dimanche 8 avril 2012

Et le(la) gagnant(e) est...






Photo 1 : Troisième prix : Alexandre Morin-Chassé, de l'Université de Montréal, un auteur compositeur interprète bourré de charme et de talent. J'aurais voulu l'entendre pour un spectacle complet, j'en aurais pris davantage, c'était trop court. Il nous a fait rire et nous a émus. Sympathique en plus. Voix, guitare et harmonica, il raconte ses chansons et fait preuve d'une attitude inspirante et tellement sensible, ce jeune homme qui étudie en sciences politiques!



Photo 2 : Deuxième prix : Isabelle Rivest, de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, auteure compositrice interprète, et je répète ce que j'ai dit à propos du candidat précédent, bourrée de charme et de talent. Elle habite toute la scène, on la suivrait au bout du monde, sa personnalité, son humour, sa voix et sa musique mettent en valeur ses textes bien ciselés, qu'elle nous chante ses forêts boréales, ou même juste « en passant », ses chansons sont accrocheuses. Des textes forts, c'est une excellente nouvelle parce qu'elle termine sous peu son baccalauréat en enseignement du français au secondaire! Vous me pardonnerez mon enthousiasme...


Photo 3 : Premier prix : Équinoxe, un groupe formé de Jean-François Breton, François Lord, Antoine Poirier-Godon, Julien Poirier-Godon, Margaux Sauvé-Bergeron, tous de l'Université Laval. Au tirage au sort, ils sont passés en dernier et heureusement parce que personne n'aurait voulu passer après eux, tellement ils étaient trop bons, comme dans une catégorie à part. Ils ont mérité ce premier prix, le public était conquis dès les premières notes. Un heureux et savoureux mélange de tradition et de modernité, typiquement québécois. À eux cinq, ils forment un univers authentique et extraordinairement rassembleur.



Et le(la) gagnant(e) est...



Quelle soirée!



Pour connaître le contexte de la grande finale nationale de Univers-Cité en spectacle qui se déroulait hier soir à l'Agora des Arts de Rouyn-Noranda, vous jugerez peut-être utile de lire mon billet précédent, même si je l'ai écrit du point de vue très personnel d'une mamie et d'une maman... Je ne croyais pas que j'allais y revenir mais le déroulement de la soirée ne me laisse pas le choix, quand je raconte une histoire, il faut que j'aille jusqu'au bout et que je vous dévoile la finale!


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AJOUT - 20120412 : Vraiment, Radio-Canada, c'est un service essentiel et particulièrement dans des régions comme les nôtres. J'aurai l'occasion d'en reparler à un moment donné, je m'en fais un devoir de conscience.


J'avais écrit en début de semaine à l'équipe de l'émission Des matins en or de la Première chaîne de Radio-Canada en Abitibi-Témiscamigue, pour leur signifier que c'était dommage qu'on n'ait pas accès à la chronique culturelle d'Alain Vézina du lundi 9 avril, alors qu'il rendait compte avec de bons extraits « live » du déroulement de la soirée de la grande finale nationale de Univers-Cité en spectacle. Ils m'ont lue, ont réagi comme je l'espérais, et ils viennent de mettre en ligne sur leur site web cette fameuse chronique, la seule qui ait été faite sur l'événement. La voici :




Tous les artistes présents, les organisateurs de l'événement qui en était à sa 7e édition, les bénévoles, partenaires et même les gens du public qui ont vécu cette soirée méritaient que cette grande finale nationale ne soit pas le secret le mieux gardé au Québec, médiatiquement. Je pourrai dire que j'ai fait mon petit bout.

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Toutes les universités francophones du Québec (ou presque) y étaient représentées et même celle de St-Boniface au Manitoba. Il s'agissait de la 7e édition de ce concours qui rassemble sur une même scène chaque année des talents de partout, reconnus et célébrés dans leur université d'abord, pour mieux s'amalgamer ensuite à d'autres arts de la scène, d'autres artistes, d'autres univers de d'autres coins de pays.



L'équipe socioculturelle de l'UQAT s'est adjointe du beau et du bon monde, des partenaires, des bénévoles, tous y travaillaient main dans la main depuis des mois, et ça se sentait qu'on était tellement honorés d'accueillir chez nous de la si belle visite.



Ce que j'en retiens surtout, de cette soirée mémorable, c'est le respect, la camaraderie et la chaleur qu'il y avait entre tous ces artistes qui avaient le goût de se mieux connaître et d'échanger. Pas d'esprit de compétition ou de sursaut d'individualisme, au contraire, chacun et chacune voulait mettre en valeur le suivant ou le précédent, tel ou tel art de la scène, un esprit de collaboration et de fraternité qui se voyait et s'entendait, ça faisait chaud au coeur juste d'être là et de vivre ça.



Ce sont nos universitaires, notre jeunesse, ils ont du talent à revendre, beaucoup de sensibilité, juste ce qu'il faut d'humour, une grande ouverture aux autres et le génie de savoir réfléchir sur une foule de choses qui les concernent et nous concernent aussi. On a de quoi être fiers, on a une sacrée belle jeunesse qui nous remplit d'espoir.



On n'entendra pas parler de ça nulle part, évidemment ce genre de concours qui n'en était pas un au fond, ne fera pas les manchettes, et on n'ouvrira aucun bulletin de nouvelles avec la grande finale d'Univers-Cité en spectacle. Moi, je dis que j'avais donc un devoir ce matin d'en rendre compte, d'en témoigner, pour être juste et équitable envers notre belle jeunesse.



J'aurais aimé vous parler plus longuement de ceux qui n'ont pas gagné de prix hier soir mais qui sont tellement des gagnants, je vous assure, chacun à leur manière :



Maryline Joly, interprète, Université du Québec en Outaouais


Marie-Christine Lance, interprète, Université du Québec à Trois-Rivières


Fatou Camara et Steve Poirier, danse, École de technologie supérieure


Marie-Éve Croteau, auteure compositrice interprète, Université du Québec à Chicoutimi


Lacina Bembélé, auteur compositeur interprète, Université de Saint-Boniface, Manitoba


Frédéric Labrie, Jean-François Charest, Camille Gélinas, Jean-Philippe Viau, auteurs compositeurs interprètes, Université du Québec à Montréal


Emmanuel Caron-Garant, Bianca Rousseau, Clément Besnard, auteurs compositeurs interprètes, Université du Québec à Rimouski



Et bien sûr, les trois premiers prix que j'ai mentionnés au début qui ont fait rayonner leurs universités respectives avec beaucoup de fierté.





vendredi 6 avril 2012

Gourmandises pascales



Photo 1 : Hier soir... « Mamie, t'as vu la lune? » et tout de suite après : « Heille Mamie Mamie Mamie, on a tu des guimauves? »



Photo 2 : On avait juste un restant de sac de mini guimauves mais Papi a inventé une nouvelle recette : des brochettes (ou branchettes) de mini guimauves grillées!



Gourmandises pascales



Faisait pas chaud hier soir... Mais la lune était pleine et on avait de la belle visite, on n'allait pas passer à côté d'une si belle occasion. Où est écrit le règlement qui stipule que pour faire un petit bout de veillée au feu, il faut qu'on soit en été absolument? On n'allait pas s'empêcher de rien pour quelques petits malheureux degrés manquants! Après son bain, on lui a enfilé un gros pyjama, des bottes d'hiver, sa tuque colorée et son manteau chaud et hop, tout le monde dehors!



Pendant le souper, Félixe avait demandé à Papi si on allait faire un feu. « Pas un gros, juste un petit petit petit feu de rien du tout ». Il trouvait que c'était génial : « T'as toujours des bonnes idées, mon p'tit minou, c'est parce que tu manges tout ton poisson ». Du coup, toute contente d'être heureuse, elle en a repris une autre bouchée...



Je les laissais jaser entre eux et échafauder des plans pour la soirée, tout en suivant d'un oeil convenu et d'une oreille distraite les actualités régionales télévisées de RNC Média en Abitibi-Témiscamingue, comme je le fais toujours à l'heure du souper. C'est pas de ma faute, ça fait partie de mon travail de constater comment ça sort dans les médias lorsqu'il est question des soins et services dispensés par mon client dans l'ensemble du territoire.



À deux reprises pendant les nouvelles régionales, j'ai interpellé mon fameux duo dynamique (Papi et Félixe) pour qu'ils voient celui qui faisait justement l'objet d'un reportage, sa candidature étant maintenant confirmée dans Rouyn-Noranda/Témiscamingue aux prochaines élections provinciales. On faisait un survol de sa carrière, de ses implications sociales, environnementales et politiques, pendant que Félixe constatait : « C'est Papi Guy qui parle, regarde, il est drôle, hein? Il travaille dans son bureau! ».



Ensuite, la chronique culturelle nous présentait des extraits de l'auteure compositeure interprète qui représentera l'UQAT à la grande finale nationale de Univers-Cité en spectacle, samedi le 7 avril, à l'Agora des Arts, où elle montera sur la scène, comme le feront tous les gagnants de 10 universités francophones au pays, dont la plupart sont du Québec. « C'est Maman, avec sa guitare! »



Pour la petite, voir son monde à la télé, reconnaître leur photo dans le journal ou les entendre à la radio, c'est rien qui vaille la peine d'être mentionné, elle semble croire que tout le monde y passe un jour ou l'autre. Elle lui a demandé : « Papi Gilles, toi, t'es pas dans la télé? » et j'ai carrément pouffé de rire quand j'ai entendu Crocodile Dundee lui répondre : « Non, mais j'ai fait un film l'autre jour! », en voulant dire que son autre Papi, il n'était quand même pas un get-out-o'-here!!!



On a gardé la petite à coucher ici finalement parce que Isabelle devait être très tôt ce matin dans les studios de Radio-Canada en Abitibi-Témiscamingue, à l'émission Des matins en or, où elle donnait une entrevue et chantait en direct deux de ses chansons, (ça ne doit pas être facile le matin, ça...) dans le cadre de la chronique culturelle d'Alain Vézina, dans cette émission animée par David Chabot. À l'heure dite, on a monté le son de la radio, on a écouté l'entrevue tous les trois, en pyjama, avec nos rôties au fromage et à la confiture, on chantait avec Isabelle en se trémoussant, et on l'applaudissait après chaque chanson. C'était la fête dans la maison!






Si quelqu'un voulait connaître notre fille, à Crocodile Dundee et à moi, donc la maman de Félixe, avoir une petite idée de la confiance, l'admiration et l'amour qu'elle porte à Dominic aussi, et ça s'entend, l'entrevue de ce matin en donne un aperçu que je considère comme faisant à peu près le tour du personnage! C'est tout elle, comme on la connaît, comme on l'aime, pas seulement ses talents au point de vue artistique mais sa personnalité attachante, son écoute attentive, son respect des gens, son ouverture, sa disponibilité, son attitude, ses rêves et ses projets, sa sensibilité, et par-dessus tout, son goût de l'écriture, des autres, de la rencontre... Bref, nous sommes très fiers d'elle, comme tous les parents le seraient. Et comme sa petite Félixe l'était elle aussi ce matin en écoutant les propos et en chantant les mots de sa mère avec sa mère, en ne s'imaginant pas une seconde que tous les enfants ne vivent pas ça nécessairement!

Sa première chanson, En passant, je trouve que ses paroles sont profondes, simples et bien ciselées, beaucoup peuvent s'y reconnaître... En tout cas, moi, je m'y reconnais, je vous le dis franchement. Sa deuxième chanson représente un véritable exercice de diction, il y a dedans (à la fin) un petit clin d'oeil de rien du tout à ses deux parents, tout petits tout petits clins d'oeil... Ouvrez bien les zoreilles!



Vous savez où nous serons demain soir? À l'Agora des Arts, à Rouyn-Noranda, pour assister à la grande finale nationale de Univers-Cité en spectacle. Nous autres aussi, on a très hâte de rencontrer ces universitaires de partout qui doivent faire co-exister en harmonie carrière artistique/études/vie personnelle!

Joyeuses Pâques. Célébrez comme il se doit le printemps, la vie, le renouveau mais... Ne faites pas trop d'excès de gourmandises pascales là! Essayez le chocolat noir à 70 % en petits carrés qu'on laisse fondre sous la langue (française!...) et qu'on déguste lentement... ou encore, faites-vous des brochettes de mini guimauves grillées, dorées juste à point.

lundi 26 mars 2012

Madame B

Photo : Août 2011, au verger de l'Île Nepawa, Lac Abitibi. Ce pommier est différent des autres, on dirait qu'il offre ses pommes en faisant une révérence, de manière à ce que même les tout petits puissent les cueillir.



Madame B



Il me semble la connaître depuis toujours. Mais pour dire vrai, je la côtoie seulement depuis 2004, lorsque Belle-Maman a emménagé tout près de chez Monsieur et Madame B, sur le même étage de la résidence privée pour personnes âgées autonomes, dite de type évolutive. Cette expression marketing très à la mode signifie que lorsque les résidents deviennent moins autonomes, on « évolue » avec eux, moyennant quelques suppléments qui s'additionnent... et même parfois, se multiplient!



Je ne m'attarderai pas sur le cas de Monsieur B, un genre de grand aristocrate très sobre, distingué, d'allure toujours un peu tristounette. On ne le voit jamais en présence de son épouse, beaucoup plus colorée : Madame B, un phénomène inexpliqué...



À cause de son nom de famille, enfin plutôt celui de son mari, je lui avais demandé dès notre première rencontre si elle était la maman d'Hélène, une fille de mon âge que j'avais croisée dans l'un de mes milieux de travail. Je venais de créer un lien avec elle pour toujours, et depuis elle m'associe à tous ses enfants, particulièrement à Hélène.



Au fil des années et à force de se rencontrer dans les corridors, dans l'ascenseur, à la buanderie, dans le hall d'entrée ou à la cafétéria où je vais souvent chercher ou rapporter les plateaux de repas de Belle-Maman, il s'est tissé une sorte d'amitié secrète, une complicité joyeuse et discrète, entre Madame B et moi. Elle me charme et m'attendrit à tous les coups, cette dame fascinante. La rencontrer et échanger avec elle me remplit d'un bonheur instantané et d'une joie de vivre dont elle arrive à m'envelopper comme par magie, tant elle porte ça en elle.



Madame B est une artiste. Elle l'a toujours été. Elle crée du beau et du bon. Elle rend le monde meilleur.



Sur la porte de son studio, celui qu'elle partage avec son mari, on a tout de suite une idée de sa personnalité ou son état d'âme du moment : une oeuvre d'art, un bricolage, des fleurs, un chapeau rigolo, une photo, un paysage, une décoration de la saison, toujours accompagné d'une phrase, une expression, une citation de quelque auteur ou philosophe qu'elle est en train de lire. Elle en change très souvent, on dirait que c'est comme son blogue!



Elle s'implique facilement et veut toujours aider tout le monde, cette femme a besoin d'aimer et d'être aimée, de donner. Elle ne suit pas la mode des madames de la résidence, non, elle crée des ensembles toujours jolis avec des superpositions de couleurs et de textures et ça l'amuse beaucoup, ça la fait rire et elle dit toujours qu'elle n'est quand même pas pour garder ça pour ses vieux jours!



S'il y a un petit rôle à tenir dans un spectacle, ou qu'on a besoin d'elle pour jouer un tour à quelqu'un, chanter une chanson ou célébrer un anniversaire, elle va déployer tout ce qu'elle peut de ses talents si ça peut être utile pour mettre de la joie dans une activité spéciale ou faire vivre à quelqu'un un moment particulier.



L'autre jour, je l'ai vue passer avec ses gants de vaisselle jaune, une plante verte qu'elle avait installée sur le siège de son déambulateur et un gros sac de terre. Elle chantonnait un air un petit peu sautillant. Je lui ai dit : « Ah bon, c'est journée de rempotage, votre plante était à l'étroit? » elle m'a répondu : « C'est celle du bout du couloir, ça faisait longtemps qu'elle étouffait ».



Quand elle s'est blessée à un genou, l'automne dernier, elle est restée avec un léger handicap dans sa démarche après l'opération, elle a dû s'astreindre à se déplacer avec une marchette, le vrai mot pour ça, c'est déambulateur. Elle n'en a pas fait de drame, elle m'a dit qu'elle avait passé son permis haut la main pour conduire ça et se déplacer comme le reste du monde! Elle était contente de son achat « pas dur su'l'gaz », très écolo, qu'elle a ajouté. « Le pire, ce sont les batailles de parking de marchettes à la cafétéria, un vrai fléau! »



En décembre, elle a perdu l'un de ses petits-fils dans un accident de voiture. J'ai eu de la peine pour elle. Je l'ai revue seulement quelques semaines plus tard. Je n'allais pas passer ça sous silence. Elle m'a pris les mains et m'a dit que personne n'osait lui en parler alors qu'elle avait tant besoin de ne pas rester toute seule avec ça. « Les silences sont trop lourds, il n'y a rien de pire ». J'étais à l'écoute, si elle avait voulu m'en parler plus longuement. Mais non, elle s'est mise à me parler d'un autre deuil qu'elle avait dû faire et de ce qui s'était passé par la suite. La plus belle histoire que j'avais jamais entendue sur la résilience. Le temps s'était arrêté, et nous étions, elle et moi, comme sur une île déserte, au mitan de la vie... Je l'aurais écoutée pendant des heures.



À la fin, elle m'a regardée dans les yeux... « Je vais te dire un secret... Derrière chaque épreuve se cache un trésor »...



- Vous êtes certaine? Je devrais l'écrire pour m'en souvenir toujours...



- T'as pas besoin de l'écrire, tu vas voir que tu vas t'en souvenir!



Sur cette conclusion toute en sourires et en points de suspension, d'autres dames sont arrivées et m'ont saluée, dont Madame M et Madame P, qui me disaient que Belle-Maman achevait son café et qu'elle arriverait sous peu. Elles regardaient Madame B avec un certain mépris et leurs grands airs de compassion pour moi, en supposant que j'étais obligée de faire la conversation avec Madame B pour tuer le temps. D'ailleurs, j'ai souvent entendu des remarques très désobligeantes à son endroit, des choses injustes venant de personnes aigries, frustrées, tristes ou jalouses. Parce que Madame B ne fait vraiment pas l'unanimité, ça, c'est indéniable, c'est un fait établi à la résidence. Elle est tellement brillante et sensible qu'elle s'en rend compte. Elle me fait des clins d'oeil dans ce temps-là... Et moi, je l'adore!



Dernièrement, à la suite de beaucoup d'implication de ma part au chevet de Belle-Maman, j'ai eu beau croiser et côtoyer souvent les gens qui habitent dans cette résidence « de type évolutive »... J'ai compris ce qu'on reprochait à Madame B plus que tout : elle est rayonnante, lumineuse, créative, enjouée, bonne jusqu'au fond de l'âme, profonde, généreuse, artiste et poète de la Vie. Madame B n'est pas inscrite dans un processus de mort, elle est... VIVANTE!



mercredi 21 mars 2012

La couleur du matin





Photos 1, 2 et 3 : Vers 7 h 15 ce matin, en pyjama sur le patio d'en haut, j'avais même pas froid, pieds nus, à fixer sur pellicule (façon de parler, j'ai tout de même un appareil numérique!...) ce lever de soleil flamboyant qui nous semble toujours aussi époustouflant et plein de promesse. Et pourtant, ça fait plus de 20 ans qu'on voit le soleil se lever là en prenant notre café matinal...



La couleur du matin



Tellement de sujets se bousculent dans mon cerveau bouillonnant sous mes cheveux jaunes en bataille, à l'heure fugitive où je commence ma journée, avant que les médias de ma région et les nationaux publient leurs petits boniments ou officialisent en bulletins de nouvelles ce que je dois entendre et lire, canaliser, traiter, synthétiser et remâcher dans un angle bien précis, que j'ai fini par développer une méthode qui ressemble au crescendo de mes photos pour arriver à me faire une tête et réfléchir de manière globale à cette société dans laquelle j'évolue... ou je régresse, c'est selon.



Je commence par regarder la scène de très près, en zoomant au maximum sur ce qui m'apparaît comme étant l'essentiel. Puis, je prends un léger recul, histoire d'apprécier la couleur du temps et me rendre compte du contexte. Enfin, je regarde la paysage dans son ensemble et j'essaie de me détacher de ce que j'ai pu voir avant. Un recul parfois nécessaire pour éviter que l'arbre ne me cache la forêt.



Ça, c'est quand je travaille!



Mais dans ma vie personnelle, il règne un fouillis indescriptible dans mes réflexions. Parfois, je peux focusser tellement sur une partie d'entrevue ou une phrase dite au hasard d'une discussion.



Je parle rarement de politique ici (veuillez garder cet endroit propre) mais à l'analyse sommaire du budget Bachand d'hier, la phrase qui continue à marteler douloureusement dans ma tête ce matin est celle-ci : « Le gouvernement mise tout sur le Plan Nord ». Ça me met tout à l'envers, ça m'insécurise. Pourtant, vous savez comme la richesse de la nordicité de notre pays me tient à coeur? J'ai vu défiler des images pendant que les experts récitaient leur cassette, des images pas rassurantes du tout en ce qui me concerne.



L'autre jour, à la messe du dimanche soir télévisée, l'émission Tout le monde en parle, la ministre Marguerite Blais, responsable de la condition des Aînés, vantait les nouvelles structures mises en place par son gouvernement pour soutenir les proches aidants. Elle semble avoir compris qu'en s'occupant des aînés, il fallait automatiquement y associer les proches aidants. L'un ne va pas sans l'autre. J'aurais aimé lui poser une question : « Quand on se pète les bretelles en santé publique que l'espérance de vie augmente sans cesse pour atteindre des nouveaux sommets qu'on n'a jamais connus, doit-on vraiment se réjouir? »



Je lui lève mon chapeau, à la ministre Marguerite Blais, j'aurais aimé la voir dans un autre parti mais disons que je ne lui en tiens pas rigueur. La nouvelle structure annnoncée et qui sera mise en place par son Ministère, les Carrefours des proches aidants, en aidera sûrement plusieurs d'entre eux à ne pas sombrer eux-mêmes dans l'épuisement et ils pourront continuer d'oeuvrer de tout leur coeur auprès de ces personnes. Il y au moins reconnaissance de leur apport dans notre société et je veux saluer ça.



Elle a dit une petite phrase dans son entrevue, une petite phrase de rien du tout sur laquelle elle a glissé sans insister, une petite phrase qu'on a probablement oublié de couper au montage, une petite phrase qui aurait pu faire filer du monde tout croche, une sorte d'appel à tous à peine chuchoté, comme si elle marchait sur des oeufs, comme si elle risquait le tout pour le tout : « Allez-y dans les CHSLD, dans les résidences, allez voir vos aînés, ils sont la richesse de notre société, ils ont tant à nous partager ».




Ça ne lui coûtait rien de dire ça, et on sentait que ça venait de son coeur. Oui oui, ça se peut qu'elle en ait tellement vu au cours de sa tournée du Québec, en consultation avec tous les ministères et organismes qui travaillent avec les personnes âgées, qu'elle ait un message plus humain que politique à nous transmettre. J'aurais voulu qu'elle puisse convaincre, qu'on insiste plus sur son message, qu'on le décortique et qu'on le comprenne, qu'on le mette en pratique surtout.



Je me dis depuis ce temps-là que tout ne peut pas se régler en politique ni avec des nouvelles mesures administratives, des lois, des programmes où l'on injecte des sommes, récurrentes ou pas, alors qu'il faudrait encore bien davantage sensibiliser la population, les amener à se responsabiliser face à ce qui touche leur vie au quotidien, leurs proches, leur présent, leur avenir.



J'aurais voulu vous parler de Madame B, une femme âgée d'à peu près 85 ans, une dame extraordinaire que je croise souvent à la résidence où habite ma belle-maman. Au fil du temps, il y a comme une histoire d'amitié discrète qui s'est tissée entre Madame B et moi. Chaque fois que je la croise, elle réussit à me toucher, à m'atteindre, à me donner quelque chose de très précieux. Madame B tape sur les nerfs du monde là-bas. Je le vois très bien. Elle aussi, je crois. Savez-vous pourquoi? J'ai ma petite idée là-dessus, je crois qu'il faudra que je vous parle d'elle prochainement.




mardi 13 mars 2012

Je suis snob!


Photo : Samedi dernier, pas très loin de notre camp en forêt. Avec Crocodile Dundee, on a marché jusqu'à temps qu'on trouve l'endroit idéal pour y construire un petit quelque chose avec les matériaux qu'il va récupérer lors de son prochain contrat. Il voulait une photo de l'emplacement précis, ce qui va lui permettre de construire à l'avance les panneaux qu'il n'aura plus qu'à transporter par sections et assembler sur place. Quand j'ai vu cette photo de moi là-bas, avec mes lunettes de soleil, pas trop de sourire, pas d'expression, je me suis trouvée un petit air snob. Ça m'a rappelé quelque chose qui me chicote depuis longtemps. Saviez-vous que...



Je suis snob!



J'aurais dû oublier ça mais je sais pas pourquoi, ça me revient de temps en temps comme un « flash back » de mauvaise dope, un rêve récurrent dérangeant auquel je cherche une signification ou une explication. J'aimerais beaucoup exorciser ça. Écrire est thérapeutique dit-on...



J'ai une très très très grande famille, tant du côté de mon père que de ma mère. Mes cousins et cousines se comptent par centaines. Chez mon oncle F et ma tante T, ils devaient bien être une douzaine autour de la table et ils avaient tout un esprit de famille et de solidarité. C'était tellement animé dans cette maison-là. J'aimais beaucoup y aller quand j'étais petite. Ils voulaient toujours me garder à coucher avec eux autres, tout le monde couchait en haut, les filles dans une chambre, les gars dans l'autre, on passait des soirées à rire, jusqu'à temps que ma tante T nous menace en claquant du talon sur la première, la deuxième, la troisième marche : « Vous autres, faites-moi pas monter! ».



Puis on a grandi, on s'est perdus de vue, la vie a suivi son cours. Je les revoyais de temps en temps, ces cousins et cousines, dans nos grands rassemblements, aux 4 ou 5 ans à peu près. J'étais tout le temps dans le comité d'organisation de ces fêtes familiales et je me retrouvais souvent à faire de l'animation auprès des enfants, c'était devenu quasiment ma spécialité.



Un jour, l'une des filles de cette famille a acheté la maison à côté de chez nous. J'étais contente. Elle aussi. On allait se revoir plus souvent, on était devenues voisines!



Elle aimait bien faire la fête, ma cousine voisine. Une fille « de party » comme on dit. Un soir qu'elle avait célébré pas mal, je vous cacherai pas que j'avais hâte qu'elle traverse chez elle pour la nuit, mais étant pas mal éméchée, elle n'avait plus beaucoup conscience du temps qui passe ni vraiment plus A-U-C-U-N-E espèce d'inhibition.



C'est alors que, la bouche molle, elle me déclare : « En tout cas, je vais leur dire, moi, à mes soeurs que c'est pas vrai pantoute que t'es snob, après qu'on te connaît, t'es la fille la plus fine du monde, moi en tout cas, depuis que t'es ma voisine, je te trouve pas snob pantoute pantoute ».



J'avais été étonnée : « Moi, snob? »



Et elle m'avait bien bien bien confirmé que oui, j'étais snob, quand on me connaissait pas trop.



Je lui avais demandé de m'expliquer ce qu'elle entendait par... « snob ». C'était pas clair, sa définition, à peu près comme son élocution de fin de soirée, mais en tout cas, m'avait-elle assurée, ça faisait l'unanimité dans sa famille, on m'avait étiquettée de même. J'étais snob!



Ce soir-là, je m'étais pas défendue. En fait, c'était pas le moment et j'aurais pas su comment. J'avais juste hâte qu'elle rentre chez elle. On n'en a plus jamais reparlé. J'avais pas le goût. Elle non plus, probablement. Nous sommes restées voisines deux ans. Après, ils ont déménagé. J'ai pas eu de peine.



Mais depuis ce temps, chaque fois que je rencontre l'une ou l'autre des cousines de cette famille-là, je me sens toute croche. Comme gênée. Comme gauche. Comme froide. Comme distante. Comme... snob!



C'est niaiseux, hein?

samedi 3 mars 2012

Le 3 fait le mois





Photos 1, 2 et 3 : C'était ce matin, pendant qu'on déjeunait, j'ai même pas bougé de ma chaise, j'ai juste zoomé... Il y a des samedis matin comme ça, rares et d'autant plus précieux, où l'on a juste le goût de vivre le moment présent et d'étirer le café en agréable compagnie. Les bruants des neiges affamés et gourmands nous ont donné tout un spectacle.



Le 3 fait le mois



Il a fait une belle petite tempête de neige en Abitibi cette nuit et ça se poursuit tout doucement. Crocodile Dundee me demandait justement ce matin si on était le 3 aujourd'hui. J'ai dit oui... jusqu'à minuit! Il a décrété solennellement que si « le 3 fait le mois » on n'avait pas fini de pelleter au mois de mars! Mais moi, j'avais toujours entendu dire que « si le mois de mars commence en lion, il va finir en mouton ». De là, on a relevé les tempêtes de mars qu'on connaissait, « la tempête des corneilles », « la tempête des poteaux » mais d'un autre côté, on a connu de si belles journées de mars ensoleillées, à flâner à la cabane à pêche avec des amis, pique-niquer dehors avec nos lunettes de soleil, les manteaux dézippés, les mitaines dans les poches...



Le mois de mars est l'un des plus beaux de l'année pour ceux qui aiment l'hiver. Et j'en suis. Tout est recouvert de blanc, comme protégé par cette ouate qui donne de la gueule aux paysages, qui s'agrippe aux branches dénudées des feuillus et met de la dentelle aux conifères.



Les bruants des neiges agissent comme les êtres humains, c'est ce qu'on convenait, Crocodile Dundee et moi, en les regardant se bousculer autour de la cabane pour s'approprier de quoi survivre et manger. C'est pas toujours les plus costauds qui mènent le bal. Il y en a des petits nerveux et agressifs qui les intimident ou les repoussent pour garder le contrôle sur la richesse. D'autres encore n'approchent même pas la cabane jamais jamais, ils se contentent des graines tombées par terre. Ils sont nés pour un petit pain, ceux-là. Ils n'ont pas l'air malheureux pourtant.



On en a vu certains qui avaient l'air de se méfier de cette nourriture toute offerte, de la bouffe facile, ils préféraient encore picosser ce qu'ils trouvaient dans les bouleaux autour, des « naturels », des « vous m'aurez pas, vous autres, je vais me débrouiller comme d'habitude ».



Crocodile Dundee se reconnaissait dans ceux-là, qui aiment mieux manger du baloney deboutttttte que du steak à genou... On s'est mis à parler de notre travail, le sien et le mien, des choix qu'on avait faits, lui et moi, tout au long de notre vie, en ayant toujours mis au centre de nos décisions la liberté, l'indépendance d'esprit, la qualité de vie. On récolte ce qu'on a semé finalement : Pas une cenne, pas de fond de pension mais... la liberté, l'indépendance d'esprit et la qualité de vie! Parce qu'on commence à avoir du bagage pas mal...



Y a des samedis matin comme ça que le café est donc bon, en compagnie des p'tits zoizeaux, pendant une tempête de neige... S'il est vrai que le 3 fait le mois, on va vivre un beau mois de mars!


lundi 27 février 2012

Journée de tournage







Photo 1 : Si les journées de tournage commencent tôt, c'est qu'on passe énormément de temps au CCM!



Photo 2 : Mes « collègues » pour cette journée-là, on nous appelle « les femmes Moose ». Nous voici presque toutes prêtes à partir du CCM pour aller au lieu de tournage de nos scènes individuelles et collectives.


Photo 3 : La cantinière du plateau avait eu de l'aide pour le souper, à la fin de cette journée de tournage. Voici une grosse partie de l'équipe « cast and crew » de Chasse au Godard d'Abbittibbi, jour 6.



Journée de tournage



Pour en savoir plus sur ce long métrage actuellement en tournage dans notre région, « Chasse au Godard d'Abbittibbi », du réalisateur Éric Morin, je vous suggère de lire cet article :



http://www.amecq.ca/arts_et_culture/2012/2/3/tournage_du_1er_long_metrage_d_eric_morin_malgre_le_frette_il_y_a_godard/

Vendredi dernier, j'étais attendue, comme beaucoup d'autres femmes, pour un petit rôle à jouer dans cette production, une participation bien humble en ce qui me concerne mais qui allait me permettre de vivre une expérience formidable de cinéma, de faire des rencontres passionnantes, de partager des moments intenses et de jouer à l'actrice improvisatrice en étant le plus authentique, intègre et sincère possible. Je n'allais pas passer à côté de cette chance.



Il s'agit d'un film d'époque : 1968. Jean-Luc Godard était venu dans notre région. Ça, c'est la vérité. Le réalisateur et scénariste Éric Morin s'est servi de ce fait historique comme point de départ.



Déjà, au début de la semaine, l'assistante à la production m'avait demandé de lui envoyer par courriel quelques photos récentes de moi, à la demande de l'équipe dédiée du CCM (Costumes/Coiffure/Maquillage) qui s'inquiétait de ma coupe de cheveux, très 2012, du genre qu'on ne voyait jamais jamais à l'époque. Ah oui? Ah bon! On m'avait pris rendez-vous avec Kim le jeudi après-midi... Je n'ai pas voulu faire ma diva, j'ai accepté de bonne grâce de faire couper mes cheveux pour qu'ils conviennent à la coiffure qu'on voulait me faire le lendemain, version d'époque.



Vendredi matin, à l'aube, je déjeunais avec Crocodile Dundee. Je n'avais pas le droit de me coiffer ni de me maquiller pour arriver là-bas toute neutre et qu'on puisse me transformer. Il m'a suggéré de prendre des photos de ma transformation, il voulait voir ça absolument, sa blonde en 1968! Sur le bord de la porte, avec sa boîte à lunch, on s'est souhaité bonne journée et j'ai voulu le prévenir que même si je prenais des photos, il ne fallait pas qu'il s'attende à rien, on n'allait pas faire de moi une belle madame, j'allais être « laitte » et ça me faisait rien pantoute, j'allais m'amuser. Ce à quoi il a répondu quelque chose comme « y ont beau être des professionnels, y réussiront pas à te rendre laitte». J'ai trouvé ça gentil de sa part... ;o)



Vendredi matin, nous arrivions toutes l'une après l'autre au CCM, à 15 minutes d'intervalle, on m'avait convoquée dans les toutes premières, à la même heure qu'Émilienne. Notre complicité a été instantanée. On se demandait tout au long de la journée comment il se faisait qu'on ne s'était pas connues avant, tellement on avait d'atomes crochus, de plaisir à être ensemble et d'idéaux communs.



Quand je lui ai ouvert la porte, à notre arrivée, nous étions chargées comme des mulets toutes les deux, on a fait des farces avec ça, je l'ai trouvée tellement belle, Émilienne, on a déposé nos choses où l'on nous a indiqué et on nous a séparées tout de suite pour nous prendre en charge et s'occuper de nous, d'abord nous affubler d'un costume 1968 (robe, chaussures, châle, bijoux, foulard, bas culotte... beurk... des bas culottes!...) ensuite, coiffure, pas une seconde à perdre, Kim savait depuis la veille où elle s'en allait avec ma tête et Maïna au maquillage avait le mandat de compléter l'ensemble, avec ses deux tables pleines de fards, mascara, vernis à ongles, rouges à lèvres, fonds de teint, en tout cas, le comptoir de cosmétiques des grandes surfaces arrive au 2e rang à côté du plan de travail de Maïna, chef maquilleuse sur ce plateau.



Je me suis vue dans le miroir. Un choc. J'ai beau ne pas avoir d'ego... Heille, j'aurais fait dur, moi, en 1968!!! Quand j'ai vu arriver Émilienne, transformée elle aussi... Je l'ai trouvée toujours belle pourtant, mais d'une manière différente qu'à notre arrivée. Sont venues à tour de rôle toutes ces femmes et quelques autres, certaines que je connaissais déjà, avec lesquelles ce furent des retrouvailles enjouées et chaleureuses, d'autres que j'apprenais à connaître en me demandant comment il se faisait qu'on s'était si souvent croisées dans nos vies professionnelles, nos implications sociales et culturelles, mais qu'on se rencontrait pour la première fois... Depuis je me demande qui a bien pu orchestrer tout ça. Il y a eu une synergie incroyable entre nous toutes.



Vers l'heure du dîner, on partait en groupe du CCM pour aller au lieu de tournage. Mais nous restions à l'écart des autres tant que notre scène n'était pas tournée. L'une après l'autre, on jouait nos scènes individuelles. Enfin, pas si individuelles que ça, parce que chacune de nous donnait une « entrevue » filmée et répondait aux questions de Marie, le rôle principal joué par la belle Sophie Desmarais, une comédienne de talent qui s'est illustrée ces dernières années dans plusieurs productions cinématographiques et télévisuelles.



Nous autres, on n'avait pas de rôle écrit. On avait les consignes d'Éric mais on n'avait pas le droit au scénario, on ne savait rien des questions qu'elle allait poser pour que justement on puisse répondre ce qui allait émerger, sans être appris par coeur, ce qui venait de notre « fond », comme femme, comme citoyenne, comme dans un vox pop... mais en 1968. Il y a une partie de cinéma vérité dans ce long métrage, c'est voulu, c'est ce qu'il faut comprendre. Après notre scène individuelle jouée, nous avions le droit d'assister aux scènes des copines, les autres femmes Moose. En fin d'après-midi, retouches coiffure et maquillage pendant le changement de décor, avant de jouer les scènes collectives, et nous étions devenues au cours de la journée les femmes membres d'une même association ou regroupement d'aide, les seuls groupes de femmes de l'époque, on a suivi les consignes du réalisateur et j'ignore encore ce qu'ils vont garder et ce qu'ils vont couper au montage. Le réalisateur sait exactement où il va. C'est beau de le voir travailler. Je lui fais entièrement confiance!



D'ailleurs, puisqu'on parle de confiance, ça faisait rire les copines, à chaque fois qu'on me demandait la permission de retoucher mon costume, mes cheveux, mon maquillage, moi je répondais « je suis une motte de plasticine entre vos mains expertes! » et je prenais plaisir, comme toutes les autres, à discuter de comment on avait vécu cette année-là, quel âge on avait, où l'on vivait, ce que faisaient nos parents, nos grands-parents, nos enseignantes, les femmes de ce temps, quelle avait été l'évolution de la société et des femmes depuis ce temps, le contexte historique et social de l'Abitibi au temps où l'on ouvrait des villages au lieu d'en fermer, etc.



Au cours de la journée, entre les scènes ou dans les pauses, on a vécu des choses à la fois drôles, touchantes et intenses. Parmi ces femmes que j'aime et que je voyais débarquer au CCM à 15 minutes d'intervalle, il y a eu des retrouvailles avec Rachel, comédienne et metteure en scène, enracinée dans notre région pour le meilleur et pour le pire, une collègue que j'admirais quand nous étions voisines de bureau, deux profs d'université que j'ai tant aimées, dont l'une qui m'enseignait la psychologie et pédagogie de la créativité, qui m'a forcée à me dépasser dans la vie et dans mes projets de jeune femme, et tellement d'autres de ces femmes qui se sont battues pour qu'on ait des chances égales, qui sont des pionnières dans leur domaine, dans une région comme la nôtre.



La photo 3, c'est un autre beau moment. Notre journée de tournage terminée, toute l'équipe avait rendez-vous pour souper, après avoir passé par le CCM, où l'on a pris trois photos de chacune de nous, l'une de la tête au pied pour le costume, l'une de face montrant le haut du corps pour la coiffure, et la dernière, de très près et sous un éclairage puissant, pour le maquillage. Ça c'est pour être raccord la prochaine fois. Après, on pouvait enlever chaque pièce de vêtement et chaque accessoire, entreposé et bien identifié à notre nom, au CCM. Donc à partir de ce moment-là, exit les bas culottes couleur chair, les ti souliers de memére, les robes en fortrel et les boucles d'oreilles à clip, là on voulait les oublier, on retrouvait nos habillements de 2012! Méchant coup de jeune au souper!!! On se trouvait donc cutes!



En fin de semaine, j'ai eu un coup de fil de Joëlle, l'assistante à la production. On voulait savoir si le jeudi 15 mars me convenait parce que, imaginez-vous que je pourrai vivre une autre journée de tournage, d'autres scènes sont encore à tourner ou à retoucher. De là toute l'importance d'être raccord la prochaine fois. C'est tu parce qu'on a été pourries ou bien qu'on a été trop bonnes? Moi, je veux même pas le savoir, j'ai dit oui de manière très enthousiaste avant qu'ils changent d'idée. Je me débrouillerai bien pour être là, « comme une motte de plasticine entre leurs mains expertes » et vivre ça avec les femmes Moose auxquelles je me suis attachée... et j'ai senti que c'était réciproque.