dimanche 8 novembre 2009

En vrac, en noir et blanc


Photo : Je l'ai prise cette semaine, un avant-midi, en direct de mon balcon, juste avant de courir rejoindre mes amis au Festival du cinéma. La lumière me semblait trop belle, aveuglante et douce à la fois, un peu étrange quand même dans ce ciel de grisaille du début novembre. En voyant ma photo sur mon ordinateur tout à l'heure, je me faisais la remarque qu'elle avait l'air d'être en noir et blanc mais non, je vous assure, il s'agit bel et bien d'une photo couleur que je n'ai pas retouchée!

En vrac, en noir et blanc

La semaine est passée si vite, encore plus que d'habitude, à cause du Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue, où j'ai passé tous mes après-midis. Je vous parlais la semaine dernière de La Donation, le dernier film de Bernard Émond, qui vient d'ajouter une autre reconnaissance à sa fiche déjà bien pourvue, en remportant le Prix Communications et société. Le grand prix du public est allé au long métrage Meisjes - The Over the hill band, du réalisateur Geoffrey Enthoven, une production de la Belgique. J'ai adoré ce film, j'étais donc parfaitement d'accord avec le choix du public. Le film sera présenté en salle au Québec au printemps 2010. Le Prix Télébec, pour les courts et moyens métrages, a été attribué à Léger problème, du Canada, une réalisation Hélène Florent. Je ne l'ai pas vu, celui-là, il était présenté en soirée.

Coup de coeur, 28e édition

Mon coup de coeur de cette année n'a pas reçu de prix mais j'aimerais vous en parler pour compenser un peu. Une production France/Belgique du réalisateur Stijn Coninx, Soeur Sourire. Ça se passe à Bruxelles, fin des années 1950. Jeannine Deckers rêve de devenir missionnaire en Afrique et elle entre chez les Dominicaines. Une religieuse rebelle, farouche, qui sera connue sous le nom de Soeur Sourire, à cause de son célèbre tube qui a fait le tour du monde, Dominique. Vous souvenez-vous de cette chanson? « Dominique nique nique s'en allait tout simplement... ». Saviez-vous qu'elle était venue chanter à Montréal, en 1967? Je l'ai appris dans le film. Et même si l'histoire se passe dans une communauté religieuse en grande partie, il y est très peu question de religion, sauf pour nous mettre dans le contexte. La réalisation se permet le flou un peu poétique et une certaine liberté seulement à la fin parce que pour le reste, le film demeure très fidèle à la réalité. Un destin fascinant.

Dans les coulisses

Je vous amène donc dans les coulisses du Festival pour ce film-là... Difficile pour moi de ne pas embarquer dès la première seconde où Soeur Sourire envahit le grand écran. Pourquoi? Parce que mon ami Jean, assis à ma droite comme toujours, passionné de cinéma, musicien de big band, avec sa voix unique et merveilleuse, qui connaît toutes les chansons de la terre, oublie si tant tellement totalement qu'il est dans une salle bondée de 750 places. Sur l'écran, on voit de dos une jeune fille assise sur son lit avec sa guitare et dès qu'il reconnaît les premiers accords, il entonne avec elle à tue-tête... « One night... with you... ». Et chaque fois qu'il y aura de la musique dans ce film, et il y en a beaucoup, Jean s'exclame avec enthousiasme au sujet des arrangements, des musiciens, il chante avec les choristes, avec Soeur Sourire, et moi, juste à être assise à ses côtés, c'était bien assez pour que j'aime le film!

L'après cinéma au bistrot

La fin du film nous a laissés avec plein de questions et d'hypothèses. Je ne vous en dis pas plus, le film sera projeté ailleurs au Québec très bientôt. Dans ce temps-là, on va prendre un verre de rouge ou une bière à l'Abstracto, notre bistrot préféré. Nenon nenon, ce n'est ni un caprice ni une fantaisie, il y a des films qui appellent ce genre de réunions informelles de toute urgence et Soeur Sourire en est un! On avait beau se questionner et en jaser pour démêler tout ça, Fernand et Suzanne avaient pourtant connu l'époque de Soeur Sourire, Diane, Nicole, Carmen, les jumelles S. et tout le hall d'entrée du Théâtre du Cuivre ainsi que le bistrot de la rue Perreault au grand complet, personne ne savait ce qu'avait été réellement le destin de Soeur Sourire après sa carrière dans la chanson. On l'a su juste le lendemain, au dîner, ma gang de festivaliers n'avait pu résister à faire la recherche. Il y a des fois, comme ça, qu'on règle l'affaire seulement le lendemain! Ah oui, j'oubliais de vous dire que... « Dominique nique nique s'en allait tout simplement... » on l'a eue dans la tête pendant le reste de la semaine. Bien sûr, mon ami Jean a préféré l'arrangement big band avec grand orchestre. Moi, je l'aimais mieux avec Soeur Sourire, sa guitare et les trois choristes!

Déception personnelle

Oui, je l'aime, MON Festival, n'en doutez jamais. Mais je vais me permettre une critique sur la programmation de cette année... Je n'ai jamais vu autant de films qui traitent de la mort, de la maladie, des soins palliatifs, du suicide, de l'infanticide, du sang qui pisse de partout, de la mort complètement toute mourue, dans son absurdité, beurk, je n'en pouvais plus. J'étais parfois déprimée en sortant de là... Jean était tout le temps d'accord avec moi là-dessus, ça lui permettait de me dire que c'était encore un autre cas d'urgence pour aller prendre une p'tite frette. Non mais, sérieusement, comment font-ils, ces réalisateurs, pour passer un an de leur vie et parfois plus, à travailler sur un film qui glorifie la mort de même? Heureusement, ce n'est pas toujours comme ça mais cette année, fallait être solide!

Chez vous sont bien?

À part ça, vous autres? Êtes-vous écoeurés d'entendre parler de la grippe A (H1N1) et de la vaccination? Je ne vous en parlerai pas, promis, juré. Sauf pour vous raconter qu'elle était même présente au Festival, la maudite! Oui, je vous le jure. Il n'y a aucun endroit dans le monde où l'on peut y échapper totalement. Qu'il y ait un kiosque à l'entrée du Théâtre du Cuivre pour le lavage des mains, passe encore, il en va du respect de la clientèle, d'une mesure de prévention toute simple qu'on devra inclure dans nos façons de faire à partir de tout de suite et pour l'avenir. Mais il y a eu une chronique culturelle consacrée entièrement à ça pendant le Festival et ça, c'était de trop, à mon avis. Mais le pire du pire, le boutte du boutte du comble de l'impact de cette psychose collective et généralisée, c'est que pendant les six jours de l'événement, plus personne n'osait se faire des accolades, des bisous sur les joues et des poignées de mains. Heille, MON Festival, reconnu partout pour être un événement chaleureux, à l'accueil légendaire, par des passionnés de la vie, des rencontres et du cinéma, vous le croirez pas, mais MON Festival est devenu cette année aseptisé et tiède, à cause de la menace de la maudite grippe du code postal.

Mes photos couleur peuvent bien avoir l'air d'être en noir et blanc...

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Mise à jour, dimanche soir...

Vous ne devinerez jamais qui c'est qui vient de me téléphoner et qui veut me voir? Léo. Oui, oui, c'est ça. Léo de L'Épicerie Léo. Celui qui fabrique des moppes dans son arrière boutique. Le Léo du moyen métrage de Carol Courchesne dont je vous parlais la semaine dernière. Sur mon afficheur, c'était écrit Épicerie Léo, ça fait comme drôle quand on vient de voir le film. Il a demandé à me parler, avec mon vrai nom et tout. À cause de ce que j'avais écrit ici. C'est sa soeur de Trois-Rivières qui lui a envoyé un fax de mon billet où je parlais de lui et du film, elle a trouvé mon nom et mes coordonnées grâce à mon frère Jocelyn qui habite maintenant à Lévis, en tout cas, Léo ne savait pas trop comment sa soeur y était arrivée mais bref, elle l'a conduit jusqu'à moi. Il voulait surtout me dire qu'il était content, Léo. Il voulait aussi que j'aille le voir. Il ne sort presque jamais de son magasin, ouvert 7 jours sur 7 et 365 jours par année. Je lui ai dit que je le connaissais, moi, parce que je suis déjà allée à L'Épicerie Léo. Alors, on a convenu que j'irais faire un tour cette semaine pour lui dire bonjour!

Pour mettre encore plus de couleur dans mon noir et blanc, il ne manquerait plus que je reçoive un appel téléphonique de Soeur Sourire!!!

lundi 2 novembre 2009

La vie en cinémascope


Voici l'affiche de cette 28e édition du Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue, dont la soirée d'ouverture coïncidait avec l'Halloween, le 31 octobre. Cette véritable fête du cinéma se poursuit jusqu'au 5 novembre. Ne me cherchez pas ailleurs qu'au FCIAT cette semaine, c'est ma brosse annuelle de cinéma avec mes amis(es) brosseux(ses) habituels(les) et fidèles.

La vie en cinémascope

Je rêve du jour où je pourrai me libérer pour « faire » le Festival au complet, c'est-à-dire les blocs d'après-midi et ceux du soir. Chaque année, pendant toute la durée de l'événement, je me lève aux aurores pour faire toute ma journée en avant-midi, je cours rejoindre les amis pour casser la croûte à 11 h 30 et de là, on part tous ensemble pour assister aux projections au Théâtre du Cuivre, à Rouyn-Noranda. Un bloc au Festival, c'est en général 2 ou 3 films d'animation, 2 ou 3 courts métrages, un moyen métrage, l'entracte, et la pièce de résistance, le long métrage.

Le Festival, c'est un tour du monde cinématographique en 6 jours. Cette année encore, la programmation présente 150 films provenant de 25 pays, 24 longs métrages, 118 courts et moyens métrages, dont 49 animations. Parmi ces films, 26 ont déjà été primés ailleurs dans le monde et nous sommes honorés de 31 grandes premières, 15 mondiales, 13 nord-américaines et 7 québécoises. Le Festival, c'est surtout une fête, une ambiance à nulle autre pareille, un public chaleureux et passionné, trois piliers visionnaires qui y ont cru depuis le début, Jacques Matte, Guy Parent et Louis Dallaire, une armée de bénévoles qui prennent des vacances pour l'occasion, une équipe solide, un comité d'accueil qui a fait école dans plusieurs autres événements culturels d'ici, une façon de faire à l'image des gens de l'Abitibi, une relève avide de tout voir, des ateliers cinématographiques, les classes des maîtres, le cinécole, le ciné-muffin, le volet jeunesse au grand complet, les sorties nocturnes, les expositions et la tournée régionale.

Je ne pourrais jamais en dire assez du FCIAT. Je l'aime. Je le connais bien. J'y ai vécu depuis toujours des moments exaltants, j'y ai été même contractuelle aux communications, trois mois de travail acharné, palpitant, passionnant, où j'ai été en lien avec 265 médias, responsable de la salle de presse et de l'organisation de la tournée des médias nationaux où Jacques allait à toutes les émissions culturelles et d'actualités où l'on nous faisait une place. Je ne suis pas gênée de le dire, comme je le racontais à Louis la semaine dernière, « après un mandat comme ça, t'as plus peur de rien et si ça a été l'expérience de travail la plus enrichissante de toute ma carrière, je ne la referais pas! ».

La Donation

Le troisième film de la trilogie de Bernard Émond était projeté en soirée d'ouverture, après avoir été primé aux festivals de Locarno, Toronto et Pusan, en Corée du Sud. Ce film très attendu ici, une première québécoise, sortira en salle le 6 novembre prochain. Bernard Émond, on l'aime, et c'est réciproque. À tel point que c'est lors d'une de ses présences au Festival, il y a quelques années, qu'on l'a amené faire un tour en Abitibi-Ouest. À Normétal, il a eu un coup de coeur saisissant, c'est là qu'il voulait situer l'histoire qu'il nous raconte dans La Donation.

Cette petite ville minière de l'Abitibi-Ouest incarnait pour lui le décor qu'il voulait pour illustrer des valeurs qui lui sont chères, un peu oubliées, la résistance des gens, une Abitibi non pas idyllique mais sauvage, belle, austère, nostalgique, fabuleuse et méconnue, avec ses splendeurs et ses misères, sa nature indomptable, sa mine fermée depuis 1975, ses personnages plus grands que nature, pas maquillés du tout, authentiques, humains...

L'histoire, je ne vous la raconterai pas mais l'Abitibi-Ouest y tient un grand rôle, au point de devenir le personnage central. Une réalisation sobre de Bernard Émond qui laisse toute la place au jeu tout en retenue des talentueux Jacques Godin, Elise Guilbault, Angèle Coutu, Éric Hoziel et plusieurs autres, dont quelques comédiens vivant ici et des figurants que Soisig saura reconnaître, puisque Norméal, c'est sa petite ville chérie où elle connaît tout le monde. Normétal... L'anagramme de Montréal, mais c'est tout ce que ces villes ont en commun, des lettres mélangées!

Si on aime l'univers de Bernard Émond et son propos, on aimera La Donation. Voici ce qu'il en dit lui-même : « Il est selon moi essentiel de transmettre un héritage, de reconnaître notre dette envers nos prédécesseurs et notre devoir face à ceux qui nous suivent ». J'avais entendu quelques commentaires mitigés avant de voir ce film, entre autre que ça ne mettait pas en valeur du tout Normétal, l'Abitibi-Ouest et notre région dans son ensemble. Certains en étaient choqués. Pas moi. Ce film, que voulez-vous, c'est vraiment l'idée que les Québécois se font de notre région, c'est loin loin loin, c'est un peu la misère...

Mais c'est probablement la réalité aussi. Bien sûr, la lumière y est sombre, c'était le choix du réalisateur pour bien camper l'histoire pourtant très belle qu'il nous raconte. Mais on y voit aussi ce ciel plus haut qu'ailleurs dont je vous parle souvent et qui m'émeut toujours, chaque fois que je vais en Abitibi-Ouest. J'ai reconnu nos forêts à perte de vue, ces paysages à vous couper le souffle, ces cours d'eau majestueux vus d'avion, ces petits camps sur le bord d'une rivière où l'on peut s'isoler, ces braves gens qui dégagent une force tranquille, Normétal sous tous ses angles, les couloirs et les chambres du CSSS des Aurores-Boréales à Macamic, le légendaire dépanneur de Val-Paradis et tellement d'autres lieux que je verrai maintenant autrement.

Est-ce que j'ai aimé? Oui mais je ne suis pas une référence, j'aime tout. Crocodile Dundee a aimé aussi mais avec une réserve, je le cite : « Ça meurt ben trop, là-dedans, c'est trop sombre, il y a trop de misère, ça ne va pas arranger les préjugés que les gens ont par rapport à notre région » ce à quoi on pourrait répondre que Bernard Émond ne s'était pas donné le mandat de faire une pub pour l'Association touristique régionale...

BLOC 3

Hier, bloc 3, j'ai vu des petits chefs-d'oeuvre. « Post-it love », du Royaume-Uni, 3 minutes, sans dialogue. Puis un autre que je n'aurais pas manqué pour tout l'or du monde, « Léo » de Carol Courchesne, une première mondiale, « Made in Icitte », comme on dit, tourné à Rouyn-Noranda. Ce documentaire, un moyen métrage, présente Léo Boulet, 70 ans, propriétaire de Moppe Idéale enr., une fabrique située derrière L'Épicerie Léo, rue Pinder Ouest. Absolument suave... Léo, tout seul, sans femme, sans enfant, sans employé, tient son commerce ouvert 7 jours sur 7, 365 jours par année, depuis 27 ans. Quel attachant bonhomme! On y rencontre Léo dans toute sa vérité, son humour bon enfant, sa franchise, son honnêteté, sa candeur. Il a été victime de 8 hold ups, il nous parle de son refus des subventions pour sa manufacture de moppes, les meilleures au monde et il nous explique pourquoi. Une perle de grand petit film. Je tenais aussi à voir ce film parce qu'il y a deux personnes que j'aime infiniment au générique, le directeur photo et la script assistante!!! À la fin, Carol Courchesne et Léo Boulet ont été applaudis à tout rompre, une ovation debout et bruyante des 750 personnes au Théâtre du Cuivre hier après-midi. Un moment de folie collective, de fierté émue et contagieuse.

Le long métrage « Mesjes » ou « The over the hill band », un film hollandais, sera distribué au Québec et en français en mars 2010. Ne manquez pas ce film touchant et drôle.

J'étais assise hier en agréable compagnie pour voir tous ces films du bloc 3. Comme de raison, on ne dit jamais un seul mot pendant les projections. C'était encore plus important hier. Guy, Diane, Carmen et moi, nous étions là comme cinéphiles mais Dominic, lui, devait faire son travail de « M'sieur le juge » pour la semaine, un rôle qu'il prend très au sérieux, avec son fameux oeil de cinéaste et réalisateur. C'est un honneur qui lui échoit ainsi, à 27 ans, ça signifie qu'il a la reconnaissance de ses pairs dans le milieu du cinéma, lui qui est né et qui a grandi dans les coulisses du Ciné-muffin, du cinécole et du volet jeunesse du Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue. Je suis très fière de lui et pas seulement pour son talent dans son domaine, pour l'ensemble de ses réalisations personnelles également! Pour en savoir plus, il faut cliquer sur le site du FCIAT dont j'indique l'adresse ci-haut, dans la bande de gauche de la page d'accueil, cliquez sur « médias » et ensuite, sous 2009, allez à la ligne « Jury Télébec ». Vous verrez pourquoi Félixe est si jolie, enfin, je veux dire... euh... vous aurez la moitié de la réponse!

L'heure avance, il faut que j'aille rejoindre ma gang de fous pour casser la croûte, j'ai hâte de savoir ce qu'ils ont pensé de La Donation et des films d'hier! Le bloc 5 s'annonce pour être quelque chose. Je vais me saouler de cinéma encore aujourd'hui!!!

mercredi 28 octobre 2009

Si le ridicule tuait, je serais morte!

Photo : Elle n'est pas de moi, je l'aurais publiée avant aujourd'hui. Elle m'a été envoyée il y a deux ans par un biologiste de mes amis lors des événements dont j'ai déjà parlé ici. J'avais pris une photo d'un nounours grimpé dans les bouleaux près du garage et c'est celle-là qui avait illustré le billet où je racontais l'invasion de nounours qu'il y avait dans les villes de Rouyn-Noranda et de La Sarre, de même que dans les villages environnants, à cause de la pénurie de petits fruits de cette fin d'été. Résultat, la chicane a pogné dans mon blogue à cause d'un « épeuré » qui semblait souffrir d'insécurité profonde. Ça fait que... je vous serais reconnaissante de ne pas glisser sur ce terrain-là. La peur vient souvent de l'ignorance et notre vie n'est pas en danger. Une chance, parce que...

Si le ridicule tuait, je serais morte!

Et je serais morte ce matin, autour de 9 heures à peu près. Depuis lundi matin, je garde Félixe. Ses parents sont en voyage d'amoureux. Comme ils l'auraient fait eux-mêmes, je l'amène tous les matins à la garderie, sauf que moi, je prends mon temps, j'y vais vers 9 heures. Je vais aussi la chercher le soir, j'arrive vers 16 heures, après son dodo d'après-midi. Je vis donc de grands bonheurs depuis trois jours mais je fais un peu la vie d'une monoparentale au travail, Crocodile Dundee étant absent ces jours-ci, ce qui ne fait que renforcer toute l'admiration que j'ai pour ces femmes-là.

6 h 15 : Je l'entends qui gazouille dans sa couchette, dans l'ancienne chambre de sa maman. Déjà que je me dis? Je pourrais roupiller encore un peu mais j'ai trop hâte de la voir. Les couettes dans les airs, en pyjama de vieille fille, j'arrive jusqu'à elle : « Coucou, c'est moi! ». Elle m'accueille avec un cri de joie et une petite danse.

6 h 30 : Quelle énergie elle a, elle veut toujours jouer, marcher et danser. Je change sa couche, elle veut prendre tout ce qu'il y a autour. D'accord, tiens, ma chouette, on va te changer les idées. Même si j'avais tout sorti hier soir, ça me prendrait deux bras de plus. « Tape, tape, tape, pique, pique, pique, roule, roule, roule, chatouille, chatouille!!! », je réussis à compléter la manoeuvre de changement de couche sans qu'elle se sauve!

7 heures : Biberon. Installée dans sa chaise haute, elle est capable de le prendre toute seule. Mais je supervise quand même. C'est dans ce temps-là que je déjeune d'habitude mais pas ce matin, j'ai rendez-vous pour des prises de sang à 9 h 20. Mes vêtements préparés hier soir, je m'habille et me maquille dans la cuisine. Ce sera fait pour tantôt.

7 h 10 : Biberon terminé. Félixe s'applaudit. Pas longtemps. Elle se tortille, veut sortir de sa prison de chaise haute. Oh elle est comme mamie, sa liberté, elle y tient... Alors, je finirai plus tard de me dessiner une face, là, c'est le temps de jouer. La guitare? OK, mamie va t'en jouer. Après mes plus grands succès et quelques ovations debout, c'est le temps de préparer les céréales et les fruits pour ma danseuse infatigable qui se bouge tout le temps les fesses et son petit corps tout en rythme comme sa tête qu'on dirait sur un ressort.

8 heures : Re-chaise haute. Re-prison sécuritaire pour Félixe. Elle n'a pas vraiment faim, c'est ce qu'elle m'exprime par ses mimiques, en éloignant la cuillère de sa bouche d'une petite main ferme et décidée avec son plus beau sourire garni de ses 6 dents bien en évidence. Les danseuses, ça mange légèrement. Mais moi, j'en mangerais bien de ses céréales et fruits ce matin si je pouvais... C'est ce que je lui dis. Mais je n'ai aucune influence sur elle. Je négocie avec tout mon charme de mamie et notre chanson fétiche super rythmée. « Ah ah ah que je t'aime/Viens ici ma chère Félixe à ma porte/J'ai un secret à te dire dans l'oreille/Que je t'aimerai toute la vie/Ah oui, chérie, Youpi. Bravooooooo! » Applaudissements nourris de la petite foule en délire mais pas moyen de lui faire avaler une cueillèrée de plus, elle fait signe que non. Je fais l'avion qui atterrit, c'est clair que j'insiste trop à son avis, elle me « trtrtr » tout ça sur mon chandail avec une précision qui ne tient pas du hasard, je pense. Elle n'en veut plus. Mamie vient de comprendre le message!

8 heures 15 : Je libère Félixe qui veut jouer avec ses petits bonhommes, ses livres, sa poupée molle, le petit piano, tout lui semble palpitant ce matin. Mais il faut se préparer à partir. Pas le temps de changer de chandail, mamie ira en ville avec son chandail nettoyé à la débarbouillette. Préparation du sac à dos, du sac à couches. Re-changement de couche. Pas besoin, tout est impeccable. J'enlève son pyjama, ses petits vêtements sont prêts, faut l'habiller avant qu'elle se sauve. Bisous, chansons, contines, on y arrive non sans une participation énergique de ma part.

8 h 45 : Nous sommes prêtes. Félixe est habillée, elle a hâte d'aller dehors. Elle me dit « ga ga ga » avec son petit index pointé sur la porte. Oui, mon ti minou, on y va là... Bottes, imperméable, ma sacoche... Où est ma sacoche? Ça me la prend pour les paperasses de l'hôpital. OK, je l'ai. La petite s'impatiente. Oui, mon ti minou, attends, ce sera pas long... « Attends, attends » qu'elle me répète, ce mot-là, elle sait le prononcer depuis quelques mois déjà. On recommence. Ma sacoche, son sac à dos pour la garderie, le sac à couches, la petite dans les bras, on sort. Je n'ai plus de main pour verrouiller la porte. Tant pis, y a pas de voleur au chemin des Castors, c'est un cul-de-sac qui tombe dans le lac. Je prends une chance. Chargée comme un mulet, je monte les marches jusqu'à ma voiture. D'abord, je dépose les sacs sur le siège avant et la petite dans son autre prison, le siège d'auto réglementaire et sécuritaire. Elle déteste le siège d'auto, c'est une attaque à son grand besoin de liberté. C'est le temps de sortir de mes poches les petits bonhommes de couleur et la musique à bouche. C'est donc bien compliqué ces maudites sangles de siège d'auto pour enfant... Mamie, elle a tellement chaud là!

8 h 55 : On roule vers le boulevard Saguenay, mamie chante, Félixe danse dans son siège d'auto. Ça va, elle oublie sa prison. C'est donc bien loin, sa garderie, je trouve. Tous les autobus nous forcent à arrêter aux deux minutes sur le boulevard à quatre voies. Mademoiselle la danseuse s'impatiente, je le vois dans mon rétroviseur. Ah non, pas encore une lumière rouge. Je sors ma musique à bouche et j'improvise un reel endiablé. Ah là, mamie, tu me fais plaisir, c'est en plein mon genre. Le party est pogné dans le char, moi, je me désâme à jouer de l'harmonica pendant que Félixe tape des mains en arrière et bouge tout ce qu'elle a...

9 heures : Comme la lumière allait tourner au vert, sans m'arrêter de jouer, j'ai jeté un oeil dans la voie de droite... C'est là que... Un monsieur tout seul dans sa voiture est crampé de rire, il a assisté à mon show devant un public conquis que je croyais limité. C'était un show intime, vous savez, je n'avais pas conscience que... Et je lui fais signe en haussant les épaules, en montrant la petite qui tape des mains... Il rit encore plus... La lumière passe au vert pendant que ma face passe au rouge et il roule parrallèlement à moi jusqu'en ville, faisant bien attention de ne pas me dépasser, toujours en riant.

C'est donc loin, la garderie à Félixe!

Et le ridicule ne tue pas, même qu'il amuse parfois. Après avoir déposé ti minou à la garderie, je suis allée à mes prises de sang. Contrairement à mon habitude, je n'ai même pas perdu connaissance. Non seulement je suis pas morte mais je suis plus forte qu'avant!

mardi 20 octobre 2009

Et si le soleil se levait à l'ouest?



Photo 1 : Soleil levant sur lac gelé, janvier 2009, lac Dufault.

Photo 2 : Même décor, même instant, quand on y regarde de plus près.

Et si le soleil se levait à l'ouest?

Si je classais mes petites histoires par catégories, en voici une qui irait rejoindre les autres au rayon « chocolat chaud » et c'est justement ce que je bois en ce matin frisquet, devant mon ordinateur qui prend les traits d'un vieux chum à qui j'aime bien jaser des anecdotes du quotidien qui mènent à des réflexions que je me fais sans prétention aucune. Je vous les soumets pour les enrichir de vos commentaires et points de vue et jamais je ne voudrais prétendre que j'ai raison ou que je détiens la vérité universelle.

L'anecdote se passe en septembre dernier, en Abitibi-Ouest. Comme une centaine d'autres personnes, partenaires internes et externes, je participais à ce forum ouvert de deux jours où l'on devait abattre un travail considérable pour dégager les priorités qui feraient consensus dans le réseau de la santé et des services sociaux offerts sur ce vaste territoire peu populeux, avec ses particularités, ses contraintes et ses besoins toujours trop immenses à combler pour les ressources dont nous pouvons disposer. Voilà pour le contexte.

Au premier matin, dès les premières minutes, les sujets des ateliers fusent dans le grand groupe réuni dans cette salle où nous nous retrouverons souvent pour faire le point. Je suis déchirée sur les choix que je devrai faire pour en privilégier seulement quatre sur les vingt-huit annoncés où j'aimerais contribuer : maltraitance des enfants, santé mentale chez les jeunes, soutien aux aidants naturels, maintien à domicile, promotion de saines habitudes de vie, bénévolat, contribution et relève, partenariat et milieux défavorisés, stratégies pour faire face aux pénuries de ressources humaines, pauvreté, droits des personnes âgées, entre deux joints, tu pourrais faire quelque chose, sentiment d'appartenance organisationnelle et régionale, auto responsabilisation de sa santé, santé psychologique chez les hommes et plusieurs autres qui me tenaient tous à coeur.

Je n'avais que quelques minutes avant que le groupe se subdivise pour faire mes choix d'ateliers. J'aurais pu y aller en fonction de mes passions ou de mon vécu personnel mais j'ai plutôt penché du côté où je me croyais le plus utile. J'ai eu peur que la santé psychologique chez les hommes soit un atelier boudé, ignoré, ou pire encore, qu'il rassemble autour de la table des bonnes femmes qui réfléchissent en missionnaires qui veulent sauver le monde malgré eux. J'aurais veillé au grain, vous pouvez me croire, pour les ramener sur le plancher des vaches!

J'arrive donc au local où devait se dérouler cet atelier, « santé psychologique chez les hommes » et déjà, je reconnais deux madames que je sais oeuvrer auprès de cette clientèle, l'une d'elles particulièrement au niveau de la prévention du suicide. Je devinais la suite... Mais je me trompais. Et c'est tant mieux. Assise sagement avec mes documents devant moi, j'ai vu arriver les gens à cet atelier qui n'était pas boudé du tout finalement. Et ma surprise a été de voir arriver autant d'hommes que de femmes pour cette discussion qui devait mener à des recommandations bien précises, des actions concrètes sur le terrain.

Les deux dames qui avaient initié ce sujet d'atelier accueillaient chacun des participants(es) et prenaient note des présences. En les voyant s'affairer ainsi, je comprenais qu'elles voulaient animer toute l'affaire. Je connaissais ces hommes de qualité qui s'étaient pointés là parce que je les côtoie régulièrement dans mon travail, juste assez pour savoir qu'ils auraient pu se murer dans un silence frustré s'ils sentaient qu'on les dirigeait même avec une grande finesse. Encore là, je me trompais...

D'entrée de jeu, les deux animatrices nous ont demandé un tour de table pour nous présenter et dire pourquoi on avait voulu prendre part à cet atelier, ce qui était inhabituel comme fonctionnement. En plus, dans le sens des aiguilles d'une montre, j'étais la première invitée à le faire. J'ouvre ici une parenthèse... Quand on doit intervenir de manière aussi spontanée, c'est là qu'émerge vraiment ce qui dormait au fond de soi, quelque chose qui ressemble à son essence, sa vérité, sa motivation profonde, son credo. On ferme la parenthèse.

Alors, je me lance, en essayant de faire mes phrases courtes pour laisser plus de place aux hommes à mes côtés... « Je suis là parce qu'il n'y a que des hommes formidables dans ma vie. Si certains ont vécu ou vivent parfois des situations difficiles, et même des détresses, je n'en ai connu aucun qui avait demandé de l'aide, on dirait qu'ils ne savent pas comment ou qu'on ne sait pas comment les rejoindre. Il faudrait qu'ils nous le disent eux-mêmes sinon on va continuer à les materner dans le réseau de la santé et des services sociaux et on va encore passer à côté de ce dont ils ont vraiment besoin. Et ce sont là les derniers mots que je prononcerai dans cet atelier, je vous le promets! »

J'ai vu les hommes rire et pousser comme un soupir de soulagement!

Faire le tour de la table a pris au moins 10 minutes sur les 45 qui nous étaient allouées. Mais ça valait la peine. Il s'est exprimé là des cris du coeur que je n'avais jamais entendus auparavant et qui sont venus colorer les discussions et les recommandations qui ont suivi. Même la psychologue assise en face de moi a su se la fermer et écouter tout au long de l'atelier.

Ces hommes, travailleurs et gestionnaires du réseau de la santé et des services sociaux, n'étaient plus en fonction, ça devenait clair qu'ils n'arboraient plus leur uniforme de travail mais qu'ils nous parlaient d'eux : Comment ils perçoivent la demande d'aide, pourquoi ils se sentent honteux d'en demander, qu'ils ont besoin de guérir non pas en parlant mais en entrant en action, qu'ils expriment leurs émotions de manière différente des femmes, que ça les dérange que les intervenants soient surtout des femmes, qu'ils n'ont pas de modèles masculins auxquels se référer, qu'on ne sait jamais détecter la détresse chez eux avant qu'il ne soit trop tard, etc.

Bref, ces hommes en avaient long à dire mais ils cherchaient dans nos regards et nos silences respectueux des approbations tacites également. Tout en eux posait la question : « Comprenez-vous? » Oui, on comprenait. Nos silences et notre écoute devenaient des claques dans le dos, des bines sur l'épaule, des p'tites frettes à ' taverne dont ils avaient besoin.

Tout au long de ces discussions pour le moins « viriles », je me disais que j'assistais en direct à un changement des mentalités peut-être, à un résultat inespéré qui couvait sous la cendre depuis des décennies, une évolution prometteuse dans les rapports hommes femmes bien au-delà des services de santé de l'Abitibi-Ouest.

Curieux hasard ou conséquence logique, j'ai retrouvé ces hommes bien souvent au cours des ateliers suivants et des travaux de ces deux jours. Chaque fois, ils venaient vers moi comme si on avait noué un lien privilégié. Et pourtant, je n'avais rien dit. J'en viens à la conclusion que la meilleure façon d'aider quelqu'un, c'est surtout de lui demander franchement comment et de s'avouer modestement au départ qu'on n'y arrivera pas nécessairement parce qu'on part toujours bien trop de nos propres critères, de ce qu'on connaît, de notre vécu et de nos vérités qu'il serait dangereux d'ériger en dogmes.

Est-ce que la manière de répondre aux besoins d'aide des hommes dans notre société n'a pas toujours été pensée, proposée, mise de l'avant et offerte par des femmes, à la manière des femmes? Est-ce qu'on est prêt à remettre en question ce qu'on a toujours cru, et même que le soleil se lève à l'est?

lundi 12 octobre 2009

Tapis d'or et rivière aux diamants




Ces photos ont toutes été prises samedi dernier en s'en allant à notre camp en forêt.

Photo 1 : Un tapis d'or recouvrait le dernier bout de chemin, de l'autre côté du barrage de Rapide Deux, où nous stationnons notre voiture. Juste en bas, il y a notre chaloupe qui nous attend, amarrée au quai.

Photo 2 : Sur la rivières des Outaouais, avec le soleil éblouissant de cette fin d'avant-midi, on pouvait voir plein de diamants qui flottaient à la surface.

Photo 3 : Dans cette petite baie bien à l'abri, j'avais l'impression de regarder l'automne par une fenêtre.

Tapis d'or et rivière aux diamants

À la chasse aux images de la semaine d'avant, j'étais revenue bredouille. Donc, la fin de semaine dernière, je m'étais faite la promesse que j'allais au moins rapporter dans mes bagages quelques images, des paysages bien sages, à défaut de pouvoir croquer sur le vif ces orignaux que j'aime et que j'espionne à longueur d'année. Voilà donc une partie du résultat de ma chasse aux images qui s'achève aujourd'hui.

Ah j'ai bien vu deux loutres qui faisaient des cabrioles en approchant la fin du bras de rivière non loin du camp mais le temps de sortir mon appareil et de le porter à mon oeil, elles avaient plongé sous l'eau en ondulant à la vitesse grand V. Elles m'ont fait me sentir comme une paparazzi. J'ai vu un lièvre aussi mais il courait vite, vite, vite, je me demande de qui il se sauvait. J'ai photographié des perdrix et des pies mais mes photos préférées, ce sont celles qui incarnent une sorte de richesse qui n'a pas de prix, c'est pourquoi je les compare à l'or et aux diamants.

Je vous avouerai en terminant la vérité, sinon, je ne me sentirais pas intègre...

Si moi, je ne chasse que les images pendant la saison de récolte de l'orignal, que je ne possède même plus d'arme à feu et que j'assume que je suis incapable de tirer sur cet animal, ce n'est pas la même chose pour mes 5 compagnes et compagnons de chasse. Alors, au premier matin de l'ouverture de la chasse à l'orignal, le 3 octobre dernier, un mâle de 3 1/2 ans s'est pointé et il a été abattu par mon beau-frère, Robert, un chasseur d'expérience qui n'en était pas à son premier gibier. Une balle dans le coffre, de fort calibre, un tir précis, quelques secondes, c'était fini. Tout le monde était content. Moi aussi.

Cette viande est délicieuse, tout à fait bio, excellente pour la santé, riche en fer et en protéines dont j'ai grand besoin. Voilà la vérité. Si nous n'avions pas abattu cet orignal dans notre groupe, d'autres l'auraient fait, il y avait des chasseurs partout sur le territoire. L'Abitibi-Témiscamingue, c'est le royaume de l'orignal, on est au moins reconnu pour ça.

Tirez-moi des roches si vous voulez, je suis capable d'en prendre...

samedi 26 septembre 2009

Chut... Elle fait dodo juste à côté...


Photo : L'auteur de la photo et co-auteur des jours de Félixe, en plus d'être un artiste de l'image, s'adonne aussi à être formidablement inspiré par le sujet que voilà. Une si jolie frimousse, imaginez lorsqu'elle aura des cheveux et des dents!

Chut... Elle fait dodo juste à côté...

Sa maman doit être sur scène en ce moment. Oh pas seule, non, elle participe, comme d'autres auteurs compositeurs interprètes, à toute une soirée spectacle dans le cadre des Journées de la culture. Son papa est venu la reconduire ici avant souper, la Félixou, pendant que sa maman devait se rendre plus tôt pour les tests de son et la générale. Je les trouvais touchants, ces deux-là, ils avaient tellement l'air de se comprendre, de s'amuser et de faire une équipe du tonnerre, que l'idée m'est venue qu'on avait hérité d'un précieux bagage dans notre lignée féminine. La complicité père-fille, décidément, je n'aurai connu que ça dans ma famille : ma mère et son père, mon père et moi, ma fille et son père, Félixe et son papa. On en a toute une chance et ça, il faut savoir le reconnaître.

Et moi, je vous écris

D'habitude, quand je rédige un nouveau billet, c'est que j'ai lu tous mes amis, mis mon grain de sel partout et que c'est à mon tour de raconter quelque chose. Pas cette fois. J'ai travaillé très fort dernièrement et j'ai manqué de temps cruellement. Alors, je n'ai même pas fait le tour de mes blogues-amis avant d'arriver jusqu'à vous, et je m'en excuse, c'est comme si je parlais haut et fort sans avoir pris la peine de vous écouter avant. Pas très gentil, ça. Mais je vais corriger la situation prochainement, promis.

La semaine dernière, je voulais rendre hommage à En direct des îles. Ça m'a fait chaud au coeur que plusieurs viennent se joindre à moi pour se souvenir d'elle, de la personne qu'elle était, comme on la connaissait par ses écrits.

Puis, Nelly Arcan nous a quittés. J'étais incapable de la lire parce que son mal-être m'atteignait beaucoup trop mais j'ai aimé les entrevues que j'ai entendues et vues d'elle parce que je savais qu'elle avait du talent, en plus de la beauté, de l'intelligence qu'on lui reconnaissait. Son suicide ne m'a pas étonnée mais il m'a fait du chagrin.

Ce matin, ce fut au tour de Pierre Falardeau. Je ne peux pas vous dire comment je me sens... L'autre jour, ma mère a vu sur ma table de salon « Rien n'est plus précieux que la liberté et l'indépendance », le dernier de Falardeau, édité chez vlb, que j'avais dévoré d'une couverture à l'autre. Bien sûr que je lui ai prêté, à ma mère! Hier soir, justement, elle et moi, on en a discuté pendant près d'une heure, de ce bouquin-là et de Falardeau lui-même. On s'entendait au moins sur une chose, ma mère et moi : Pour sa grande sensibilité, la force de ses convictions, sa révolte pleine de tendresse pour son peuple et son pays, le Québec, on admirait Falardeau.

Ce matin, au P'tit marché public du Vieux Noranda, c'est avec ma fille que j'ai eu l'occasion d'en reparler mais là, on avait appris que Pierre Falardeau était décédé tard hier soir. Elle m'a dit : « Moi, j'ai pleuré M'man quand j'ai su ça tantôt ». Je lui ai dit : « Ça t'a touchée personnellement, tu l'aimais tant que ça? » elle m'a expliqué : « Oui. Tu sais, moi, les cinéastes, je les aime et puis c'est pas juste ça... Dans ma génération, j'en connais pas qui vont porter le flambeau sans jamais flancher, des gars libres comme lui, qui vont nous parler de l'indépendance, de se tenir debout, qui vont croire toute une vie en quelque chose et qui vont l'assumer... »

Rien n'est plus précieux que la liberté et l'indépendance. C'était tellement bien choisi comme titre pour son dernier livre. Je l'ignorais quand je l'ai dévoré, son dernier bouquin, mais je lisais le testament politique et social d'un des derniers hommes libres qu'il y avait encore au Québec. Même ma mère fédéraliste admettait ça hier soir, avant de savoir!

Alors, pendant que Félixe fait dodo, je voulais vous dire ça. J'espère qu'elle fera une bonne nuit parce que mamie Zoreilles, elle a besoin de sommeil. Demain matin, on va jouer encore et chanter plein de chansons. Je n'ai jamais eu d'aussi bon public qu'elle, aussitôt que je sors ma guitare, elle respire vite et fait des p'tits cris. Après chaque chanson, elle m'applaudit en tapant sur le plancher. Alors, je lui fais des rappels tant qu'elle en veut. Elle balance son corps avec énergie, je vous le dis, elle danse assise! Bientôt, elle va me faire des ovations debout!

Quand il y a des grands malheurs comme des êtres qui nous quittent et qu'on admire, moi, je m'attarde aux bonheurs qui sont toujours présents dans ma vie. Comme des repères.

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Mise à jour du lundi matin

J'ai pris le temps de mieux lire un peu partout ce qu'on écrivait sur Falardeau. Je partage avec vous quelques-unes de ces trouvailles dont ces deux citations de lui :

« Je me fais souvent accuser de dépasser les bornes mais, quand je regarde ça, je me dis, pourquoi ils ont mis une borne là, esti? »

Et au sujet du fameux « nous » sur lequel on s'est tellement chicané au Québec, il pensait comme moi : « Nous qui? Nous quoi? Nous, tabarnak! Ceux qui veulent! »

Et ce que j'ai trouvé de plus touchant, de plus « Falardeau », c'est cette vidéo sur Youtube, où Luc Picard, son ami, a lu à Québec, le 13 septembre dernier, lors de l'événement Moulin à paroles, cette « Lettre à Jérémie, d'un père à son fils, écrite par Falardeau lors du référendum de 1995 ». Vous trouverez cette vidéo sous ce lien :

Non, on n'oubliera jamais Falardeau... L'irremplaçable et l'innénarrable Pierre Falardeau.

vendredi 18 septembre 2009

En direct des îles... n'est plus



Photo : Juin 2008, l'avion s'apprêtait à atterrir aux Iles de la Madeleine, à l'aéroport de Havre-aux-Maisons. Ce qu'on voit, c'est une partie de la Dune-du-Sud.

Je viens de l'apprendre, je suis sous le choc. C'est Mijo, une amie virtuelle que nous avons en commun, qui vient de m'informer et de m'envoyer un lien qui mène à un article de journal écrit en espagnol où j'aurais voulu comprendre quelque chose... Mais il n'y a rien à comprendre...

En direct des îles, c'était Renée Wathelet, une blogueuse que j'ai eu le bonheur de « connaître » en arrivant dans la blogosphère, en janvier 2007. La première fois que j'ai vu l'un de ses commentaires, je me souviens, quand j'ai cliqué sur son pseudo pour aller chez elle, je croyais qu'elle nous écrivait « En direct des îles... » de la Madeleine! Mais plutôt, elle faisait la navette entre l'île de Montréal et celle de Isla Mujeres, au Mexique. Comme travailleuse autonome, son bureau était partout où elle pouvait brancher son portable et elle se réjouissait de cette vie de nomade qu'elle appelait, toujours charmée par ces îles du nord et du sud qu'elle considérait comme des paradis. Dernièrement, elle avait choisi Isla Mujeres comme port d'attache. Dorénavant, elle reviendrait à Montréal souvent mais en touriste.

J'aimais sa plume, ses photos, ses réflexions, sa personnalité, son humour, ses prises de position, ses coups de coeur et son amour de la vie, des animaux, de la nature. Même quand elle dénonçait une situation qui la dérangeait, elle le faisait avec classe, avec une grande douceur. Elle m'avait fait découvrir un bouquin qui a marqué ma vie, L'Éloge de la lenteur, de Carl Honoré. On revenait souvent là-dessus, elle et moi, tout en clins d'oeil...

Elle me rendait visite aussi, parfois sous le pseudo de Renée, parfois sous En direct des îles. Mon dernier commentaire chez elle sur son dernier billet (au fait, son dernier billet était-il prémonitoire?...) sera resté pris en coulisse, en attente d'une approbation qui ne viendra jamais.

Renée a été assassinée hier matin, 17 septembre, dans son appartement, sur son île de Isla Mujeres. De 35 coups de couteau. Son assassin, José, avait 24 ans. On ne connaît pas le mobile de son crime. Pouvez-vous lire l'espagnol, le comprendre et me dire si l'article en lien amène une quelconque explication?

J'aimais cette fille. Je me sentais proche d'elle. Nous avons tellement échangé au fil des dernières années. Dans son blogue actuel comme dans son précédent. Et je réalise avec tellement de chagrin ce matin que nos amis virtuels, on les connaît souvent mieux et avec plus de profondeur parce qu'on les devine par ce qu'ils écrivent, illustrent et partagent avec nous. Ils prennent le temps de dire. Ils sont si près... même si loin.

Dans son avant-dernier billet, elle nous parle des contes de José, elle veut en faire une série. Moi, j'ai applaudi. Je me demande si ce José est le même homme que dans l'article de journal, celui qui...

J'ai de la peine. Beaucoup. J'imagine tous ceux et toutes celles qui en auront encore plus que moi. Ses proches, ses enfants... Je retiendrai d'elle son amour de la vie et du monde, un livre qui aura changé ma vie, des photos d'îles, de mer, de tortues, de pêcheurs, de bateaux, de soleil éblouissant, de sable blanc, de minous dont elle prenait soin pour aider le vétérinaire du coin, de couchers de soleil et des mots. De si beaux mots pleins d'images qu'elle nous offrait de toute son âme.

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Mise à jour - vendredi soir

J'arrive de l'épicerie, il me manquait deux ou trois petites choses. Dans la section des fruits et légumes, il y avait exceptionnellement ce soir des chariots de roses de toutes les couleurs. Trop belles pour être vraies, il m'a fallu les toucher pour m'assurer de leur authenticité, tellement elles étaient... parfaites. J'ai pensé à Renée en cet instant-là comme depuis ce matin. Je les lui aurais toutes offertes à elle si j'avais pu.

J'en ai choisi trois. Une rouge pour l'amour inconditionnel qu'elle savait semer partout autour d'elle. Une rose pour l'amitié instantanée qu'elle m'avait offerte comme à beaucoup d'autres qui la pleurent aujourd'hui. Une blanche pour la pureté de son esprit, de ses mots, pour la paix qu'elle a prônée et propagée dans chacun de ses gestes, tant dans sa vie réelle que dans son monde virtuel.

Plusieurs de mes amis ont rapporté dans leurs commentaires des liens qui mènent à des articles publiés aujourd'hui au sujet de ce qui est arrivé à Renée Wathelet. Je vous en remercie. Je les ai consultés avec intérêt et tout le monde peut le faire également. Chez les blogueurs québécois, j'ai lu des hommages chez Dominic Arpin et chez Michelle Blanc. Je viens de refaire l'exercice d'aller lire ses deux derniers billets chez En direct des îles. Comme si je la cherchais. Dans son dernier écrit, très peu de temps avant son décès, elle nous fait vivre avec elle son petit matin dans une vidéo qu'elle a réalisée, un lever de soleil sur la mer, les vagues qui se brisent doucement sur le rivage, on a l'impression d'être avec elle à respirer Isla Mujeres. Son dernier billet, je le reçois maintenant comme son testament spirituel. C'est ce qu'elle nous lègue. L'amour de la vie et une partie d'elle-même. Nous ne l'oublierons jamais. Elle nous manque déjà...