche « de santé ». 


Ici, à Rouyn-Noranda, cette grande mobilisation citoyenne partait à midi du Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue, campus de Rouyn-Noranda, où nous laissions nos voitures, pour se rendre en marchant environ une heure plus tard à la Place de la Citoyenneté, au centre-ville, où après quelques déclarations et discours de circonstances, des autobus (électriques) nous ramenaient à nos voitures laissées près du Cégep et/ou de l'UQAT. 


Les chiffres officiels disent que nous étions 1400. Bien sûr, j'ai fait la marche avec du monde que je connais, particulièrement ma petite-fille Félixe et son autre mamie, Nicole, qui est ma grande amie. Dans ce genre d'activités, on se retrouve souvent avec des personnes qui partagent nos idées et nos préoccupations. Autrement dit, des gens avec lesquels on a des affinités. La pancarte qu'on voit au premier plan sur cette photo, c'est celle de Félixe, qui l'avait fabriquée cet avant-midi mais y avait réfléchi toute la semaine, sachant qu'elle allait se joindre à cette marche. Sa pancarte écrite en blanc sur fond noir est réversible. D'un côté, elle a écrit « Gazoduc, c'est laid comme une couleuvre!! Ark » et de l'autre, « Ensemble avec la science comme Greta ». 


Il y avait des représentants de tous les partis politiques fédéraux présentement en campagne électorale, des élus de nos gouvernements municipaux, provinciaux, des médias innombrables, des gens des milieux communautaires comme le Mouvement Zéro déchet Abitibi-Témiscamingue, le Groupe éco-citoyen de Rouyn-Noranda, le groupe d'opposition au gazoduc, la Coalition contre l'arsenic dans l'air, les représentants syndicaux, les étudiants des écoles primaires, secondaires, du collégial et de l'Université, et même ceux qui nous ont charmés plus que tout, les tout petits des CPE avec leurs éducatrices. Des citoyens de tout âge et de tous les horizons. 

ENSEMBLE ON VA PLUS LOIN 

Ainsi, ensemble, on a marché pour une seule et même raison : la planète. 


La belle Félixe, très heureuse d'avoir pris part à cette marche pour le climat et notre planète avec ses deux mamies, elle m'a emprunté mon téléphone portable pour faire une photo de nous trois quand nous sommes allées boire quelque chose après ce beau moment qu'on venait de vivre ensemble. 

samedi 21 septembre 2019

LA QUESTION SE POSE


C'était il y a quelques années, pour amuser nos petites-filles au camp, on avait eu l'idée de se fabriquer un tipi avec les moyens du bord, c'est-à-dire sans investir d'argent, seulement avec beaucoup de travail et de créativité. Aussitôt, les petites se sont mises à se prendre pour deux petites autochtones qui vivaient en forêt boréale. 


Tout était devenu prétexte à faire les mêmes activités que faisaient les Premières Nations à l'époque où ils vivaient en nomades ici, sur le territoire de tous les possibles.


LA QUESTION SE POSE 

Exaspérée de subir ce qui occupe et préoccupe bien trop les médias et l'actualité politique canadienne ces jours-ci, je me demande si mes deux petites-filles, déguisées en gens des Premières Nations, ne sont pas en train de se tirer dans le pied pour le jour où, devenues adultes, elles auraient l'idée de se lancer en politique et qu'on leur sorte ces squelettes du placard. Ben quoi, la question se pose!

Comprenez-moi bien, je ne suis pas en train de défendre le Premier ministre sortant mais j'aimerais mieux qu'on s'attaque à ses idées et ses politiques plutôt qu'à ses déguisements passés, du temps où il était loin de se douter qu'il allait un jour faire les manchettes pendant plusieurs jours avec ses excès passés de théâtralité et qu'il devrait s'en excuser à plusieurs reprises, sur toutes les tribunes.

Psssst… Ne me prenez pas trop au sérieux, vous aurez compris que je fais du sarcasme!

mercredi 11 septembre 2019

Les Zamis du Jeudi


J'ai pris cette photo au tout nouveau parc Opémican, au Témiscamingue, cet été, en me faisant la réflexion que ces deux chaises au bord de l'eau dans un décor si paisible étaient une invitation à passer un beau moment en amoureux ou entre amis. 

Les Zamis du Jeudi

Nous sommes six dans notre bande des Zamis du Jeudi. Nous nous sommes tous croisés dans le travail, à différentes époques de nos vies. On  travaillait dans le domaine des communications, de la culture, de la santé publique, de la politique ou du développement régional. Mais on était impliqués dans tout ça à la fois. Cinq femmes et un homme : Jolyne, Suzanne, Lorraine, Nicole et moi. Jean est le seul homme du groupe, il nous appelle ses Darlings, il est galant avec nous toutes mais Nicole est sa préférée, elle est sa conjointe depuis 40 ans! 

Chacun de nous était en lien avec les autres. Mais pas tous en même temps à la même place. Bien au-delà du travail qu'on a réalisé ensemble, il y avait cette amitié indéfectible et tellement enrichissante. Survenaient parfois ces rendez-vous ponctuels qui nous rassemblaient, au gré du temps. Comme par exemple lors de divers événements culturels, sociaux ou d'actualité chez nous. 

Jusqu'à cette froide matinée de janvier 2015 où Suzanne, Jolyne et moi avions ce rendez-vous doux du début janvier pour casser la croûte ensemble, se souhaiter la bonne année et échanger sur nos projets en cours, nos bonnes intentions pour ne pas dire nos résolutions de l'année!

J'avais lancé l'idée que parmi mes souhaits pour cette nouvelle année, j'aurais aimé qu'on puisse compter sur des rendez-vous plus fréquents, quelque chose de pas compliqué, de régulier, qui nous laisserait toute liberté, selon nos horaires surchargés, de pouvoir se rencontrer sans rendre de compte, tout en incluant nos amis communs. Je suggérais comme exemple le premier jeudi du mois, à l'Abstracto, là où l'on peut à sa guise prendre un café, une bière, un verre de vin, se restaurer, c'est comme on veut. 

Jolyne, enthousiaste comme elle sait l'être, a proposé qu'on invite Lorraine, Jean et Nicole, dès le premier jeudi du mois prochain, février 2015. Elle se chargeait de communiquer avec eux. Suzanne nous avait dit que cette année, sa résolution était justement : On arrête de le dire, on le fait »!

Et c'est là que tout a commencé pour nous, les Zamis du Jeudi. Nous en sommes à notre quatrième année et notre bande est tricotée serré, littéralement soudée plus que jamais. Notre rendez-vous mensuel n'est plus nécessairement le premier jeudi du mois, il s'avère plus souvent qu'autrement le deuxième ou le troisième, selon nos disponibilités. Et nous avons deux exceptions annuelles pour les mois de juillet et de décembre. En juillet, nous faisons un souper partage chez Jolyne au bord de l'eau et nous apportons, Jean et moi, nos guitares. En décembre, à l'approche de Noël, c'est au condo de Suzanne qu'on se rencontre autour d'un souper partage et de bons vins, qu'on apporte nos guitares et qu'on chante nos chansons démodées mais si tant tellement rassembleuses. 

Tous les autres mois, c'est à l'Abstracto bistrot bar, qu'on vient faire nos 5 à 7, qu'on discute de tout et de rien, qu'on se mêle de politique et d'environnement, de développement régional et de culture, de santé publique et de spectacles en tout genre, qu'on prend des nouvelles les uns des autres, de nos enfants et de nos petits-enfants qui se connaissent et se côtoient. 

Au fil des jeudis mensuels qui nous ont rassemblés depuis février 2015, plusieurs auraient bien voulu se joindre à nous. Sans se consulter (nous nous sommes concertés par la suite) on avait tous le même point de vue… pas très intéressé à diluer cette intimité si précieuse qu'on a su développer encore plus à mesure que le temps passe. On reste toujours évasif quand on nous demande de pouvoir se joindre aux Zamis du Jeudi. Alors nous sommes encore le même six-pack qu'au début, non pas un clan fermé mais pas ouvert au public non plus. 

Quand la rencontre achève, il faut nous voir sortir chacun nos téléphones de nos poches pour fixer le prochain jeudi du mois suivant. Cela nous rappelle le temps où l'on travaillait ensemble! Deux d'entre nous sont encore sur le marché du travail pour une dernière année : Jolyne et Nicole. On leur laisse le premier choix. Et on s'ajuste à elles. On se quitte toujours à regrets en se prenant dans nos bras en ayant très hâte de se revoir. Et presque miraculeusement, malgré toutes nos occupations, nous ne manquons jamais nos rencontres des Zamis du Jeudi. Ces dates sont gravées en lettres d'or dans nos agendas respectifs. 

Ce qu'il y a entre nous, c'est beaucoup plus que de l'amitié. Nous partageons tant de choses, de notre passé, de notre présent (des affinités, des implications, des intérêts, des passions, des opinions, des projets) et ensemble, quand on s'en parle, nous entrevoyons l'avenir avec plus d'optimisme. Nous nous aimons sincèrement et c'est là que notre solidarité et notre amitié se conjuguent pour donner une richesse renouvelable qu'on se plaît à... renouveler. D'ailleurs, nous avons notre rencontre mensuelle de septembre, demain, jeudi le 12, à l'Abstracto!  

mercredi 20 mars 2019

SEMAINE DE RELÂCHE 2019

La semaine de relâche scolaire 2019 a été fort occupée pour nous tous. Heureusement, on s'était gardé quelques jours pour aller au camp d'hiver vers la fin de la semaine alors qu'on nous prévoyait une température pas trop froide et du soleil à profusion. 

Après 90 minutes en voiture jusqu'au barrage et une trentaine de minutes en motoneige dans les sentiers, nous voilà enfin arrivés au campe. 

Après un bon dîner, il faut aller à la source chercher de la bonne eau fraîche pour la durée de notre séjour. Située à environ à 2.5 km du campe, on ira en motoneige, à pied dans les sentiers ou en ski de fond, selon ce qu'on préfère. 

Isabelle et Dominic viennent d'arriver en ski de fond et on s'empresse de leur faire goûter la bonne eau de source bien froide

Papi fait remarquer aux petites combien nous sommes chanceux d'avoir cette ressource naturelle à proximité. 

Alors on décide de faire comme l'année dernière à pareille date et de prendre une photo de Papi avec Blanche et Félixe juste sous l'affiche qu'il avait faite pour bien marquer qu'il s'agissait de « la source des sœurs » comme elles l'avaient suggéré lorsqu'on les avait consultées. 

On retourne au campe avec notre cargaison d'eau fraîche qui durera au moins jusqu'au lendemain. Il y a toujours tant à faire au campe, soit pour les petites choses du quotidien ou simplement pour s'amuser. 
Le soir venu, en guise de récompense pour cette première journée, Papi décide de faire des « tailles » sur le poêle à bois. Ce sont de toutes petites tranches de pomme de terre qu'on prend le temps de griller de chaque côté, tout en rêvassant à ce qu'on fera demain… ou l'été prochain, quand on retrouvera le camp d'été, le radeau, le tipi, etc. Pour éviter de surchauffer le campe à l'approche du dodo, Papi suggère de chauffer plutôt le petit poêle de son atelier de trappeur. 

C'est ainsi que pendant 3 jours et deux nuits, on s'est affairé, notre petite famille, à déneiger les toits des camps qui croulaient sous la neige abondante, tout en s'amusant, en se reposant, en vivant toutes sortes d'aventures en plein air qui nous ont donné beaucoup d'idées pour l'été à venir.  

dimanche 23 décembre 2018

MON NOËL ORDINAIRE

Il était une fois une fille qui aimait la vie et les gens. Elle n'aimait pas tant que ça Noël alors qu'elle adorait tous les préparatifs joyeux et lumineux qui menaient chaque jour davantage à cette période dite « de réjouissances ». Cette fille, c'est moi. 

Pour contrer la saison des obligations, les souvenirs plus tristes, la peine et le manque des gens qu'on a tant aimés et qui ne sont plus là, je m'efforce chaque année dès les premiers jours de décembre de meubler cette période des Avents avec des gestes qui multiplient ces petits suppléments d'âme, ces instants magiques qui font rayonner ce qu'il y a de plus beau autour de nous. Je trouve qu'il y a beaucoup d'occasions qui nous sont offertes de faire preuve d'entraide, de solidarité et d'humanité, particulièrement en cette période de l'année : favoriser les rencontres et y inclure tout le monde sans exception, faire comme si on avait le cœur à la fête pour que finalement, on ait vraiment le cœur à la fête à force de semer amour, paix et joie dans notre environnement immédiat. 

C'est ainsi que le 2 décembre, encore cette année, on s'était donné rendez-vous pour aller en famille et entre amis décorer et illuminer le sentier du petit boisé entre le cul-de-sac du bout de la rue où demeure notre petite famille. Ce sentier du petit boisé relie le bout de la rue avec l'ancienne église devenue garderie coopérative, juste en face de l'école primaire où convergent tous les enfants du quartier matins et soirs. 


Le 2 décembre, c'était aussi l'anniversaire de mon cher papa qui aurait eu 91 ans. Ce jour-là, dans mon coeur, je l'emmène avec moi toute la journée et son sourire m'accompagne. C'est drôle, sur cette photo, je trouve que je lui ressemble un peu… 


Pour cette corvée si rassembleuse, on sort nos jeux de lumières de l'année passée et on en rajoute des nouvelles. Il y a toujours quelqu'un qui veut se débarrasser des siennes et qui trouve très pratique de pouvoir les ajouter à celles qu'on a déjà. On apporte aussi des escabeaux, des échelles, des attaches, des décos dont on ne se sert plus et qu'on recycle ou retape avec d'autres, de la musique qui nous fait chanter, et même, pour la première fois, quelqu'un a pensé d'apporter du chocolat chaud et des verrres de carton pour réchauffer les tout petits.

Le chocolat chaud, ça réchauffe et ça rend heureux… visiblement!


Le plus difficile de l'opération consiste à brancher toutes ensemble ces séries lumineuses disparates et voir à remplacer les ampoules brûlées. Souvent, avec deux séries, on vient à bout d'en faire une qui ait de l'allure un peu. Alors, on l'ajoute au bout de la file. Pendant ce temps, d'autres grimpent dans les échelles et escabeaux pour commencer à installer tout ça. Pas trop haut, les branches seraient trop délicates pour soutenir un pareil poids et pas trop bas parce qu'on pourrait donner des méchantes idées à des vandales qui n'endurent pas de voir de la beauté autour d'eux. 


À la fin, quand le jour s'achève et que le soir arrive (trop vite) on n'en revient pas de voir la magie qui opère dans nos cœurs d'enfant. On a de la misère à s'en aller chacun chez nous et bien souvent, on se débrouille pour souper ensemble afin que cette journée se termine en beauté. C'est alors qu'on déclare le temps des Fêtes officiellement commencé!

MON NOËL ORDINAIRE 

Pour les décorations de Noël dans notre maison, on attend de faire ça avec nos deux petites-filles. L'occasion s'est présentée la fin de semaine des 7-8-9 décembre alors que leurs parents allaient passer une fin de semaine d'amoureux à Montréal. On a d'abord sorti la crèche avec les personnages tout en se racontant ensemble cette si belle histoire d'un petit bébé Jésus qui vient au monde dans ce lieu insolite qui ressemble à un vieux campe, entouré de sa Maman Marie et de son Papa Joseph, menuisier de métier, comme Papi, sous la protection de l'ange et les yeux ébahis des bergers et de leurs moutons. Quant aux rois mages, comme ils suivent l'étoile, ils sont encore loin mais bien en vue quand même. 


Blanche nous a bien fait rire cette année quand elle a demandé : « C'est où qu'on le met le nâne? » parce qu'elle nous avait entendu dire que le petit bébé Jésus, il avait seulement la chaleur dégagée par un bœuf et un âne, elle avait pensé qu'on parlait… d'un nâne! Depuis ce temps-là qu'on appelle cet animal gris, « le nâne ».



Bien entendu, comme par les années passées, avec Félixe, on bricole ses papillotes de Noël qu'elle offre au temps des fêtes à ses professeurs, ses amis(es), les membres de sa famille. On a commencé cette tradition quand elle avait 4 ans, aujourd'hui elle en a presque 10 et elle commence à m'en parler au mois d'octobre! Quant à Blanche, qui a 4 ans, qui passe son temps à dire « mouéssi mouéssi » et qui veut tout faire comme sa grande soeur, on a débuté cette année une tradition qui va se poursuivre pour longtemps, je le sens. On fait ensemble des biscuits de Noël qu'elle décore elle-même, qu'elle emballe et peaufine sa présentation avec tous ses talents pour tous les gens qu'elle aime. Je vous dis qu'elle y met tout son cœur… et beaucoup de glaçage de couleur. Elle est très généreuse, la Blanchounette!



Ensuite, on fait le sapin en se contant les histoires de tous nos ornements de Noël qu'on met dedans. Papi a les siennes et moi, j'ai les miennes. Et ensemble, on a les nôtres! Si jamais on en oublie une, les petites nous les rappellent à mesure qu'on les sort des boîtes pour les accrocher dans le sapin, elles veulent absolument nous entendre les raconter. Je vous en partage quelques-unes.



Celle-là n'est pas la plus vieille boule de notre sapin mais elle n'est pas jeune non plus, elle a exactement 51 ans. Je me souviens de l'avoir achetée au Nell's Sundries à Matagami quand j'avais 10 ans. Aujourd'hui, si on voyait un Père Noël qui fume la pipe, on crierait au scandale mais quand j'avais 10 ans, on ne s'offusquait pas de ça. Cette boule qui se dévisse est en métal et à l'intérieur, il y avait, je m'en souviens encore, des petits bonbons de couleurs. Elle me rappelle mon enfance dans une petite ville minière et le premier concours de rédaction que j'avais gagné à mon école primaire, dont le premier prix était 10 $. J'avais fait un cadeau à Papa, un à Maman, et chacun une petite voiture Matchbox à mes deux petits frères. Pour moi, j'avais acheté cette boule de Noël de métal avec des bonbons dedans. J'étais fière. Pour moi, cette boule représente aussi la joie de donner. 


Cette boule est la plus vieille de tout notre sapin. Elle est bleue, brillante et à peu près toute dépeinturée. Elle vient du sapin qu'il y avait dans le salon de la grande maison du Rang VII chez mes grands-parents Poirier. Elle est fragile mais toute là. Quand je la sors de la boîte, j'entends les guitares, les violons et les chansons de toute notre famille, je revois les marches d'escalier qu'on avait chacun la nôtre pour laisser les tablées aux grands, le poêle à bois bien rempli, du fourneau jusqu'au réchaud des pâtés à la viande et des tartes de toutes sortes et la porte qui s'ouvrait dans une brume de fretttttttt pour en accueillir d'autres qui venaient nous rejoindre. Mon oncle Claude rentrait toujours en dansant avec 26 onces de gros gin. Et mon père riait aux éclats!


Des boules en céramique comme celle-là, on en a deux. C'est Belle-Maman qui les a faites du temps où elle faisait de la céramique et de la poterie. Comme elles sont fragiles et cassantes, on les met bien appuyées sur des branches, comme ça, si elles tombent, ce ne sera pas de haut. Elles sont signées aussi, E. R., ce qui leur confère encore plus un statut d'œuvre d'art. Belle-Maman, cette chère Élise, nous a quittés en 2015 et quand Crocodile Dundee accroche « les boules à sa mère » dans le sapin, il fait toujours une farce pour nous faire rire mais après, il devient songeur et ajoute : « C'était une artiste, ma mère… » 


Cette ribambelle de bonhommes de neige, c'est Isabelle, notre fille, qui l'a faite alors qu'elle devait avoir 9-10 ans. On fait toujours attention quand on la sort et quand on la range de ne pas l'abîmer. Pour ses filles, c'est toujours l'occasion de se rendre compte que leur maman, elle a déjà eu leur âge!

Faire le sapin de Noël et les décos chez nous, c'est long. Mais pas trop long. Juste assez pour se raconter des belles histoires de vie qui nous enchantent parce qu'on se les rappelle seulement en décembre.


Cette boule de Noël dit une grande vérité… mais elle arbore une grosse faute de français qui me fait sourire à chaque année depuis… 1989!

Cette période de l'année, c'est un temps où nos cœurs s'attendrissent et la nostalgie pourrait prendre le dessus si l'on ne faisait pas attention. Je n'ai jamais eu autant de personnes qui m'ont pleuré dans les bras que cette année. C'est dans l'air, je pense. Je me dis que d'être là au bon endroit, au bon moment, parfois pour des étrangers qui croisent ma route, c'est ma façon de donner, en 2018. 

Paix sur la Terre aux gens de bonne volonté, c'est pour moi le souhait de Noël le plus sensible et le plus sincère qui soit. Et pour l'année 2019, je vous souhaite la santé et l'amour, parce que je vous considère tous et toutes justement comme des gens de bonne volonté. Gros gros becs mes amis(es).