mardi 2 avril 2013

La maison dans les arbres


Le samedi 23 mars dernier, nous étions au camp Fra-Gilles, à Rapide Deux, et par ce beau matin de soleil, nous avons décidé d'aller faire un tour à la « swamp aux atocas » pour montrer à Félixe ma petite maison dans les arbres, depuis le temps que je lui en parle. 


Comme nous n'y sommes pas allés de l'hiver, la neige s'est accumulée au point où il a fallu déblayer la galerie pour ouvrir la porte. 


Allez, entrez mesdames, c'est pas grand mais c'est accueillant!


« J'ai dormi 4 nuits d'affilée ici dans le temps de la chasse » disait Crocodile Dundee. 


C'est pas très chic mais la vue est magnifique sur la forêt environnante. 


La fenêtre préférée de Félixe... parce qu'elle est facile à ouvrir et qu'elle donne sur les oiseaux et les écureuils. 


« Est-ce qu'on pourrait habiter ici? » 


Petite jasette père-fille dans le cadre de porte... 


Papi a dit : « Je pense que Mamie pourrait te la donner, sa maison dans les arbres » et devant sa réaction enthousiaste, on a signé le contrat, c'est maintenant « la cabane à Félixe », Papi l'a écrit sur le mur!


Pour que ce soit plus officiel encore, elle a écrit elle-même son nom sur le mur à côté de sa fenêtre préférée... avec un dessin de soleil et plein d'arbres!


On s'en retourne au camp Fra-Gilles pour célébrer la transaction avec un bon chocolat chaud.


Voilà la petite histoire toute simple d'une maison dans les arbres, avec l'ancienne propriétaire, la nouvelle et le concepteur/réalisateur qui récupère ses matériaux sur les différents chantiers de construction où il travaille. 

La maison dans les arbres

Il y a des transactions qui se font plus facilement que d'autres... Pas de courtier immobilier, pas d'évaluateur agréé, pas d'inspecteur en bâtiment, pas d'institution financière, pas de notaire, pas d'argent, pas d'ajustement de comptes de taxes, d'électricité, d'eau, pas de taxe de mutation, pas de déménagement compliqué à faire. On écrit notre nom sur le mur et c'est chose faite!

Moi, c'est de même que j'aime ça et j'avais besoin de me raconter cette histoire-là ce matin... 

Parce que nous sommes dans la dernière semaine précédant notre déménagement à notre nouvelle maison. Les déménageurs seront ici le 8 avril prochain à 8 heures et d'ici là, c'est le sprint final pour tout mettre en boîtes et apporter où l'on s'en va. Ça fait un an que je suis dans ce processus il me semble. On aurait pu laisser le tout aux bons soins des déménageurs mais ça aurait coûté plus cher. Ils ne transporteront que les gros meubles (vides) et on se tape le reste du boulot qui nous permet d'élaguer encore et toujours, de donner, de recycler, de jeter ou de trouver d'autres fonctions à des meubles que nous tenons à garder. 

Ouf... On avait tellement une grande maison avec un grand garage à deux étages et une maisonnette remise qui logeait beaucoup de choses mais le plus embêtant, c'est qu'on y vivait depuis plus de 21 ans et qu'on est deux « ramasseux »... La maison qu'on a achetée est tellement plus petite. C'est d'accord, on visait cet objectif. Réduire, simplifier, minimiser les coûts, l'implication et l'entretien. C'était le mot d'ordre. Plus facile à dire qu'à faire. Et ça oblige à beaucoup de détachement. À une autre vision des choses. Nouvelle. Plus simple. Plus libre. 

Je n'aurais jamais pensé que nous aurions pu en venir un jour, Crocodile Dundee et moi, à avoir hâte de partir d'ici pour se retrouver dans notre petite maison de la rue Frontenac. Puisque nous nous déracinons d'ici depuis plusieurs mois, nous avons maintenant très hâte de nous enraciner à nouveau ailleurs.

Sinon, on est comme les cocapitaines d'un bateau pas de gouvernail!


dimanche 17 mars 2013

Réflexion du dimanche


Difficile de la voir, notre maison actuelle, à travers tous ces arbres qui l'entourent en toutes saisons. Je l'ai fait exprès pour ne pas tomber dans la nostalgie. Ça fait partie de mon processus de détachement qui s'est intensifié depuis qu'elle est à vendre.  


À chaque fois que j'ai vu apparaître de ma cuisine le phénomène de parhélie (les trois soleils) j'ai été propulsée dans une réflexion sur le sens que je voulais donner, ce jour-là, à n'importe quel nouveau départ.


Il y a deux semaines, lors de la soirée Clair de lune au Centre de ski de fond où sont membres nos enfants, nous avons retrouvé là-bas les parents de Dominic, qui sont plus que des amis, nous nous considérons comme des membres d'une même famille depuis cinq ans que nos enfants sont mariés ensemble et plus encore depuis la naissance de notre Félixou!


Un beau jour d'été au P'tit Château à Rapide Deux. Si le campe a été baptisé depuis le début le P'tit Château, ce n'est pas juste pour rigoler qu'on dit ça, on y est heureux simplement avec ceux qu'on aime et en ce sens, oui, on fait là une vraie vie de château. 

Réflexion du dimanche

D'abord, je vous annonce officiellement que notre maison est vendue au lac Dufault. Notre courtier immobilier a fait de l'excellent travail. Nous sommes très contents du dénouement rapide et heureux. Nous partirons d'ici le 8 avril prochain et la transaction devrait se signer devant notaire le 12 ou le 15, moment où nous remettrons les clés au nouveau propriétaire. D'ici là, nous prendrons les bouchées doubles pour terminer les rénovations à l'autre maison que nous avons achetée à Rouyn-Noranda. 

Depuis un bon moment déjà, je réfléchis à la question suivante : C'est où chez nous? 

Ce matin, j'ai ma réponse : Chez nous, c'est là où nous avons des projets, où nous sommes heureux, où nous l'avons été et où nous avons bien l'intention de continuer à l'être. Le reste, ça s'appelle un décor et il n'est qu'accessoire. 

Isabelle avait raison lorsqu'elle m'a dit dernièrement que des beaux souvenirs, on allait devoir s'en fabriquer d'autres et qu'on avait tout ce qu'il fallait pour le faire. Elle est devenue si grande, notre petite qui a grandi ici, sur le bord du lac... 

Nous avons tant de projets. Et nous aurons du temps pour les rêver, les mettre de l'avant, les organiser et surtout pour les vivre. 

Je m'en vais dans la prochaine heure chercher Félixe et nous allons ensemble voir un beau spectacle de cirque au Théâtre du Cuivre. On a tellement hâte, elle et moi. Après, nous serons réunis tous ici avec ses parents et son Papi, le souper est déjà prêt, je l'ai cuisiné hier soir et ce qui sera notre dernier souper de famille ensemble dans cette maison n'aura pas du tout l'air triste parce que nous savons que nous en aurons bien d'autres ailleurs, dans d'autres décors. 

Chez nous, c'est partout où se trouvent ceux qu'on aime. 

J'ai quelques amis autochtones, des Algonquins, qui m'apprennent beaucoup sur la vie et le monde qui m'entoure. Ils ont un concept de la maison, de la propriété, qui m'était tout à fait étranger jusqu'à ce que je les côtoie plus souvent. Ils habitent un endroit mais n'y sont jamais vraiment chez eux. Ils l'empruntent à leurs enfants et à leurs petits-enfants, en quelque sorte. Ils ont dû voir la chose sous cet angle probablement depuis toujours parce qu'on les a dépossédés de tout, à commencer par le territoire où ils avaient vécu en paix depuis des millénaires. Je les trouve sages de n'avoir jamais besoin de posséder un lieu pour y vivre sans souci. Ils ont aussi un rapport au temps et à la nature qui m'inspire de plus en plus. 


vendredi 8 mars 2013

Paperasseries


Mon bureau. Là où je suis présentement. Où j'ai exercé mon métier jusqu'au 31 décembre dernier. Où je prends mes courriels, où je lis d'autres blogues, où je fais certaines transactions, où j'entretiens mes amitiés et mes liens familiaux, pas juste mes amitiés Facebook. Là où je tombais si souvent dans la lune à cause de la grande porte patio et de la fenêtre à droite où j'allais tout le temps me perdre pour mieux me retrouver et explorer une foule d'avenues! 

Paperasseries

Avez-vous vu toute la rangée de dictionnaires et de manuels de conjugaison, de difficulté de la langue française, des citations, de traduction de l'anglais au français, grammaires, dictionnaire de la langue québécoise, du français au bureau, des synonymes, etc. C'est parce que plus je les consultais, plus je m'apercevais que je ne savais rien, que j'avais seulement un intérêt et une curiosité pour tout cela. Pendant longtemps, j'ai fait de la correction et de la révision de textes, et j'avais toujours le syndrome de l'imposteur parce que je n'avais jamais fait d'études dans ce domaine précis.  Mais depuis que je ne travaille plus, (je n'ai jamais autant travaillé mais à mon rythme) on dirait que j'ai abandonné tous mes « aidants naturels » de l'étage au-dessus de mon ordinateur! 

J'avais mon rendez-vous annuel avec ma comptable en début de semaine. On se connaît depuis longtemps, elle et moi. La confiance règne. On peut tout se dire. Je lui apprenais avec enthousiasme que j'avais fermé mon entreprise à la fin de l'année 2012, comme elle s'en rendrait compte en faisant ses vérifications comptables et mes déclarations d'impôt. J'aimais mieux lui dire de vive voix, répondre à ses questions si elle en avait et me guider s'il y avait autre chose à faire pour que tout devienne officiel et irrévocable, du point de vue légal et comptable. Elle s'est montrée inquiète pour moi, la pauvre. Je l'ai bien rassurée!!!

Comme ma petite entreprise était enregistrée et non pas incorporée, ça simplifiait beaucoup la chose, me disait-elle. Elle m'enjoignait au plus vite de remplir une déclaration de radiation au registre des entreprises et pour cela, j'avais besoin de mon code d'accès clicSÉQUR express, un document bleu de trois pages que j'aurais supposément reçu il y a quelques années et sur lequel j'allais trouver tout ce qu'il me fallait, comme des numéros de téléphone, des codes d'identification, des sites Internet, etc. Hein, quoi? J'ai jamais vu ça passer, moi. Je veux juste fermer mon entreprise, pas demander de subvention ni ouvrir une nouvelle succursale en pays étranger!

Une chance que je jette jamais rien. Surtout quand ça vient d'un Ministère. J'ai fini par retrouver le document bleu en question que j'avais bien sagement remis dans son enveloppe sans l'avoir lu, tellement je ne me sentais pas concernée le moindrement. C'était daté de décembre 2010. 

Alors, hier, avec acharnement et détermination, je me suis fait un deuxième café décaféiné, je me suis retroussé les manches et je me suis mise à l'oeuvre. Des bouts par téléphone et d'autres bouts par Internet. L'enfer!  

À la fin d'un paquet d'entourloupettes administratives, ma demande de radiation au registre des entreprises a été acceptée et j'ai un numéro de confirmation si jamais j'en avais besoin (Ne jamais sous-estimer les dédalles administratives d'un Ministère qui s'apparente à celui du Revenu particulièrement, j'ai appris ça depuis longtemps). Turbide Communications n'existe plus, ni légalement ni autrement. J'étais épuisée... 

Je me suis demandé si ça me faisait quelque chose, comme un petit pincement, un vague à l'âme, une nostalgie, un regret, un sentiment quelconque qui serait venu boucler la boucle de ces 40 années sur le marché du travail. Mais non. Rien. Vraiment rien. Ah peut-être un miiiiiiiiinuscule sentiment de soulagement de rien du tout mais pas tant que ça. Je me suis bien plus sentie soulagée au lendemain du 31 décembre. Pas hier. Non. Ah peut-être que... oui, si je veux être tout à fait franche, une seule pensée m'a traversé l'esprit tellement trop détaché en pensant à ma petite entreprise fermée.

Flashback : imaginez la petite musique de retour vers le passé avec de la brume tout le tour de l'écran...

Janvier 2005. Papa était à la Maison des soins palliatifs et nous passions beaucoup de temps ensemble, évidemment. Papa n'était jamais seul. Il savait depuis l'automne que je préparais mon retour comme travailleuse autonome et que j'avais déjà un gros contrat qui m'attendait dès que j'étais prête à foncer. À chaque fois que j'arrivais à sa chambre le matin, il me demandait des nouvelles de ma « business », ça l'emballait pour moi et ça lui faisait vivre des projets, lui qui ne pouvait plus en faire... Un bon matin, j'étais arrivée avec mes nouvelles cartes d'affaires que j'avais faites moi-même avec beaucoup d'application. Une bonne centaine que j'avais imprimées. Je les avais conçues sobrement mais de bon goût, réalisées par ordinateur et j'avais poussé le raffinement jusqu'à les plastifier, puisque j'avais la machine pour le faire. Papa avait trouvé qu'elles avaient de la classe, mes cartes d'affaires, et que Turbide Communications, c'était un beau nom, c'était le sien, celui qu'il m'avait donné et que je portais si fièrement. 

Il m'en avait demandé une qu'il avait affichée tout de suite sur le tableau de liège où nous avions piqué plusieurs de nos photos de famille, dans sa chambre à la Maison des soins palliatifs. Il l'avait mise là parce qu'il était fier. Et ça paraissait chaque fois qu'il la regardait et qu'il me souriait. Il me souhaitait tout le succès possible, dans ma job, dans ma vie, et d'être heureuse dans ma « business ». Il ne le disait pas comme ça mais on le comprenait comme ça, lui et moi.

C'est la seule pensée un peu émue qui m'est venue à l'esprit en fermant Turbide Communications, hier. Si Papa était encore là pour voir combien sereine je suis à la fermeture, encore plus qu'à l'ouverture, mon coeur me dit qu'il serait encore plus fier qu'il l'avait été en janvier 2005 et qu'il afficherait probablement cette fois sur le tableau de liège ma « déclaration de radiation au registre des entreprises du Québec ». J'aime penser qu'il la regarderait en me souriant...

vendredi 22 février 2013

On va à la pêche?


On va aller à la pêche tantôt, Papi? 


Oui oui, ma ti-minou mais on va commencer par préparer nos hameçons... 


Ah moi je veux celle-là, Papi, la jaune! Toi, tu veux laquelle? Moi, je vais mettre un ver de terre. 


Viens me voir... Viens sur ma main...


T'as pas peur de moi, hein? 


Il est doux doux doux... Ça chatouille!


Veux-tu retourner dans ta maison avec tes amis? 


Faut pas faire de bruit, hein Papi? Les poissons vont venir... shshshshut


C'est Papa qui a le premier poisson!

On va à la pêche? 

C'était l'été dernier, au P'tit Château. Une fin de semaine hors du temps et de l'espace, où la Vie se respire à pleins poumons. Où le bonheur est partout présent. Discrètement. Sans faire de vagues. En toute simplicité. Il faut si peu de choses... et tellement à la fois... pour être heureux. Juste d'être ensemble. 

Et ça, personne ne pourra jamais altérer ou diminuer ces moments-là. Ils nous appartiennent. 

S'en rappeler au coeur de ce dur hiver, c'est espérer dans l'allégresse le prochain printemps et l'été qui s'en vient.

Silence

Je vous partage une chanson qui nous a été offerte par notre fille, Isabelle... Ses mots simples et beaux, pleins de nos images, sa musique nous berce, sa guitare si douce et sa voix enveloppante, chaude, aimante... Sa chanson est plus longue que ça mais ce sont les trois couplets dont je me souviens par coeur.

Silence

Une cordée de silence
Pour passer l'hiver
Une poignée de bon sens
Pour garder les pieds sur terre
Et brûle brûle douleur sauvage
La détresse
Ça se met pas dans une cage

Je vais comme un voleur
Piller la forêt
M'emparer de ces bonheurs
De ces morceaux de paix
Et vont et viennent
Des vagues sur les rivages
Le chagrin
Ne passe plus dans le barrage

J'ai fait et refait
Des milliers de fois
Les sentiers le trajet
Où j'ai inscrit ma foi
Et je n'ai plus peur
De vos mots et de vos lois
Ainsi va
Mon coeur souverain dans le bois

mercredi 20 février 2013

Tout dort et je veille


Samedi dernier, fuyant la civilisation, nous sentions le besoin de nous isoler en forêt profonde pour panser nos blessures, comme deux ermites, au camp Fra-Gilles, à deux kilomètres plus loin que le P'tit Château, (nom comique et affectueux que nous donnons à notre camp sur le bord de la rivière que nous utilisons l'été) dans le secteur de Rapide Deux. 


Le camp Fra-Gilles, une perle dans son écrin de forêt boréale, avec le petit atelier qui se réchauffe en 15 minutes à peine, le temps que l'autre diffuse sa chaleur suffisamment pour qu'on puisse défaire nos pack sacs, enlever nos vêtements d'hiver et réchauffer la soupe. 


Vue arrière du camp, avec sa shed à bois. C'est fou comme la marotte de Crocodile Dundee, « À force de manquer de toutttt, on manque de rien » prend ici tout son sens. Les bâtiments sont tout petits mais fonctionnels, éclairés, bien pensés, construits de matériaux récupérés, réutilisés ou recyclés sur divers chantiers de construction où il travaille. J'ai toujours admiré ce talent naturel qu'il a, mon menuisier-débrouillard-homme-des-bois-respectueux-de-la-nature-et-de-tout-ce-qui-vit. 


Une arcade enneigée... 


Une dentelle fine... Tiens, des lièvres sont passés dessous!


Une invitation subtile à voir la lumière... au bout du tunnel. 


Crocodile Dundee est heureux comme un roi dans son royaume de liberté, il distribue ce qu'il appelle « du lunch gratisssss » à ses martres, pékans, écureuils, dans les cabanes qu'il a disséminées au fil des années à la grandeur du territoire. Est-il besoin de préciser que ses cabanes ne comportent aucun piège ni collet. C'est sa tournée! Ces animaux survivent difficilement à l'hiver rigoureux, alors on les aide un peu, avec les surplus non compostables de nos cuisines (par exemple les restes d'un poulet désossé) surtout que les martres auto-régulent les naissances en fonction de la nourriture qu'elles trouvent, en abondance ou pas. Elles ne vivent qu'en forêt boréale mature, cette ressource qu'on viendra piller prochainement chez nous, les forestières ayant obtenu toutes les autorisations dont elles avaient besoin. 


Comme dans ce jeu d'ombres et de lumières, nous allons vivre le mieux possible chaque étape du chemin de croix qu'on nous a balancé au visage lors du verdict de culpabilité rendu par Madame la juge, le 12 février dernier. Nous avons la conscience en paix, malgré la rage au coeur qui nous envahit, et foi de Zoreilles, nous retrouverons notre légèreté, en dépit de l'acharnement, du manque de jugement et d'humanité dont ont fait preuve depuis le soir du 12 juin 2010 des hommes en uniforme qui n'ont jamais cru un seul instant qu'on pouvait avoir un code d'éthique plus élevé et plus juste que leurs lois sur papier. 

Tout dort et je veille

J'ai bien essayé d'écrire autre chose ou de ne pas écrire du tout. Mais je suis habitée d'un sentiment de rage et de révolte depuis la semaine dernière. Je ne me reconnais pas. Et je n'aime pas ça. 

J'étais là, j'ai tout vu, tout entendu, tout vécu depuis le début de cette sordide histoire d'horreur où l'on nous a traités comme des criminels. Jusqu'à la fin, j'avais cru (naïvement) que la vérité et la justice allaient  finir par émerger de ce chaos. Je dois avoir trop vu de films de Walt Disney dans ma vie. J'avais pris pour acquis qu'au Québec, on était présumés innocents jusqu'à preuve du contraire dans notre système de justice. Mais non. J'errais. Je n'avais pas compté sur le fait que des fonctionnaires mal intentionnés, avec des obligations de résultats coûte que coûte, pouvaient interpréter leurs lois et certains faits isolés sans aucun rapport entre eux, s'en faire des preuves bien étayées dans la menace et leur bêtise sans limite, les soumettre aux autorités de justice en mal de gain de cause, avec l'aide d'un Procureur de la Couronne zélé comme un jeune loup s'acharnant sur une proie facile et sans défense, en train de jouer sa carrière, et que Madame la juge en étant impressionnée, n'y verrait que du feu.

C'est dans cette société-là qu'on vit mais ça, on le découvre seulement le jour où l'on y est confronté. Les faits réels, les circonstances, personne ne s'en soucie, tout le monde joue sa « game » pour la gagner, tous les coups sont permis et chacun veut ses petites étoiles dans son cahier à la fin. 

J'ai perdu toutes mes dernières illusions sur l'intégrité de nos institutions quelles qu'elles soient. Toutes. Il ne m'en reste plus aucune. Je n'en dirai pas davantage sur les détails de la cause ni sur les conséquences coûteuses et terribles qu'elles entraînent dans nos vies. 

Pourtant, depuis plus de six ans que vous me lisez et partagez mes photos, vous le savez parce que je n'arrête pas de vous le dire sur tous les tons, qu'il est possible et merveilleux de passer du temps en forêt, sur une watch (un mirador qu'on dit en français) ou dans les sentiers qu'on défriche et entretient, sans nécessairement chasser ni en avoir la moindre intention, avec des jumelles, un appareil photo et de la lecture pour seules armes, en étant contemplatif et heureux d'y être, pour se fondre quelques heures au décor, au milieu de cette faune, cette vie-qui-bat, cette nature qui s'offre à nous, comme un baume sur une plaie vive, en toutes circonstances. 

Pendant ce temps, les braconniers courent librement en forêt et les bandits en ville. On trouve ça normal, on ne sait rien, donc on ne dit rien, on essaie de se construire ou de se reconstruire, dans le silence, le calme, la paix, un univers épargné de cette civilisation de béton et de tape-à-l'oeil qu'on a besoin de fuir plus que jamais. Ah ils auront beaucoup de petites étoiles dans leur cahier, les vainqueurs qui savouraient la victoire sans ménagement lorsque la juge a tranché :  « Coupable ». Ils sont sûrs d'avoir bien travaillé, que la justice a triomphé. Tout le monde est content. 

Et moi, je fais de l'insomnie. Tout dort et je veille... 

lundi 11 février 2013

Sucre en poudre et sucre d'orge


J'ai pris cette photo de l'intérieur de mon bureau au cours de la semaine dernière. 


Fin janvier début février, nous avons connu des épisodes de grésil et de verglas suivis de grands froids, ce qui a ajouté de la dentelle aux arbres et enjolivé nos paysages. C'est joli à voir mais ça reste une épreuve pour les feuillus comme pour les conifères qui « ploient sous la douleur ». 


En y regardant d'un peu plus près, on remarque que les branches des arbres sont écrasées sous le poids de la neige et de la glace accumulées. 


Ainsi, notre hiver a des textures et des allures de...

Sucre en poudre et sucre d'orge

Ces temps-ci, avec une maison à vendre et une autre en grandes rénovations, sans compter les aléas du quotidien, je ne me sens pas tellement littéraire, disons. Mais j'ai toujours le goût de communiquer avec les eaux...tres, alors me voilà, fidèle au poste, pour ne pas que mon blogue s'étiole trop après 6 ans d'existence!  

Nos récents échanges et bons souvenirs au sujet de nos jeux d'enfants m'ont fait penser aux bonbons et gourmandises qu'on avait peut-être en commun également, du temps où il y avait au moins un dépanneur par quartier. Vous souvenez-vous de ces vitrines pleines de taches de doigts, remplies de toutes sortes de friandises à hauteur d'enfants, proches de la caisse? À mon premier job d'étudiante, chez Lou's Tobacco Shop, ces petits clients étaient mes préférés et il m'arrivait souvent de fournir des sous de ma poche quand des enfants hésitaient trop longtemps entre des caramels Kraft ou des réglisses rouges, je leur donnais les deux et ils repartaient contents, encore plus que les autres clients qui attendaient leur tour pour payer leurs cigares et leurs journaux! Ces enfants de l'époque sont remplacés aujourd'hui par les acheteurs de billets de loterie et personnellement, je trouve ça pas mal moins charmant! 

Je me demande si les cigarettes Popeye existent encore? Et les Koo Koo Bar? Vous savez, ces grandes barres minces de la longueur d'une règle à peu près, en trois couleurs, les mêmes que dans la crème glacée napolitaine? Les boules noires, j'aimais moins ça, elles étaient une aubaine, à 3 pour un cent, mais elles tachaient les lèvres, la langue, tout l'intérieur de la bouche et puis, quand ils en ont sorti des plus grosses, nos mères avaient peur qu'on s'étouffe avec, parce que des légendes urbaines couraient que c'était déjà arrivé!

Les réglisses. Les rouges aux fraises et les noires... à la réglisse! Même qu'il y en avait en forme de pipe, à l'époque, c'était politiquement acceptable qu'un enfant se régale de bonbons en forme de pipe ou de cigarette...  Aujourd'hui, on appellerait la DPJ pour moins que ça et on poursuivrait le confiseur en justice! 

Les caramels Kraft... La plupart étaient au caramel mais quelques-uns plus bruns que dorés goûtaient le chocolat. Bien chanceux ceux qui tombaient dessus parce qu'ils partaient toujours en premier, ceux-là. Les soucoupes volantes contenaient des petits bonbons minuscules inclus dans une forme bombée en retailles d'hosties de couleur pastel. Les colliers de bonbons coûtaient 5 cents, je m'en achetais parfois, soit pour m'en faire un collier ou encore mieux, les tourner trois fois autour de mon poignet pour m'en faire un bracelet mangeable. 

Les gommes Bazooka. Et leur petite bande dessinée avec leurs farces pas drôles qui ne se renouvelaient jamais! Je suis certaine qu'ils ont encore les mêmes, je devrais faire l'expérience... 

Mes p'tits frères, eux, dès qu'ils avaient des sous, couraient s'acheter des paquets de cartes de hockey. Comme de raison, il n'y en avait pas toujours mais quand les cartes d'hockey arrivaient, ils le savaient des semaines à l'avance parce que ça se parlait en ville et surtout dans les cours d'écoles! Ça fait partie de leurs plus beaux souvenirs d'enfance, ils ont tellement fait des collections et des échanges, je vous dis que ça négociait serré des fois. Ils ont inventé des jeux avec ces cartes de photos de leurs joueurs préférés de toutes les équipes ainsi que leur fiche de performance qu'ils connaissaient par coeur. Il y avait dans chaque paquet une gomme mince qui sentait et goûtait bizarre, il me semble. Je me souviens qu'en période d'abondance, ils en avaient des grosses chiques! 

Les framboises en jujubes... Ah celles-là étaient mes préférées. Je m'en suis acheté un petit sac encore dernièrement, elles se vendent en enveloppes transparentes sous le nom de « framboises nordiques » mais je ne retrouve plus leur goût d'avant. C'est peut-être moi qui ai grandi?  

Les Pop Sicle. Friandise idéale qui se coupe en deux par un coup solide et bien précis sur le glaçon convoité, appliqué sur le coin du frigidaire à Coke pour le partager avec un(e) ami(e) et se rafraîchir délicieusement par une journée d'été un peu trop « collante ». 

Les lunes de miel coûtaient cher mais valaient leur prix. Bonheur suprême, il y a quelques années, dans une exposition d'artisans, j'ai vu qu'une miellerie de ma région en offrait en assortiments d'une douzaine. Quinze dollars pour une douzaine... mais elles valent toujours leur pesant d'or, encore plus qu'avant. Le succès qu'elles ont eu, ces lunes de miel, faites de bon miel/caramel et recouvertes d'un chocolat noir de qualité? J'en ai acheté 3 assortiments du coup, deux pour offrir et un pour moi... à partager, bien sûr. Une lune de miel non partagée, ce n'est pas vraiment une lune de miel, n'est-ce pas? Parce que c'est bien meilleur quand on? Partage! Le propriétaire de la miellerie me disait qu'il ne fournit pas d'en faire juste avant les Fêtes, ils partent comme des petits pains chauds et on ne les retrouve pas ailleurs que dans ces salons d'artisans où ils attirent la clientèle... comme des mouches sur du miel. 

Vous souvenez-vous des fraises en guimauve? Elles aussi, elles nous tachaient la bouche, mais ça nous faisait comme du rouge à lèvres. Peut-être pour ça qu'elles avaient plus de succès auprès des filles que des gars? Les Cracker Jacks, ces boîtes à moitié vides... euh... à moitié pleines je devrais dire plutôt, contenant du maïs soufflé au caramel avec arachides, et une surprise dedans! 

J'ai toujours aimé les sucres d'orge, leur douceur et leur transparence. Il paraît qu'on peut s'en faire à la maison. Il faudrait bien que j'apprenne cet art un jour. 

Et vous, quels étaient vos bonbons préférés? Existent-ils encore? En achetez-vous parfois? Est-ce qu'ils goûtent comme avant? 


mardi 29 janvier 2013

Nos jeux d'enfants


C'était l'été dernier, au campe à mon frère, à un kilomètre du nôtre, à Rapide Deux. Nous étions à faire des travaux extérieurs pendant que les enfants jouaient autour de nous. 


Y a-t-il quelque chose de plus attirant qu'une balançoire aussi rustique en plein bois?


Adam, Félixe et Clara ont eu un plaisir fou ce jour-là!

Nos jeux d'enfants

En classant mes photos ce matin, je me faisais la réflexion que les jeux d'enfants les plus mémorables qu'on a connus quand on était petits ne s'achètent nulle part dans les magasins. Vous souvenez-vous de ces jeux-là? On n'avait rien mais on avait tout!

Les familles étaient si nombreuses que nos parents avaient bien d'autres choses à faire que de nous divertir et nous amuser. C'est tout juste s'ils nous surveillaient, on avait la responsabilité de se surveiller entre nous autres et de régler nos différends sans qu'ils s'en mêlent. D'ailleurs, on aimait mieux qu'ils ne s'en mêlent pas, on aurait pu se faire chicaner, on ne prenait pas de chance. « Jette un oeil sur tes p'tits frères » que Maman disait. Et Maman était très représentative de tous les parents de l'époque. 

On n'avait pas besoin de bébelles, on avait plein d'amis! 

Jouer à la cachette était une activité très populaire. Des heures de plaisir. Comme la tag. Fallait courir vite et anticiper les déplacements. On a déjà poussé le raffinement jusqu'à jouer à la tag Bar-B-Q. Je me souviens de soirées complètes à jouer à Police délivrance aussi. Et aux Drapeaux. Le summum du bonheur, c'était quand l'une de nos mères cassait son manche à balai ou à moppe. Là, on héritait du manche cassé et on demandait à l'un de nos pères de le couper droit avec une scie pour en faire un petit et un grand bâton, on se divisait en deux équipes et on était repartis pour au moins une semaine! 

À Matagami, on construisait des campes au bout de la rue Rupert qui était encore boisée et plus tard, sur le boulevard Matagami, où il y a aujourd'hui un bar très populaire. Ils ont dû en trouver des bouts de planches et des 2 par 4 quand ils ont construit ce bar! On en avait semé partout, des campes, et on ne coupait jamais d'arbres. Au pire, on en pliait quelques-uns des petits rabougris pour s'en faire un toit. On construisait écolo avant la mode et pour nous autres, le développement durable, ça voulait dire le temps d'un été... 

La corde à danser... Il suffisait qu'un parent, dans un grand élan de générosité printanière, en trouve une en faisant l'épicerie et la mette dans son panier avant de passer à la caisse. C'était d'ailleurs un signe de printemps quand une fille arrivait à l'école avec une grande corde à danser toute neuve. « C'est pas moi qui tourne stampette », ça voulait dire que c'est pas moi qui tourne, stamp it, genre c'est coulé dans le ciment, c'est pas moi qui tourne, je suis la première à le dire. On n'aimait pas ça tourner, on aimait juste sauter à la corde mais ça en prenait deux qui tournaient pour que les autres puissent jouer. On pouvait être jusqu'à huit, dix, douze, à s'amuser avec la même corde. 

Je sais pas pourquoi, les petites chansons de corde à danser, je m'en souviens de toutes. « Ah ah ah que je t'aime/Viens ici ma très chère Claire à ma porte/J'ai un secret à te dire dans l'oreille/Que je t'aimerai toute ma vie/Ah oui chérie youpi ».

Quand mes parents sont déménagés de Matagami à Noranda, (j'ai eu tellement de peine, si vous saviez, je ne vivrai plus jamais pire déracinement...) les filles de ma nouvelle rue jouaient à la corde à danser en scandant : « Thinker taylor soldier sailor richman poorman bigman chief/A doctor/a lawyer/a pow wow chief ». J'avais compris que j'étais alors dans une ville minière où il fallait devenir bilingue au plus vite si on voulait se faire des amis. On avait de la misère à se faire servir en français chez Woolworth, Vic's Handy Store, Superior Food Market mais nous autres, on achetait toujours Chez Dumont! Heureusement, quelques années plus tard, le Parti Québécois et la Loi 101 ont changé la donne et dans ma famille on lisait plus La Frontière et L'Écho Abitibien que le Northern Miner et l'autre dont j'oublie le nom, sinon j'aurais été complètement perdue.

La balle. Vous souvenez-vous des balles bleu blanc rouge? Je m'excuse de vous taper sur les nerfs avec ça mais je vais vous la rechanter, celle-là aussi : « Allons dîner chez le Chinois/Rien à faire/Sans parler/Sans rire/Sans bouger/D'une main/De l'autre main/D'un pied/De l'autre pied/Tapez en avant/Tapez en arrière/En avant en arrière/En arrière en avant/Salut les garçons/Salut les filles/Salut les Scouts/Awinchigo! ». Magali nous avait dit que ça s'appelait la balle au mur. 

Je ne vous ai pas parlé de Magali... À Matagami, sur la rue Rupert, on habitait dans des maisons mobiles. On disait « les roulottes de la mine ». Une fois, Papa nous avait dit que la roulotte de biais à la nôtre allait être habitée prochainement, un nouveau mineur venait d'arriver, directement de la France, il travaillait à la Orchan Mines lui aussi. C'est là qu'on a connu Magali et son p'tit frère Bernard. Ils étaient adorables. Avec un accent très fort du Midi de la France. Ils ne jouaient pas aux mêmes jeux que nous. Ils nous ont donné de grandes leçons d'intégration ces deux-là. 

Au début, Magali disait à toutes les deux phrases : « Nous autres, à Toulouse, en France... » mais on lui a vite fait comprendre que jouer à la marelle, ici, ça s'appelait « jouer aux carreaux » mais c'était pareil. Ils nous ont montré de si belles chansons... dont je me souviens encore mais je ne vous les chanterai pas toutes! Et puis, la mère de Magali et Bernard a cassé son manche de moppe  presque en arrivant et on leur a montré à jouer aux bâtons. Ils savaient jouer à la cachette mais ils appelaient ça « à cache-cache ». Fallait tout leur expliquer, à Magali et Bernard, mais ils apprenaient très très vite. Aujourd'hui, je comprends qu'ils devaient beaucoup s'ennuyer de leur pays d'origine... à Toulouse, en France. Et me reviennent tous ces récits qu'ils nous racontaient parfois quand on leur posait des questions sur leur vie d'avant Matagami, parce qu'en pays neuf, on venait tous d'ailleurs et eux venaient d'encore beaucoup plus loin que nous. Ils aimaient à en parler et nous, on les écoutait avec des envies de voyages... avant de retourner jouer. 

Une fois, Papa était devenu le héros instantané de la rue Allard. Là, on avait eu un loyer de la mine et on se trouvait beaucoup mieux logés que dans la roulotte, c'était immense il me semble. Papa s'était construit un garage et avec les restes de 2 par 4, il m'avait fait des échasses. Le grand luxe! Tout le monde voulait les essayer, avoir son tour, alors Papa en avait fait d'autres jusqu'à ce qu'il ne lui  reste plus de 2 par 4. On avait grandi de 18 pouces tous en même temps dans la même semaine! 

Je sais pas pourquoi je vous raconte ça... Ah oui, je le sais, c'est parce que je me trouve chanceuse d'avoir vécu ces belles années d'enfance où l'on n'avait besoin de rien pour s'amuser, juste des amis... Savez-vous quoi? Cela construit une vie, je crois. Aucun jeu éducatif et coûteux ne nous en apprendrait autant sur la vie et sur le monde. 

Si j'avais un souhait à faire, ce serait que nos petits d'aujourd'hui connaissent de temps en temps ces plaisirs démodés.