Photo 1 : Samedi matin, au marché Jean-Talon, en compagnie de Sylvie, mon amie Voyageuse du monde (je lui ai demandé la permission avant d'écrire ça) qui connaît bien mes goûts et mes passions. Moi, les marchés publics, les couleurs, l'abondance de choses fraîches, les odeurs, la bonne humeur des producteurs, vous savez... Photo 2 : Dimanche à l'heure du souper, j'étais sur le point d'arriver chez nous, à destination, après ce petit voyage court mais intense, où j'ai roulé pas mal de kilomètres, pour l'amitié et le plaisir. Ce ciel étrange et serein, après l'orage violent qui m'avait obligée de m'arrêter en chemin, venait illustrer comme par magie ce plaisir que je ressens toujours à...
Voyager seule
Je partage beaucoup de choses avec Crocodile Dundee, dont ma vie, ce qui n'est pas rien! Il n'aime pas voyager, il a le droit si ça lui chante, il vit beaucoup d'aventures passionnantes ici, dans notre région, à notre camp de Rapide Deux où je l'accompagne souvent, ça le comble de bonheur et moi aussi. Un jour, j'ai compris que j'avais le droit de rêver aussi d'autre chose, de voyager malgré ses limites à lui, j'ai arrêté d'espérer vivre ça en sa compagnie, et qu'ainsi, on en aurait que plus de choses à se raconter et à partager puisque chacun de nous respectait l'espace de l'autre.
Depuis, je voyage souvent en solitaire. Et j'adore ça. En plus, j'aime conduire, même de longues distances. J'ai compris ça quand j'ai célébré mes 50 ans. Je suis allée toute seule séjourner dans cette auberge qui me fascinait depuis bon nombre d'années, une belle d'autrefois, avec ses jardins, ses vitraux, ses meubles antiques, ses dentelles, ses broderies, ses bibliothèques remplies de beaux livres. J'avais pour quelques jours tout le grenier à moi toute seule, à prix plus qu'abordable, avec des fenêtres qui donnaient sur la rivière Gatineau, un bureau de madame pour écrire, une salle de bain de princesse, un lit immense et douillet, des fauteuils, des canapés confortables, des oeuvres d'arts partout, la chaleur du bois, des lampes qui diffusaient des lumières douces et tamisées. Bref, le décor d'une petite fille rêveuse qui réalise toutes ses envies pendant qu'elle est en vie! Et j'ai bien fait, cette belle d'autrefois n'est plus une auberge mais une maison privée depuis l'année suivante. On aurait dit que je l'avais pressenti!
J'ai été souvent par la suite passer quelques jours « dans l'sud » du Québec, parfois par affaires, parfois pour le simple plaisir d'entretenir l'amitié. À l'été 2008, j'ai eu besoin de retourner aux Iles de la Madeleine, pays de mes parents, de mes grands-parents, de mes arrière... et j'ai vécu là des moments qui laissent encore des traces merveilleuses dans ma vie de tous les jours. Quand j'aurai assez vu le Québec, ce qui n'est pas près d'arriver, j'irai ailleurs dans le monde, j'ai des envies et des désirs pour au moins 100 ans d'avance.
Je constate souvent le malaise et l'incompréhension chez des personnes qui ne comprennent pas que je voyage seule et que j'adore ça, comme si je faisais pitié ou que mes zamours seraient un peu comme à la dérive. J'ai beau leur dire que tout baigne dans l'huile, je vois bien qu'on ne me croit pas, qu'on pense que je fabule un peu et finalement, j'en viens toujours à cette conclusion que j'aime mieux mourir incomprise que de passer ma vie à m'expliquer!
En roulant toute seule, je peux choisir ma vitesse de croisière, ma musique, mes silences et mes réflexions sans jamais consulter personne. Quelqu'un m'a déjà dit : « Toi, tant qu'il y aura le moindre petit minou alentour, tu ne t'occuperas jamais de toi-même, tu t'étourdis à répondre aux besoins des autres ». Ça m'avait ébranlée. Je ne valorise pas du tout ce comportement-là mais je sais que j'y adhère sans m'en rendre compte. En voyageant seule, j'ai découvert une liberté qui m'est devenue précieuse et même essentielle.
Si vous saviez tout ce que je règle dans ma vie lorsque je roule entre 100 et 115 km/h, entourée de paysages qui m'enveloppent dans un cocon sécurisant. Je ne suis jamais aussi stable et enracinée que lorsque je suis en mouvance. Quel paradoxe! Et ce n'est pas le seul dans ma vie, je vous en passe un papier, c'est pourquoi j'ai besoin de réfléchir librement de temps en temps, de me répondre à moi-même à mes nombreuses questions, qui vont de très légères à existentielles.
Je ris de moi-même beaucoup, de mes travers surtout, j'en tire des conclusions plus ou moins songées, je cherche pourquoi j'ai toujours tant besoin d'écrire, ici et ailleurs, pourquoi des enjeux sociaux et politiques prennent tant de place dans ma vie, pourquoi je les vis avec tellement d'intensité et de passion, pourquoi je veux les partager avec le monde, alors qu'il serait si simple de regarder ça de loin, de me forger ma propre opinion, faire un petit geste de bonne volonté et c'est tout.
Parfois, je ris, oui, mais parfois je pleure, enfin presque, j'ai les yeux pleins d'eau plutôt. L'endroit au monde où ça m'arrive le plus souvent, c'est dans mon char. Mais comme ce n'est pas prudent d'avoir les yeux mouillés qui déforment ma vision quand je roule à cette vitesse-là, je mets un CD à tue-tête et je chante avec le band, j'enterre même l'artiste sans aucune gêne. Ou bien je m'arrête dans une halte routière, idéalement sur le bord d'un lac ou d'une rivière, et j'en grille une p'tite vite en faisant quelques pas.
Ce plaisir de la liberté, j'ai l'intention de le cultiver encore plus dans l'avenir. Bien sûr, je ferai d'autres sortes voyages quand l'occasion se présentera mais je ne me priverai plus jamais de ce bonheur récemment découvert de voyager seule. Surtout, ne me plaignez pas, j'ai la chance d'être très bien entourée dans le reste de ma vie!
Et puis, je ne suis pas si seule que ça sur la route, mon amie Sylvie dit toujours que je connais tout le monde, elle a bien raison au fond, on s'adresse à moi facilement, qu'on me connaisse ou non, j'ai un visage familier ça a tout l'air. Je pensais à Sylvie en rigolant quand j'ai fait quelques arrêts aux endroits habituels que connaissent bien les gens de l'Abitibi : Le Domaine pour une petite soupe de cafétéria, le McDo de Mont-Laurier pour un café à emporter, la Porte du Nord à St-Jérôme pour l'essence, et sur le chemin du retour, le kiosque sur le bord de la route à La Conception, le Shell chalet suisse à Grand-Remous pour le menu du jour et le journal, l'entrée nord du parc La Vérendrye pour la salle de bain ultra propre payée à même nos taxes (la SEPAQ) et à chaque endroit, je connaissais tout le temps quelqu'un qui venait me parler!