vendredi 18 octobre 2013

Récolte d'automne


Voici ma watch (le mot français est mirador) au matin de l'ouverture de la saison de chasse à l'orignal, le samedi 12 octobre dernier. À cet endroit, au fil des années, j'ai pu y observer et y entendre des orignaux, loutres, castors, hérons, rats musqués, canards, des vols d'outardes, une pygargue à tête blanche, même un ours une fois, un lynx une autre fois et je ne compte plus les écureuils, tétras, gélinottes, lièvres, etc. 


Juste avant de monter dans ma watch, j'ai remarqué ce matin-là cette souche où poussent des ti thés qu'on peut faire en tisanes ou encore de mâchouiller les petites feuilles qui goûtent le Wintergreen ou encore le paparmanne rose! 


Une fois montée dans ma watch, si je regarde vers la droite, c'est ce que j'aperçois, la rivière qui rétrécit et qui serpente jusqu'à devenir un ruisseau un kilomètre plus loin. 


Et si je regarde à gauche, mon regard est attiré vers le bras de rivière qui nous mène au carrefour des rivières des Outaouais et Darlens. En canot ou à vol d'oiseau, à un kilomètre d'ici, il y a le campe à mon frère Yves. C'est ce qu'Isabelle avait pagayé en canot en ce beau samedi matin ensoleillé et frais, espérant apercevoir « la bête lumineuse ». J'ai capté cette photo d'elle à son retour. 


J'ai zoomé autant que j'ai pu. Elle est belle, notre fille... Au dehors comme au dedans... 


Je ne lui reconnais pas cette expression. Ou plutôt oui, je la reconnais, c'est celle de son visage de petite fille qui a peur. Et puis elle rame vite, elle ne semble pas aussi zen que je croyais qu'elle serait au retour de sa sortie en canot...


Habituée qu'elle est de ramer avec des coups en J pour diriger le canot en même temps qu'elle avance, ses coups de rame sont francs et précis mais je la trouve songeuse et elle balaie du regard le rivage constamment. Elle ne m'a pas vue. 


Elle approche du quai, je saurai très bientôt ce qui l'inquiète. La forêt est si calme et silencieuse qu'il ne me viendrait pas à l'idée de lui crier que je suis là, tout près, bien camouflée, dans ma watch, à la croquer sur le vif... 


Elle arrive au quai, prend son temps pour faire les manoeuvres sécuritaires d'accostage, je prends cette dernière photo et je descends doucement de ma watch pour aller à sa rencontre. « Maman, j'ai vu un ours sur le rivage juste de l'autre bord de la pointe à Noémie! » et moi, je lui réponds : « Pas encore un? Il y en a tellement ici... » et personne ne les chasse, donc ils prolifèrent. 


Dimanche matin, je me suis amusée longuement à suivre et essayer de déjouer le tétras mâle qui voulait m'impressionner en déployant ses plumes. Bah, je peux bien m'en faire accroire si je veux, je sais très bien que ce sont les femelles alentour qu'il voulait séduire! Mais elles s'en fichaient royalement, les cocottes, c'était drôle de les voir si indépendantes et indifférentes. Bravo les filles, ne vous laissez pas impressionner par ce petit arrogant! (On peut cliquer sur les photos pour mieux voir les détails). 


Lundi matin, 7 h 32, à deux kilomètres du campe, dans une autre watch près d'une saline, Dominic a abattu son gibier d'un seul coup de feu. Foudroyant. Ce petit mâle de 2 1/2 ans n'a jamais su ce qui lui arrivait. Aucune souffrance. En voilà un que les ours et les loups n'auront pas. Le dernier orignal abattu chez nous, c'était à l'automne 2009. Je m'excuse si cette photo vous choque mais je considère que de prélever un orignal par 4 ans ne fait pas de nous des prédateurs si terribles lorsqu'on se compare aux loups et aux ours qui ne font pas le travail aussi proprement. 


Ça s'est passé là. Il faisait beau. Crocodile Dundee a tout vu, tout entendu, tout vécu de près, il était dessous la watch avec son appareil photo. Mais il n'a pas pris de photo de ce moment-là. Il a plutôt pris son gendre dans ses bras et l'a soulevé comme une plume. Ils ont dansé... en silence... Ils étaient fous de joie, les deux. Et tellement habitués à ne pas faire de bruit! 


On se communiquait par radios lorsqu'il le fallait, en chuchotant bien entendu, les cinq chasseurs que nous étions (trois chassaient les images, deux chassaient l'orignal). En apprenant la nouvelle, Isabelle et moi, on est allés les rejoindre sur les lieux en apportant tout ce qu'il fallait, en plus de la bouteille de champagne que Dominic avait apportée au cas où... Mais il y avait tant de travail à faire sur place qu'on a attendu d'être revenus au campe pour faire sauter le bouchon! 


On a passé la journée à se raconter toutes nos histoires, à s'occuper des quartiers de viande à transporter, suspendre, nettoyer avec du vinaigre, saupoudrer de poivre noir, emballer dans du coton à fromage, etc. D'autres membres de notre famille sont venus célébrer l'événement et y prendre part avec nous durant l'après-midi : mon frère Yves, Anne-Marie son amoureuse, le petit Adam qui a l'âge de Félixe, 4 1/2 ans, et ma mère qui aura bientôt 82 ans, qui était tellement fière elle aussi. On a soupé très tard ce soir-là, on était contents comme ça se dit pas. On passe notre temps à semer sur ce territoire et là, enfin, on récoltait. C'était le Jour de l'Action de Grâces. On a dit « Merci la vie » et comme les Algonquins, on a remercié l'orignal de nous avoir donné sa vie pour nous nourrir pendant toute une saison. 

Récolte d'automne

Moi, je raconte des histoires. Je ne sais pas les inventer, alors j'en raconte des vraies. Vécues. Avec des photos qui racontent mieux que moi.  

vendredi 11 octobre 2013

Qui va à la chasse...


La plupart y vont pour cette raison-là. (Photo prise à l'été 2010 tout près de notre campe).


Ou celle-là. (Photo faisant partie d'une série de 58 clichés que j'avais pris par un bel après-midi d'été, le 25 juillet 2011, tout près du campe à mon frère Yves, à un kilomètre du nôtre). 


Ou encore celle-là (photo prise par une caméra espion, une femelle et ses deux petits au printemps). 


Mais pas moi. J'y vais plutôt pour des raisons comme celle-ci. (À l'aube du premier matin de chasse, dans ma watch, armée de mon appareil photo, deux piles gonflées à bloc, prête à faire... clic! et re-clic!...)


Marcher dans les sentiers, humer les parfums secrets de la forêt boréale... 


Faire d'heureuses rencontres...


Vivre de bons moments... 


Se retrouver tous autour de la même table à l'heure des repas... Partager tout ce qu'on a vu, entendu et vécu, se raconter nos histoires, celles de la forêt comme celles d'en ville qu'on prend le temps d'écouter et de raconter jusqu'au bout. 

Qui va à la chasse...

... Perd sa place! Vous la connaissiez celle-là, n'est-ce pas? Eh bien cette marotte est fausse! Qui va à la chasse ne perd pas sa place, bien au contraire. S'il y a un événement annuel auquel j'ai l'impression d'être à ma place, c'est bien la saison de la chasse en Abitibi-Témiscamingue. 

Dans la zone 13 où nous sommes, la chasse ouvre cette année le samedi 12 pour se terminer le 27 octobre. Mais je n'y vais pas tout ce temps-là. 

Cette saison de chasse sera très particulière pour nous, pour des raisons que je ne me permettrai pas d'évoquer ici parce que la révolte et l'incompréhension m'habitent encore beaucoup trop à la suite d'injustices commises par des agents de la faune qui croyaient dur comme fer au scénario qu'ils avaient échafaudé et qui a fait deux victimes lors d'un procès bâclé qui s'est déroulé le 12 février 2013, qui n'a jamais abordé les faits proprement dits mais qui s'est concentré uniquement sur des technicalités juridiques. Je vous avoue que je dois travailler fort là-dessus pour retrouver une certaine sérénité quand je vais en forêt.  Il y aurait tout lieu de paranoïer pour moins que ça!

Crocodile Dundee est parti tout à l'heure avec plein de bagages et des glacières remplies de bonnes choses. Il va porter un premier voyage au campe et du même coup, il va à la rencontre de notre beau-frère Robert qui arrivera à 11 heures à la marina, directement de Ste-Anne des Lacs, dans les Laurentides. 

Isabelle, Dominic et moi, on partira vers 13 heures de Rouyn-Noranda, puisqu'ils terminent tous les deux leur travail à midi. On ira rejoindre Crocodile Dundee et Robert qui nous attendent à 15 heures à la marina. Huit minutes plus tard, en bateau, on sera tous rendus au campe, fébriles et contents, à faire des projets et des prédictions pour les prochains jours. Et on annonce beau, des températures estivales même!

J'ai mon appareil photo tout prêt. Crocodile Dundee aussi. Le sien est plus performant que le mien, il peut zoomer jusqu'à 30 fois, faire de la vidéo, etc. Je lui ai fait ce cadeau que je considère comme une mince consolation. Un juste retour des choses puisqu'il m'avait fait cadeau de celui que j'ai depuis 3 ans, sur mesure pour ce que j'aime faire. Il avait comploté avec son gendre pour me faire le plus beau des cadeaux, deux gars dévoués, prêts à tout pour me faire plaisir, l'un qui me connaît mieux que personne et l'autre qui est un artiste de l'image qui me connaît pas mal aussi!

Isabelle ne chassera pas non plus, elle accompagnera son chasseur de mari. Robert est un bon chasseur, il l'a prouvé depuis longtemps. Il connaît absolument tout de l'orignal, il a même fait son doctorat là-dessus. 

Par mesure de précaution, j'ai acheté tous les permis qu'il fallait, petit gibier et orignal. Je ne fais plus confiance aux autorités dans le domaine, ils peuvent aussi bien me coller une accusation s'ils me prennent en flagrant délit en train de cueillir des atocas ou des pousses de sapin, c'est pas mal leur genre. Et ils travaillent beaucoup avec des caméras-espions. « Souriez, vous êtes filmés »...

Donc, je serai partie quelques jours. Isabelle et moi, on revient lundi en fin d'après-midi, puisqu'elle retravaille mardi matin, mais les gars resteront dans le bois jusqu'à la fin de semaine prochaine. Deux qui chassent, un qui chasse pas. 

Gardez ma place au chaud, je vous reviens bientôt avec, souhaitez-le moi, de belles images. Je n'ai jamais pu photographier des orignaux l'automne... Ça manque à mon tableau de chasse!

jeudi 3 octobre 2013

L'ère de l'éphémère


Quelque part en 1993. C'était ma photo « officielle » d'écrivain public. Le photographe m'avait suggéré d'apporter un chapeau, une plume, quelques accessoires qu'il allait mettre en scène pour la séance de photos. Mon ami Jacks me parlait justement de cette photo dernièrement et je lui avais promis que j'allais la publier ici. Et je tiens toujours mes promesses... en autant que je m'en souvienne!

L'ère de l'éphémère

Il y a deux semaines environ, tous mes équipements informatiques ont lâché. J'avais du vieux stock, il faut dire. Probablement infesté de virus parce que pas suffisamment bien protégé. Mon ordinateur fixe et mon portable ont reçu le même diagnostic : passé date, plus réparable et pas compatible avec les autres. J'ai dû m'acheter du neuf, faire transférer mes fichiers tandis que c'était encore possible de le faire (il était moins une!...) et me voilà équipée d'un ordinateur fixe, version Windows 7, et d'un mini Ipad qui remplace mon portable. Je peine encore à me familiariser avec tout ça et j'ai toujours la tentation de dire que c'était mieux avant. Je ne suis pas si sûre que si mes équipements neufs suivent le courant il en va de même pour moi. 

Voici quelques faits vécus dans la dernière semaine : 

- Ma fille m'envoie un texto le matin à 8 heures mais je n'ouvre mon mini Ipad qu'en fin de journée et j'aperçois un message dont je reconnais l'origine par le numéro de téléphone. Je pense que je parle à ma fille et je lui demande si elle a pris mon message sur son répondeur. On me répond qu'est-ce qu'un répondeur, c'est passé de mode? Je réplique en disant que je n'avais toujours bien pas envoyé un papyrus et que le répondeur était fort pratique pendant la journée pour répondre à sa question de l'avant-midi. Après quelques échanges farfelus où mon interlocutrice fait juste de rire et ne comprend rien à ce que je raconte, je m'aperçois que je suis en train de texter avec mon adorable gendre qui me trouve drôle à s'en taper sur les cuisses. Il finit par me démêler, me dire qu'Isabelle n'est pas là mais qu'il lui dira d'écouter ses messages sur le répondeur et depuis ce temps, il m'appelle « Mamie 2.0 ». 

- À l'épicerie, là où tout le monde se parle d'habitude, dans le rayon des fruits et légumes, maintenant je vois plein de gens parler au téléphone, chacun dans son monde, un petit machin-truc greffé dans la main gauche et posé sur l'oreille pendant que la main droite accroche la laitue romaine, les tomates, les pommes, les bananes, etc. À l'ère des communications, moi j'appelle ça plutôt de l'incommunicabilité. 

- En attendant ma lumière pour traverser la rue hier, je vois de l'autre côté Christian qui s'en vient dans ma direction. Il y a tellement longtemps qu'on ne s'est pas vus, lui et moi. J'ai hâte qu'il arrive à ma hauteur, pour le saluer, lui faire un gros càlin et deux bisous, échanger quelques nouvelles. Mais Christian sourit à pleines dents,  il est ailleurs, tellement pas dans l'ici et maintenant, il parle à quelqu'un qui, visiblement, le fait sourire. Il passe à côté de moi sans me voir et je passe mon chemin sans le déranger. Encore l'incommunicabilité!

- Tout à l'heure, dans un café, en attendant mon amie Lise, je réalise que je suis 15 minutes à l'avance et toutes les personnes autour de moi, je dis bien toutes, sont sur leur Iphone, leur Ipad ou leur portable. Évidemment, l'endroit est Wi-Fi... L'ambiance est terne et monotone. Silencieuse. Aucun journal ne traîne sur aucune table. Je sors mon mini Ipad de mon sac à main, je me branche moi aussi et j'entre dans mon univers isolé des autres autour de moi. Je ne me sens pas bien. Je fais comme tout le monde mais je ne suis pas bien là-dedans. Mon amie Lise entre dans le café. Je ne la vois pas. Elle me dit : « Allo! Ça fait tu longtemps que t'es arrivée? » et comme si je venais de me faire prendre en flagrant délit, je m'empresse de fermer ma tablette! 

Comment se fait-il que j'ai l'impression qu'on n'a jamais si peu communiqué que depuis qu'on a à notre disposition tant d'outils de communication? Qu'on a jamais été aussi seuls que depuis qu'on a les moyens de rejoindre n'importe qui dans le monde à un clic de souris?  

Et pourtant... 

Nous sommes plusieurs à déplorer l'aspect éphémère, volatile et « formaté » de ce qu'on trouve sur les réseaux sociaux. Y a-t-il vraiment échange, rencontre, conversation, discussion? Non, pas souvent. Pour échanger, il faut qu'il y ait de l'écoute de part et d'autre. Si l'on disait auparavant que « Les écrits restent », on ne peut plus affirmer cela en parlant de ce qui s'écrit sur le web. 

Je ne suis pas la seule à avoir remarqué que plusieurs réflexions, commentaires, paroles ou ce qu'on appelle maintenant des « statuts » restent sans réponse, tombent dans l'oubli et sont vite remplacés par quelque chose de plus spectaculaire, avec des images et du son. Que beaucoup de courriels restent sans réponse. Que la politesse minimale d'antan qui voulait qu'on accuse réception d'un message n'a plus cours. Qu'on prend des centaines de photos avec nos appareils numériques mais qu'on ne les fait plus développer, qu'on ne fait plus d'albums, qu'on ne partage plus avec nos mères, nos frères et soeurs, nos enfants, nos amis. Non, on met ça sur Facebook! Notez bien qu'ici, « on » exclut la personne qui parle...

Je ne suis pas encore une personne âgée au sens où j'arrive très bien à être fonctionnelle dans la société où je vis. Mais à 56 ans, j'avoue que j'ai de la misère à suivre parfois. Je passe beaucoup de temps avec des personnes âgées de mon entourage qui sont loin de cet univers virtuel où tout est devenu instantané et digne d'être partagé, où les plus hardis exposent leurs états d'âme comme si c'était d'intérêt public. Où le flot immense et ininterrompu des paroles deviennent vite des dialogues de sourds. 

J'envie parfois les personnes âgées d'être à l'abri de cette « évolution » des communications qui nous plonge, sans qu'on le veuille, dans l'isolement le plus triste qui soit. Celui d'être seul dans la foule. 


mercredi 25 septembre 2013

Camping pong


Été 1958. J'avais un an. Chaque fois qu'ils avaient un congé, mes parents prenaient le large avec leur bagnole, ils couraient les lacs, les plages et les terrains de camping. C'était l'époque de « la tite couvarte »! Ensuite il y a eu la tente, la petite, la moyenne, puis la tente-roulotte qui nous a menés un peu partout quand on était petits. 


À partir de 1972, mes parents ont toujours fait des séjours annuels au soleil, le plus souvent en Floride, en passant par la Louisiane bien sûr et quelques autres états américains où ils avaient des amis, comme au Nouveau-Mexique. C'était l'époque de la petite roulotte, la moyenne, la grande qui a été suivie par le premier petit Winnebago, dont Papa était très fier. Ici en 1990 ou 1991, les deux frères inséparables, Léo et Eddy, avec une partie de nos deux familles. Ils voyageaient souvent ensemble, les deux frères. Nous, on allait rejoindre nos parents en Floride pour une semaine de vacances au plus fort de l'hiver, les billets d'avion Montréal/Fort Lauderdale/Montréal se vendaient 199 $! 


Papa était le plus heureux des hommes quand il planifiait sa route avant de s'installer au volant de son motorisé. Il avait le pied marin et l'âme voyageuse... Tiens, j'y pense, c'est une passion qu'il nous a transmise, celle de la géographie et de la lecture des cartes. Maman est aussi une passionnée des voyages, des lieux et des découvertes. Mes parents ont eu en tout 3 motorisés qui les ont menés aux quatre coins de l'Amérique du Nord, d'est en ouest, du nord au sud. C'était l'époque où ils étaient partis jusqu'à 6 mois par année. 


Fin juin 2013. Isabelle, avec son mari Dominic et leur petite Félixe viennent d'acquérir ce petit motorisé usagé et ils n'attendent que la fin des classes (Isabelle enseigne au secondaire) pour réaliser leur rêve de partir sur la route tout l'été à bord de ce qu'ils appellent leur «  TiBus ». 


Début juillet 2013. Cette photo n'est pas de moi, je l'ai piquée sur le blogue TiBus 2013. Je ne peux m'empêcher de faire le parallèle entre cette photo d'eux peu après leur départ et celle de l'été 1958. L'histoire se répète...


Cette photo non plus n'est pas de moi. Je l'ai reçue par courriel de mon neveu, Jean-Michel, qu'on appelle affectueusement Jean-Mi, actuellement dans l'Ouest canadien, où il vient de faire l'acquisition d'un petit motorisé qui le mènera Dieu sait où, Jean-Mi c'est notre globe-trotter, le plus aventurier et le plus curieux des petits-enfants à Léo et Rita. Juste pour vous donner une idée du personnage, il a commencé son été dans un stage au Mexique, l'a poursuivi au Maroc et en Espagne pour le compléter par un autre stage à Kuujjuaraapik, au Nunavut. Il n'a même pas encore tout à fait 20 ans et il a visité plus de pays dans sa jeune vie que mes parents, ses grands-parents donc, tout au long de la leur. 

Camping pong

Dimanche dernier, au moment où Jean-Mi achetait son petit motorisé, Isabelle et Dominic vendaient le leur, tel que prévu, au retour de leur beau voyage. C'était plus fort que moi de faire des liens entre ces deux transactions et je me disais que mes parents avaient transmis quelque chose de leur passion à leurs petits-enfants.

Une anecdote m'est revenue à l'esprit. Un fait vécu que j'aime me rappeler parce qu'il illustre bien qui était mon père et quelle était son aptitude pour le bonheur. Se souvenir des moments heureux vécus avec une personne peut contribuer à la garder toujours vivante d'une certaine façon. L'absence devient présence, le temps qu'on raconte... 

* * * * *

Ce jour-là, Papa devait aller au Centre du camping d'Earlton pour finaliser la transaction et prendre possession du motorisé de ses rêves, celui qu'il avait toujours voulu, un gros, comme un autobus, avec tout ce qu'il faut dedans, comme dans une vraie maison. Maman devait l'accompagner mais elle a eu l'appel qu'elle attendait pour une petite chirurgie d'un jour à l'hôpital. Malgré sa hâte et son enthousiasme, Papa ne serait jamais parti sans elle mais elle a insisté pour que j'accompagne mon père et qu'on soit de retour à la fin de la journée pour aller la chercher à l'hôpital... avec le motorisé tout neuf. De toute manière, Maman ne conduisait pas et ça prenait quelqu'un pour ramener la vannette pendant que Papa allait faire les kilomètres du retour au volant de son « paquebot ». 

On a déposé Maman à l'hôpital. De Rouyn-Noranda jusqu'à Earlton, Papa était comme un enfant heureux. Et fébrile. Il s'inquiétait de Maman à l'hôpital, même pour une petite chirurgie de rien du tout, mais il était tout excité de me parler de son nouvel achat et des beaux voyages qu'il ferait avec Maman jusqu'en Californie, en Alaska, dans l'Ouest canadien, les Maritimes et partout où elle voudrait aller. Il me racontait qu'il n'aurait jamais pu trouver meilleure compagne que Maman qui savait voyager, qui lisait tout, qui se débrouillait en anglais et qui était toujours partante pour visiter tout ce qu'il y avait à voir et faire plein de petits détours le long du chemin. 

Mes parents étaient de vieux clients fidèles du Centre de camping d'Earlton, une entreprise familiale. S'ils aimaient tant les entreprises de ce genre, c'est probablement que chez nous aussi, à partir de 1975, on était une entreprise familiale! Le directeur des ventes à Earlton était le fils aîné de cette famille mais Papa avait tenu à aller saluer le père, la mère, et les autres membres de ce clan tissé serré, chacun à son poste de travail, tous contents de voir arriver Léo. Je crois aussi qu'il était fier de me présenter à eux tout en expliquant l'absence de Maman. Il leur disait : « Je te présente ma fille, Francine, c'est mon homme de confiance! »

Après avoir complété tous les papiers officiels, au moment de remettre les clés à Papa, le fils aîné a appelé dans le bureau ses parents et le reste de la famille pour bien marquer l'événement. On aurait dit qu'ils étaient aussi heureux que Papa, ils savaient tous qu'il en rêvait depuis toujours, de son fameux Classe C. Le fils aîné donna les clés à son père avec un clin d'oeil et un air entendu pour qu'il les remette à Papa. Je me souviens encore de ses paroles : 

« Là, mon Léo, c'est un grand jour... T'as commencé avec une tente à terre, pis je t'ai vendu une tente-roulotte, une petite roulotte, une moyenne, une grande (il nommait les marques, il les connaissait par coeur, évidemment), ton premier motorisé, le Corsair, et aujourd'hui, tu réalises ton rêve avec ton Classe C, un Pace Arrow,  je suis sûr que c'est le plus beau jour de ta vie? »

Papa l'écoutait tout sourire. Il savourait ce moment. Je pensais qu'il allait répondre tout simplement oui et qu'il allait se lever pour prendre les clés. Mais non. 

Papa s'est calé dans son fauteuil en ouvrant très grand ses bras et en plaçant ses mains derrière sa tête, le regard au loin, le sourire large comme jamais. Puis il a répondu : 

« C'est un beau jour mais c'est pas le plus beau jour de ma vie... (silence) ...Mon plus beau temps en camping, c'était quand on avait rien qu'une tite couvarte, un chip pis une liqueur à deux... » 

Pendant que toute la famille réunie dans le bureau trouvait mon père drôle et spirituel, il m'a regardée avec ses beaux yeux bleus, son sourire attendri et je comprenais qu'il était tout à fait sérieux en disant cela. Et Papa savait que je savais qu'il disait vrai et qu'il était sérieux. 

Il a pris les clés, a salué et remercié tout le monde et on est sortis. On a été essayer le gros véhicule sur la route pour quelques kilomètres avant le grand départ pour revenir chez nous. Papa mettait sa main droite sur son coeur en conduisant, je ne l'avais jamais vu faire ça.

 « T'es tu correct, P'pa? ». Oui, il était correct mais il était ému. Pour mille raisons.

Il m'avait offert de prendre le volant de son nouveau joujou pour que je constate comme ça se conduisait bien, aussi facilement que sa vannette, disait-il. Il avait besoin de partager son bonheur. C'était toute une marque de confiance pour « son homme de confiance » mais j'avais refusé poliment, la grosseur du paquebot m'intimidait mais plus que tout, je voulais intérioriser ce moment, concentrer toute mon attention sur ce visage heureux et ému, celui de mon père qui réalise l'un de ses rêves en se souvenant de tout ce qui l'a amené jusque là. 

mercredi 11 septembre 2013

Grand-Maman disait...


Nous avons célébré ces derniers jours les 92 ans de Belle-Maman. À son âge, les anniversaires durent longtemps puisqu'ils sont l'occasion pour toute la famille de se rassembler autour d'elle et de multiplier tous les petits bonheurs qu'on puisse imaginer. Mais son plus grand bonheur reste encore d'être entourée des siens et les siens sont très nombreux : 4 filles, 1 fils, avec les conjoints, ça double, 10 petits-enfants et encore là, avec les conjoints ça double et 8 arrière petits-enfants à ce jour. 

Grand-Maman disait... 

C'est en voyant cette photo de nous que j'ai remarqué le bras affectueux, enveloppant et protecteur de Crocodile Dundee autour des épaules de sa Maman. Un fait vécu il y a longtemps m'est revenu à l'esprit et si ma grand-mère était toujours là, je lui dirais : « T'avais raison, Grand-Maman! »

J'avais 16-17 ans et ma grand-mère qui habitait avec nous était ma conseillère pour les choses du coeur!  Dans ma vie, à ce moment-là, il y avait Louis, un gars formidable. Grand-Maman le connaissait, il venait souvent me chercher ou me reconduire, parfois même il veillait avec nous autres à la maison. 

En principe, j'étais amoureuse de Louis comme il était amoureux de moi. Mais quelque chose me chicotait, je ne voyais pas clair dans mes sentiments et j'aurais bien voulu qu'il ne s'attache pas à moi autant. Était-ce la peur de l'engagement tout simplement? J'en ai parlé à Grand-Maman. Je lui racontais que « sur papier », mon côté rationnel comprenait qu'il était un gars parfait, gentil, généreux, vaillant, courageux, ouvert aux autres, beau bonhomme, ce qui ne gâchait rien, et il avait plein d'autres qualités qu'elle lui reconnaissait elle aussi. 

Grand-Maman m'a demandé : « Est-ce qu'il te parle de sa mère, des fois? ». Oh oui, qu'il m'en parlait de sa mère! Il habitait avec elle, veuve, étant le plus jeune d'une grosse famille toute disséminée au Québec et en Ontario. Il n'avait pas souvent un bon mot pour elle. Pourtant, il l'aidait beaucoup, il était son poteau de vieillesse mais cette charge était lourde pour lui et il lui reprochait bien des petits détails que je trouvais, pour ma part, très insignifiants. 

Grand-Maman m'avait dit : « Regarde comment il traite sa mère et dis-toi qu'un jour il va te traiter de la même façon ». Je n'aurais tellement pas voulu qu'il parle de moi un jour avec ce ton exaspéré... 

Le temps passait et au lieu de m'attacher à Louis, je m'en détachais de plus en plus à chaque fois qu'il me parlait de sa mère qu'il aimait pourtant mais qui lui tapait sur les nerfs. C'était plus fort que moi, la théorie de ma grand-mère s'incrustait de plus en plus fort. Et pourtant, l'une de mes amies, je l'appellerai Loulou, ne comprenait pas ma tiédeur, elle aurait été tellement amoureuse de Louis à ma place. 

Je me suis organisée pour qu'on sorte de plus en plus souvent là où la gang se tenait fréquemment. Une fois tous les liens d'amitiés et les complicités bien établies, j'ai eu avec Louis « LA » fameuse conversation délicate, je le quittais pour cause d'amitié, l'amour n'était pas au rendez-vous mais je lui faisais remarquer que Loulou, elle, avait l'air très amoureuse de lui. 

J'étais soulagée!

Quelques semaines plus tard, Loulou et Louis étaient ensemble. 

* * * * * 

Il y a quelques semaines, je vais chez mon concessionnaire où j'ai rendez-vous pour un entretien sur ma voiture. J'avais prévu un bel avant-midi de lecture pour attendre sur place plutôt que de me faire reconduire en ville par le véhicule de courtoisie. Pendant que je confie mes clés et que je signe les documents, j'entends derrière moi : « Si Mademoiselle Turbide le veut bien, je peux aller la reconduire au bout du monde! »

C'était Louis!

Retraité depuis peu, il ne se voyait pas à rien faire alors il a accepté ce petit boulot qui lui permet de voir beaucoup de monde tout en ayant un horaire très aéré. Tout ce qu'il aime, en fait. Il est très heureux, toujours avec Loulou et il n'a pas changé d'un iota pour l'essentiel. Je n'ai pas accepté d'aller au bout du monde avec lui comme il me l'offrait mais nous avons eu beaucoup de bonheur à échanger entre ses courses aux quatre coins de la ville pour aller reconduire d'autres clients. Il revenait toujours me parler dans la salle d'attente du concessionnaire et je n'y voyais pas d'inconvénients non plus, mon livre n'était pas si captivant en fin de compte! 

Au fil des discussions et des mises à jour de nos vies, je lui demande des nouvelles de Loulou, de leur fils, etc. Ses yeux brillent lorsqu'il me parle de fiston et visiblement sa relation avec son fils semble le remplir de bonheur et de fierté. Pour Loulou, il passe vite, je dois insister. Et finalement, il n'en dit pas grand-chose de bien élogieux, même que c'est assez limite. Je sens qu'elle lui tape sur les nerfs, sa femme. Il n'a pas une grande admiration pour elle... Mais ils sont toujours ensemble. 

Ma grand-mère avait raison, je pense!

* * * * *

Le jour où je suis passée de l'amitié à l'amour avec Crocodile Dundee (le 14 août 1976) je trouvais ça beau de l'entendre parler de sa mère et de ses soeurs.

Dans les fêtes et les partys, Crocodile Dundee est bien capable de faire le clown et de chanter. Il aimait bien cette vieille chanson où il parodiait le Père Gédéon, ce qui faisait rire le monde. Voici les paroles :

VOUS, JEUNE FILLE

Vous, jeune fille
À qui l'on fait la cour
À qui l'on jure
Un étaaaaarnel sarment
Gardez-vous bien
Qu'il vous aime toujours
Celui qui n'a pas aimé sa
MÔMAN
S'il n'aime pas sa mééééérrreuhhhh
C'est qu'il n'a pas
DE TCHOEUR
Comment pourrait-il faireuhhhhhhh
Un jour votre
BONHEUR
S'il fait couler des
LARMEUHHHH
Des yeux de sa
MÔMAAAAAAAAAAN
Aura-t-il quelques
CHARMEUHHHH
Pour votre tchoeur de
VINGT ANS

Excusez là!


lundi 26 août 2013

Ma plus douce folie


Je suis tombée ce matin sur cette photo que j'avais prise il y a quelques années pour montrer à une amie comment je faisais pour fabriquer mes cartes en écorces de bouleau. Il suffit d'en trouver deux qui s'apparentent dans la couleur et la forme (ne jamais utiliser les ciseaux), de les mettre ensemble pour les aligner le plus possible avant de faire dans le haut une série de petits trous avec un poinçon, pour ensuite les « coudre » avec du raphia enfilé dans une aiguille à laine! 


D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours eu une attirance pour les crayons, les stylos, les plumes, les cartes, les cahiers de notes, les beaux papiers, les boîtes à correspondance et tous ces objets qui sont reliés de près ou de loin à l'acte d'écrire. Cette attirance est devenue au fil du temps une manie et même une vraie folie. À tel point qu'autour de moi, on a contribué à nourrir ma folie en m'offrant à l'occasion d'anniversaires de ces trésors et de ces fantaisies qui me rendent complètement gaga et chaque fois, je tombe sous le charme.  


Dans cette photo que je viens tout juste de prendre pour les besoins de ce billet, on voit ce cadeau qu'une amie m'a offert pour mes 50 ans : une magnifique plume en verre de Murano que je chéris de tout mon coeur. C'est un bijou mais je m'en sers aussi! Je ne suis jamais allée en Italie mais cette amie, oui, et lorsqu'elle a visité les ateliers des célèbres verriers de cette ville, elle a tout de suite pensé à moi en voyant cette plume qui m'a déjà beaucoup servi depuis 6 ans. J'ai déjà dépensé tout un encrier, j'ai dû m'en acheter un neuf dernièrement!  

Ma plus douce folie

Tout à l'heure, j'ai fait un petit étalage d'une partie de mes trésors pour les besoins de ces deux photos avec ce que j'avais sous la main, tout proche de mon ordinateur mais s'il avait fallu que je sorte de leurs cachettes tous les objets de dévotion qui sont les miens, ça m'aurait pris une partie de la journée. Non mais c'est vrai, j'en ai partout, ils font partie de mon univers et ils sont bien classés, je vous assure. J'ai dû faire des choix déchirants quand nous sommes déménagés en avril, je ne pouvais pas tout apporter, alors je me suis « séparée » de quelques beaux cahiers encore vierges et de plusieurs instruments d'écriture qui étaient toujours beaux, originaux, mais qui avaient perdu de leur efficacité sans que je puisse leur trouver de recharge ou d'utilité à court terme. Dure séparation!

Je vais même vous avouer que parmi mes rêves encore à réaliser, il y a cet antique secrétaire.... tout en bois de couleur caramel, avec plein de petits tiroirs et des cachettes secrètes, des tablettes qui se rétractent quand on n'en a pas besoin, une porte en rond sur le dessus, cette porte qu'on glisse doucement en remontant pour qu'apparaissent tous ces trésors, avant de s'asseoir confortablement et d'ouvrir les deux tiroirs de chaque côté, en sortir un cahier coloré ou un recueil de pages blanches et se laisser aller à noircir le papier de mots, d'expressions, de notes, de titres, de phrases qui finiraient par avoir un sens. Il me semble que si j'avais un si beau meuble pour rassembler mes pensées, je n'écrirais pas de niaiseries!

Revenons à la réalité, je ne sais pas du tout où je pourrais installer un si beau secrétaire dans notre maison actuelle mais je trouverai bien un jour une idée et ce sera le premier pas vers la réalisation de ce rêve. C'est que j'ai pris l'habitude dans ma vie d'aller au bout de tous mes rêves. Sauf que des fois, c'est long. Je suis patiente, je me stresse pas avec ça... 

Vendredi dernier, j'avais invité ici pour un café un ami que je n'avais pas vu depuis très longtemps. Bien sûr, je lui ai fait faire le tour de la copropriétaire! Ah oui, j'oublie de vous dire que cet ami écrit beaucoup, c'est d'ailleurs ainsi qu'on entretient notre vieille amitié. Une fois en haut, dans la chambre mansardée, celle que Félixe appelle « sa chambre », mon ami a tout de suite vu le potentiel, la tranquillité de l'endroit, sa lumière... Il m'a dit « Ça te tenterait pas de t'installer ici pour écrire? ». En tout cas, lui, c'est ce qu'il aurait fait à ma place. 

Cet ami a semé un doute dans mon esprit... Un endroit pour écrire... Un endroit rien qu'à moi. Il faudrait entreprendre d'abord la construction d'une grosse lucarne. Défoncer la couverture, c'est pas rien? Construire un genre d'alcôve... tout fenestré... et mon regard irait se perdre dans les branches des grands conifères de notre cour avant et errer dans les feuillus de la rue et chez nos voisins d'en face... Mon beau secrétaire en bois de couleur caramel y entrerait juste bien!

Mon ami qui a déjà eu un blogue, une page Facebook et un compte Twitter, est maintenant complètement absent des réseaux sociaux et il s'en porte à merveille. Il me racontait qu'il écrit toujours au moins une page par jour, c'est sa nouvelle discipline. J'ai trouvé cette idée plutôt inspirante. Il me faisait remarquer qu'écrire sur du papier donnait des résultats tout à fait surprenants lorsqu'on est habitués de pitonner. D'ailleurs, j'ai remarqué lorsque j'écris à la main que j'ai le poignet qui fatigue très rapidement et que je dois m'arrêter souvent, alors, inévitablement, je dois plonger plus profondément dans mon texte ou à l'intérieur de moi.

Comme il a raison!

Depuis qu'on ne s'écrit plus dans nos sociétés, les communications vont moins bien qu'avant il me semble. Rien ne remplacera jamais « un p'tit mot doux dans la boîte à lunch », un bonjour amical dans une carte joliment illustrée, une enveloppe que le facteur apporte et sur laquelle notre nom a l'air d'un mot d'amour, ou même une carte postale avec un paysage enchanteur... qui arrive longtemps après le voyageur qui vous l'a postée! Non, depuis qu'on communique surtout par l'entremise des réseaux sociaux, nos échanges peuvent devenir superficiels parce que justement, on s'autocensure énormément dans le meilleur des cas. Mais il y a pire, ce sont ceux et celles qui ne s'autocensurent pas, qui n'ont aucune pudeur et qui exposent leurs états d'âme du matin et ce qu'ils s'apprêtent à manger, comme si ça pouvait nous intéresser. La catastrophe pour moi, ce sont ceux qui mettent leur propre vie en scène mais qui oublient de la vivre.

Je ne suis pas en train de dire que les communications facilitées par l'avènement des courriels, blogues, comptes Facebook et Twitter n'ont pas leurs raisons d'être, au contraire, je trouve ça très pratique, extrêmement efficace, pour entretenir nos liens, échanger des nouvelles, des photos, des vidéos et plein de trucs. Dans le meilleur des mondes, on utiliserait ces réseaux de communication mais on n'abandonnerait pas pour autant nos lettres, cartes, dessins, coups de fil, rencontres, qui viendraient enrichir et réchauffer nos relations interpersonnelles.

Mais je dis ça... Vous savez que je suis une nostalgique finie! 


jeudi 8 août 2013

Mère courage déménage!


Nous étions en vacances la semaine dernière à notre campe à Rapide Deux, en compagnie de mon frère Jocelyn et ma belle-soeur Guylaine qui habitent maintenant à Lévis. Nous avions comme objectif de passer du bon temps ensemble et de pêcher du bon doré. Idéalement, on espérait pêcher notre souper chaque jour. Objectif atteint au-delà de nos espérances, on a même rapporté 3 dorés à notre Maman au retour. 


Un midi qu'on cassait la croûte avant de retourner à la pêche, Crocodile Dundee (toujours aux aguets) a vu un phénomène étrange se produire dehors, juste en face de lui. La mère écureuil qui avait élu domicile dans la vieille cabane d'oiseau était très affairée, elle venait de sortir son petit du nid, elle l'avait comme un peu jeté par terre avant de remonter au nid, toujours très énervée comme le sont tous les écureuils. Comment pouvait-elle jeter son petit dehors comme ça, sans plus de précaution? On a tous laissé nos assiettes là et on est sortis dehors pour observer la scène. Un vrai film documentaire. Nous avons eu droit à tout un spectacle où nous allions de surprise en surprise... Crédit photo : Jocelyn Turbide. 


Tout se déroulait en face de nous qui étions sur la galerie du campe. Fascinés par ce qui se passait là, on essayait de comprendre à mesure sans rien déranger. Rapidement, Jocelyn et moi (des maniaques de la photo) avons voulu croquer quelques images avec nos appareils, chacun de son angle, essayant de zoomer le plus possible. Crédit photo : Jocelyn Turbide. 


Maman écureuil, on l'a compris assez vite, avait entrepris de déménager sa marmaille du nid d'oiseau dont l'ouverture était devenue trop petite à mesure que les petits grossissaient, pour les installer à l'arbre mort qu'on voit sur cette photo et dans lequel elle avait fait son nouveau nid, avec des feuilles des épis de maïs qu'on avait laissés pas loin la veille et dont quelques animaux sont friands. Ici, on la voit remonter vers la cabane d'oiseau pour aller chercher un autre petit récalcitrant. Elle travaillait fort, c'était beau de la voir aller. Crédit photo : Jocelyn Turbide. 


Ce qu'on trouvait drôle, c'était de voir comment les petits ne voulaient absolument pas sortir du nid dans la cabane. Certains étaient plus résistants que d'autres. Des petits à la tête dure, ça ne lui faisait pas peur! Maman écureuil ne s'en laissait pas imposer, elle travaillait plus fort, c'est tout. Avec sa gueule, avec ses pattes, avec sa tête, elle les sortait de force de la cabane, ils avaient beau résister, ils n'avaient pas le choix. Elle savait que si elle ne les sortait pas bientôt, elle ne pourrait plus les sortir de là et ils allaient mourir. Nous pensions au début qu'elle avait un ou deux petits. Crédit photo : Jocelyn Turbide. 


Une fois sorti de la cabane de peine et de misère, elle descendait par terre avec le petit à moitié dans sa gueule et l'autre moitié qui s'agrippait après le haut de son corps. Parfois, elle reprenait son souffle là avant de remonter au nouveau nid pour le déposer avec l'autre. Mais elle retournait tout le temps à pleine épouvante à la cabane pour en chercher un autre. Combien de petits avait-elle, cette mère courage si vaillante? Crédit photo : Jocelyn Turbide. 


Une vraie athlète en plus d'être une mère courage! Entreprendre un pareil déménagement toute seule avec des petits qui ne collaborent pas du tout... Nous autres, de notre point de vue, on pensait toujours que c'était le dernier mais elle en avait toujours un autre à déménager visiblement, parce qu'elle fatiguait énormément en faisant des sauts, des culbutes et des cabrioles sur le toit du nid. Elle entrait et sortait du nid sans arrêt. 


Le plus difficile pour elle, c'était vraiment de les sortir de la cabane. Après, on aurait dit que ça allait tout seul pour les amener jusqu'au nouveau nid qui était bien camouflé en haut de l'arbre mort juste à côté. 


Et voilà, elle est en train de sortir le dernier de ses petits. C'était le cinquième! Elle n'est plus revenue au nid après ça, elle devait probablement veiller sur sa marmaille tout juste installée ou bien elle se reposait auprès de ses petits rebelles, elle l'avait bien mérité. 


Après ce vrai documentaire « live » où nous étions aux premières loges, on est retournés à la pêche qui a été fructueuse. Des beaux dorés bien frétillants et un brochet qu'on a fait cuire dehors. Il y en avait quelques poêlées. On s'est bien régalé. 

Mère courage déménage!

D'entrée de jeu, je vous rappelle que vous pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir sur votre écran. 

Tout au long du déménagement, nous avons été tour à tour épatés, attendris, émerveillés et complètement subjugués. On a beaucoup ri parce qu'on faisait des rapprochements vraiment pas rapport entre les écureuils et les humains, du genre « Mais il est où, le bonhomme? Il va rappliquer quand tout le travail va être fait? », et encore « En tout cas, ça fera pas des écureuils rois, la mère a de l'autorité! » et même des commentaires du genre « ah les ados, ils sont décourageants parfois! ».  

Moi je trouve que ce qui est super au campe, c'est qu'on s'amuse avec des petits riens. On aurait été au cinéma qu'on n'aurait pas pu vivre autant de plaisir. 

Pour la fin de l'histoire, on est certains qu'on n'a pas fini de voir courir cette marmaille un peu partout autour du campe très prochainement à mesure qu'ils seront autonomes et qu'ils échapperont à leur vaillante et courageuse maman écureuil. Ouf, il va y en avoir des chicanes d'écureuils jusqu'à la fin de l'automne!