jeudi 23 mai 2013

Il chantait la liberté


L'été dernier, du petit aéroport de Havre-aux-Maisons aux Îles de la Madeleine jusqu'à celui de Gaspé, au pays de Barbe blanche, ce petit saut de puce qui signifiait la fin du voyage, où j'embrassais du regard une partie intime et maritime de mon pays, créait en moi, dans mes veines, comme une grande marée de l'eau salée qui y circule encore,  faite de sentiments très forts de joie profonde, de paix, d'attachement et de nostalgie. 


Plus on s'approchait des rivages de la Gaspésie et plus la vague d'émotions me ramenait loin en arrière, du temps de mon adolescence, à mon premier voyage aux Îles. Dans mon coeur, il y avait une musique, celle de Georges Moustaki, « La mer m'a donné sa carte de visite/Pour me dire je t'invite à voyager... » et « Ma liberté, longtemps je t'ai cherchée... »


Je ne compte plus les moments de ma vie où j'ai été accompagnée par les chansons de Georges. Il est décédé à l'âge de 79 ans à Nice et je l'ai appris ce matin à mon réveil. J'ai l'impression d'avoir perdu un ami et je veux me souvenir de lui avec tendresse et reconnaissance. 

Il chantait la liberté

Devant moi, en ce moment, j'ai son visage barbu qui illumine de ses yeux de braise deux de ses microsillons usés que j'écoute encore parfois : Georges Moustaki Bobino 70 et l'autre, le plus connu sans doute, Le Métèque. 

Il y a quelques années, j'avais entendu dire que Georges Moustaki viendrait faire une série de spectacles au Québec et qu'il allait prolonger sa tournée jusqu'en Abitibi-Témiscamingue, à Val-d'Or et à Rouyn-Noranda. J'aurais tout fait pour avoir un billet comme tous ceux qui faisaient la file en même temps que moi. Il y a seulement 750 places au Théâtre du Cuivre, ça allait être à guichet fermé en quelques minutes, je m'en doutais. Je comptais les jours qui me séparaient de cette « rencontre » avec l'artiste. 

Par un beau soir ensoleillé de printemps, il nous est apparu, tout vêtu de blanc, sur la scène du Théâtre du Cuivre à Rouyn-Noranda. À l'heure. On lui aurait pardonné n'importe quel retard mais il est arrivé à l'heure. Presque sur la pointe des pieds. Discret. Calme. Souriant. Lui-même, tellement lui-même comme on l'avait rêvé. Et la magie a commencé à opérer dans cette salle si tant tellement subjuguée par sa voix, sa guitare, ses mots, ses chansons, sa présence. 

Comme dans un rêve. Il était là à nous chanter ses plus belles, ses plus tendres. On les connaissait toutes. On les chantait avec lui. J'ai chanté avec Georges Moustaki, moi. Ah oui, j'ai tant chanté ce soir-là, toute seule avec lui. Nous étions tous en tête à tête avec Georges. 

« Nous prendrons le temps de vivre/D'être libre, mon amour... »

« Votre fille a vingt ans/Que le temps passe vite... » 

« Pour avoir si souvent dormi avec ma solitude/Je m'en suis fait presqu'une amie, une douce habitude... » 

« La mer m'a donné sa carte de visite/Pour me dire je t'invite... »

« Pendant que je dormais/Pendant que je rêvais/Les aiguilles ont tourné/Il est trop tard... Pour l'enfant que j'étais/Pour l'enfant que j'ai fait/Passe passe le temps/Il n'y en a plus pour très longtemps... »

Bien sûr, il a chanté Le Métèque, Gaspard, Voyage, Le facteur, La carte du tendre, Joseph et lorsqu'il a entonné

« Ma liberté, longtemps je t'ai cherchée... »

C'était comme une prière que je récitais avec lui. 

Il nous a tant donné et la soirée a passé trop vite. Encore une fois, je le redis, comme dans un rêve. Un rêve magnifique, tendre et doux, du genre qu'on veut refaire chaque fois qu'on s'endort. 

Nous l'avons applaudi chaleureusement, debout, longtemps. Des moments d'éternité. Nous avions besoin de lui manifester notre affection et notre reconnaissance pour cette soirée et pour l'ensemble de son oeuvre. On entendait des « je t'aime Georges » qui fusaient d'un peu partout, tant du parterre que du balcon. 

À regrets, nous sommes sortis du Théâtre du Cuivre, lentement, comme sur la pointe des pieds nous autres aussi, toujours dans l'ambiance de sa musique et de ses mots. 

C'est là que j'ai revu tous ceux qui avaient reçu le même cadeau que moi, du monde de mon âge, avec lesquels j'avais étudié, au primaire, au secondaire, à l'université, des gens avec lesquels j'avais toujours eu des affinités et je comprenais pourquoi, on aimait tous Georges Moustaki, il nous avait bercés pendant les plus beaux moments de notre vie qu'on revivait ce soir-là. 

Les gens regagnaient leur voiture, mais une cinquantaine de nous sont restés agglutinés à la porte d'entrée à vivre ces retrouvailles magiques. Et puis, quelqu'un s'est mis à rechanter ses chansons. On a tous suivi. Que c'était beau. On chantait tous en harmonie. On prolongeait ce moment. On se disait qu'il nous entendrait peut-être... de sa loge! Que ça le ferait sourire...

Pour tout ça et plus encore, merci Georges Moustaki. 

« L'art aide à vivre ». 

mardi 21 mai 2013

Aimer la pluie


Photo prise l'été dernier au « p'tit château », notre camp d'été à Rapide Deux. On l'a retrouvé en fin de semaine dernière après le long hiver et tout ce qu'il y avait de dérangé, c'était ma watch (mirador) qui s'est un petit peu effondrée (le toit) mais c'est pas grave, je connais un bon menuisier débrouillard qui va m'arranger ça en deux temps trois mouvements. 


Le même camp, toujours l'année dernière, mais cette fois, avec la galerie très habitée qu'il pleuve ou qu'il fasse beau. C'est simple, on est toujours dehors, on n'entre dans le camp que pour manger (pas toujours) et dormir. 


Vendredi dernier, nous nous y sommes rendus à bonne heure et nous avions toute la fin de semaine de 4 jours devant nous. On voulait pêcher (c'était l'ouverture de la saison dans notre zone), se reposer, passer du bon temps avec Luc et Céline qui venaient nous y rejoindre samedi matin au quai de la marina. Ce sont nos amis mais aussi de la famille puisque Céline est la « p'tite soeur » à Crocodile Dundee. Elle était mon amie avant d'être ma belle-soeur. Et je suis allée à l'école avec mon beauf. Le monde est petit à Rouyn-Noranda! 


Il a fait super beau vendredi, de même que samedi toute la journée. Nous avons pris 3 beaux brochets en après-midi qu'on a apprêtés et dégustés pour souper. Le poisson était délicieux, il ne pouvait pas être plus frais! 


Même si la température était magnifique au début et la pêche excellente, c'est dimanche qu'on a passé peut-être la plus belle journée ensemble... assis sur la galerie... bien au sec tous les quatre à regarder la pluie tomber doucement et sans interruption. 

Aimer la pluie 

Je serai toujours reconnaissante à ma mère de m'avoir un jour appris à aimer la pluie autant que le soleil. J'avais 4 ans, j'étais alors enfant unique, mes deux petits frères ne sont arrivés qu'après, lorsque j'ai eu 5 ans et 7 ans.  De ça aussi, je lui suis reconnaissante, de m'avoir fait deux petits frères! 

J'étais rentrée dans la cuisine avec la mine basse... Pas d'amis, personne pour jouer, il avait commencé à pleuvoir. Maman m'avait raconté de si belles choses à propos de la pluie, que c'était essentiel pour les animaux, les arbres, les fleurs, l'herbe, les petits ruisseaux qui se gonflent... Elle m'avait sorti mon petit imperméable, un parapluie, des bottes de couleur (elles étaient rouges, il me semble). Elle m'avait suggéré de retourner dehors et de remarquer combien la pluie était chaude et douce. Je pouvais même y goûter en ouvrant ma bouche et en me sortant la langue. Je pouvais sauter dans les flaques avec mes bottes et c'était très amusant, il fallait essayer. J'allais avoir tous les modules de la cour d'école (l'école Victor-Cormier à La Sarre était au bout de ma rue) à moi toute seule si je voulais. Il n'y avait personne sur les balançoires. 

Après ça, je n'ai plus jamais vu une pluie d'été avec le même regard morose. J'ignore si ce que j'aime tant de la pluie, c'est ma mère qui me l'a raconté ce jour-là ou bien si c'est moi qui l'ai découvert ensuite mais quand il pleut, moi, je pète le feu et je ne m'empêche rien du tout, bien au contraire. J'ai le goût d'entreprendre mille projets. Je trouve la lumière si douce, les couleurs deviennent plus chaudes, plus vibrantes, les arbres plus flamboyants, les cours d'eau plus généreux, les flaques d'eau plus invitantes. J'ai toujours le goût de sauter dedans!

Dimanche, il pleuvait à mon goût! Nous avons été à la pêche en début de journée mais nous sommes revenus bredouille au milieu de l'avant-midi quand la pluie s'est mise à tomber. On s'est fait un petit gueuleton et après, nous sommes sortis sur la galerie pour étirer la tasse de thé. Et puis, on s'est refait bouillir de l'eau pour une tisane. Et un peu plus tard, les gars se sont pris une p'tite frette (une bière) pour faire plus « vacances ». Et les filles, on les a imités avec un verre de rouge. Et quelques fromages. Parle parle jase jase, l'après-midi est passé comme ça, dans la douceur du temps qui s'arrête et qu'on s'en fiche parce qu'on est juste bien. 

Céline a dit : « Comment ça qu'on est bien de même, pourtant on pourrait faire ça n'importe quand, c'est à la portée de tout le monde? ». La discussion qui a suivi entre nous quatre était aussi douce qu'animée, ça fait drôle à dire mais je la décrirais comme ça.

Bien vrai. Pourquoi on ne fait pas ça plus souvent? Parce qu'en ville (à la maison) on ne se serait pas permis de flâner sur la galerie couverte tout un après-midi sans être « productifs ». Le téléphone aurait sonné, quelqu'un serait retonti, on aurait fait du ménage, des courses, du lavage, une fournée de biscuits pour prendre de l'avance ou je ne sais pas quoi, mais on ne se serait pas permis de « ne rien faire » pendant tout un après-midi à regarder tomber la pluie toute douce qui donne une si belle couleur aux paysages et à la vie qui bat. 

Il y a des bouts où l'on était si calmes et si sereins, tous les quatre, qu'on ne parlait pas. Ça aussi, on ne se le permet pas souvent, des silences... Et pourtant, on devrait, ils sont remplis de mots d'amour et d'amitié, de ceux qu'on ne dit pas... justement. De ceux qu'on tait parce qu'ils méritent une écoute très spéciale... 

Ah j'ai passé un vrai beau dimanche au campe. C'était pareil hier, lundi. Toujours sous la pluie, nous avons célébré  en toute simplicité 35 ans de mariage, c'est pas rien. Tout un bail. Ça méritait bien un jour de pluie... et quelques silences habités! 

lundi 6 mai 2013

La vie continue


Il était une fois... l'été d'après le décès de notre petit Léo de course (notre Papa) nous étions allés toute notre famille ensemble à Rapide Deux pour revivre la fois où, quelques années auparavant, il avait été si heureux de retrouver le décor, la forêt et le campe de ses jeunes années, du temps où il bûchait dans les chantiers de la Coopérative, dans le secteur de Rapide Six. Ici, on voit Jocelyn et Noémie qui rament de chez mon frère Yves à chez nous. 


J'ai toujours aimé cette photo que j'ai prise alors que Joce et sa fille revenaient de leur petite virée en canot et qu'on partait pour la pêche, cette même fin de semaine de juin 2006. Pour continuer mon histoire, notre famille avait sans doute besoin de se redéfinir dans sa nouvelle dynamique, après le décès de Papa. Certaines familles auraient préféré aller se recueillir au cimetière. Cela ne nous ressemblait pas. Nous avions choisi inconsciemment de retourner sur ses traces, là où il avait été jeune et fort avec toute sa vie devant lui, là où il s'était tellement ennuyé de Maman qu'il lui écrivait alors qu'il était amoureux d'elle et pas encore marié, là où il était retourné avec nous, 50 ans plus tard, et qu'il avait retrouvé plein de souvenirs et des vestiges et des preuves tangibles des histoires qu'il nous racontait de cette époque où il était jeune homme et qu'il trimait dur. 


Dans notre famille, on est fous des arbres et de la forêt, c'est inscrit dans notre code barre! Ici, mon frère Yves faisant une accolade bien sentie à un bouleau!!!



Bien sûr, Maman était de l'expédition à Rapide Six, plus précisément au fond de la baie Ferguson, sur la rivière des Outaouais. 


Nous étions deux bateaux à faire l'expédition, à s'arrêter souvent, à pêcher, et puis les enfants aimaient bien changer d'embarcation, un petit bout avec mon oncle Yves, un petit bout avec mon oncle Gilles, oups, pardon, je veux dire mon oncle Dundee. 


Nous avions la journée parfaite pour l'occasion, pas trop chaud, pas trop frais, pas trop de vent, pas trop de vagues. Nous n'étions ni tristes ni joyeux, nous nous sentions sereins, en communion de pensée avec Papa, lui qui avait un grand sens de la famille, il aurait tellement aimé être au milieu de nous... Et il y était... en quelque sorte. 


Jamais nous n'oublierons cette vieille souche que nous avons aperçue tout près de l'endroit où Papa avait fait chantier autrefois. Nous avons baptisé cette image : « La vie continue » parce que ce symbole est très fort. Comment une jeune pousse peut-elle émerger si vivante de cette vieille souche morte depuis des années? 


C'est fort, la Vie! Même encore plus que la mort... ... ...


Notre famille avait établi sa nouvelle dynamique. « La vie continue... » Et c'est vrai. Maman a poursuivi son chemin toute seule, elle a dû réapprendre à vivre sans lui. Nous, les enfants, avons fait notre deuil, nos conjoints aussi, les 5 petits-enfants sont devenus des adultes, l'une est mariée, l'autre qui planifie de le faire l'hiver prochain, les trois garçons poursuivent leur route. Papa et Maman sont devenus des arrière grands-parents en 2009 et qui sait combien d'autres petits trésors suivront? 

La vie continue

Et moi, je vous quitte pour quelques jours d'escapade, d'aventures et de repos sur les routes du Québec. Je m'ennuie trop du Québec de partout, de ma famille qui vit au loin et que j'ai hâte de retrouver. Je veux déployer mes ailes et m'envoler jusqu'à eux. Je pars mercredi dans la journée et je reviendrai lundi ou mardi de la semaine prochaine. Oui, je sais, c'est très rapide et je traverserai quelques-unes de ces régions en coup de vent : l'Abitibi, l'Outaouais, les Hautes Laurentides, les Basses Laurentides, Lanaudière, Québec, Chaudière-Appalaches. 

Je voudrais aller plus loin encore, jusqu'en Gaspésie, aux Îles de la Madeleine, revoir le Bas-du-Fleuve, découvrir enfin la Côte Nord, revisiter le Saguenay Lac St-Jean, faire une petite poussée en Mauricie, dans les Bois Francs aussi, en Montérégie, à Montréal... 

Mais je me reprendrai, je suis encore jeune!

mardi 23 avril 2013

Vivre de son art


Il se prénomme Dominic. Je vous parle souvent de lui parce qu'il fait partie de notre famille depuis l'été 2007. Il a épousé notre fille, Isabelle, quelques mois après leur rencontre, en novembre 2007. 


Je le connaissais un peu avant qu'il fasse partie de nous. Dominic, dès l'adolescence, s'est révélé en tant que jeune homme très impliqué dans sa communauté, dans la vie culturelle de notre région. 


Si personnellement j'aime l'homme, l'amoureux de notre fille, le père de notre petite-fille, le fils, le frère, le beau-fils, l'ami précieux qu'il représente pour tant de gens, j'ai toujours admiré l'artiste intègre et passionné de la vie et des gens qui, grâce à son art, peut toucher, sensibiliser, faire rire et réfléchir, montrer la beauté dans la réalité, sous toutes ses formes. 


Comme artiste et comme homme, c'est par l'image qu'il s'exprime le mieux. Il a depuis toujours sa propre signature que je reconnais partout. Même dans sa façon de vivre, de parler et de raconter, on voit ses films! 


Il a une attitude formidable dans la vie. 


Il s'investit de tout coeur dans tout ce qu'il fait. Il n'attend pas de reconnaissance, il ne carbure pas à ça mais si ça lui arrive, il en est heureux et modeste, il ne s'accapare jamais le crédit et sent le besoin de faire rejaillir les honneurs sur tous ceux qui croisent sa route, dans son travail ou dans sa vie. 


Dominic a beaucoup voyagé dans le monde. Pas encore assez à son goût mais il est jeune, il pourra continuer à découvrir des univers et des cultures qui l'enchantent. Curieusement, il ne parle pas souvent de ses voyages, de ses expériences, de ses découvertes et de ses rencontres. Il écoute plutôt ce que les autres ont à lui apprendre, à lui montrer, à lui raconter. Il a une qualité d'écoute hors du commun. Tout bagage de vie lui sert dans son art comme dans sa vie en général. 


Sous des dehors toujours très enjoués, l'artiste observe et réfléchit beaucoup, lit, s'informe, s'implique, passe à l'action, vend ses idées comme ses idéaux, partage parfois ses réflexions, il sait convaincre sans parler fort, en tout respect des gens et des arguments qu'on lui sert, il ne réagit jamais avec des réponses toutes faites. 


Disons que ce n'est pas son habit de travail mais il peut le porter avec élégance lorsqu'il le faut. Il a de la classe, l'artiste, même en jeans déchirés avec un vieux T-shirt délavé et des souliers jaunes! 


L'artiste s'intéresse aux sports comme à la vie culturelle, à la philosophie, la sociologie, la politique, l'environnement, l'histoire, l'archéologie, la justice, la santé, les services sociaux, l'éducation, à sa région comme à toutes les régions du monde. Il est ouvert et généreux, il questionne plus qu'il n'affirme. Je n'ai jamais eu connaissance qu'il ait jugé ou condamné qui que ce soit, il tente plutôt de comprendre, de se mettre dans la peau de l'Autre, avec un A majuscule. Il a des convictions, des passions, des intérêts, et beaucoup de projets. Personnels et professionnels. 

Pour moi, Dominic est un être d'exception. Un artiste.

Vivre de son art

La semaine dernière, Dominic séjournait à Montréal pour son travail. En son absence, le Conseil régional de la culture remettait ses prix annuels dans plusieurs catégories, cette année dans le domaine du cinéma, de la réalisation, des nouveaux médias. D'ailleurs, Dominic et Isabelle ont reçu conjointement le Prix Réalisation pour Le stage de Kassandra, une websérie qui les avait menés jusqu'au Gala des Prix Gémeaux où ils avaient été mis en nomination. 

Cette année, le Conseil de la culture de l'Abitibi-Témiscamingue remettait son Prix Artiste à quelqu'un qui fait l'unanimité : Dominic Leclerc. 

En son absence pour cause de travail, Isabelle s'est rendue à Val-d'Or (avec ma voiture) et elle a accepté le Prix Artiste au nom de son mari, en lisant un court texte que Dominic lui-même avait écrit et lui avait envoyé par courriel. 

Le lendemain de cette soirée, j'ai trouvé ce texte qui avait été laissé dans ma voiture et depuis, je l'ai lu et relu, tellement je le trouve riche et profond, empreint de tout ce qui fait la grandeur d'âme, la détermination, l'attitude, les espoirs et les doutes d'un artiste, quel que soit son domaine, qui créée comme il respire, qui aspire et réussit à vivre de son art, en dépit des choix parfois difficiles mais pourtant nécessaires à son épanouissement et à son bonheur. 

Je vous partage ce texte comme j'ai souvent partagé avec vous des paysages que je trouvais trop beaux pour les garder pour moi toute seule : 

« Au bout d'un moment, une pratique artistique, ça devient une sorte de chien de poche. C'est une patente qui est intégrée à notre vie, en symbiose. C'est là quand on va au restaurant, c'est là quand on est en vacances, c'est dans nos faits et gestes et c'est même présent au sein de notre famille. 

Comme dans n'importe quelle pratique artistique, on fait nos trucs parce qu'on a la conviction que c'est comme ça qu'il faut les faire pour toucher, faire rire ou faire réfléchir. À travers ça, on fait un paquet d'erreurs, tant au niveau artistique qu'humain ou même financier. Et ces erreurs, ces faux bonds, affectent toutes les facettes de nos vies. 

L'art n'est pas compartimenté. L'art c'est la vie. 

Un prix comme celui-là ne fait pas seulement valoriser ma pratique artistique, ça vient confirmer que la marche, parfois difficile, en aura valu la peine et que mes choix, autant au niveau artistique qu'humain, sont cohérents et peuvent atteindre la cible. 

Le pèlerinage de la vie artistique est un chemin qu'on ne marche pas seul. Il est rempli de rencontres nécessaires à l'évolution. J'ai eu la chance de côtoyer des gens extraordinaires, créatifs et fonceurs. 

Ce sont eux les responsables. 

Merci à tous ces gens qui m'ont entraîné dans leurs projets ou ont accepté de participer aux miens. »

Dominic Leclerc, avril 2013. 

mardi 2 avril 2013

La maison dans les arbres


Le samedi 23 mars dernier, nous étions au camp Fra-Gilles, à Rapide Deux, et par ce beau matin de soleil, nous avons décidé d'aller faire un tour à la « swamp aux atocas » pour montrer à Félixe ma petite maison dans les arbres, depuis le temps que je lui en parle. 


Comme nous n'y sommes pas allés de l'hiver, la neige s'est accumulée au point où il a fallu déblayer la galerie pour ouvrir la porte. 


Allez, entrez mesdames, c'est pas grand mais c'est accueillant!


« J'ai dormi 4 nuits d'affilée ici dans le temps de la chasse » disait Crocodile Dundee. 


C'est pas très chic mais la vue est magnifique sur la forêt environnante. 


La fenêtre préférée de Félixe... parce qu'elle est facile à ouvrir et qu'elle donne sur les oiseaux et les écureuils. 


« Est-ce qu'on pourrait habiter ici? » 


Petite jasette père-fille dans le cadre de porte... 


Papi a dit : « Je pense que Mamie pourrait te la donner, sa maison dans les arbres » et devant sa réaction enthousiaste, on a signé le contrat, c'est maintenant « la cabane à Félixe », Papi l'a écrit sur le mur!


Pour que ce soit plus officiel encore, elle a écrit elle-même son nom sur le mur à côté de sa fenêtre préférée... avec un dessin de soleil et plein d'arbres!


On s'en retourne au camp Fra-Gilles pour célébrer la transaction avec un bon chocolat chaud.


Voilà la petite histoire toute simple d'une maison dans les arbres, avec l'ancienne propriétaire, la nouvelle et le concepteur/réalisateur qui récupère ses matériaux sur les différents chantiers de construction où il travaille. 

La maison dans les arbres

Il y a des transactions qui se font plus facilement que d'autres... Pas de courtier immobilier, pas d'évaluateur agréé, pas d'inspecteur en bâtiment, pas d'institution financière, pas de notaire, pas d'argent, pas d'ajustement de comptes de taxes, d'électricité, d'eau, pas de taxe de mutation, pas de déménagement compliqué à faire. On écrit notre nom sur le mur et c'est chose faite!

Moi, c'est de même que j'aime ça et j'avais besoin de me raconter cette histoire-là ce matin... 

Parce que nous sommes dans la dernière semaine précédant notre déménagement à notre nouvelle maison. Les déménageurs seront ici le 8 avril prochain à 8 heures et d'ici là, c'est le sprint final pour tout mettre en boîtes et apporter où l'on s'en va. Ça fait un an que je suis dans ce processus il me semble. On aurait pu laisser le tout aux bons soins des déménageurs mais ça aurait coûté plus cher. Ils ne transporteront que les gros meubles (vides) et on se tape le reste du boulot qui nous permet d'élaguer encore et toujours, de donner, de recycler, de jeter ou de trouver d'autres fonctions à des meubles que nous tenons à garder. 

Ouf... On avait tellement une grande maison avec un grand garage à deux étages et une maisonnette remise qui logeait beaucoup de choses mais le plus embêtant, c'est qu'on y vivait depuis plus de 21 ans et qu'on est deux « ramasseux »... La maison qu'on a achetée est tellement plus petite. C'est d'accord, on visait cet objectif. Réduire, simplifier, minimiser les coûts, l'implication et l'entretien. C'était le mot d'ordre. Plus facile à dire qu'à faire. Et ça oblige à beaucoup de détachement. À une autre vision des choses. Nouvelle. Plus simple. Plus libre. 

Je n'aurais jamais pensé que nous aurions pu en venir un jour, Crocodile Dundee et moi, à avoir hâte de partir d'ici pour se retrouver dans notre petite maison de la rue Frontenac. Puisque nous nous déracinons d'ici depuis plusieurs mois, nous avons maintenant très hâte de nous enraciner à nouveau ailleurs.

Sinon, on est comme les cocapitaines d'un bateau pas de gouvernail!


dimanche 17 mars 2013

Réflexion du dimanche


Difficile de la voir, notre maison actuelle, à travers tous ces arbres qui l'entourent en toutes saisons. Je l'ai fait exprès pour ne pas tomber dans la nostalgie. Ça fait partie de mon processus de détachement qui s'est intensifié depuis qu'elle est à vendre.  


À chaque fois que j'ai vu apparaître de ma cuisine le phénomène de parhélie (les trois soleils) j'ai été propulsée dans une réflexion sur le sens que je voulais donner, ce jour-là, à n'importe quel nouveau départ.


Il y a deux semaines, lors de la soirée Clair de lune au Centre de ski de fond où sont membres nos enfants, nous avons retrouvé là-bas les parents de Dominic, qui sont plus que des amis, nous nous considérons comme des membres d'une même famille depuis cinq ans que nos enfants sont mariés ensemble et plus encore depuis la naissance de notre Félixou!


Un beau jour d'été au P'tit Château à Rapide Deux. Si le campe a été baptisé depuis le début le P'tit Château, ce n'est pas juste pour rigoler qu'on dit ça, on y est heureux simplement avec ceux qu'on aime et en ce sens, oui, on fait là une vraie vie de château. 

Réflexion du dimanche

D'abord, je vous annonce officiellement que notre maison est vendue au lac Dufault. Notre courtier immobilier a fait de l'excellent travail. Nous sommes très contents du dénouement rapide et heureux. Nous partirons d'ici le 8 avril prochain et la transaction devrait se signer devant notaire le 12 ou le 15, moment où nous remettrons les clés au nouveau propriétaire. D'ici là, nous prendrons les bouchées doubles pour terminer les rénovations à l'autre maison que nous avons achetée à Rouyn-Noranda. 

Depuis un bon moment déjà, je réfléchis à la question suivante : C'est où chez nous? 

Ce matin, j'ai ma réponse : Chez nous, c'est là où nous avons des projets, où nous sommes heureux, où nous l'avons été et où nous avons bien l'intention de continuer à l'être. Le reste, ça s'appelle un décor et il n'est qu'accessoire. 

Isabelle avait raison lorsqu'elle m'a dit dernièrement que des beaux souvenirs, on allait devoir s'en fabriquer d'autres et qu'on avait tout ce qu'il fallait pour le faire. Elle est devenue si grande, notre petite qui a grandi ici, sur le bord du lac... 

Nous avons tant de projets. Et nous aurons du temps pour les rêver, les mettre de l'avant, les organiser et surtout pour les vivre. 

Je m'en vais dans la prochaine heure chercher Félixe et nous allons ensemble voir un beau spectacle de cirque au Théâtre du Cuivre. On a tellement hâte, elle et moi. Après, nous serons réunis tous ici avec ses parents et son Papi, le souper est déjà prêt, je l'ai cuisiné hier soir et ce qui sera notre dernier souper de famille ensemble dans cette maison n'aura pas du tout l'air triste parce que nous savons que nous en aurons bien d'autres ailleurs, dans d'autres décors. 

Chez nous, c'est partout où se trouvent ceux qu'on aime. 

J'ai quelques amis autochtones, des Algonquins, qui m'apprennent beaucoup sur la vie et le monde qui m'entoure. Ils ont un concept de la maison, de la propriété, qui m'était tout à fait étranger jusqu'à ce que je les côtoie plus souvent. Ils habitent un endroit mais n'y sont jamais vraiment chez eux. Ils l'empruntent à leurs enfants et à leurs petits-enfants, en quelque sorte. Ils ont dû voir la chose sous cet angle probablement depuis toujours parce qu'on les a dépossédés de tout, à commencer par le territoire où ils avaient vécu en paix depuis des millénaires. Je les trouve sages de n'avoir jamais besoin de posséder un lieu pour y vivre sans souci. Ils ont aussi un rapport au temps et à la nature qui m'inspire de plus en plus. 


vendredi 8 mars 2013

Paperasseries


Mon bureau. Là où je suis présentement. Où j'ai exercé mon métier jusqu'au 31 décembre dernier. Où je prends mes courriels, où je lis d'autres blogues, où je fais certaines transactions, où j'entretiens mes amitiés et mes liens familiaux, pas juste mes amitiés Facebook. Là où je tombais si souvent dans la lune à cause de la grande porte patio et de la fenêtre à droite où j'allais tout le temps me perdre pour mieux me retrouver et explorer une foule d'avenues! 

Paperasseries

Avez-vous vu toute la rangée de dictionnaires et de manuels de conjugaison, de difficulté de la langue française, des citations, de traduction de l'anglais au français, grammaires, dictionnaire de la langue québécoise, du français au bureau, des synonymes, etc. C'est parce que plus je les consultais, plus je m'apercevais que je ne savais rien, que j'avais seulement un intérêt et une curiosité pour tout cela. Pendant longtemps, j'ai fait de la correction et de la révision de textes, et j'avais toujours le syndrome de l'imposteur parce que je n'avais jamais fait d'études dans ce domaine précis.  Mais depuis que je ne travaille plus, (je n'ai jamais autant travaillé mais à mon rythme) on dirait que j'ai abandonné tous mes « aidants naturels » de l'étage au-dessus de mon ordinateur! 

J'avais mon rendez-vous annuel avec ma comptable en début de semaine. On se connaît depuis longtemps, elle et moi. La confiance règne. On peut tout se dire. Je lui apprenais avec enthousiasme que j'avais fermé mon entreprise à la fin de l'année 2012, comme elle s'en rendrait compte en faisant ses vérifications comptables et mes déclarations d'impôt. J'aimais mieux lui dire de vive voix, répondre à ses questions si elle en avait et me guider s'il y avait autre chose à faire pour que tout devienne officiel et irrévocable, du point de vue légal et comptable. Elle s'est montrée inquiète pour moi, la pauvre. Je l'ai bien rassurée!!!

Comme ma petite entreprise était enregistrée et non pas incorporée, ça simplifiait beaucoup la chose, me disait-elle. Elle m'enjoignait au plus vite de remplir une déclaration de radiation au registre des entreprises et pour cela, j'avais besoin de mon code d'accès clicSÉQUR express, un document bleu de trois pages que j'aurais supposément reçu il y a quelques années et sur lequel j'allais trouver tout ce qu'il me fallait, comme des numéros de téléphone, des codes d'identification, des sites Internet, etc. Hein, quoi? J'ai jamais vu ça passer, moi. Je veux juste fermer mon entreprise, pas demander de subvention ni ouvrir une nouvelle succursale en pays étranger!

Une chance que je jette jamais rien. Surtout quand ça vient d'un Ministère. J'ai fini par retrouver le document bleu en question que j'avais bien sagement remis dans son enveloppe sans l'avoir lu, tellement je ne me sentais pas concernée le moindrement. C'était daté de décembre 2010. 

Alors, hier, avec acharnement et détermination, je me suis fait un deuxième café décaféiné, je me suis retroussé les manches et je me suis mise à l'oeuvre. Des bouts par téléphone et d'autres bouts par Internet. L'enfer!  

À la fin d'un paquet d'entourloupettes administratives, ma demande de radiation au registre des entreprises a été acceptée et j'ai un numéro de confirmation si jamais j'en avais besoin (Ne jamais sous-estimer les dédalles administratives d'un Ministère qui s'apparente à celui du Revenu particulièrement, j'ai appris ça depuis longtemps). Turbide Communications n'existe plus, ni légalement ni autrement. J'étais épuisée... 

Je me suis demandé si ça me faisait quelque chose, comme un petit pincement, un vague à l'âme, une nostalgie, un regret, un sentiment quelconque qui serait venu boucler la boucle de ces 40 années sur le marché du travail. Mais non. Rien. Vraiment rien. Ah peut-être un miiiiiiiiinuscule sentiment de soulagement de rien du tout mais pas tant que ça. Je me suis bien plus sentie soulagée au lendemain du 31 décembre. Pas hier. Non. Ah peut-être que... oui, si je veux être tout à fait franche, une seule pensée m'a traversé l'esprit tellement trop détaché en pensant à ma petite entreprise fermée.

Flashback : imaginez la petite musique de retour vers le passé avec de la brume tout le tour de l'écran...

Janvier 2005. Papa était à la Maison des soins palliatifs et nous passions beaucoup de temps ensemble, évidemment. Papa n'était jamais seul. Il savait depuis l'automne que je préparais mon retour comme travailleuse autonome et que j'avais déjà un gros contrat qui m'attendait dès que j'étais prête à foncer. À chaque fois que j'arrivais à sa chambre le matin, il me demandait des nouvelles de ma « business », ça l'emballait pour moi et ça lui faisait vivre des projets, lui qui ne pouvait plus en faire... Un bon matin, j'étais arrivée avec mes nouvelles cartes d'affaires que j'avais faites moi-même avec beaucoup d'application. Une bonne centaine que j'avais imprimées. Je les avais conçues sobrement mais de bon goût, réalisées par ordinateur et j'avais poussé le raffinement jusqu'à les plastifier, puisque j'avais la machine pour le faire. Papa avait trouvé qu'elles avaient de la classe, mes cartes d'affaires, et que Turbide Communications, c'était un beau nom, c'était le sien, celui qu'il m'avait donné et que je portais si fièrement. 

Il m'en avait demandé une qu'il avait affichée tout de suite sur le tableau de liège où nous avions piqué plusieurs de nos photos de famille, dans sa chambre à la Maison des soins palliatifs. Il l'avait mise là parce qu'il était fier. Et ça paraissait chaque fois qu'il la regardait et qu'il me souriait. Il me souhaitait tout le succès possible, dans ma job, dans ma vie, et d'être heureuse dans ma « business ». Il ne le disait pas comme ça mais on le comprenait comme ça, lui et moi.

C'est la seule pensée un peu émue qui m'est venue à l'esprit en fermant Turbide Communications, hier. Si Papa était encore là pour voir combien sereine je suis à la fermeture, encore plus qu'à l'ouverture, mon coeur me dit qu'il serait encore plus fier qu'il l'avait été en janvier 2005 et qu'il afficherait probablement cette fois sur le tableau de liège ma « déclaration de radiation au registre des entreprises du Québec ». J'aime penser qu'il la regarderait en me souriant...