mardi 24 mars 2009

Comme une bouteille à la mer



Photo 1 : Elle a été prise dernièrement à Cuba par mon ami Pierre Lafontaine. À la suite d'un récent billet ici, il écrivait le commentaire suivant : « Je vous ramènerai une photo solidaire de la mer dans deux semaines. Je l'enverrai à Zoreilles pour qu'elle la publie sur son carnet. Dans la semaine du 15 mars, Zoreilles, je te fais penser de m'y faire penser! ;-) T'sé l'âge! »

Photo 2 : Cette photo de la mer, je l'ai prise à l'aube d'un matin tranquille, fin juin 2008, sur la plage de la Dune-du-Sud, devant le petit chalet maison de poupée que j'avais loué à Hâvre-aux-Maisons aux Iles de la Madeleine, le pays de tous les miens. Voir ces pêcheurs de homards à l'oeuvre, comme l'ont fait jadis mes grands-pères, mes grands-grands-grands-pères... dans le soleil levant sur la mer calme et nourricière... représente pour moi plus de bienfaits que je ne pourrais jamais l'exprimer.

Comme une bouteille à la mer

Donc, Pierre, c'est un gars de parole. Déjà, de constater chez un ami un code d'honneur qui lui ressemble, ça fait ma journée! Tous mes amis sont comme ça, je ne leur dis pas assez mais je devrais, parce qu'ils embellissent ma vie, me réconcilient avec l'univers entier. Non mais, ce n'est pas aussi courant qu'on le pense, les gens qui sont fidèles à leurs promesses, à leurs engagements, à leurs convictions. Il faut l'apprécier quand ça arrive, d'abord, pour s'imprégner de ce sentiment d'espoir et de confiance en la vie que ça vient rallumer dans notre coeur et ensuite, pour se convaincre que malgré tout, dans le monde, il y a beaucoup plus de bon monde que de mauvais monde. C'est juste que, comme le dit toujours ma mère, « Le bien fait peu de bruit ».

Parmi mes amis, il y a peut-être un peu plus de femmes que d'hommes, je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que plus jeune, je ne croyais pas tellement à l'amité entre hommes et femmes, il faut me comprendre, j'ai épousé mon meilleur ami! Mais au fil des années, je n'ai pas pu faire autrement que d'y croire, parce que j'avais eu la chance d'avoir des bases solides dans mes rapports avec les hommes, mon père a été mon grand ami, mes deux frères seront toujours mes meilleurs amis, et j'ai beaucoup travaillé dans des univers masculins mais aussi, j'aime la nature humaine en général, hommes, femmes, vieux, jeunes, etc.

Dans mes échanges avec mes amis(es) je ressens des choses merveilleuses et pourtant paradoxales. Quand ils pensent différemment de moi, ils m'amènent à voir un aspect nouveau et très éclairant qu'ils me font découvrir. Nous sommes alors complémentaires. À d'autres moments, je les écoute me raconter quelque chose et j'ai l'impression de m'entendre parler, comme un écho à mes propres pensées. Nous devenons alors de grands complices.

J'aime que mes amis(es) soient si différents et si semblables à moi!

Quand j'ai reçu de Pierre cette photo de la mer promise (la terre promise?...) sans même avoir à lui faire penser (!) mon esprit rêveur s'est envolé au-dessus des nuages. J'ai imaginé que l'été dernier, j'avais jeté une bouteille à la mer, par un matin serein, dans l'aube lumineuse de la Dune-du-Sud, sur l'Atlantique... Quelque neuf mois plus tard, c'est Pierre qui l'aurait repêchée à marée basse sur la plage ensoleillée à Cuba, en faisant un château de sable avec Nathan.

Quel était ce message dans la bouteille jetée à la mer? « Vive l'amitié, viva l'esperanza! »

mardi 17 mars 2009

Ma maman avant-gardiste

Photo : J'ai toujours aimé cette photo de mon enfance, alors, Maman me l'a donnée. C'est la seule où je souris autant et je me souviens de ce moment-là et de mon état d'âme exactement. Pour la petite fille de 5 1/2 ans que j'étais, il ne pouvait pas y avoir de plus grand bonheur : J'avais enfin ce petit frère que j'avais toujours voulu, tellement mignon, et Maman n'allait plus travailler, je n'allais plus jamais me faire garder.

Ma maman avant-gardiste

Elle était belle ma mère, à la fin vingtaine. Elle l'est toujours, à 77 ans, elle fait partie de ces femmes sans âge justement. Quand j'étais petite, j'étais un peu amoureuse d'elle, est-ce que ça se peut? Je l'admirais en cachette en train de brosser ses cheveux, nettoyer son visage avec des petits tampons de ouate imbibés dans les flacons aux couleurs douces qui sentaient bon, assise sur son petit banc gigogne à la coiffeuse avec son grand miroir rond, les tiroirs de chaque côté où j'aimais fouiller, fascinée par tous les mystères de sa féminité, y compris dans son coffret à bijoux laqué noir avec des voiliers qui voguaient sur des mers déchaînées. J'aimais la regarder s'habiller aussi, très lentement, avec une grâce si délicate quand elle enfilait ses bas de nylon au bout de ses doigts en faisant attention de ne pas faire d'échelles avec ses ongles. Elle déroulait celui de gauche d'abord, l'enfilait à partir de son pied pointé puis jusqu'à la cheville, en remontant vers le mollet, toute la cuisse et je prenais conscience qu'elle avait de si longues jambes, ma mère, qu'elle était grande, il me semble, en plus, elle avait des seins parfaits. Ah je l'ai observée si souvent que j'en garde des souvenirs très précis.

Ces souvenirs d'enfance sont toujours suivis par ce qui venait rompre le charme à tout coup : Il fallait qu'elle parte travailler et moi, que j'aille me faire garder. Ma mère était avant-gardiste, elle a travaillé à l'extérieur tant que j'ai été enfant unique. À son époque, dans notre milieu, elle était la seule maman qui travaillait. Dans nos familles, aucune autre maman n'avait un emploi. Dans ma rue, tous les enfants avaient leur maman à la maison. J'étais consciente que chez nous, c'était différent d'ailleurs et je ne comprenais pas pourquoi.

Maman me disait toujours qu'il fallait qu'elle aille travailler pour nous acheter des belles choses. Je répondais toujours que je n'en voulais pas des belles choses, je voulais ma maman comme les autres. Ma gardienne, c'était la voisine, elle avait déjà 3 enfants et ne m'aimait pas vraiment. J'étais très jeune, mais je savais ça, je le ressentais très fort. Je me rappelle qu'elle donnait du jus de fruits à ses enfants mais pas à moi, ça coûtait cher du jus de fruits qu'elle disait. Quand il y avait quelque chose de travers, elle me chicanait toujours, mais jamais ses enfants. Elle posait sur moi un regard méprisant, elle me parlait fort. Je me demande pourquoi je ne me défendais pas mais j'étais une enfant timide (difficile à croire aujourd'hui) et je crois que c'est parce qu'elle ne m'aimait pas que je trouvais qu'elle n'en valait pas la peine.

Un matin, ma mère avait dû me chicaner d'aplomb pour m'amener chez la gardienne. J'en avais un souvenir vague alors j'ai demandé à ma mère dernièrement pourquoi ça avait été si mal, qu'elle était partie travailler en pleurant ce jour-là...

J'avais 3 ans. À cause de ce qui s'était passé la veille, j'avais décidé que je n'irais plus jamais chez Madame B. Maman m'avait expliqué encore une fois qu'il fallait absolument qu'elle aille travailler et elle a commencé à m'habiller elle-même parce que je refusais de le faire. Elle me mettait une manche de manteau et pendant qu'elle mettait l'autre, j'enlevais la première. Il paraît que je ne disais pas un mot mais que je la regardais fixement avec les yeux pleins d'eau en enlevant ma manche... Elle ne m'avait jamais vue aussi silencieuse et déterminée. À plusieurs reprises, elle remettait une manche, puis l'autre, pendant que j'enlevais la première. Petite Zoreilles était devenue non négociable, du haut de ses 3 ans. Mon petit manège silencieux de larmes contenues l'avait ébranlée à un point tel qu'elle le revit encore quand elle me le raconte aujourd'hui. Pauvre Maman...

Oui, pauvre Maman, je lui ai fait de la peine ce matin-là. J'étais trop petite pour comprendre qu'une maman qui travaillait avait des raisons de le faire, que d'être mère ne l'empêchait pas de vouloir se réaliser dans un travail, de vouloir améliorer nos conditions de vie, de participer au budget familial, aux décisions, d'être l'égale de Papa en tout. J'ignorais alors combien j'allais être fière un jour d'avoir une maman qui n'avait pas peur de sortir des sentiers battus, qui savait se faire respecter et se battre pour ce qu'elle croyait juste, même quand ce serait difficile ou qu'elle se sentirait jugée par d'autres femmes ou, pire encore, quand sa petite lui ferait un gros coup de chantage émotif.

Cette photo-là, je la chéris particulièrement parce que chaque fois que je la regarde, je ressens le bonheur de mes 5 1/2 ans, d'être enfin à la maison à jouer avec mon petit frère Yves et aider Maman à bien s'occuper de lui, (c'est ce qu'elle me disait) à repasser les débarbouillettes et les linges à vaisselle, que j'apprenais à bien plier, à en faire des piles parfaitement symétriques (je suis encore incapable de procéder autrement que ma mère me l'a montré!...) et de la regarder vivre, elle, ma mère, si belle, si habile en tout, avec le sentiment merveilleux qu'elle serait toujours à la maison avec nous même si elle était tout à fait capable de faire autre chose. À la naissance de mon premier p'tit frère, Maman revenait à la maison par choix.

Quelques mois plus tard, j'ai commencé l'école mais je savais qu'en revenant chez moi après la classe, il y avait une maman et un si beau petit frère qui m'attendaient.

Environ un an plus tard, et parce qu'un bonheur n'arrive jamais seul, nous avons eu un autre bébé, Jocelyn, un autre p'tit frère à aimer, tout mignon, un vrai petit clown, avec de grands yeux qui voulaient tout voir. La famille était complète. Mon bonheur aussi.

mardi 3 mars 2009

Tout s'explique




Photo 1 : Le 14 février 2009. J'ai trouvé que ces pistes dans la neige et ce soleil de fin d'après-midi racontaient une histoire de nature et de liberté. Une histoire toute simple dont je ne connais ni le début ni la fin.

Photo 2 : Ce jour-là, des pistes de loup suivaient le sentier de motoneige sur la rivière où je marchais entre notre camp et celui de mon frère, à un kilomètre de distance. On voit bien clairement qu'il s'agit d'un loup, vous pouvez cliquer sur la photo pour voir de plus près les détails si vous voulez.

Photo 3 : Le 15 février dernier, sur le chemin du retour. Les perdrix se voient souvent en bordure des routes de gravier. J'ignore pourquoi mais elles ont besoin de manger constamment des petits cailloux. On m'a déjà dit qu'elles avaient besoin de ça pour leur digestion mais je ne sais pas si c'est l'explication que les biologistes donneraient.

Tout s'explique

Ce que j'aime beaucoup dans la nature, entre autre, c'est qu'il y a toujours une explication très simple à une question pourtant complexe. On dirait que ça me réconcilie avec la vie!

Dernièrement, notre amie Soisig racontait dans un commentaire qu'elle avait croisé sur la route un loup, qu'elle avait pu l'observer un moment, elle s'en réjouissait mais s'en étonnait aussi. C'est vrai que c'est rare. Quelques jours plus tard, Crocodile Dundee revenait de notre camp en forêt et me disait qu'il avait aussi croisé un loup sur le chemin de Rapide Deux. À ce temps-ci de l'année, il y a deux ans, un automobiliste a frappé un loup sur la route 117, près de l'aéroport de Rouyn-Noranda. Je le sais parce que Crocodile Dundee avait été appelé à se rendre sur les lieux pour mettre fin aux souffrances de l'animal qui s'était réfugié en bordure de la forêt et que personne ne pouvait localiser ou approcher.

Il n'en fallait pas plus pour éveiller ma curiosité. J'ai demandé à Crocodile Dundee ce qu'il en pensait, lui qui est ma référence intime et personnelle mais non moins très crédible en matière de forêt boréale et d'animaux sauvages!

Les loups vivent en meutes, lesquelles sont fortement hiérarchisées. La nature étant si belle et si rebelle, impitoyable et sauvage, il arrive qu'un loup se fasse vieux, se blesse, naisse avec un handicap qui l'empêche de faire sa vie de loup avec la meute, de faire partie de cette « société » où l'on doit contribuer sinon on n'a pas le droit de vivre. La compétition est forte, le mâle alpha ne veut jamais laisser sa place et la louve, sa compagne, le considère à partir du moment où il est en mesure d'imposer cette place...

Il arrive donc qu'un loup soit ostracisé. Les procès en forêt ne se déroulent pas tellement dans les règles de l'art et la justice n'est pas toujours irréprochable non plus, encore moins réparatrice. C'est triste mais c'est comme ça. Celui à qui on annoncera la sentence n'ira pas en appel. On l'appelle un loup franc. Non pas qu'il soit moins menteur que les autres mais c'est ça qui est ça... Le loup franc doit chasser tout seul, assurer sa survie en solitaire. Ce sont ceux-là qu'on peut croiser parfois sur la route.

La nourriture se faisant plus rare en cette fin d'hiver, la neige accumulée rendant plus difficiles les déplacements, les loups francs iront au plus facile... Les perdrix ont besoin de manger les petits cailloux des chemins de gravier et en bordure des routes asphaltées, elles seront nombreuses à s'y trouver et serviront de repas facilement débusqués aux loups francs et solitaires qui osent s'approcher de la civilisation, parce que plus faibles, plus vieux, plus affamés, la vue et l'ouïe devenus moins perçantes, etc.

Les autres loups, ceux qui vivent en meutes, continuent à chasser ensemble, en prédateurs organisés et structurés, il se déplacent stratégiquement, et à ce temps-ci, ils jettent leur dévolu sur les orignaux plus vieux, plus faibles, ralentis par l'accumulation de neige dans leurs déplacements et surtout, sur les petits orignaux qui sont nés en mai dernier et qui suivent de très près leur maman pour avoir leur ration de lait.

Près de notre camp, il y a une meute de loups qui trouve tout ce dont elle a besoin pour survivre, ça m'inquiète beaucoup pour les petits orignaux qui suivent leur maman. Mais quand j'ai vu les pistes de ce loup qui marchait tout seul sur la rivière, j'ai pensé qu'il s'agissait peut-être d'un vieux loup affamé qui devait maintenant assurer sa survie tout seul et qu'il avait trouvé mes chères perdrix presqu'apprivoisées bien ragoûtantes... puisque je ne les vois plus... Snif, snif...

vendredi 27 février 2009

Une question d'éthique




Photo 1 : Avril 2008. Une première brèche sur la rivière. Oh, rien à craindre, ce n'est qu'une simple craque dans la glace, ça reste solide dessous comme alentour, même lorsqu'on y regarde de très près.

Photo 2 : Même endroit, quelques semaines plus tard, mais vu plus globalement, avec un peu de recul. Là où se trouvait une brèche, l'eau vive a créé des remous et a suivi son cours lorsqu'a débuté le processus irréversible de la fonte des glaces. Le printemps couvait, il fallait juste en être conscient. La nature, c'est plus fort que toutes les idéologies...

Une question d'éthique

Un phénomène touchant les relations humaines dans le monde virtuel s'est produit récemment sur un blogue que je fréquentais. J'en ai été profondément bouleversée.

Je croyais avoir vécu bien des choses dans cet univers, cette forme de communication qui m'enchante habituellement...

On m'a demandé un jour de prononcer une conférence sur le sujet devant des étudiants en informatique et multimédia. « Les relations humaines dans le monde virtuel ». Quelques semaines plus tard, parce que des questions avaient à peine été abordées et que les étudiants en redemandaient, on m'a demandé de traiter plus spécifiquement de la question de « l'éthique dans le monde virtuel ». J'avais alors demandé l'aide, la collaboration et l'expertise de mon ami Jacks, celui-là même que vous pouvez lire aujourd'hui dans son blogue, Détour improvisé.

Pour nous tous, fin des années 90, à l'époque des forums de discussion de la Place publique de Sympatico, l'ancêtre des blogues d'aujourd'hui, Jacks était un mentor. Un ami, bien sûr, mais un collègue animateur que nous admirions pour son jugement éclairé et très humain, son respect des autres, ses valeurs, ses qualités personnelles. C'est donc à lui que j'avais fait appel pour livrer l'essentiel du contenu de cette conférence. Les étudiants avaient adoré l'entendre et moi aussi, puisque j'étais à l'écoute, pour capter le plus possible de ce qu'il avait à nous dire au sujet de l'éthique dans ce monde où toutes les libertés pouvaient être prises alors qu'on ne réalisait pas encore tout à fait que ces espaces publics de prise de parole devaient comporter aussi leur lot d'obligations morales.

Un privilège, un droit, devrait toujours être assorti d'obligations. Nous avions le mandat, Jacks et moi, de livrer le fruit de nos expériences à ces étudiants de niveau collégial. Ce fut un beau moment pour tout le monde. J'ai donc beaucoup pensé à mon vieil ami Jacks depuis une dizaine de jours... et pourtant, je ne l'ai pas alerté ni informé de ce qui se passait ailleurs et qui me questionnait autant.

À cette époque, l'expérience la plus traumatisante que j'avais vécue virtuellement, était d'avoir fait l'objet d'un vol d'identité virtuelle. Ça me vire encore à l'envers d'y repenser. Quelle saga! Un jour, je vous raconterai comment une femme s'était appropriée mon pseudo, Zoreilles, pour semer la zizanie un peu partout, faire des ravages dans le coeur de beaucoup d'internautes qui m'avaient connue, fait confiance et ne me reconnaissaient plus du tout. Je comprends, ce n'était pas moi! Jusque là, j'avais cru que les hackers agissaient seulement pour des motifs de profit ou un mandat de sabotage d'une firme concurrente...

Mais revenons à ce qui s'est passé dernièrement et qui est venu ébranler les bases de tout ce que je croyais au chapitre des communications dans notre merveilleux monde des blogues.

Les faits

J'essaie de vous expliquer la situation en ne nommant aucun individu. Je sais, ça pourra vous sembler flou... Quelques personnes seulement en ont été témoins et c'est très consciemment que je ne veux d'aucune manière que vous puissiez y référer. Pas de date, pas de lieu, pas de nom. D'accord?

Un billet inoffensif au sujet de la performance d'un joueur de hockey est publié quelque part sur un blogue en avril 2008. Des commentaires suivent. Dans l'un d'eux, une attaque est portée de manière agressive au sujet d'une expression de langage utilisée dans le billet d'origine. Une réaction bouillante de l'accusé suit immédiatement. Des paroles dépassent des pensées. Ce sont des choses qui arrivent... Je tente une intervention, gauche peut-être, je l'admets, de vouloir que ces gens-là se parlent, s'expliquent. Une déformation professionnelle dans mon cas. Peine perdue. Un silence lourd vient clore cette discussion avortée. Une brèche. Rien de plus.

Dix mois plus tard, on ramène ailleurs ce billet et les discussions avortées qui ont suivi. On le dénonce avec véhémence. C'est sans appel. On le remet à l'affiche, ce billet, on nomme son auteur en toutes lettres, le voilà à l'ordre du jour, avec des liens et tout, invitant les lecteurs à suivre ces liens. On condamne sur la place publique (les blogues sont espaces publics de prise de parole, vous vous souvenez?...) un des deux belligérants. On lui fait un procès où il est condamné d'avance, sans avocat et sans représentant. On se fait juge et partie. Dans la tourmente, je suis, avec une autre personne également, accusée d'avoir tenté que ces personnes s'expliquent, qu'elles puissent débattre du sujet qui leur tenait à coeur... Il paraît que j'aurais dû choisir mon clan, je ne l'ai pas fait, ni à l'époque, ni récemment. On me reproche plein d'autres attitudes aussi.

Alors, j'essaie à nouveau de m'expliquer sans accuser personne. On se sert de mon commentaire pour en rajouter. Je ne lâche pas facilement quand il y a injustice, et que je crois de mon devoir de faire quelque chose. Je rédige un deuxième commentaire, essayant d'ouvrir les yeux et les oreilles de la personne concernée sans qu'elle perde la face. Même réaction insensible. Non-écoute, incompréhension, accusations à peine voilées. Je comprends alors qu'il s'agit d'un règlement de compte déguisé en une certaine idéologie à faire triompher. Fin de l'histoire.

Le remède pire que la maladie

Cet événement aura, je l'espère, réussi à faire triompher le postulat qui était à l'origine de cette désolation, quoique j'en doute, puisqu'on n'arrive jamais à entrer le concept du respect en l'enfonçant dans le crâne du monde à coup de masse.

Par contre, les conséquences de cette affaire auront eu d'autres impacts très tristes dans la vie de plusieurs personnes qui ont été jugées, peinées, méprisées, humiliées et bouleversées par cette histoire, comme pour quelques-uns qui en ont été témoins.

Pour ma part, j'ai été littéralement paralysée virtuellement depuis. Voilà pourquoi je suis absente depuis ce temps dans les discussions et commentaires chez mes amis blogueurs. J'ai toujours continué à lire avec le même bonheur les billets et les commentaires qui s'écrivaient partout où j'ai mes habitudes. J'ai très souvent appelé la boîte des commentaires, rédigé des bouts que je virais de bord si tant tellement beaucoup que je finissais par quitter l'endroit, les larmes aux yeux, sans avoir été capable de publier une seule ligne. Il n'y a que chez moi que je me sente encore un peu en sécurité.

Parce que les écrits restent

Et pourtant, je l'avais toujours su...

Tout ce qu'on a écrit jusqu'ici, chez nous comme ailleurs, peut être lu et interprété de mille façons, remis à l'affiche, pointé du doigt, mal compris, psychanalysé et condamné.

Mais ce qui me paralyse, c'est que tout ce qu'on écrit aujourd'hui peut subir le même traitement. Ça détruit l'élan, le naturel, l'enthousiasme, le goût d'échanger ou de chercher à mieux se comprendre.

J'entends, il me semble, mes amis blogueurs me dire que je n'aurais pas dû accorder tant d'importance à cette peccadille, que c'était une histoire sans envergure, que j'aurais dû tourner la page, simplement cesser de fréquenter un endroit où la discussion n'est pas possible, où je risque d'être blessée à nouveau. Ouais, c'est vrai, j'aurais pu. J'aurais probablement dû. Mais je n'aurais pas été fidèle à moi-même en faisant semblant de rien, en balayant sous le tapis ce qui m'avait tant ébranlée. Il ne s'agit pas de faire ici une thérapie cognitive et comportementale mais ce qui s'est passé dans le monde virtuel doit aussi se vivre et s'expliquer dans cet univers qui est le nôtre. Ici, maintenant. Après, j'oublierai, je passerai à autre chose, peut-être que j'abandonnerai, je ne sais pas encore. On pourra m'accuser de plein de choses mais jamais de ne pas me tenir debout pour ce en quoi je crois, d'abandonner des gens que j'aime ou de ne pas être vraie, conséquente avec les propos que j'ai tenus. Je suis désolée. Sincèrement. J'aurais préféré vous parler aujourd'hui d'un sujet plus joyeux et autrement plus constructif.

Après ce temps de silence et d'absence où j'ai tout remis en question, surtout moi-même, je tenterai peut-être bientôt de sortir de ma paralysie virtuelle, de retrouver mon élan. Je serai prudente et insécure au début, il faut donner du temps au temps. Je souhaite sincèrement retrouver ma joie de communiquer avec des mots, le plaisir insouciant et naïf de participer aux blogues de mes amis pour m'informer, réfléchir, découvrir, discuter, apporter mon point de vue, m'enrichir de celui des autres, soulever des questionnements, des réflexions, mettre mon grain de sel, un brin de folie, de fantaisie, de tendresse ou d'humour. Sans aucune prétention.

Réflexion personnelle

Pour changer le monde, ça prend beaucoup, beaucoup, beaucoup d'amour. Autrement, il n'y a que les noms des victimes qui changent...

Ce billet est le plus difficile que j'ai pu écrire de toute ma vie de blogueuse...

mardi 17 février 2009

Les soupers de filles


Photo 1 : Le soleil couchant samedi dernier, jour de la Saint-Valentin, dans un sentier près de notre camp à Rapide Deux.

Photo 2 : Au même endroit, au même moment exactement, je n'ai eu qu'à pivoter de 90 degrés pour être moins aveuglée et pouvoir immortaliser ce bleu du ciel si caractéristique de l'Abitibi-Témiscamingue (un ciel plus haut qu'ailleurs) que je trouvais tout aussi magnifique. Du même coup, j'ai vu mon ombre. Ça me fait bien de longues jambes, je trouve!

Les soupers de filles

Je me demande souvent ce que je ferais sans mes amis(es). Ils et elles embellissent ma vie depuis toujours. Il y a les amis d'enfance, ceux et celles avec qui on a été à l'école, on a grandi, on a fait du sport, on a « jeunessé », on a fait des voyages, on a sorti, bamboché, veillé tard, travaillé, fait de la musique, chanté, dansé, rêvé, milité, refait le monde, marché pour la paix, contre la pauvreté, vécu nos amours et nos désamours, élevé nos enfants, pêché, exploré, organisé des soupers de Gaulois, des veillées au feu, des pique-niques dans les îles, des expéditions de canot, partagé des secrets, pleuré quelques chagrins, célébré la moindre des petites victoires, etc.

Mais c'est de nos soupers de filles que je veux vous parler aujourd'hui parce que c'est là une facette de l'amitié qu'on n'aborde pas souvent. Évidemment, il y a autant de sortes de soupers de filles qu'il y a de filles mais je vous en raconte un des miens que j'ai particulièrement aimé, il avait lieu un samedi soir de cet hiver, alors qu'on se le promettait depuis longtemps et qu'on n'avait particulièrement rien à célébrer, sauf le bonheur de se retrouver entre filles en fin d'après-midi pour partager des entrées, gueuletons, fromages, vins et délices. L'idée venait de mon amie Lise qui nous avait invitées chez elle, à deux maisons de chez moi.

Des affinités naturelles

Nous étions cinq. Approximativement du même âge. Toutes dans différents domaines d'activités professionnelles. Je connaissais très bien deux d'entre elles mais pour les deux autres, j'avais très hâte de les rencontrer. Lise m'avait dit : « Tu vas voir, tu vas tellement les aimer là... » et elle leur avait dit la même chose de moi. Il était convenu que chacune apporte à son choix quelque chose à bouffer et à boire. Notre table improvisée avait une apparence si délicieuse, harmonieuse et parfaite, comme si on s'était consulté, qu'on a flâné en discutant et en rigolant quelques heures autour de l'îlot de la cuisine avant de passer à table...

De l'humour

Il y avait dans notre souper de filles des lois non écrites mais naturelles auxquelles on se pliait avec humour et sérieux à la fois. Lise avait prévu quelques sujets de discussion qu'elle avait mis dans un chapeau, mais un beau chapeau de fille par exemple, et s'il y avait le moindre temps tranquille, on devait piger un sujet de discussion. Aussi, à tout moment, chacune pouvait interrompre l'apéro ou le souper en cours par un geste de « time out » en criant : « les filles, j'ai une grande révélation à vous faire » ou bien « les filles, j'ai un potin ultra croustillant pour vous autres » ou encore « les filles, j'ai trouvé ce qu'on fête ce soir ».

Oups, désolée, il faut que je parte, je reviendrai terminer ce billet demain, je m'en vais chouchouter la petite Félixe le temps que sa maman aille à l'université. Il y a des priorités dans ma vie quand même, un certain ordre à respecter dans mes petits bonheurs...

Voilà, je reprends où j'avais laissé mon souper de filles, nous sommes mercredi matin, je viens de me faire un deuxième café pour me remettre dans l'ambiance...

La première à faire un coup d'éclat, ça a été Line. Elle a grimpé sur une chaise, brandissant le signe « time out », et la phrase magique, « les filles, j'ai une grande révélation à vous faire », elle a laissé un petit silence nous intriguer avec ses yeux en points d'interrogation : « Réalisez-vous que ça fait deux heures qu'on est ensemble, cinq filles, et y a encore personne qui a parlé de ses enfants? » et l'une de nous a rajouté : « ou de son chum? ». Alors, Line a fait mine d'être chaudasse en s'exclamant : « Ben, I drink to that 'stie! » et elle a rempli nos verres!

Le souper allait bon train, de rigolades en fous rires, en discussions plus sérieuses, on réalisait qu'on avait en commun la fin quarantaine ou la jeune cinquantaine, une passion pour notre région, son développement, l'environnement, la paix dans le monde, la vie de plein air, un monde plus équitable, l'éducation, la santé, la justice, une job qui prenait de la place mais pas trop, une vie amoureuse d'une moyenne de 30 ans, des enfants, des projets et des rêves.

On a eu droit à plusieurs révélations, potins croustillants et raisons de célébrer. À un moment donné, j'ai demandé à l'une des filles si elle aimait les cours de baladi qu'elle m'avait dit qu'elle prendrait. Oh oui, elle adorait ses cours et elle a voulu nous montrer ses apprentissages. On a décidé à l'unanimité qu'on devait prendre une pause bougeotte avant d'attaquer le dessert!

Fantaisie et douce folie

Lise a mis de la musique de circonstance et nous voilà toutes les cinq à essayer de comprendre et reproduire les mouvements de base de la danse du ventre, un huit qu'il faut faire avec ses hanches mais sans bouger les épaules, ce qui a fait dire à l'une d'entre nous : « Ça va être facile pour moi, chu bonne dans les chiffres! ». On s'est promené en dansant à la queue leu leu de la cuisine à la salle à manger au salon, jusqu'à ce qu'on ait pas mal chaud. Deux filles ont enlevé leur chandail pour danser en soutien-gorge, pour cause de ménopause disaient-elles, et je me faisais la réflexion que si un homme était apparu à cet instant dans la porte vitrée de la maison à aire ouverte chez Lise, il aurait eu tout un spectacle!

Solidarité féminine

Après ces exercices, comme ça faisait 4 ou 5 heures que je n'avais pas fumé, j'ai mis mes bottes et mon manteau pour aller en griller une dehors. Deux filles m'ont accompagnée. Je leur ai offert chacune une grande effilée au goût menthol, elles m'ont dit : « Non, on vient pas fumer, c'est parce qu'on te lâche pas une seconde ». C'est ça aussi, les soupers de filles, une sorte d'acceptation inconditionnelle de qui on est, avec nos travers et nos défauts tout mignons, juste parce qu'ils sont les nôtres et qu'on s'aime tendrement.

Comme pour goûter la vie

On a bien jasé, bien mangé, bien bu, beaucoup ri, été attendries, touchées, bercées et plus encore, c'était un fameux souper de filles. On a veillé tard, ça ne nous tentait pas de partir, on aurait voulu arrêter le temps. Moi, j'étais à deux maisons de chez moi, je pouvais rester jusqu'en dernier. Deux autres prenaient la route ensemble jusqu'à Duparquet, quarante-cinq minutes à rouler dans la nuit alors qu'il neigeait des peaux de lièvres, on a voulu les garder à coucher mais puisqu'elles ont décliné aimablement notre invitation, on a toutes bu que du café et de l'eau à partir de là. Mais le party était tellement pogné de toute manière...

Et puis, sur le bord de la porte, ce furent les accolades, les tendresses, les mots d'amour de filles, les remerciements à Lise pour l'initiative géniale, l'accueil, les promesses de se reprendre une autre fois, d'inviter nos chums pour qu'ils regardent le hockey ou quelque chose, puisqu'ils ont des affinités aussi.

La seule question qui s'est posée

Oh j'oubliais... Une seule fois on a fait appel aux petits papiers dans le chapeau mais c'était pour que Lise n'ait pas préparé ça pour rien. La question était : « Aimerais-tu ça revenir à 30 ans? » et croyez-le ou non, seulement une fille sur cinq a répondu oui, en nous expliquant pourquoi, les quatre autres, dont je fais partie, étaient heureuses de leurs 50 ans!

mardi 10 février 2009

Les aurores boréales


Photo : Un soir d'hiver, il y a une douzaine d'années, ma fille jouait dehors avec ses deux cousins lorsqu'elle est accourue : « Maman, viens voir dehors, y a plein d'aurores boréales! » et c'est ainsi que j'ai pu prendre ma seule photo de ce phénomène qui me fascine.

Les aurores boréales

Plus on vit au nord, plus on a de chance de les voir apparaître et danser dans un beau ciel clair de nuit d'été même si ça se voit beaucoup l'hiver aussi, cette photo le démontre. Pour moi, ce sont les plus beaux feux d'artifice naturels qui soient!

Mais pour vous régaler d'une série de photos magnifiques d'aurores boréales et de paysages nordiques, voici le lien qui vous mènera à une galerie complète de photos offertes en partage par un passionné de Waskaganish (autrefois appelé Fort Rupert) village autochtone situé aux confluents de la rivière Rupert et de la Baie James, région Nord-du-Québec.

Tenez, je vous l'offre comme cadeau de la Saint-Valentin, moi qui suis tout à fait charmée par les petits gestes d'amour, de tendresse et d'amitié mais contre le marketing manipulateur des marchands de fleurs et de chocolats!

mardi 3 février 2009

Berceuses et petits bonheurs




Photo 1 : Voici Félixe au moment où elle fait ses exercices, après le boire, avant le dodo. Il y a de saines habitudes de vie qu'il faut instaurer dès le plus jeune âge!

Photo 2 : Je n'ai pas vu ça souvent, un bébé qui dort aussi calmement avec ses petites mains de chaque côté de sa jolie tête, sans aucune protection, le coeur à l'air, si vulnérable mais en même temps si ouverte. Et ce qui m'impressionne encore plus, c'est qu'après la photo, quand je l'ai prise dans mes bras, elle s'est recalée bien confortablement, a ouvert les yeux, les a refermés aussitôt et s'est remise exactement dans la même position! C'est comme si elle m'avait dit : « Ah c'est toi, mamie? » Je vous le dis, on communique très bien elle et moi!

Photo 3 : Entre nous, il y a un fil de soie transparent, immensément, infiniment solide qui se tisse. J'ai l'intention d'en faire une jolie dentelle avec le temps. À l'hôpital, on venait de lui enlever ses antibiotiques en intraveineuse et de confirmer qu'elle était en très bonne santé. J'aurais pu intituler ce cliché « une mamie heureuse et soulagée ».

Berceuses et petits bonheurs

Rarement j'ai écrit deux billets sur le même sujet dans une aussi courte période de temps. C'est que dans mon appareil photo, ces temps-ci, il n'y a pas de paysages, de perdrix, de lièvres ou d'orignaux. Mais il y a des moments de ce que je vis et je n'ai pas l'intention de passer à côté de ça, ni virtuellement ni autrement!

Dans ma « Lettre à Félixe » je vous annonçais sa venue au monde en vous partageant quelques passages où je lui confiais ma vision de tout l'univers d'amour qui s'offrait à elle et auquel je voulais contribuer. Aujourd'hui, mon propos sera plus léger parce que sa présence est devenue si concrète, si enjouée, si chaleureuse, si remplie de mille petits bonheurs qui surgissent en moi sous la forme des airs de chansons, des réflexions, des rêves, des idées de petits moments de douceur à multiplier sans fin pour embellir la vie... Bref, Félixe est déjà, à deux semaines, une semeuse de bonheur!

Berceuses

Quand je pense à elle ou que je la berce, je retrouve comme par magie toutes les chansons que chantaient ma mère et ma grand-mère, que je chantais à mon tour à Isabelle dans son enfance. Me reviennent aussi d'autres souvenirs : le visage de ma grand-mère qui s'illuminait quand elle parlait de la pureté des petits bébés, elle en était si émue, si heureuse. Aussi, j'ai le souvenir de l'émotion de ma mère devant la pouponnière quand Isabelle est née, ma mère et sa générosité, son sens de la justice, sa grande conscience sociale, sa profondeur, qui disait : « Tu vois, aujourd'hui, ils sont tous égaux, ça devrait être toujours de même, mais c'est en sortant d'ici que ça va changer, certains vont être choyés et d'autres pas ». En voici des petits bouts de ces berceuses héréditaires et intergénérationnelles qui vous rappelleront peut-être quelque chose à vous aussi...

Enfant du voyage/Ton lit c'est la mer/Ton toit les nuages/Été comme hiver/Ta maison c'est l'océan/Tes amis sont les étoiles/Une fille aux cheveux d'or/Perdue dans le vent du nord...

J'aime ce petit coin de terre/Perdu là-bas aux grandes eaux/Où je vécus avec ma mère/Mes premiers jours tendres et beaux/Les souvenirs de l'enfance/Viennent charmer mon âge mur/Comme la vapeur que le vent balance/Embellit parfois le ciel d'azur/J'aime à voir la mer calme et grande/Qui touche à l'horizon, le ciel/J'écoute le soir sur la lande/Le bruit de ses flots si solennels/J'aime à la voir en furie s'élevant avec majesté/Jetant sur ses caps sa vague blanchie/J'aime à voir sa sauvage beauté...

Sorti du bateau, le coeur tout malade/Pauv' petit gravier où débarquez-vous/On a tout au moins cette vie sans peine/C'est à l'Île aux chiens qu'il est notre rendez-vous/Nul ne peut vous dire et ne vous écoute/Pauv' petit gravier comment ferez-vous/Alors nous ferons comme ont fait nos pères/C'est plutôt mon gars qu'ils feront comme nous/On a tout au moins cette vie sans peine/C'est à l'Île aux chiens qu'il est notre rendez-vous...

J'ai pour toi un lac quelque part au monde/Un beau lac tout bleu/Comme un oeil ouvert sur la nuit profonde/Un crystal frileux/Qui tremble à ton nom comme tremblent feuilles/À brise d'automne et chansons d'hiver/S'y mire le temps, s'y meurt et s'y cueillent/Mes jours à l'endroit/Mes nuits à l'envers...

Mon poème voyage à bord d'un avion de papier/Va mon planeur cap sur son coeur/Belle envolée/Par les vents jusqu'au bout de la mer et des chalutiers/Va mon planeur cap sur son coeur/Belle envolée/Mon âme est une course vagabonde/En un instant où elle a dû passer/Et chaque nuit chaque simple seconde/Tourne en pays et je suis paysée/Comme il serait doux de partir avec elle/En un voyage agréable et nouveau/Jusqu'à la nuit claire et perpétuelle...

Il est un sentiment vivace/Plus doux qu'un soleil de printemps/Un souvenir que rien n'efface/Pas même la marche du temps/Dans les passages de la vie/Quand s'agite le désespoir/L'ombre d'une image chérie/Apparaît dans notre ciel noir/On se rit d'une folle ivresse/On oublie un jour sa maîtresse/On brûle ses lettres d'amour/Mais de sa mère/ Mais de sa mère, on se souvient toujours...

Sur le rivage où la barque légère est au repos/Les enfants jouent loin des yeux de leur mère, ô matelot/Renouvelons, dit l'un d'eux l'aventure de Robinson/Hissons la voile au haut de la mature, le vent est bon/Et les petits enfants s'éloignent en chantant/Tirons les avirons et filons en cachette/Sur l'aviron, tirons, que pas un ne s'arrête/Ohé! Tirons/ Mais là-bas, tout là-bas, dans le vent qui soupire/La voix du vieux clocher tinte et semble leur dire/ Petits enfants, prenez garde aux flots bleus/Qui font semblant de se plaire à vos jeux/Les flots berceurs font pleurer bien des yeux/Petits enfants, prenez garde aux flots bleus...

Dors, mon bel ange, va dormir/Dans son nid, l'oiseau va se blottir/ (je voudrais bien savoir la suite de ces paroles, si vous les connaissez?)

Ferme tes jolis yeux/Car les heures sont brèves/Au pays merveilleux/Au beau pays du rêve/Ferme tes jolis yeux/Car tout n'est que mensonge/Le bonheur n'est qu'un songe/Ferme tes jolis yeux... (Celle-là, je ne la chanterai pas longtemps, dès que Félixe pourra en comprendre le sens, je vais l'enlever de mon répertoire de berceuses, parce que je trouve ces paroles très désolantes, pas mal « éteignoir »...)

Et je pourrais continuer longtemps à vous en chanter de ces berceuses-là en plus de celles que j'ai inventées moi-même au fil des années.

Et petits bonheurs

Savez-vous en quoi Félixe me ressemble? Elle a les zoreilles très sensibles! À l'instant où elle est née, Dominic l'a prise dans ses bras et lui a dit de sa belle voix grave : « Bonjour Félixe, je suis ton papa » et il paraît qu'elle a cessé tout de suite de pleurer, je suis certaine qu'elle a reconnu sa voix. Aussi, vendredi dernier, elle dormait dans mes bras lorsque son papa est descendu de son atelier lui faire un petit bisou et lui chanter sa drôle de chanson : « Félixou, Félixou, c'est la reine des p'tits minous... » et vous savez quoi? Moi, j'étais morte de rire à le voir danser le twist et Félixe nous a fait son plus beau sourire! Toutes ses mimiques me laissent croire qu'elle réagit très sensiblement aux voix humaines, à la musique.

Quand je vais parfois leur donner un petit coup de main selon ce qui leur convient le mieux, je me sens privilégiée de vivre quelques heures au milieu de tant et tant d'amour. Dominic a transporté son atelier de travail à la maison pour quelques semaines encore, alors, à tout bout de champ, il descend au rez-de-chaussée faire des bisous à Félixe et à Isa, en même temps qu'il réussit toujours à me faire rire et à m'attendrir. Isabelle est une si bonne, si belle et si merveilleuse jeune maman, une amoureuse si amoureuse, que je ne peux m'empêcher de lui dire comme elle m'épate.

Aujourd'hui, Dominic est en tournage à l'extérieur et Isa a tout à l'heure un cours d'une durée de 4 heures à l'université. Et qui c'est la chanceuse qui est toute contente d'être heureuse d'aller cajoler la petite Félixe?