Voici ma watch (le mot français est mirador) au matin de l'ouverture de la saison de chasse à l'orignal, le samedi 12 octobre dernier. À cet endroit, au fil des années, j'ai pu y observer et y entendre des orignaux, loutres, castors, hérons, rats musqués, canards, des vols d'outardes, une pygargue à tête blanche, même un ours une fois, un lynx une autre fois et je ne compte plus les écureuils, tétras, gélinottes, lièvres, etc.
Juste avant de monter dans ma watch, j'ai remarqué ce matin-là cette souche où poussent des ti thés qu'on peut faire en tisanes ou encore de mâchouiller les petites feuilles qui goûtent le Wintergreen ou encore le paparmanne rose!
Une fois montée dans ma watch, si je regarde vers la droite, c'est ce que j'aperçois, la rivière qui rétrécit et qui serpente jusqu'à devenir un ruisseau un kilomètre plus loin.
Et si je regarde à gauche, mon regard est attiré vers le bras de rivière qui nous mène au carrefour des rivières des Outaouais et Darlens. En canot ou à vol d'oiseau, à un kilomètre d'ici, il y a le campe à mon frère Yves. C'est ce qu'Isabelle avait pagayé en canot en ce beau samedi matin ensoleillé et frais, espérant apercevoir « la bête lumineuse ». J'ai capté cette photo d'elle à son retour.
J'ai zoomé autant que j'ai pu. Elle est belle, notre fille... Au dehors comme au dedans...
Je ne lui reconnais pas cette expression. Ou plutôt oui, je la reconnais, c'est celle de son visage de petite fille qui a peur. Et puis elle rame vite, elle ne semble pas aussi zen que je croyais qu'elle serait au retour de sa sortie en canot...
Habituée qu'elle est de ramer avec des coups en J pour diriger le canot en même temps qu'elle avance, ses coups de rame sont francs et précis mais je la trouve songeuse et elle balaie du regard le rivage constamment. Elle ne m'a pas vue.
Elle approche du quai, je saurai très bientôt ce qui l'inquiète. La forêt est si calme et silencieuse qu'il ne me viendrait pas à l'idée de lui crier que je suis là, tout près, bien camouflée, dans ma watch, à la croquer sur le vif...
Elle arrive au quai, prend son temps pour faire les manoeuvres sécuritaires d'accostage, je prends cette dernière photo et je descends doucement de ma watch pour aller à sa rencontre. « Maman, j'ai vu un ours sur le rivage juste de l'autre bord de la pointe à Noémie! » et moi, je lui réponds : « Pas encore un? Il y en a tellement ici... » et personne ne les chasse, donc ils prolifèrent.
Dimanche matin, je me suis amusée longuement à suivre et essayer de déjouer le tétras mâle qui voulait m'impressionner en déployant ses plumes. Bah, je peux bien m'en faire accroire si je veux, je sais très bien que ce sont les femelles alentour qu'il voulait séduire! Mais elles s'en fichaient royalement, les cocottes, c'était drôle de les voir si indépendantes et indifférentes. Bravo les filles, ne vous laissez pas impressionner par ce petit arrogant! (On peut cliquer sur les photos pour mieux voir les détails).
Lundi matin, 7 h 32, à deux kilomètres du campe, dans une autre watch près d'une saline, Dominic a abattu son gibier d'un seul coup de feu. Foudroyant. Ce petit mâle de 2 1/2 ans n'a jamais su ce qui lui arrivait. Aucune souffrance. En voilà un que les ours et les loups n'auront pas. Le dernier orignal abattu chez nous, c'était à l'automne 2009. Je m'excuse si cette photo vous choque mais je considère que de prélever un orignal par 4 ans ne fait pas de nous des prédateurs si terribles lorsqu'on se compare aux loups et aux ours qui ne font pas le travail aussi proprement.
Ça s'est passé là. Il faisait beau. Crocodile Dundee a tout vu, tout entendu, tout vécu de près, il était dessous la watch avec son appareil photo. Mais il n'a pas pris de photo de ce moment-là. Il a plutôt pris son gendre dans ses bras et l'a soulevé comme une plume. Ils ont dansé... en silence... Ils étaient fous de joie, les deux. Et tellement habitués à ne pas faire de bruit!
On se communiquait par radios lorsqu'il le fallait, en chuchotant bien entendu, les cinq chasseurs que nous étions (trois chassaient les images, deux chassaient l'orignal). En apprenant la nouvelle, Isabelle et moi, on est allés les rejoindre sur les lieux en apportant tout ce qu'il fallait, en plus de la bouteille de champagne que Dominic avait apportée au cas où... Mais il y avait tant de travail à faire sur place qu'on a attendu d'être revenus au campe pour faire sauter le bouchon!
On a passé la journée à se raconter toutes nos histoires, à s'occuper des quartiers de viande à transporter, suspendre, nettoyer avec du vinaigre, saupoudrer de poivre noir, emballer dans du coton à fromage, etc. D'autres membres de notre famille sont venus célébrer l'événement et y prendre part avec nous durant l'après-midi : mon frère Yves, Anne-Marie son amoureuse, le petit Adam qui a l'âge de Félixe, 4 1/2 ans, et ma mère qui aura bientôt 82 ans, qui était tellement fière elle aussi. On a soupé très tard ce soir-là, on était contents comme ça se dit pas. On passe notre temps à semer sur ce territoire et là, enfin, on récoltait. C'était le Jour de l'Action de Grâces. On a dit « Merci la vie » et comme les Algonquins, on a remercié l'orignal de nous avoir donné sa vie pour nous nourrir pendant toute une saison.
Récolte d'automne
Moi, je raconte des histoires. Je ne sais pas les inventer, alors j'en raconte des vraies. Vécues. Avec des photos qui racontent mieux que moi.







































