jeudi 5 juillet 2012

Les Îles 2012 - Billet 2







Photo 1 : Plage de la Dune du Sud. J'y suis tellement attachée à celle-là... Située à Havre-aux-Maisons, elle  s'étire langoureusement sur 22 km, en passant par la Cormorandière ou ce que nos grands-pères appelaient « la p'tite sheg », et ils pêchaient le homard à cet endroit. Les levers de soleils y sont époustouflants avec tous ces homardiers à l'horizon... 

Photo 2 : La Grande Échouerie. Située à Old Harry, dans le haut de l'archipel, elle s'offre sur 8.5 km et elle est riche d'histoire puisque c'est là que, bien avant l'arrivée des premiers Madelinots, les Micmacs et les Basques venaient y faire des expéditions annuelles de chasse aux vaches marines (morses). 

Photo 3 : Le Sandy Hook comme tout le monde l'appelle dit bien plus ce que c'est que son nom en français : le Bout du banc. Les Îles de la Madeleine, vues d'avion, c'est un hameçon, et cette plage en est le crochet. Au début de cette plage située à Havre-Aubert, on doit laisser notre voiture. Une dune divise les deux côtés sablonneux mais à un moment donné, il n'y a plus de dune et les deux côtés se marient pour ne former qu'un. Pour se rendre au bout, il faut marcher 12 km... et en revenir ensuite, donc 24 km. Un jour, je la ferai au complet... Je veux absolument voir l'Île d'Entrée à partir « du bout du banc ». 

Photo 4 : L'Île Boudreau. Celle-là, on ne la répertorie même pas parmi les nombreuses plages des Îles. Mais  moi, j'y trouve un charme parce qu'elle est presque inaccessible. On peut y aller à pied, en marchant l'Île Boudreau mais on arrive à une interdiction d'aller plus loin là où vous voyez une personne sur ma photo. Le plus sûr moyen de l'atteindre, c'est en kayak, à partir du Bassin aux Huîtres. D'un côté, l'eau y est plus chaude et de l'autre, on est en plein dans le Golfe St-Laurent. 

Photo 5 : La Dune du Nord, 16,5 km. On y a accès par le chemin de l'Hôpital, à Fatima, et à plusieurs endroits également sur la route 199, jusqu'à Pointe-aux-Loups. Cette plage est réputée dangereuse à cause des forts courants marins. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, l'eau est plus chaude sur la Dune du Nord que sur la Dune du Sud. Crocodile Dundee a vérifié personnellement en s'y plongeant jusqu'au cou alors que Joce, Guylaine et moi, on s'est risqués jusqu'aux cuisses seulement, on ne voulait pas mouiller notre linge!!!

Photo 6 : Plage du Corfou, Étang-du-Nord. Je n'ai pas de données précises sur celle-là, on ne la répertorie pas non plus parmi les plages des Îles de la Madeleine. Elle porte ce nom à cause du naufrage du Corfou Island qui laisse encore des traces ensablées qui nous donnent le goût d'en savoir davantage. En passant, au fil des années, il y a eu 400 naufrages autour des Îles de la Madeleine... Ceux qui vont prendre une bière brassée aux Îles, À l'Abri de la Tempête, risquent de la bien connaître... 

Laquelle est la plus belle?


J'ai fait mon petit sondage très très très scientifique pour savoir laquelle de ces plages était la plus belle. Évidemment, tout le monde a ses critères qui diffèrent. Depuis 4 ans, il y a un désaccord là-dessus entre Crocomickey et moi. Il dit toujours que la plus belle, c'est La Grande Échouerie et moi, à cause d'un attachement inconditionnel et d'un amour aveugle, je vote toujours pour la Dune du Sud. Alors, j'ai fait mon sondage maison et définitivement, c'est Crocomickey qui l'emporte haut la main, même mes proches, Crocodile Dundee, Joce et Guylaine ont voté La Grande Échouerie bien avant la Dune du Sud. 

Là, j'ai demandé à d'autres personnes. Pour que mon sondage soit crédible, il fallait que mon échantillon soit plus grand et donc représentatif d'une plus forte majorité. Et puis, je ne vous ai pas présenté toutes les plages non plus, il y avait encore la Plage de l'Ouest (3,8 km), la Plage du Cap (13 km), la Plage de la Martinique (13 km), la Plage de la Dune de l'Ouest (8,7 km), la Plage de la Pointe-aux-Loups (16,5 km) et finalement la Plage du Bassin Est (1,5 km). 

Ma référence aux Îles, c'est toujours Fred à mon oncle Will. Lui, il connaît ça! Je lui ai donc posé la question  si difficile. Savez-vous quelle a été sa réponse? Le Sandy Hook!

Donc, je m'incline, ma Dune du Sud ne remporte pas le concours. La Grande Échouerie à Crocomickey a obtenu le plus de votes mais Fred à mon oncle Will, c'est un vote très pesant que j'aurais tendance à considérer, surtout après avoir marché une grande partie du Sandy Hook en sa compagnie avec ma gang  par un avant-midi ensoleillé et heureux. On a fini ça en allant déguster au Four à Pain, à Havre-Aubert, des pâtés au maquereau, des délices à la morue et beaucoup d'autres nananes de la mer qui nous ont charmé les papilles. 

mercredi 4 juillet 2012

Les Îles 2012 - Billet 1







Photo 1 : C'était le 24 juin 2012, à 13 heures, heure des Maritimes, à l'approche de l'aéroport de Havre-aux-Maisons, Îles de la Madeleine. En descendant sous les nuages, mes Îles me sont apparues de cette manière, toujours aussi belles. 

Photo 2 : Coup d'oeil sur la « baie d'en dedans » comme l'appelait Papa mais qu'on identifie sur les cartes comme la lagune de Havre-aux-Maisons. La Dune du Nord qu'on voit en partie, la petite bande de terre avec son pont sur lequel on passera et repassera tellement souvent pendant la semaine. 

Photo 3 : Pendant que l'avion tourne, j'aperçois de plus près le pont que je connais et celui en construction dont j'entends parler depuis longtemps. Les travaux avancent. Là, j'ai le coeur qui me débat!

Photo 4 : Même s'il fait un temps maussade, dès que je tombe toute seule, je m'empresse d'aller courir à mes retrouvailles avec la Dune du Sud. 

Photo 5 : Tiens, mais c'est le fameux rocher où Crocomickey a photographié ses cormorans avec le chef qui étendait ses ailes avec grâce et distinction?

Photo 6 : Je cherchais trop loin les salutations de Crocomickey, je les ai trouvées derrière la première falaise, à mon retour de cette marche. J'étais toute seule à ce moment-là, c'est donc moi qui ai pris la photo pour lui dire « message reçu » mais j'ai loupé la dernière lettre de mon nom. Lui n'avait pas fait de faute, Zoreilles, ça prend un S parce que j'en ai deux! Il y avait du vent et de la pluie mais à ce moment très précis, il faisait soleil dans mon coeur... 

Retrouvailles


On a fait un si beau voyage... Je manque de mots pour vous le raconter mais avec les photos, ça me viendra par vagues successives et vous n'avez pas fini d'en entendre parler. Il faudra que j'en fasse une petite série, je ne m'en sortirai pas autrement. 

Ce furent des retrouvailles avec mes chères Îles, bien sûr, mais aussi avec Fred à mon oncle Will et Rollande qui nous ont accueillis à l'aéroport de Havre-aux-Maisons comme si on était de la grande visite. Un peu plus tard dans la journée, pour Crocodile Dundee et moi, il y a eu d'autres retrouvailles tout aussi chaleureuses avec mon frère Jocelyn et Guylaine qui arrivaient par le bateau de Souris, Île du Prince Edouard, ils avaient fait la route depuis Lévis. On ne peut imaginer de rendez-vous plus doux... 

On avait une semaine toute neuve à passer ensemble, à bourlinguer sur les Îles et sur la mer. On ne s'était pas fait trop de projets avant d'y aller mais à mesure qu'on s'en parlait, on s'apercevait qu'on avait les mêmes priorités, les mêmes curiosités, les mêmes incontournables avec beaucoup d'options qui se conjuguaient dans le bonheur, la joie, le plaisir, l'enthousiasme, l'énergie, l'émotion aussi parfois mais les rires et les sourires, si vous saviez comme cette semaine a été extraordinaire et comme tout était merveilleux. 

Je n'ai donc pas fini de vous casser les zoreilles avec les Îles...  


jeudi 21 juin 2012

Fête nationale au Phare-Est




Photo 1 : Ça, c'est chez nous, au lac Dufault, à Rouyn-Noranda, à l'extrême ouest du Québec, à quelques kilomètres des lignes ontariennes. 

Photo 2 : Ce rocher détaché des falaises rouges et des grottes de la Dune-du-Sud, à Havre-aux-Maisons, Îles de la Madeleine, je l'avais pris en photo le 22 juin 2008, quasiment en débarquant de l'avion. J'ai rendez-vous là encore cette année, au jour de la Fête nationale, parce qu'il paraît que Crocomickey a écrit mon nom dessus! J'en suis touchée... 

Photo 3 : Le phare de Belle-Anse, au cap Hérissé, à l'Étang-du-Nord. Dans cet angle-là, au coucher du soleil, on regarde vers chez Barbe Blanche, un grand Québécois, un fier Gaspésien, un Patriote des temps modernes, que je salue bien bas pour l'ensemble de son oeuvre et à qui je lève mon... saouest! 

Fête nationale au Phare-Est 


J'ai tant de choses à dire, à faire, à rire, à m'émouvoir, à raconter, à espérer, à m'émerveiller, à... vivre, à une cinquantaine d'heures de notre départ en vacances aux Îles de la Madeleine, pour une semaine, du 24 juin au 1er juillet prochain. 

Et des chansons... Plein la tête! De celles qui ravivent notre fierté québécoise qui a grand besoin de se retrousser le jupon et de chausser ses cotillons pour aller danser. 

Je n'y vais pas seule aux Îles, cette fois. J'y serai drôlement bien accompagnée : Crocodile Dundee, mon frère Jocelyn et la belle Guylaine, qu'il a déjà surnommée « son plus beau souvenir de voyage » parce qu'ils se sont connus... en voyage! Ne manquerait plus que mon frère Yves et Anne-Marie avec les ti minous adorables mais ils y pensent pour l'été prochain! Un jour, je crois qu'on ira là-bas avec nos enfants aussi, on devrait pouvoir réaliser ce rêve-là si l'on continue de le vouloir très fort et de faire tous les pas dans cette direction... en direction du Phare-Est.

Donc, pour célébrer la Fête nationale comme jamais auparavant, je survolerai tout tout tout le Québec en agréable compagnie, de l'extrême ouest à l'extrême est de cet extraordinairement beau et grand pays.

* * * * * * *

Mes grands-parents madelinots nous ont inventé ici un paradis à la mesure de leur rêve et ils rêvaient grand! Ils n'avaient pas de racines mais des algues qui s'étendent jusqu'à toucher l'autre rive, si fertile. Puis leurs algues se sont enracinées jusqu'au ventre en or de cette Terre et elles ont fleuri, droites et altières, pour admirer ce ciel de l'Abitibi-Témiscamingue qu'on dit plus haut qu'ailleurs. Et c'est pas parce que j'ai pas de frontière que j'en ai moins d'identité. 

Les bâtisseurs de ce pays vivent encore... en mon âme de Témiscabitibienne, descendante des Îles de la Madeleine... Acadienne et Québécoise. 

Et je chante : « Acadie de mon coeur/Enfin c'est ton heure/Tes enfants reviennent dans tes bras » (du groupe 1755)  et aussi « Mon beau Québec/C'est à ton tour/De te laisser parler d'amour » (Gilles Vigneault).


vendredi 8 juin 2012

Au gré des marées





Photo 1 : Mes arrière grands-parents maternels, Léoni Poirier et Luce Jomphe. 

Photo 2 : Au cimetière de Havre-aux-Maisons, fin juin 2008, j'étais allée les « saluer » et c'est là que j'ai réalisé que tous les noms qui se trouvent sur les pierres tombales, ce sont les nôtres, ceux des familles de mon père et de ma mère. Même la toponymie des lieux nous rappelle qu'on est d'ici si tant tellement encore, aux Iles de la Madeleine, et ça nous frappe souvent au détour d'une rue, d'un chemin, d'un magasin, d'un atelier d'artiste, au son de la radio locale et dans nos ressemblances, notre humour, notre manière de vivre, de penser et de voir la vie. 

Photo 3 : L'histoire des Madelinots en Abitibi n'est pas encore consignée dans les archives du Musée de la mer. Mais ça va changer sous peu... 

Au gré des marées

À mon dernier séjour aux Iles de la Madeleine, je me suis rendue au Musée de la mer, à Havre-Aubert, et vers la fin de ma visite, j'ai voulu consulter leurs archives pour compléter ce que j'avais déjà de notre histoire, celle des deux contingents de Madelinots en Abitibi, en 1941 et 1942, et surtout, je voulais savoir comment cette histoire avait été perçue et racontée, du point de vue de ceux qui étaient restés aux Iles et qui les avaient vus partir. Comment avait-on rendu compte, dans l'histoire des Iles, de ce dernier grand mouvement de population des insulaires?

J'avais discuté longuement et agréablement avec un monsieur très gentil que j'avais pris pour le directeur général du Musée de la mer, mais qui en fait, s'avère plutôt le coordonnateur des collections historiques, je le sais maintenant. À mon grand étonnement, il m'apprenait que si les contingents partis des Iles pour la Côte-Nord au XIXe siècle, ceux de Baie Sainte-Anne au Nouveau-Brunswick, de la vallée de la Matapédia et du Saguenay étaient bien documentés, on n'avait rien du tout sur le dernier contingent, celui de l'Abitibi, tout simplement parce que personne n'avait jugé bon de la raconter, cette histoire.

Mes deux parents sont nés à Havre-aux-Maisons et mes quatre grands-parents aussi, ils font partie des 104 et 102 Madelinots partis des Iles en 1941 et 1942 pour s'en aller en pays neuf, l'Abitibi des années quarante. J'avais déjà en main  tous les détails de cette « pas pire épopée », dans les propos recueillis auprès de ma grand-mère maternelle en 1993 (document audio) et qui avaient servi à faire sa biographie en édition limitée. Du temps de l'Association Acadienne de l'Abitibi-Témiscamingue, j'étais là lors de l'assemblée de fondation, ça s'est passé dans ma cuisine! Ensuite, je me suis toujours occupé des communications pour l'AAAT, j'ai donc conservé beaucoup de documentation significative dans mes affaires. Bref, en cet après-midi de juin 2008, à l'instant même où j'apprenais que cette histoire-là n'existait pas tant qu'elle n'avait pas été racontée, je me suis sentie interpellée jusqu'au fond de mes entrailles, au nom de ceux qui m'avaient précédée comme pour ceux qui nous suivront... Toute une mission!

Cette fois-là, j'ai promis au gentil monsieur que j'allais y voir personnellement et que l'histoire des Madelinots en Abitibi serait un jour documentée comme toutes les autres. J'ai tenu promesse, je suis en lien depuis quelques semaines avec le coordonnateur du Musée de la mer qui nous attend à bras ouverts, mon frère Jocelyn et moi, accompagnés de nos conjoints, Crocodile Dundee et Guylaine, quand nous irons en vacances aux Iles de la Madeleine, du 24 juin au 1er juillet prochain.

Depuis ce temps-là, je fouille, numérise des photos, des documents d'époque, cherche et souvent trouve des filons précieux, réécoute des cassettes audio, juge de ce qui est pertinent ou pas, consulte autour de moi, considère, regroupe, classe et identifie des personnes, des événements, des dates, des lieux, des souvenirs et ça me passionne terriblement. Mon frère Jocelyn est mon grand complice dans cette affaire et lors de nos conversations par téléphone et par courriel, cette « mission » nous amène à des échanges qui nous font chaud au coeur à tous les deux. Ça met de la vitamine dans nos racines!

Mais tout n'est pas pertinent pour ce qu'on est en train de faire, c'est-à-dire l'histoire « Des Iles jusqu'en Abitibi », alors je reste avec des histoires, documents, photos, souvenirs, qui ne me serviront pas nécessairement à enrichir notre butin pour le Musée de la mer. Je considère quand même qu'il y a des histoires qui valent la peine d'être racontées et c'est le cas de Luce Jomphe, notre arrière grand-mère, celle qui est sur ma photo.

* * * * *

À mon premier séjour aux Iles, on y a célébré mon 15e anniversaire, c'était en juillet 1972. J'y étais avec sa fille aînée, ma grand-mère maternelle, Éva Poirier, ainsi que mes grands-parents Turbide, mon oncle Eddy Turbide et ma tante Léa. J'étais hébergée avec ma grand-maman Éva chez son frère Edmond et sa femme Elizabeth, qui avaient 15 enfants, une très très très grande maison, et qui gardaient avec eux leur aînée, Luce Jomphe. Aux Iles, c'est de même que ça se passe, on garde nos vieux, on les bichonne, on les dorlote et on les aime. Je trouvais ça tout à fait normal, chez nous on gardait ma grand-mère aussi, d'ailleurs elle et moi, on partageait la même chambre!

J'ai connu et côtoyé Luce Jomphe pendant les 10 jours qu'on avait passés aux Iles cet été-là. Elle me fascinait sous plusieurs aspects et j'étais amusée de les voir ensemble, elle et sa fille, qui avaient tant à se dire et qui se ressemblaient comme deux gouttes d'eau. Ma grand-mère était veuve depuis 4 ans mais sa mère, seulement depuis 2 ans. Elle avait perdu son mari, Léoni, son amoureux, l'homme qu'elle admirait, le meilleur menuisier des Iles, le père de ses 10 enfants et le grand-père de ses 130 petits-enfants. Quant aux arrière petits-enfants dont je suis, je n'ai pas fait le décompte mais elle devait sûrement le savoir, elle. J'y reviendrai...

Elle me racontait comment elle l'avait aimé, son Léoni, comment il lui manquait. Ça, c'était du grand amour! Il était décédé d'une crise de coeur, à l'âge de 92 ans. Elle disait : « Pauvre Léoni, il est mort jeune, son coeur l'a lâché... » et elle semblait vraiment croire qu'il était mort trop jeune. Tout est question de perception! Elle devait pressentir qu'elle allait vivre jusqu'à 103 ans et « avec tout son génie » comme on dit là-bas.

Moi, je n'en revenais pas qu'elle sache exactement qui j'étais, au nombre de personnes qui faisaient partie de sa famille. Elle aurait pu se mêler un petit peu, je ne lui en aurais pas tenu rigueur. Mais pas du tout. Pour elle, chaque personne était unique et moi, j'étais Francine à Rita à Éva, sa fille aînée. Elle savait aussi que j'étais Francine à Léo à Avila à Julien Turbide.

Dans la grande maison chez l'oncle Edmond, elle avait sa chambre en haut du grand escalier majestueux, tout en bois avec des volutes, celui que son Léoni avait probablement construit, il faudrait que je vérifie pour m'en assurer mais je suis pas mal certaine parce que c'était son ancienne maison qu'habitait toute la famille d'Edmond et Elizabeth. Elle pouvait monter et descendre ces marches 10 fois par jour, de son petit pas léger, toujours vêtue d'une robe qui avait l'air de sortir d'une boutique chic et son chignon de beaux cheveux gris sagement noué sur sa nuque, je ne l'ai jamais vue autrement, à toute heure du jour et du soir. Souriante et facile à attendrir, toujours prête à écouter, à aimer. Il émanait d'elle quelque chose de fort et fragile à la fois, un supplément d'âme, une sagesse mélangée avec une innocence toute juvénile. On aurait dit une poupée de porcelaine. Les 15 enfants chez mon oncle Edmond et moi, on était fous d'elle.

Quand elle a eu cent ans, Luce Jomphe, sa fille aînée, ma grand-mère, est allée aux Iles avec mes parents. Il y avait du monde de partout au Québec et du Nouveau-Brunswick. Ce furent de grandes célébrations qui ont duré quelques jours. Elle n'a rien voulu manquer. Même que mon frère Yves s'était organisé lui aussi un voyage aux Iles pour la circonstance, en compagnie de deux de nos cousins qui étaient aussi ses arrière petits-enfants. Tous sont tombés amoureux d'elle et elle a su les marquer de bien des façons.

Comme je n'avais pas pu y aller et qu'elle avait marqué ma vie d'adolescente, je lui avais fait parvenir une carte de voeux pour ses 100 ans. Quelle ne fut pas ma surprise, quelques semaines plus tard, de recevoir par le courrier, écrit de sa main, un mot de remerciement dans lequel elle me souhaitait plein de belles choses. Et elle priait pour moi... Je cherche ce papier depuis deux semaines et ne l'ai pas encore trouvé!

Elle était née le 22 juillet 1880, elle a vécu pleinement jusqu'à l'âge vénérable de 103 ans et 3 mois. Quand la petite dernière chez mon oncle Edmond a été mariée et qu'elle a mis au monde son premier enfant, la grande maison était devenue trop calme, et l'aïeule, sachant tous ses petits poussins capables de voler tout seuls, s'est trouvée tout à coup plus vulnérable et affaiblie. Ça ne prend pas un gros coup de vent... à 103 ans. Tante Elizabeth lui a alors proposé de descendre sa chambre en bas, au rez-de-chaussée, pour lui éviter le beau grand escalier. Savez-vous ce qu'elle lui a répondu?

« Prends pas la peine, Elizabeth, d'abord, ça va aller vite, le Bon Dieu sait que j'ai assez vécu... »

Pendant une dizaine de jours, elle n'a plus quitté sa chambre, elle ne s'alimentait plus et elle priait. Le docteur venait la voir à tous les jours. Elle ouvrait parfois les yeux et les refermait aussitôt, de toute manière, elle n'y voyait plus très bien. Elle avait décidé « avec tout son génie » que c'était assez, la Vie.

Elle est décédée le 19 octobre 1983. Dans le silence, la paix, la prière, le calme et la douceur. Une chandelle qui s'éteint... après avoir éclairé tant de gens pendant toute sa vie.

Elle avait approfondi, vécu et enseigné à cinq générations toutes les nuances et la profondeur infinie du verbe aimer. 

mardi 29 mai 2012

N'est pas dragon qui veut




Photo 1 : Un tétras mâle (communément appelé perdrix) ne sait pas encore que je l'observe.

Photo 2 : Il vient de s'en apercevoir, il se tourne pour me présenter son meilleur profil.

Photo 3 : Là, il pense de m'impressionner! 

N'est pas dragon qui veut

Je ne regarde pas beaucoup la télé mais depuis quelques semaines, il y a une émission diffusée les lundis soir, à 20 heures, à Radio-Canada : Dans l'oeil des dragons, ou quelque chose du genre. Je n'arrive jamais à l'écouter au complet, je suis toujours dérangée pendant cette heure-là, on dirait que ça le fait exprès, et  je m'en suis fait une idée sans toutefois pouvoir la défendre mais cette émission me fascine. Cinq dragons, quatre hommes et une femme, sont des gens d'affaires qui reçoivent, jaugent et jugent des propositions d'investissement présentées par de jeunes entrepreneurs qui cherchent à les convaincre d'embarquer avec eux dans leur entreprise, à différents pourcentages. Ils recherchent du financement, de nouveaux marchés, de la publicité, du mentorat de toute nature. Fascinant! Et formateur. À tout point de vue.

Les dragons ont la réputation d'être durs en affaires. L'émission est conçue et montée pour qu'on pense ça aussi. C'est assez réaliste. Ça se passerait pas mal comme ça dans la réalité, mais on ne verrait pas tout et ça nous prendrait plus de temps à comprendre quelles sont les motivations, les questionnements, les inquiétudes, les points favorables et défavorables qui font que certains se vendent mieux que d'autres et que le principal capital d'une entreprise, c'est d'abord et avant tout l'entrepreneur lui-même.

Autrement dit, les gagnants, dans cette émission comme dans la vie, sont ceux et celles qui savent se vendre. Mauvais exemple à suivre : mon tétras. À partir du moment où il était conscient d'être en représentation, il ne me montrait pas le meilleur côté de lui mais plutôt ce qu'il croyait comme étant le meilleur de lui. Erreur de bébé lala très courante. Nous autres aussi, les humains, on fait souvent cette erreur.

Anecdote : Ce matin, à 8 heures, le téléphone sonne chez nous. Au bout du fil, une voix féminine s'adresse à moi sans se nommer, elle m'appelle par le nom de mon entreprise et pas mon nom, elle me demande si je fais de la traduction. Elle a vu mon site internet, où il n'est question nulle part de traduction, et comme je le fais souvent quand je refuse un mandat, je lui donne des noms d'entreprises où elle pourrait trouver ce qu'elle cherche. C'est là qu'elle m'arrête et me dit qu'elle se cherche du travail pour l'été, qu'elle est en études anglaises. En voilà une autre qui ressemble à mon tétras...

Si j'avais été un dragon, je lui aurais donné ces quelques conseils :

- Quand tu te cherches un travail, même un travail d'été, tu n'appelles pas chez les gens à 8 heures du matin.

- Tu commences par t'identifier quand tu téléphones quelque part. Ensuite, tu poses tes questions.

- Quand tu veux un travail dans une entreprise, tu devrais au moins savoir dans quel domaine cette entreprise offre ses services.

Je ne crois pas que cette fille trouvera un travail d'été dans son domaine. Je lui ai quand même souhaité bonne chance, elle en aura bien besoin. Dans son attitude, juste au téléphone, je n'aurais pas eu envie de l'embaucher, même si j'avais eu un poste à combler, ce qui n'est pas mon cas, je suis travailleuse autonome. Mais j'aurais peut-être pu la référer ailleurs, ce que j'ai fait souvent quand je pouvais jumeler une chercheuse d'emploi avec une entreprise qui cherchait à combler un poste. 

On dit souvent que le monde des affaires est impitoyable. Moi, je trouve pas. Pour avoir côtoyé cet univers, et en faire encore un petit peu partie, je peux témoigner qu'il s'y pose beaucoup de gestes gratuits, qu'on y trouve souvent de la passion, de l'entraide, des alliances, des collaborations et des échanges de bons procédés. Sauf que ces gens s'en tiennent aux faits établis, pas aux idées bien exprimées. Ils n'agissent pas dans le but de se faire aimer mais de faire de l'argent. Ce qui ne les empêche pas, dans leur vie personnelle, de vouloir se faire aimer comme tout le monde. C'est clair. Et même transparent. Honnête, je dirais. Moi, j'aime ça de même.

À mon premier emploi comme étudiante, c'était à ce temps-ci de l'année, j'avais presque 15 ans, disons un gros 14, et j'étais tellement fière qu'on me fasse confiance, si jeune, pour commencer à travailler derrière le comptoir chez Lou's Tobacco Shop.  C'était comme de jouer au magasin, avec plein de choses à vendre, des clients faciles à satisfaire, une reconnaissance immédiate, une caisse enregistreuse qui faisait dring dring et merci beaucoup, à la prochaine! Je n'étais pas bilingue mais je me débrouillais en anglais et je voulais tellement apprendre, d'autant plus que le salaire minimum à 1,55 $ l'heure me semblait comme trop beau pour être vrai. Encouragée par mes petits succès, j'avais accepté aussi de travailler au Noranda Bakery et je continuais toujours d'aller garder chez le voisinage chaque fois qu'on me le demandait, j'adorais les enfants, les clients, le monde, et cette impression d'avoir de l'argent plein mes poches!

Aujourd'hui, j'ai un gros 54 ans. Ça fait 40 ans que je suis sur le marché du travail. C'est pour ça que des fois, je suis fatiguée, à bout de souffle et de motivation. Je n'ai plus l'impression d'avoir de l'argent plein mes poches, ça, c'est ce qui est parti en premier! Je commence à regarder en arrière et faire des bilans, c'est plus fort que moi. J'ai tellement appris tout au long de ces 40 ans qu'il me semble que j'en sais trop!

Si j'étais un dragon, je n'investirais pas 5 cennes dans une entreprise comme la mienne. Et j'aurais tellement de bons conseils à me donner!

Hier soir, je disais à Crocodile Dundee : « Qu'est-ce que ça m'a donné, à part de rendre service à tous les achalants du monde,  de savoir rédiger et de voir les fautes dans le journal, les magazines et les bouquins que je lis? » ce à quoi il m'a répondu avec son aplomb habituel : « À gagner ta vie! ». N'empêche que je demeure convaincue que j'aurais pu la gagner beaucoup plus facilement et dans le plaisir surtout, derrière un comptoir où je serais devenue bilingue avec le temps, en ayant la satisfaction de rendre le monde plus heureux, en jouant au magasin avec une vraie caisse qui fait dring dring et des enfants qui hésitent en faisant des calculs savants derrière la vitrine des bonbons à la cenne. Avec de l'argent plein mes poches! En 40 ans sur le marché du travail, je pense que j'ai régressé. Je suis vraiment pas un dragon...

jeudi 24 mai 2012

Consolation






Photo 1 : Une étoile est née! Dimanche dernier, après souper, entre la berçante et le poêle à bois. Elle n'interprète que ses propres chansons, paroles et musique. Chorégraphie et mise en scène. Production et réalisation. Une artiste multidisciplinaire!

Photo 2 : Quand on a une robe qui tourne, il est primordial de la faire tourner beaucoup beaucoup.

Photo 3 : Comme dans tout bon spectacle, celui-là comportait des moments tendres.

Photo 4 : Le spectacle terminé, l'artiste a tout donné, le public est conquis, ça applaudit à tout rompre.

Photo 5 : Hors de la scène, l'artiste demeure très accessible et trouve son inspiration dans la nature.

Consolation

La crise sociale qu'on vit au Québec présentement n'en finit plus de prendre tellement trop de place dans nos médias et dans nos vies. J'ai mes opinions, mes convictions et  ça ne vous étonnera pas que je vous dise que je penche toujours du côté de notre jeunesse, que je reste ouverte aux compromis, mais que j'admirerai jusqu'à la fin ceux qui se lèvent debout pour ce en quoi ils croient, dont nos libertés.

J'observe depuis le début comment notre société québécoise se comporte, les partis politiques, leurs stratégies, et les médias, comment ils traitent l'information, les factions étudiantes, leur mobilisation sans précédent, et dans tout ça, l'opinion publique qu'on manipule si facilement, la polarisation des positions et des débats, l'évolution (le terme est très mal choisi, je l'admets) de toute cette crise. 

Au moins, me disais-je, si on se déchire la chemise entre gens d'une même famille ou d'un même groupe, il se passe quelque chose d'encourageant : on est en train de se réveiller, de prendre conscience de nos forces, de nos richesses, se les approprier et les défendre, de comprendre comment ça marche, de réaliser le pouvoir qu'on a quand on se tient,  qu'on rallie du monde autour des valeurs qui nous sont chères. 

Ce que je voyais et que j'entendais autour de moi depuis le début me laissait croire que les médias et les sondages se faisaient complices lorsqu'ils affirmaient que la population du Québec approuvait la loi 78, la position du gouvernement qui fait la sourde oreille devant les revendications des étudiants et toutes sortes de balivernes que je classais parmi les exagérations mises de l'avant par ceux qui y gagnaient quelque chose.

Je m'étais trompée royalement. Autour de moi, j'avais beau écouter tout le monde, lire tout ce que je pouvais, m'abreuver à plusieurs sources, mon « autour de moi » n'était pas du tout représentatif de la réalité.

Je l'ai constaté hier avant-midi à mon grand désarroi, lors d'une petite réunion impromptue de quelques personnes dans la balançoire chez ma mère, au soleil, en prenant un jus d'orange et des nouvelles de tout un chacun.  Il faut dire que j'étais la plus jeune du groupe, mais en principe, ça ne devait pas changer la donne tant que ça.  Tous ceux qui étaient là avaient des enfants et des petits-enfants.

En un peu plus d'une heure, je n'ai jamais entendu autant de réactions vives, émotives, impulsives, déchaînées, mensongères, accusatrices, martelées violemment et sans aucune écoute pour une autre opinion, un peu d'ouverture, de réflexion, d'analyse, un jugement éclairé, critique et nuancé. Non, j'assistais en direct à une démonstration de la plus pure démagogie. Je n'ai pas pu placer un mot, ou rétablir quelques faits, d'abord, ils ne s'écoutaient même pas entre eux, et ensuite, je ne savais pas par où commencer, j'étais tellement sous le choc. Ils méprisaient leurs propres petits-enfants!

On a probablement pensé qu'on m'avait convaincue et que j'étais de leur bord. Non. Je pensais seulement qu'il ne valait pas la peine d'en discuter, le contexte ne s'y prêtait pas, je me serais épuisée davantage que je l'étais déjà. Mais je ne serai jamais du bord de la la peur, de la haine ou du mépris. Jamais. Si l'on ne s'est pas aperçu de ça dans mon non verbal, c'est qu'on ne considère pas le minimum de base de tout ce que je suis, qu'on ne me reconnaît pas comme une personne valable.  Je l'ai pris personnel. Refuser d'écouter, c'est mépriser. C'est ça que les étudiants arborant le carré rouge ressentent au Québec depuis 102 jours.
Je suis partie de là le coeur en miettes. J'étais déçue et heurtée mais j'étais devenue réaliste, ayant perdu beaucoup d'illusions. Ça s'est fait dans le plus grand des silences pour ma part. Dorénavant, quand je lirai ou que j'entendrai que le gouvernement Charest, en agissant comme il le fait à propos de la crise actuelle, du Plan Nord, de la corruption, de l'exploitation de nos richesses, de l'environnement, la santé, l'éducation ou de tout autre sujet d'importance, je saurai qu'il continue de marquer des points auprès d'une grande partie de la population (celle qui se garroche pour aller voter) qui considère qu'il « met ses culottes » et gouverne le Québec comme le plus grand nombre le veut. 

Nos médias ne parlent que de ça. Ils négligent tout le reste.

Saviez-vous que la forêt brûle ici? Oui oui, notre belle forêt boréale s'en va en fumée ces jours-ci. Plus de 30 feux de forêt rien qu'en Abitibi-Témiscamingue, et encore plus dans le Nord-Est ontarien, juste à côté, qui prennent de l'ampleur à cause des forts vents et des conditions climatiques de sécheresse qui sévissent. À l'est de Senneterre, un seul de ces feux, hors de contrôle, a déjà brûlé 17 000 hectares. Les pompiers forestiers de la Sopfeu sont débordés, ils ont besoin de l'aide de leurs collègues de l'Ontario, du Maine (aux États-Unis) et de tous ceux qui peuvent prêter des avions CL-415, du matériel et du personnel qualifié.

Saviez-vous qu'on vend aux plus offrants les richesses de votre sous-sol, oui oui, votre sous-sol qui contient de l'or et des métaux précieux? Ça se passe au nord du 48e parallèle, sur la Côte-Nord, en Abitibi-Témiscamingue surtout, et dans le Nord-du-Québec. Qu'est-ce qu'on fait de nos îles, celles d'Anticosti et les Iles de la Madeleine, entre autres, qui renferment sur leurs côtes des richesses gazières et pétrolières? Et le gaz de shiste dont l'exploitation pas tout à fait au point pourrait mettre en péril des régions entières, en Montérégie et autour du fleuve St-Laurent?
Vous ne le saviez pas, hein? Non, depuis deux mois, on nous présente aux 5 minutes les moindres mouvements de foule au coin des rues Berri et Sainte-Catherine, ou quelques rues plus loin, les arrestations qui se multiplient, les manifestations illégales, nocturnes, quotidiennes, et s'il y a une petite madame qui braille quand on l'embarque dans un char de police, on va nous présenter ça ad nauseam jusqu'à ce que vous pleuriez avec elle à force qu'elle vous est devenue intime et familière.  Ça aussi, ça me choque.

Ce qu'on présente du Québec, ce sont toujours les mêmes faces, les mêmes ponts, les mêmes réalités urbaines, les mêmes coins de rue, les mêmes voyous, comme si tout le reste n'existait pas. Le grand Néant savamment orchestré. Comment peut-on s'approprier notre pays, nos ressources, nos richesses et notre territoire quand on ne sait pas ce qu'on a, qu'on ne le voit jamais, qu'on en entend jamais parler autrement que dans le contexte tordu du « Plan Nord » qu'on nous vend à n'importe quel prix. Poser la question, c'est y répondre et de là, cette facilité de nos dirigeants de les vendre aux plus offrants dans notre dos sans qu'on le sache. Bébé fafa comme tout, le territoire est abstrait, il n'existe pas, personne ne s'y intéresse de toute façon.

C'est vrai que je suis une mamie complètement gaga de ma petite-fille. C'est pas original. Quand je la vois grandir et s'épanouir comme enfant, je m'inquiète de la société que je lui laisse, cette société québécoise inconsciente de tant de choses importantes et par le fait même complice des réseaux d'information continue qui forment (et surtout déforment) l'opinion publique. Une société qui achète tout et n'importe quoi, à partir du moment où c'est vendu par une grosse machine bien organisée, des stratégies de communication formidablement huilées qui continuent de faire la job.

Elle est trop petite, la  Félixou, pour  qu'on lui explique la loi 78, cette entrave dangereuse à nos libertés, nos droits, à notre démocratie. D'autres, beaucoup d'autres, supposément adultes et plus informés qu'elle ne le réalisent même pas, se désintéressent de l'essentiel de ce pays, s'insurgent contre  les luttes sociales de leurs petits-enfants et les traitent de tous les noms, approuvent l'humiliation et applaudissent, au contraire, ce gouvernement-là  qui « met ses culottes » en écrasant tout espoir chez « les enfants rois qui font du trouble » et qui se mobilisent pour quelque chose qui leur tient à coeur. 

Alors, quand je la vois danser, chanter et composer des chansons qui parlent d'amour, de lièvres, d'oiseaux, de castors, de fleurs, de robes qui tournent, des papas, des mamans, des papis, des mamies, des amies de la garderie, du lac et des poissons, ça me console un peu qu'il lui reste encore de belles années d'innocence devant elle.

mardi 15 mai 2012

L'éloge de la lenteur





Photo 1 : Félixe pense que c'est le même lièvre que l'année dernière mais nous autres, on n'est pas sûrs de ça du tout!

Photo 2 : Les castors ont dammé plus haut, il nous a fallu construire un plus gros pont pour traverser. J'aime l'allégorie de « construire un pont... en famille »!!!

Photo 3 : Depuis longtemps qu'Isabelle s'était acheté un yukulélé mais elle n'avait jamais le temps d'en jouer. Samedi, en prenant l'apéro, elle nous a joué et chanté Somewhere over the rainbow sur un rythme joyeux. Félixe a voulu imiter sa Maman, on voit que de tenir un instrument de musique et d'en jouer, ça ne semble pas lui être étranger. Il faut dire que l'instrument est tout à fait de la bonne grandeur pour elle.

Photo 4 : Des hamburgers laitue tomates et des épis de blé d'Inde au menu du souper. À partir du moment où l'on ouvre une bonne bouteille de rouge, moi, je considère que ça devient un souper gastronomique!

L'éloge de la lenteur

Je n'avais pas le goût d'écrire depuis le 26 avril, je m'en sentais incapable et j'ai suivi cet élan ou ce manque d'élan. Je crois avoir battu mon record de silence en plus de 5 ans. Trop de choses à vivre, à démêler et à penser... Ce matin, je m'oblige à faire un genre de lien avec mon billet précédent pour poursuivre dans la continuité. Je n'y arrive pas. Enfin, c'est flou un peu mais deux chemins se dessinent à la suite du décès de mon amie Diane et ça me tente de les suivre.

La première réflexion que j'ai faite a été la plus douloureuse : de constater jusqu'à quel point depuis que Diane n'est plus là, cette photo qui nous liait représente  une époque révolue. Morte avec elle, dans ce dernier fou rire qui continue de m'habiter et qui comble peu à peu le vide. J'avais eu l'intuition d'apporter cette photo avec moi lors de ce moment et j'en saisis maintenant un peu mieux la portée dans ma vie, la raison profonde. Il n'y a qu'avec ceux qui restent qu'on peut se consoler de ceux qui partent. Tout le monde sait ça mais moi, je viens de l'intégrer. Des fois, ça me prend du temps. J'ai intérêt à faire l'éloge de la lenteur parce que c'est le rythme qui me convient le mieux et ça se confirme de plus en plus!

Heureusement pour moi, mes proches partagent cette façon de voir. Dans cet esprit-là, la fin de semaine dernière, on s'était fait le cadeau de passer du temps ensemble, tous les cinq. Pour bloquer 3 jours dans nos 5 agendas,  disons plutôt 4 agendas, il fallait le vouloir fort fort fort! Mais la vie étant ce qu'elle est, notre séjour là-bas a été amputé d'un journée au début et une autre à la fin. Alors on s'est concentré sur ce qui nous restait : 24 heures. C'est fou tout ce qu'on peut vivre en 24 heures. Même construire un pont... 

Le deuxième chemin que je veux suivre n'est pas du tout un jugement critique mais une simple observation de comment les choses se passent autour de la mort. La mort sur les réseaux sociaux, je devrais plutôt préciser.

À l'approche du décès de Diane, on m'avait comme un peu mandatée pour aviser les amis(es) quand ça se produirait. Quelques-uns m'avaient lue ici mais je ne pouvais pas compter là-dessus. D'autres la savaient très malade et s'attendaient à ça mais on convient tous que ça surprend tout le temps quand même. Quand j'ai reçu l'appel de sa famille pour me dire qu'elle venait de rendre l'âme, je n'avais pas les numéros de téléphone de tout le monde et j'ai utilisé les réseaux que j'avais à ma disposition, dont Facebook. J'ai publié notre photo de secondaire IV sur mon mur et sur le sien, avec la mention : « Pour se rappeler le bonheur de nos amitiés ». Ceux qui devaient comprendre ont compris. Dans son réseau et dans le mien. Je trouvais ça moins choquant et plus respectueux ainsi. Ceux qui n'étaient pas au courant de la situation pouvaient penser que je publiais une photo de 1973 pour qu'on se rappelle tout simplement de bons souvenirs de nos amitiés d'alors.

Depuis, il y a eu 2 autres décès qui ont touché de très près des gens que j'aime et qui ont beaucoup de peine. La nouvelle de ces deux décès s'est répandue sur Facebook et sûrement d'autres réseaux sociaux également. À la vitesse de l'éclair. Phénomène moderne. Que je questionne.  

Le premier cas, c'est celui d'un jeune homme qui vient de perdre son grand-père. Quelques minutes plus tard, il annonce : « RIP Grand'Pa, j't'aime ». C'est de même que le monde l'ont su, des proches et des moins proches qui connaissaient très bien son grand-père. Deux des amis du jeune homme en deuil, pour lui signifier qu'ils venaient de prendre connaissance de la nouvelle, ont cliqué sur « j'aime ». Rien que ça. « J'aime » avec le petit dessin du pouce en l'air... C'est un peu indécent. Cheap shot! J'ai senti l'urgence de lui faire un p'tit coeur, lui offrir un câlin, je pouvais juste pas laisser ça de même. Et j'ai pas cliqué sur « J'aime », surtout pas. Par la suite, de nombreux commentaires se sont ajoutés, chacun exprimait sa souffrance personnelle en direct. Mais pas d'empathie. Ou très peu. L'expression simplissime d'un choc à l'annonce d'un décès. Un accusé réception. Point. Tu lis ça, tu cliques sur le ti pouce en l'air, tu fesses sur « enter », et tu passes à autre chose. C'est de même. Action? Réaction!

Le deuxième cas est encore plus triste. Il s'agit du décès d'un jeune homme, beaucoup trop jeune pour être foudroyé par une crise de coeur, à 31 ans. Une affaire imprévisible et inexpliquable. La nouvelle a été annoncée en grande primeur sur Facebook, c'est comme ça que je l'ai appris moi-même, et j'ai observé sans intervenir comment cette nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre, avec tout ce que ça comporte de révolte, d'émotions non contenues, de détresse et de questionnements sans réponse.  Une véritable crise vécue encore là en direct, dans l'impulsivité, l'instantanéité et la solitude dans la foule que génèrent trop souvent encore les réseaux sociaux qui sont des médias très puissants. 

Imaginez ce scénario : Vous êtes seul, il est très tard, vous n'arrivez pas à dormir. Pour chasser vos pensées d'insomniaque, vous ouvrez l'ordinateur et vous décidez d'aller faire un tour pour vous mettre à jour dans le fil des nouvelles sur les réseaux que vous fréquentez. C'est là que vous apprenez que votre grand ami vient d'être foudroyé par une crise de coeur, si jeune, laissant dans le deuil sa conjointe et deux petites puces de 5 ans et 3 ans. Vous êtes seul devant votre écran d'ordinateur, en pleine nuit, avec ce choc qui vous paralyse, cette peine immense qui vous submerge. Il n'y a personne avec qui partager la douleur que ça vous cause, les souvenirs qui vous reviennent avec force. Il est 2 heures du matin, vous êtes en communication avec le monde entier mais vous n'avez jamais été aussi seul.  

Il y a 10 ans à peine, ça ne se serait pas passé ainsi. On aurait attendu le lendemain matin, on vous aurait téléphoné. Un ami commun, probablement. Quelqu'un qui l'aimait autant que vous, sûrement. On vous aurait peut-être préparé au choc, avec un ton de voix qui vous aurait prévenu instinctivement qu'il se passait quelque chose de grave, en vous disant quelque chose comme « J'ai une nouvelle à t'annoncer, je n'arrive pas à le croire moi non plus, c'est au sujet de notre ami Untel, est-ce que je peux venir te voir ou si tu préfères que je te le dise tout de suite au téléphone? » et vous auriez été au moins deux pour vivre ça ensemble. 

Encore une fois, je ne veux pas porter de jugement critique sur cette façon de faire très moderne et efficace mais je continue de prôner davantage l'éloge de la lenteur que l'instantanéité de la nouvelle, l'efficacité des communications.