Un tétras mâle (perdrix) perché dans un pin gris, l'été dernier.
Je m'approche à pas de loup (très mauvais choix d'expression pour ne pas effrayer mon tétras qui a plusieurs prédateurs, dont le loup).
Il ne craint rien, visiblement, puisqu'il me fait face.
Il ne craint tellement rien qu'il vient me montrer ses plumes!
L'art de ne pas travailler
Encore une fois, mes photos n'ont rien à voir avec mon billet mais j'avais le goût de partager un petit bout d'été en ce matin de froid sibérien!
« L'art de ne pas travailler », par Ernie Zelinski, publié chez Stanké en 1998, arbore en sous-titre « Petit traité d'oisiveté active à l'usage des surmenés, des retraités et des sans-emploi ». Je me souviens de l'avoir acheté et d'avoir eu le goût de le lire à l'époque où j'étais dans la catégorie des surmenés! Maintenant dans la catégorie des sans-emploi, je devrais le relire pour voir si ça me parle encore...
Ce que j'avais beaucoup aimé de ce livre, c'est qu'il posait des questions essentielles et que chacun y répondait à sa manière. La valeur sociale du travail n'y est pas remise en question mais plutôt décortiquée, soupesée, évaluée, en suggérant des pistes pour mieux équilibrer nos vies, entre le travail et notre vraie nature. Tout un programme...
Depuis que je ne travaille plus, en fait depuis le début de l'année 2013, on dirait que je n'ai jamais tant réfléchi à cet aspect très important de notre vie, le travail. D'en être libérée m'amène à tellement voir et comprendre des choses que je ne saisissais pas encore il y a à peine quelques mois. Beaucoup de personnes autour de moi vivent des situations très difficiles par rapport à leur travail, ce qui ne repose pas du tout le petit hamster que j'ai dans le ciboulot, qui reçoit plein d'informations contradictoires et qui essaie de faire du ménage là-dedans, entre mythes et réalités.
Dans les années 70, il y avait un succès qu'on pouvait entendre à la radio et dont le refrain me projetait toujours dans une réflexion qui durait bien plus longtemps que la chanson : « On perd sa vie à vouloir la gagner/Tu devrais y penser ».
Les plus mal pris, à mon avis, sont ceux qui bossent pour des grosses institutions, où ils ont des conventions collectives, des droits et des avantages de toutes sortes. Vient un moment où la structure et l'organigramme les étouffent à tel point qu'ils se sentent comme des numéros et qu'ils finissent par agir comme tels, parce que des décisions administratives totalement imbéciles sont prises ailleurs, loin loin loin de chez nous, et qu'ils doivent en payer le prix, au péril de leur vie personnelle, amoureuse, familiale et sociale. Ceux-là, j'ai peur qu'ils perdent leur vie à vouloir la gagner.
Ils seraient plus jeunes et moins bien payés qu'ils penseraient à remettre en question tout ça. Ils disent qu'ils ne peuvent pas. Quand je les écoute, je pense aussi qu'ils perdraient beaucoup en quittant leur travail, et sûrement qu'ils perdraient trop. Mais ils ne perdraient pas tout. On a tort d'accorder tant d'importance au travail, surtout quand il nous rend si malheureux.
Je connais un gars de mon âge qui, s'il quittait tout de suite son enfer qui le rend malade, aurait un fonds de pension amputé de 18 %. En boutade, je lui ai dit que ça lui ferait quand même toujours bien 82 % de plus que moi... Ça ne l'a pas fait rire. D'ailleurs, il ne rit plus beaucoup, c'est ce qui m'inquiète. Il va donc endurer son enfer au péril de sa santé et de sa vie pour encore 4 ans, sans savoir s'il sera toujours vivant à ce moment-là pour profiter de son fonds de pension à 100 %.
Peut-être que c'est juste sa conception du travail, comme valeur sociale et personnelle, qu'il devrait remettre en question? Je n'oserais jamais opposer mes arguments aux siens, s'il y a une question intime et grave, c'est bien celle-là et j'ai trop peur de me mettre les pieds dans les plats, surtout que je me suis toujours reconnue dans la cigale plus que dans la fourmi.
Évidemment, l'idéal, c'est quand on aime ce qu'on fait, qu'on a le sentiment de participer à construire quelque chose de signifiant pour notre société et qu'on trouve un sens à notre vie dans notre gagne-pain. J'ai entendu dire qu'il y avait même des gens qui se sentaient valorisés dans leur travail. Oui oui, ça existe encore, il paraît. Mais autour de moi, il y a beaucoup de personnes qui ont déjà été heureuses au travail et qu'on a réussi à complètement démotiver et éteindre, à rendre esclaves d'un univers qui leur fait perdre leur vie au lieu de la gagner.
À ceux-là que j'aime et que je respecte énormément, je leur souhaite de lire « L'art de ne pas travailler », en espérant qu'ils y trouvent une petite lumière qui, dans le temps, m'avait beaucoup aidée à faire des choix plus éclairés et des pas dans une direction plus heureuse.
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Petite anecdote personnelle pour vous illustrer combien je suis libérée du travail : Fin décembre, la personne avec laquelle j'étais en lien 10 fois par jour, par téléphone et par courriel, depuis 8 ans, m'avait fait promettre que lorsque j'irais en Abitibi-Ouest en janvier, j'allais passer au bureau les saluer et qu'on irait dîner ensemble. J'avais promis.
Mardi dernier, je lui envoie un courriel pour l'aviser que j'y allais jeudi. En lui disant deux jours d'avance, je me trouvais pas mal fine! J'ai eu une réponse courriel de sa part le mercredi en fin de journée. Elle s'excusait d'avoir un horaire vraiment trop chargé pour le lendemain (elle me donnait la liste complète de ses réunions, obligations et déplacements) mais qu'elle aimerait beaucoup que je vienne plutôt le vendredi.
Bzzzzztttt, mauvaise réponse! J'ai simplement réagi (par courriel aussi) en lui disant que je ne pouvais pas retarder d'une journée ce déplacement mais qu'on se reprendrait... à une prochaine!
Je me sentais tellement soulagée. Je sais fort bien que... « la prochaine » arrivera par hasard ou n'arrivera pas du tout.
Je me sentais tellement soulagée. Je sais fort bien que... « la prochaine » arrivera par hasard ou n'arrivera pas du tout.




































