
Photo 1 : Comme tous les petits enfants d'aujourd'hui, Félixe n'est pas étrangère aux technologies et à la multitude des réseaux de communication qui font partie de notre quotidien.
Photo 2 : Pour elle comme pour ceux de son âge, un ordinateur, un clavier, une souris, un téléphone cellulaire, une télécommande, ce sera quelque chose qu'elle maîtrisera sans effort et très rapidement. Je ne pouvais tout de même pas illustrer ce billet avec des photos de huards ou des couchers de soleil sur un lac calme, n'est-ce pas? Et puis, autant l'avouer, je me fais plaisir en partageant ces photos de la charmante Félixou, puisque ça ne dérange pas le moins du monde la reine des p'tits minous qui aura bientôt 20 mois!
Depuis qu'elle est au monde, j'ai souvent la manie de réfléchir à la façon dont notre société évolue, en partant de moi qui ai 53 ans, de ma fille qui en a 24 et de Félixe, mon nouveau repère, qui du haut de son année et demi, me demande « Mamie... les huards » quand elle passe devant mon ordinateur, parce qu'elle sait très bien que s'y trouvent les photos que je prends et qui s'y accumulent.
Est-il bien nécessaire de vous le rappeler, quand j'avais son âge, ma mère a pris quelques rares photos de moi... en noir et blanc!
À mon époque, la télé était aussi en noir et blanc mais on avait de la chance, on avait au moins une télé. J'ai beaucoup aimé Bobino et la Boîte à surprise, animée par Pierre Thériault, je me souviens particulièrement des séries qui ont marqué mon enfance, Sol et Bim, Sol et Bouton, Sol et Biscuit, Sol et Gobelet (je me fichais du partenaire, c'est Sol que j'aimais!...) Le pirate Maboule, Picolo, Fanfreluche, Marie Quatre-Poches, La Ribouldingue et bien d'autres. Je n'aurais pas manqué non plus Les enquêtes Jobidon, CFRCK, Les cadets de la forêt et vous pourrez compléter ma liste si vous voulez, je vous y invite à bras ouverts...
Même adulte, plusieurs téléromans et téléséries m'ont captivée : Rue des Pignons, Terre Humaine, Le temps d'une paix, Les filles de Caleb, Omerta, Au nom du Père et du fils, Scoop, les premières années de Lance et compte, des séries « historiques » telles que Duplessis, René Lévesque, Chartrand et Simonne, et j'en passe et des meilleures.
Je réalise que je n'ai plus et ce, depuis plusieurs années, ces rendez-vous hebdomadaires avec une émission qui me captive et que j'aime suivre. J'ai même fait débrancher le câble depuis au moins 5 ou 6 ans, c'était du gaspillage dans notre cas. Qu'est-ce qui a tant changé?
La télé est beaucoup moins rassembleuse qu'elle l'a déjà été. Au lendemain d'une série populaire avec une grosse cote d'écoute, on discutait au travail de l'épisode de la veille, on pouvait même remarquer certains soirs une baisse de l'achalandage dans les magasins lorsqu'étaient diffusées des séries suivies par la plupart des gens, retenus captifs devant leur petit écran. Et puis, il y a eu multiplication des chaînes spécialisées, des émissions, des productions venues d'ailleurs et souvent mal traduites, mises en marché avec un marketing digne des multinationales et notre télé s'est mise à moins nous ressembler. En tout cas, pour ma part, je ne me reconnais plus dans aucun téléroman, même québécois, où les personnages ne vivent pas dans des environnements qui me sont familiers, ni des situations qui pourraient se rapprocher un tout petit peu de ce qui m'atteint, même de loin.
Au chapitre de l'information, c'est pareil. Les réseaux d'information continue fourmillent, ils se disputent la même nouvelle sensationnelle insignifiante, ne prennent pas le temps de fouiller ou d'analyser les faits, les causes, les conséquences, les enjeux, ils nous présentent ça en boucle, inlassablement, pré-digéré, pré-formaté, et ce qu'on nous livre en pâture 24 heures sur 24, c'est ce que j'appelle de la désinformation institutionnalisée. Ça ne me manque pas du tout de ne plus y avoir accès, j'en ai pour ma faim avec le téléjournal de 22 heures, c'est déjà en masse pour rester branchée sur le monde sans devenir trop cynique, même que des fois... c'est encore trop pour ma petite nature!
Revenons à la comparaison dont je parlais plus haut avec les générations qui suivent. Chez Isabelle et Dominic, il y a une télé mais elle sert bien souvent de moniteur pour regarder des films, des tonnes de films, dont ils sont très friands. Ils s'informent beaucoup tous les deux mais c'est par la radio ou par l'écrit qu'ils le font, la plupart du temps sur le web, ils sont bien de leur temps, avec chacun leur cellulaire. Parfois mais très rarement, Félixe leur tend la télécommande quand elle tombe dessus, en chantant la chanson de Diego, c'est son personnage favori dans l'émission de Dora l'exploratrice qu'elle doit trouver trop pédagogique, je suppose...
Que fait la petite quand il lui prend l'envie de danser sur La Bamba? Elle s'en va devant le portable de sa mère, se remue le popotin en chantant « Bala bala bala Bamba » et sa mère clique sur le bon fichier dans ses favoris, Ritchie Valens s'époumone au rythme de la guitare électrique et tout le monde danse devant le portable. Même son autre papi, Guy, a programmé La Bamba sur son Iphone pour être toujours prêt. Disons qu'elle n'est pas à la veille de connaître ça avec son papi Dundee! Bientôt, je le sens, Félixe va pouvoir tout faire sans aide parce que déjà, quand je reste trop longtemps sur la même photo de huard, elle tapote avec son index la souris de mon ordinateur et me dit : « Mamie... un autre »!
Elle me trouve sûrement trop comtemplative. C'est que je ne suis pas née à l'époque de Musique Plus, avec quatre images à la seconde, moi. Les mamies d'aujourd'hui n'ont plus de chignon ni de cheveux gris ni un tablier greffé à leur robe, elles ne tricotent pas et ne savent plus faire du sucre à la crème mais elles peuvent regarder très longtemps la même image, elles ont grandi dans le temps de Sol et Gobelet en noir et blanc, avec pour seul décor un lit, une grande armoire vide et une fenêtre qui ne donnait même pas dehors!
Chez nous en tout cas, plus ça va, moins on regarde cette boîte-là, j'ai l'impression qu'on doit être représentatif de la société dans laquelle on vit. Bientôt, on pourrait très bien vivre sans la télé.