lundi 21 janvier 2008

La chaleur de l'amitié... à - 35 degrés



Deux photos prises hier après-midi, au bout du lac Dufault, par moins trente-cinq degrés, peut-être moins trente-neuf, je sais pas trop, quand on aime, on compte pas! La pêche blanche, chez nous, au bout de notre lac, est plus qu'une activité hivernale. C'est un lieu de rencontre et d'amitié, une chaleur immense dans la froidure de l'hiver.

J'aurais voulu vous parler d'amitié mais le sujet est trop vaste, il m'émerveille et je suis consciente, à ce chapitre, d'être née sous une bonne étoile... J'en aurais trop long à dire sur la place importante que ça prend dans ma vie. Je vous raconterai plutôt notre dimanche à la pêche blanche, avec nos amis, Gilles et Martine, qui sont... vraiment... tellement des amis, je dirais même comme de la famille.

Nous habitons sur le bord du même lac depuis à peu près le même temps. Nous nous sommes connus quand nos filles (qui sont toujours des amies, des soeurs, des compagnes de voyage et des co-locs) étaient en maternelle ou en première année, parce qu'on s'impliquait comme parents dans les activités de leur petite école. Le coup de foudre amical avait été instantané et on n'a jamais arrêté depuis de découvrir des qualités et des forces vives chez nos amis, leurs trois enfants, dans leur façon d'être et de vivre, de partager les bons moments et les passions communes, de constater leur amour de la vie et de la nature, célébrer les petites victoires, ou simplement le solstice d'été, d'être là dans les moments moins joyeux, les chagrins et les deuils. Toutes les raisons sont bonnes pour s'improviser un souper de Gaulois, une veillée autour du feu, une partie de volleyball de plage, une tournée des îles, une récolte de bleuets, un mini voyage, une sortie nature, un ti verre de drigne en ville le vendredi soir, bref, nos vies se croisent et s'entremêlent, dans le plus grand des respects, depuis longtemps et pour toujours...

Pour des raisons que nous comprenons et parce qu'un géant se meurt, nous nous sommes perdus de vue depuis décembre dernier. Gilles et Martine nous manquaient et nous savions que c'était réciproque. Vendredi soir, quand ils nous ont donné rendez-vous, nos retrouvailles ont été un tel bonheur... Tellement que nous avions planifié pour dimanche matin, au bout du lac, une rencontre à la cabane à pêche. Est-ce que nous allions nous priver de ça à cause du froid glacial? Notre amitié est bien au-dessus de ça!!!

Habillés chaudement, des petites surprises à bouffer dans nos sacs à dos, une bonne bouteille de rouge, nos coupes incassables (qu'ils nous ont offertes en cadeau vendredi soir en nous précisant : « Vous savez ce que ça veut dire, hein? ») mon numérique dans son étui sur mon ti coeur, dans mon trop grand manteau de duvet (souvenir de Papa) on avait oublié qu'il faisait si froid. Pas grave, on allait rentrer se réchauffer dans la cabane plus souvent. À travers les vitres givrées, on allait surveiller nos lignes et continuer à faire la mise à jour de nos vies qui vont trop vite.

En prime, comme un bonheur n'arrive jamais seul, nos filles, qui avaient eu vent de l'affaire et qui n'ont peur de rien, sont venues nous rejoindre à la cabane, parce qu'elles sont ultra débrouillardes, qu'elles n'ont pas froid aux yeux (!) et qu'elles n'auraient manqué ça pour rien au monde. Là, quand elles sont apparues, les vitres de la cabane ont commencé à dégivrer pas mal!

On était heureux d'être ensemble. Simplement. On a ri. On a été plus sérieux aussi. On mettait une bûche de temps en temps dans le petit poêle, on se garochait dehors quand une ligne descendait, on se faisait voler des ménés à tout bout de champ, on remplaçait les appats, on dégageait la glace des trous de pêche avec la cuillère à trous, c'était presque du travail à temps plein hier, mais on allait et on venait à notre guise, dehors et dedans, au gré du vent, dans la plus grande liberté, souvent dans le silence, avec juste des sourires. Ouais, on était bien. Juste bien mais totalement bien. On aurait pu se dire qu'on s'aimait mais c'est pas trop notre genre et puis, on n'en sentait pas le besoin, ça nous semblait très évident qu'on s'était ennuyés les uns des autres. Au risque de me répéter, j'écris encore cette phrase de Maman : « Ce qui ne s'exprime pas s'imprime... »

Nous sommes repartis en fin de journée, dans le soleil couchant, chacun vers son rivage, en nous souhaitant une belle semaine. Nous avons pris deux brochets mais même si nous étions revenus bredouille, ça aurait été quand même la journée la plus merveilleuse de l'hiver. Et je n'ai jamais eu froid... pas plus que Gilles et Martine, Crocodile Dundee, Isabelle et Audrey, Martin et son cousin Émile.

lundi 14 janvier 2008

Mon pays, ce n'est pas un pays, c'est l'hiver...





Ces trois photos, je les ai prises samedi dernier, 12 janvier 2008, à notre camp de Rapide Deux où nous nous étions sauvés pour la fin de semaine! Avec la pluie que nous avons connue la semaine dernière, lorsque tout a gelé à nouveau, avec cette neige fraîchement tombée, la forêt boréale est devenue tour à tour un garde-manger fabuleux pour les lièvres qui avaient beau gambader et grignoter toutes les branches basses (photo 1), sur la photo 2, la forêt s'est faite dentelle... Sur la troisième, la blancheur immaculée donnait au moindre petit rayon de soleil une lueur presqu'irréelle.

Nous avons sillonné des sentiers de paysages magnifiques tout l'après-midi pendant que le camp se réchauffait. Crocodile Dundee donnait de la nourriture à ses martres, ses lynx et ses pékans dans les cabanes qu'il a prévues à cet effet. Il aime prendre soin, ça, je le sais. Et moi, je faisais de la photo, j'aurais voulu capter tout le beau et le bon que j'ai vus, que j'ai ressentis. Quarante-trois photos en quelques heures. Toutes belles. En tout cas, pour moi, qui ai vu ces paysages en vrai. Des fois, quand c'est trop beau, on aurait quasiment le goût de pleurer. La beauté, moi, ça m'émeut... C'est même une des seules choses qui puisse me faire pleurer!

Vigneault chante : « Mon pays, ce n'est pas un pays, c'est l'hiver » et j'ajouterais pour notre particularité régionale... « c'est l'hiver et l'espace, la forêt et la liberté ». Rien d'autre à ajouter aujourd'hui mais l'envie de partager ces images avec vous, juste comme ça!


jeudi 10 janvier 2008

Match du 31 décembre 2007 : Score final

Voici une photo que j'ai prise le 31 décembre dernier, lors de la fameuse tradition glacée... et bien ancrée (titre de mon billet du 10 décembre dernier). Jusqu'à la toute fin, on ne savait pas si on allait pouvoir faire les miracles qu'il fallait pour sauver la patinoire. Cette année, « la puck roulait pas pour nuzôte », question température mais on a donné tout ce qu'on avait dans le ventre... avant le match... pour qu'il y ait un match!

Il y avait pas mal de monde le jour J mais pas les mêmes que les années passées tout à fait. Les gens d'ici voyagent beaucoup à l'extérieur de la région, surtout au temps des fêtes, et puis, nos jeunes ont grandi, certains se sont levés trop tard, les vieux ont eu des problèmes avec leurs genoux, leur nerf sciatique, certains ne trouvaient plus leurs patins, vous voyez le topo?

Il y a eu cette année quelques innovations à notre tradition : on a mis des bancs sur le bord de la patinoire, soit pour chausser les patins, soit pour servir de banc de punition, soit pour accueillir la foule en délire. Finalement, ils n'ont servi qu'à la foule en délire! Aussi, le gars qui avait un problème de nerf sciatique, il a tenu à faire le commentateur, dans une version originale, locale et unique du René Lecavalier du lac Dufault. On a ri comme des fous!

Pour diviser les équipes, d'habitude, on procédait ainsi : nos familles/amis contre les familles/amis d'Alain, notre voisin et co-responsable de la patinoire. Mais cette année, ça s'est divisé autrement et je vous assure que ce n'était pas mon idée : les jeunes contre les vieux... Juste pendant le réchauffement, j'ai vu que le calibre avait augmenté d'une grosse grosse coche. En plus, les deux positions de gardiennes de but étaient comblées, alors, c'était ma première année « sur le banc » (j'ai pris un p'tit coup de vieux) mais j'étais la photographe officielle et la porteuse d'eau, l'assistante du commentateur aussi et... la faiseuse de bonne grosse soupe à la dinde et pain de ménage chaud. J'ai aussi fait pas mal d'animation pendant les pauses et dans l'après hockey.

J'aurais pu aussi encourager mes joueurs mais je trouvais que notre nom d'équipe n'était tellement pas winner : Les Vieux! Pas très fort, question marketing. Je me voyais mal crier : « Let's go, Les Vieux, let's go! » alors, j'ai rien crié, de toute manière, ceux qui crient, ça m'énaaaaaarve!

Les Jeunes ont bien joué, ils étaient rapides et infatiguables. Mais Les Vieux ont plus de stratégie, plus d'expérience, ils font ce qu'ils veulent avec la rondelle, ils déjouent comme s'ils avaient des doigts au bout de leur palette et Super Diane a gardé nos buts comme une vraie pro. On ne la déjoue pas si facilement, elle a passé à travers l'adolescence de ses deux enfants sans aide et fraîche comme une rose... Moi, personnellement, je lui ai accordé la première étoile du match, particulièrement pour ses répliques savoureuses lors des pauses et dans l'après hockey.

Un seul regret, par exemple, ça manquait d'enfants cette année... Où étaient-ils donc passés? Je me suis demandé s'ils ne jouaient pas à leurs nouveaux jeux vidéos reçus à Noël!

Score final 2007 du match du chemin des Castors : Les Jeunes 10 vs Les Vieux 7. Pas grave, on aura notre revanche l'an prochain!

dimanche 6 janvier 2008

Bilan : moment de réflexion entre le passé et l'avenir



Depuis quelques jours, je cherche comment je pourrais illustrer un titre et un propos aussi abstraits, surtout que je n'ai pas d'idée précise de ce que je suis venue vous raconter exactement aujourd'hui, à part quelques idées que je vais tâcher de mettre en ordre en votre compagnie. Vous ai-je déjà dit combien vous êtes précieux pour moi, ceux et celles qui venez parfois me lire?

La première illustration, je viens de la numériser. Elle représente le passé. En défaisant l'arbre de Noël, j'ai bien rangé chaque ornement (chacun d'eux a sa petite histoire ou souvenir qui lui est rattaché) et changé la grosse boîte de carton affaissée pour une neuve et tout au fond, j'ai retrouvé cette carte fait main par Isabelle qui m'est apparue comme une révélation, un cadeau inespéré. Je croyais qu'il s'agissait simplement d'un de ses vieux dessins mais en l'ouvrant, j'ai aperçu cette motoneige avec ses occupants en 3 dimensions avec ses mots d'une petite fille de 8 ou 9 ans que je vous retranscris. Vous pouvez aussi rapprocher l'image en cliquant dessus : « Cher papa et maman, premièrement joyeux Noël et Bonne année. Vous êtes un exemple pour tous les parents du monde entier. Votre amour pour la vie est tellement fort que vous m'avez transmi (sic) ce cadeau le plus important dans une vie. Joyeux Noël! Isabelle x x et un coeur dessiné »... Voilà la plus belle réalisation de mon passé.

Maintenant, la photo suivante : l'avenir. Isabelle et Dominic, décembre 2007, lorsque nous sommes allés ensemble à notre camp à Rapide Deux. Oui, je sais, on ne les voit pas beaucoup, c'est précisément pour ça que j'ai choisi cette photo, il faut quand même penser à se garder une petite gêne, je n'aurais jamais osé vous présenter leurs belles petites faces en gros plan!

Bilan

Cette période charnière du temps des fêtes, où l'on termine une année et on en débute une autre, me ramène chaque fois à un examen de conscience de ce que j'ai vécu dans cette année qui s'achève, les conclusions que j'en tire, et surtout, ce qui m'apparaît comme plus sage de mettre de l'avant pour que ma vie s'améliore. La mienne et celle de mes proches...

Et cette rétrospection, je la fais toujours par petits bouts, parce qu'il faut que je vous dise que les fêtes, chez nous, ça commence le 20 décembre avec l'anniversaire de ma mère et ça se poursuit sans relâche jusqu'au... 6 janvier, la preuve étant que j'attends encore du monde pour souper ce soir. Vous n'imaginez pas jusqu'à quel point nous avons des réunions de famille, traditions et retrouvailles, à un rythme qui nous étourdit et duquel nous aimerions parfois nous soustraire, juste un peu. Je ne veux pas m'en plaindre, j'assume que nous récoltons ce que nous avons toujours semé, c'est juste qu'on a semé à tout vent, alors...

De mon année 2007, aux premières loges, ce blogue où j'ai commencé à écrire en janvier. Tout un monde s'est ouvert à moi et n'en finit plus de m'amener sur des sentiers fascinants. Ensuite, il y a eu un printemps difficile où nous avons ensemble, Crocodile Dundee, Isa et moi, fait face à des peines et des tourments comme un bloc indissoluble, celui que nous avons toujours été, sur sa carte, bien en selle sur la motoneige, il y avait ces trois personnes-là! Juillet aura été le plus beau mois de 2007, je suis allée en mini voyage quelques jours, au bout de moi-même, pour célébrer toute seule mes 50 ans. Et puis, c'est ce mois-là que Dominic est entré dans la vie d'Isabelle et ensuite, dans la nôtre et depuis, notre bloc indissoluble de trois compte maintenant quatre personnes. Un jour, je vous parlerai plus longuement de Dominic, c'est toute une recrue dans notre vie, celui-là!

L'automne nous arrive sur la pointe des pieds, Crocodile Dundee subit une grande épreuve, la pire de sa vie : les acouphènes et tout ce qui vient avec, on n'en meurt pas mais la vie n'a plus le même sens et s'il y a un moment où nous sommes un bloc indissoluble, c'est maintenant plus que jamais. Il cherche, il expérimente, il consulte la médecine traidtionnelle et alternative, il réfléchit, il se questionne, il se fait une raison, et puis, il se révolte et se bat à nouveau, il se décourage un peu parfois mais il retrouve son élan, je le reconnais dans tout ce qu'il est et je sais que de l'autre côté de tout ça, il sera encore un meilleur homme, devenu plus sage, plus amoureux de la vie, l'être le plus pur et le plus extraordinaire que je connaisse. Quand il dit : « Ce qui me fait de la peine, c'est de penser que je n'entendrai plus jamais le silence de la forêt... » chaque fois, je lui réponds : « Je te jure que tu vas le percevoir, on va trouver comment, tu vas voir! » et je le crois fermement.

Au fil de l'année 2007, professionnellement, j'ai vécu la troisième année de ma toute petite entreprise. La consultante en communication que je suis a l'impression d'avoir atteint sa vitesse de croisière. Je n'ai plus rien à prouver enfin, comme ça fait du bien! J'ai toujours détesté faire de la prospection de clients, d'ailleurs, je n'en ai jamais fait, je pense. On me propose maintenant des mandats, des contrats, des projets et je me permets le luxe d'accepter ou de refuser. On ne me négocie plus jamais mon tarif horaire, je n'en reviens juste pas. Ça tombe bien, je n'avais plus d'énergie à investir là-dedans et de moins en moins le goût de me battre, donc, je reconnais ma chance, malgré des horaires parfois trop chargés et les aléas de ce curieux métier qui me permet quand même de gagner ma vie avec... mes mots!

Dans le reste de ma vie, il y a nos Mamans, la mienne et celle de Crocodile Dundee, deux personnes âgées, veuves, qui ont besoin d'être accompagnées dans différents aspects de leur vie, selon chacune, et selon les situations. Je ne pourrais pas ne pas être là pour elles, je veux qu'elles sentent qu'elles ne sont pas seules, qu'elles ne me dérangent jamais, qu'elles sont importantes pour moi, qu'elles soient heureuses et qu'elles ne manquent de rien.

En ce début janvier, me viennent en tête les mots de Maman, ceux qu'elle avait écrits un jour et que j'ai retenus par coeur : « Avant que ne s'évanouissent les brumes du passé, le joyeux cortège des fêtes de Noël et du Nouvel An nous invitent à laisser libre cours à une joie profonde et toute intime. D'où vient que l'on éprouve toujours bonheur nouveau à exprimer des souhaits déjà anciens? Oh, c'est que l'amour et la reconnaissance sont des sentiments qui ne vieillissent pas mais qui, au contraire, prennent plus d'intensité et de chaleur à mesure que le temps fuit. » Oui, ma Maman, c'est une femme sensible et profonde et je trouve tellement dommage qu'elle n'écrive plus.

Entre le passé et l'avenir

La carte de Noël des 8-9 ans d'Isabelle, réapparue comme par magie, a été une vraie révélation : L'amour de la vie, c'est ce qu'il y a de plus important. Ça s'inscrit bien souvent en plusieurs couleurs et nuances, l'amour des autres, la confiance en la vie, un peu d'espoir, un peu de courage, le goût de semer, de donner, d'aimer, de transmettre, de construire, de vouloir un monde meilleur...

Tout cela m'a amenée à ma seule résolution de cette année qui s'est imposée d'elle-même. J'aime prendre soin de ceux et celles que j'aime mais est-ce que je prends soin de moi? Non, pas toujours, pas souvent, pas beaucoup, parce que j'aime trop de monde et que je juge souvent qu'ils en ont besoion sans doute plus que moi. Non pas que je ne m'aime pas, au contraire, je m'aime mieux qu'avant, j'ai beaucoup travaillé là-dessus, mais je veux cette année me considérer au même titre que ceux et celles qui prennent toute la place dans mon coeur.

Alors, je vais m'autoriser un peu de temps libre chaque jour, du temps pour moi toute seule, au moins 30 minutes, peut-être même une heure. Je vise même plus que ça!

Aussi, au lieu de prendre une douche en vitesse et courir ensuite vers la prochaine urgence, je vais plus souvent prendre un bon bain, avec full plein de mousse, et mettre ma robe de chambre dans la sécheuse 5 minutes avant de sortir de l'eau. Ben quoi, c'est vrai, je le ferais pour quelqu'un d'autre que j'aime! Aussi, je vais plus souvent donner rendez-vous à des amis(es) au resto, plutôt que d'attendre qu'on m'invite, parce que j'aime vraiment trop ça. Et bouquiner dans ma librairie préférée, au moins une fois par deux semaines, c'est décidé. Jouer dehors, ça, j'adore. Me battre dans la neige avec Crocodile Dundee et le chatouiller jusqu'à ce qu'il s'écroule, vaincu, l'entendre rire comme avant... Et plein d'autres choses qui vont me venir à l'esprit, j'ai l'imaginaire ultra fertile et débordant de vie, ne vous gênez pas si vous en avez d'autres à me suggérer, je suis preneuse! Que faites-vous pour mieux prendre soin de vous?

Je sais que ça fait cliché mais je veux vous souhaiter une Bonne et Heureuse Année 2008 à tous et à toutes, la santé, du temps pour vous et beaucoup d'amour de la vie. Les enfants ont toujours raison, « c'est le cadeau le plus important dans une vie ».


mercredi 19 décembre 2007

Noël, la saison des réjouissances...


J'ai cherché dans toutes mes photos celle qui pourrait illustrer ce que j'avais à dire aujourd'hui et celle-là m'a fait un effet instantané. Pigée dans l'album de notre fille, cette photo avait une note à l'endos où je reconnais mon écriture : « Mon premier contact avec le Père Noël, décembre 1987, pharmacie Jean Coutu. Je ne l'ai pas aimé, il parlait fort, il riait fort et Maman a dû nous laisser ensemble pour que le photographe fasse son travail. Le Père Noël avait 10 secondes pour m'apprivoiser. Il a échoué! »

Noël, la saison des réjouissances

Quand j'étais petite, le temps des fêtes durait au moins deux semaines et j'en garde des souvenirs impérissables... Les familles étaient si nombreuses et mes deux familles très élargies nous rassemblaient toujours en Abitibi-Ouest, dans la grande maison du rang VII, sur la route de Dupuy, chez mes grands-parents maternels, ou alors dans l'autre, au Petit Village à La Sarre, chez mes grands-parents paternels.

Dans la grande maison du rang VII, c'était toujours le temps des réjouissances et particulièrement au temps des fêtes. On arrivait de partout, des pleins chars, et tout le monde était accueilli dans des effusions de joie, de rires et des petits bouts de refrains. Il me semble que je nous revois encore débarquer de l'auto, tout endimanchés et ceux qui étaient arrivés avant nous venaient nous ouvrir la porte en nous sautant quasiment dessus. On aurait dit qu'on éclairait la place quand on arrivait et que ça devenait de plus en plus lumineux quand les autres se pointaient à leur tour.

Les retrouvailles avec les cousins et cousines étaient bruyantes et animées, mais jamais autant que celles des grands. Dans la famille de Maman, tout le monde joue d'un instrument de musique, tout le monde chante. Moi, j'avais tout le temps hâte que la musique commence mais je savais que ça ne viendrait qu'après le souper, il fallait laisser les guitares s'acclimater et on avait un respect immense pour les instruments de musique, on les regardait seulement. L'arbre de Noël dans le salon était magnifiquement décoré par Grand-Maman Éva, avec un ange dans le haut, des boules de Noël très anciennes même parfois un peu dépeinturées mais toujours si brillantes, des cartes de Noël reçues des Iles, toutes écrites dans les moindres petits racoins, des glaçons, des cheveux d'ange, et au pied du sapin, beaucoup de petites maisons, une église et une grosse crèche où il ne manquait personne, personne, il y avait même tous les petits bergers avec des agneaux dans les bras et tout. On était catholique fervent dans la famille...

Dans ce tourbillon de cris, de chansons, de tapage de pieds, de jouage de tours, de p'tits boires et de rigolade, on ne pensait pas aux cadeaux, c'était bien secondaire, on en aurait un, c'est tout, c'était comme une loi non écrite parce que Noël, c'était tout sauf ça. J'ignore comment les grands faisaient mais dans le temps de le dire, la table était servie pour les grands et nous, les enfants, on avait chacun notre marche dans l'escalier qui donnait sur l'immense cuisine, bien entendu, on n'aurait pas voulu rien manquer du party. Dans l'escalier chez Grand-Papa, il y avait toujours une hiérarchie selon l'âge, donc, on avait quasiment notre prénom d'écrit sur notre marche, la mienne, c'était la deuxième, il y avait juste Michel de plus vieux que moi. Ensuite, il y avait la marche à Lise, Solange, Raymonde, Ti-Luc, Ti-Gilles, etc...

C'est après le souper qu'on avait des surprises parce que d'autres se joignaient à la famille, les cousins de nos parents. Eux autres, ils avaient des violons et des accordéons en plus de toutes les guitares. Ah là, c'était sûr qu'on allait veiller tard! Entre deux morceaux de vaisselle à laver, on recevait notre cadeau. Il ne passait jamais sous le sapin, il n'y avait pas de place pour ça de toute manière, avec les petites maisons et la grosse crèche... Je me rappelle avoir eu une année un Colorola. J'étais donc contente. Maman devait avoir commandé ça dans le catalogue : Un machin en plastique rouge avec dedans une feuille magique qu'on pouvait colorier avec des crayons de cire et quand on tournait la manivelle, il apparaissait un autre dessin à colorier. Quand on avait fait le tour et qu'on revenait au dessin de départ, il était tout effacé et redevenu vierge. Je croyais que j'allais m'amuser très longtemps avec mon super magique Colorola!

Mais mon oncle Claude, qui commençait à être un peu pompette, dans un éclat de rire, s'est assis sur mon Colorola. Ça a fait un gros « crack » et il a tellement trouvé ça drôle, les autres aussi d'ailleurs. Il y avait juste moi qui ne riais pas tellement. Il a dit : « C'est à qui la bébelle, ben, le restant de bébelle? » ce qui a fait rire encore plus les grands alentour. J'ai dit : « C'est à moi! » et il a répondu : « Ah, c'est pas grave, mon oncle Claude va t'en acheter un autre! » et il avait ajouté, « C'est Nouel! » en se servant un autre verre. Ma tante Yvonne y avait vu le signal pour entonner sa chanson de circonstance qui me rend toujours joyeuse et nostalgique « C'est Nouel dans notre beau petit village, c'est Noël ici comme ailleurs, à l'église de notre beau petit village... ».

Pour chanter, il y en a qui « se faisaient prier » mais ils finissaient par se laisser convaincre, comme Maman qui chantait « Elle avait des bagues à chaque doigt, un tas de bracelets autour des poignets et puis elle chantait de sa belle voix qui sitôt m'enjôla, elle avait des yeux, des yeux d'opale qui me fascinaient qui me fascinaient, y avait l'ovale de son visage pâle, une femme fatale qui me fut fatale... » ou bien « Enfant du voyage, ton lit, c'est la mer, ton toit, les nuages, été comme hiver, ta maison, c'est l'océan, tes amis sont les étoiles, une fille aux cheveux d'or, perdue dans le vent du Nord...». Grand-Papa, lui, quand il se levait debout, qu'il nous faisait un clin d'oeil et qu'il se dépliait du haut de sa grandeur, on savait qu'il était le plus heureux des hommes d'avoir toute sa famille autour de lui et qu'il nous dirait sa petite phrase, « êtes-vous heureux, là? Bon ben, si vous êtes tous heureux, moi aussi! » et qu'il nous chanterait la sienne « On arrêtera le télégramme, la langue des femmes, jamais! » dont je voudrais bien retrouver les paroles...

Toutes les chansons des Iles de la Madeleine y passaient, ainsi que les classiques de la famille « Les Immortelles », « Partons la mer est belle » chantés en harmonie à plusieurs voix, plusieurs guitares, mon oncle Marcel, ma tante Denise, mon oncle Paul, ma tante Gertrude, toujours un moment presque solennel. Mon oncle Hilaire tapait du pied à s'en user les talons avec « Le p'tit bal chez Jos Brûlé », la maison en tremblait, si on était chanceux, mon oncle Ti-Charles, allait nous faire avec un tas de grimaces et de sous-entendus, « Oh, Belle vous y avez une belle tite couisse, oh belle, vous y avez » mon oncle Raymond, mon oncle Edwin, ma tante Bernadette, ma tante Pauline et toutes les chansons de mer, de bateaux, de capitaines et de matelots, notre histoire et notre folklore madelinot, avec ses complaintes et ses harmonies, cette mer qui berce et qui nourrit, on ne pouvait jamais se résoudre à aller se coucher. Des fois, trop rarement, Papa nous jouait un petit reel d'harmonica que mes oncles accompagnaient au vol et enrobaient si richement, comme s'ils avaient pratiqué ensemble.

Noël, c'était ça, un temps de réjouissances, de retrouvailles familiales, de musique, de rires, de chansons, d'histoires, de moments passés ensemble à s'aimer sans se le dire. Mais on communiquait dans notre musique. On n'aurait jamais manqué la messe de minuit, sinon, Noël n'aurait pas eu de sens mais la fête reprenait de plus belle après et je ne me souviens plus quand est-ce qu'on allait se coucher mais je me rappelle que les cousines, on dormait toutes ensemble dans la petite chambre de la machine à coudre, en haut, dans le même lit toutes les quatre et qu'on riait jusqu'à ce qu'on tombe endormies et épuisées, bercées par la musique qui se continuait en bas parce que les grands, ils se couchaient pas, je pense...

Finalement, je voulais vous parler d'autre chose complètement et je me suis égarée en chemin, trop plongée dans mes souvenirs de ces Noël qui n'existent plus. Mais je me reprendrai lors d'un prochain billet, je crois, où je vous raconterai un peu comment je fais pour garder aujourd'hui le meilleur de cette « saison des réjouissances » et toujours mon âme d'enfant. Et pour conclure l'histoire de mon défunt Colorola, ben... mon oncle Claude n'avait pas tenu sa promesse mais j'avais espéré longtemps, très longtemps. Ça m'avait appris quelque chose d'important : quand on fait une promesse à un enfant, il faut toujours la tenir, sinon, on peut lui briser le coeur...

lundi 10 décembre 2007

Une tradition... glacée et bien ancrée

Je ne sais plus en décembre de quelle année j'ai pris cette photo parce que cette fresque sportive glacée et bien vivante se déroule devant chez nous à tous les ans depuis que nous habitons ici, en 1991. Au début, nous faisions la patinoire pour les petits mais on s'est bien vite rendu compte que ce n'était jamais aussi désintéressé qu'on le disait. Oui, bien sûr, nos enfants ont grandi avec la patinoire devant la maison tous les hivers et ça a donné lieu à plusieurs situations drôles et très extrêmement pédagogiques mais surtout, la tradition s'installait au fil des ans de manière très profonde jusqu'à devenir LA TRADITION du temps des fêtes!

Et cette année, notre 17e saison d'hiver qui débutait de manière inhabituelle avec trop de neige et pas assez de glace nous désespérait pas mal. Nos enfants ont maintenant 20, 21, 22, 23 ans et n'habitent plus ici mais ils s'inquiétaient beaucoup eux aussi du fait « qu'on n'aurait pas de patinoire c't'année » et donc, que les parties annuelles du temps des fêtes n'allaient pas avoir lieu. Qu'allions-nous faire?

« Partir » la patinoire sur le lac, ce n'est pas si simple qu'on pourrait le croire et il ne suffit pas de se retrousser les manches pour pelleter après toutes les tempêtes. La patinoire, c'est tout un art! Crocodile Dundee, Alain, notre voisin, ainsi que mon frère Yves sont devenus des pros de la patinoire. Ils savent quel est le moment exact où il faut la faire, comment s'y prendre, combien de pouces de glace sont nécessaires, comment éviter de « slusher » le plus possible, surtout dans les coins, comment réparer et lisser la glace avec des barils d'eau, des pelles, des truelles, etc. Des pros, je vous dis!

Au début de la saison, elle est toujours très grande, une vraie patinoire olympique. Plus l'hiver avance, plus les « bandes » sont hautes et plus la patinoire rapetisse. Moi, ce que j'aime, c'est de l'entretenir après les petites chutes de neige. Pas une grosse tempête, non, dans ce temps-là, on y va à plusieurs et même on a déjà passé la souffleuse dessus mais quand il y a eu juste une petite chute de neige, je me dépêche d'aller passer la gratte avant que les autres arrivent et qu'on me vole ma job de Zamboni de luxe! Là, je chausse mes patins, je prends la gratte (il traîne toujours des grattes et des bâtons de hockey sur les filets) et je fais de beaux sillons bien droits dans les deux sens. Je peux faire ma perfectionniste tant que je veux. C'est tellement zen.

Les règlements du hockey chez nous ont la particularité d'être adaptables et élastiques. Tous âges confondus, filles ou garçons, les chiens avec, en patins ou en bottes, nombre de joueurs illimités et aucun contact physique, à part les bisous et les câlins, parce que les retrouvailles se font aussi sur la patinoire. En général, les bâtons de hockey sont en nombre suffisant mais on manque toujours de rondelles molles (de couleur orange). Les lancers frappés (slap shots) sont interdits et pas seulement pour éviter des blessures. Le héros du moment, c'est celui qui trouve la rondelle dans le banc de neige pour que la partie puisse reprendre. D'habitude, au printemps, on retrouve des rondelles oranges qui flottent devant chez nous et chez Alain...

Par contre, il y a des règlements très formels : dans la glacière, (qu'on voit au premier plan et je vous rappelle que vous pouvez cliquer sur la photo pour l'agrandir) il y a des Gatorade pour les petits et de la bière pour les grands et personne n'ouvre la glacière avant la fin de la partie parce qu'il peut y avoir des surprises dedans, comme un trophée ou quelque chose du genre. On ne compte pas tellement les points, en fait, c'est qu'on ne s'entend pas toujours si le but était bon ou pas, alors, on se concentre plus à fabriquer de beaux jeux en essayant de faire compter des buts aux petits ou à ceux qui jouent pour la première fois. Pour ceux qui sont trop âgés pour jouer (mais mon père jouait encore à 75 ans) ou les jeunes mamans avec des petits bébés, ils peuvent suivre le déroulement de la partie aux premières loges, dans la maison chez nous ou chez Alain. Et tout le monde comprend que si nous sommes des hôtes accueillants en temps normal, pour la partie de hockey, on abandonne notre visite et on s'en va jouer dehors.

Après le hockey, il y a toujours l'après-hockey. C'est là qu'on ouvre la glacière! Très beau moment. Les familles et amis sont mélangés, tout le monde est parent sur la patinoire et après. On pète de la broue, on félicite les petits, on écoeure les grands, on s'obstine sur un paquet d'affaires et on rit, c'est effrayant comme on rit. On se remet de vieux trophées recyclés, on nomme des catégories du genre « le joueur le plus amélioré depuis l'an passé mais c'était pas dur », etc. Tranquillement pas vite, on rentre dans les maisons, chez nous et chez Alain, on mange avec nos invités mais ce n'est jamais un souper conventionnel des fêtes, plutôt un genre de repas communautaire pas compliqué où chacun apporte sa part de bouffe et de petits boires. Dans l'entrée chez nous et tout le long de la rampe, sur la patère et dans la garde-robe, il y a des montagnes de manteaux, tuques, mitaines tout trempes, foulards, bottes, etc., mais les patins, ça reste dehors, OK?

Quand la veillée avance, parfois, un plus petit groupe d'adultes ne peut résister et on se lance des défis avec le voisinage. Ça commence à se piquer des clins d'oeil dans l'après-hockey pour remettre ça « aux lumières » dans une deuxième partie où là, les règlements sont ceux du vrai hockey avec des joueurs pas mal plus chevronnés. Les parties qui commencent vers 23 heures sont toujours les plus enlevantes! Le hockey de nuit réveille les vrais, ceux qui sont insatiables.

Alors, on ne pouvait se résoudre à passer à côté de tout ça et plus encore cette année malgré la difficulté de « partir » la patinoire. Samedi soir, Crocodile Dundee et Alain se sont dit qu'ils n'allaient pas baisser les bras. Nenon, pas question. Ils ont appelé Yves. Consensus entre les trois, rendez-vous hier, dimanche, à 13 heures. Avec acharnement et vaillance, mes trois super héros ont fait un miracle, dans les circonstances. Danièle et moi, on a fait le café, on a fourni la bière et les encouragements et... Ça y est, la patinoire est faite! Mais elle est très inégale et raboteuse. Slushée dans les coins. Il y aura de l'ouvrage à faire cette semaine, tous les soirs, pour bien la lisser avec de gros barils d'eau et des outils improvisés.

Alors, je vous l'annonce en grande primeur et j'invite ceux qui se reconnaîtront, LA PARTIE DE HOCKEY ANNUELLE du chemin des Castors au lac Dufault aura lieu le 31 décembre autour de midi. Si vous venez, comme d'habitude, apportez votre bouffe et vos petits boires, vos patins si vous y tenez, vos bâtons de hockey, vos enfants et ceux qui vous sont chers, comme votre chien Polux. C'est pas vrai qu'on va passer à côté d'une aussi belle tradition!

dimanche 2 décembre 2007

Bonne fête Papa!

Cette image n'est pas une photo et je n'ai pas besoin de vous la décrire. Je vous dirai simplement que je l'ai numérisée en la ressortant de mon coffre aux trésors où elle est déjà retournée. Vous comprendrez pourquoi en lisant mon billet... Nous sommes aujourd'hui le 2 décembre 2007 et Papa est né le 2 décembre 1927. Je veux célébrer à ma manière son 80e anniversaire de naissance et ce n'est pas parce que je ne vois plus ses beaux yeux bleus et son grand sourire qu'il n'est plus là. Papa sera toujours là pour moi, pour nous tous qui l'avons tant aimé. Je veux me remémorer aujourd'hui son extraordinaire présence même en son absence... Bonne fête et merci Papa!

Pour son 69e anniversaire de naissance, en 1996, je lui avais offert un texte qui s'intitulait « Le ti-dodo, la tranche de pomme, le sublet et le cheval blanc » et j'espérais ainsi nous consoler, lui et moi, d'avoir dû fermer chacun notre entreprise cette année-là. Moi, à l'été, comme écrivain public, et lui, la sienne depuis plus de 20 ans, celle qui avait fait vivre notre famille et quelques autres, à la fin de la même année. Nous en avions eu la même peine, l'un comme l'autre, mais nous savions aussi qu'il n'y avait rien d'autre à faire. Voici donc un extrait de ce texte qui lui avait fait plaisir et qui, sans doute, l'avait un peu consolé.

Le cheval blanc

... Mais parmi les souvenirs de l'enfance, il en est un qui me servira toute ma vie dans les moments moins joyeux de mon existence. Une panacée pour les jours gris ou la douleur en général. Il s'agit d'un remède miracle qui s'apparente un peu à ce qu'on appellerait aujourd'hui l'auto-guérison ou encore la visualisation. Cela s'appelle : « Le cheval blanc ».

Quand j'avais mal aux oreilles, aux dents ou que je prenais une fouille en bicycle, il me parlait longuement du cheval blanc. Quand je me faisais agacer pour mon accent, que j'avais perdu des morceaux de casse-tête ou que j'avais raté ma sculpture d'épingles à linge, il me racontait aussi son histoire du cheval blanc, tant et si bien que j'avais fini par le voir réellement.

Ça commençait toujours pareil. Il m'assoyait près de lui, me disait de fermer les yeux puis il prenait sa voix douce, calme, grave et rêveuse, et il racontait...

« Pense à un beau cheval blanc… il est donc beau ce cheval blanc-là…
Ah, là, tu le vois, il est fort et fier, il court dans la prairie, la crinière au vent, libre comme l'air.
Il est donc beau ce cheval blanc là...
C'est un beau cheval blanc heureux qui pense rien qu'à son heureusité,
à courir vite et fort dans sa prairie... Ah, c'est donc beau, un beau cheval blanc...

Et j'ai oublié la suite mais ce que j'ai retenu, c'est que ça marchait tout le temps. Aucune douleur, physique ou morale, ne résistait au cheval blanc. Bien sûr, quand je suis devenue une adolescente puis une femme, il n'a plus jamais utilisé le truc du cheval blanc avec moi mais je m'en souvenais toujours et je l'utilisais souvent, jusqu'au jour où...

J'avais 29 ans. Depuis huit ans, je voulais devenir enceinte et finalement, le miracle s'était produit, mais j'étais alitée depuis le début de ma grossesse, malade, incapable de m'alimenter, affaiblie et inquiète de perdre ce bébé si attendu, si désiré. Inévitablement, j'avais fini par perdre pas mal de ma joie de vivre. Le physique avait fini par déteindre sur le moral. Comme j'étais plus ou moins emprisonnée, soit à la maison, soit à l'hôpital, je voyais seulement les gens qui me rendaient visite parce que moi, je ne pouvais me déplacer.

Ce matin-là, Papa s'était arrêté à la maison, sans raison. Couchée sur le sofa, je ne lui avais même pas ouvert la porte. Il était entré tout simplement, à pas de loup, silencieusement. Il s'est assis dans la berçante, sans rien dire. Je ne faisais pas la conversation moi non plus. Comme il traînait sur la table du salon de vieux cartons blancs et des ciseaux, il a voulu ramasser tout ça. Machinalement, il a commencé à découper dans le carton, sans avoir l'air de savoir où il allait. Puis, il m'a demandé comment j'allais...

Et pendant que je lui parlais de mes inquiétudes de perdre ce bébé, de mes interrogations à savoir si j'allais être capable de rendre à terme un bébé en santé, il découpait toujours à mesure qu'il m'écoutait de toute son âme, de son sourire attendri que je connaissais si bien. Quand j'ai eu fini de lui répondre, il avait fini de découper. Alors qu'il s'est levé pour aller porter les découpures à la poubelle, j'ai remarqué sur la berçante une petite forme blanche qui gisait là. Je suis allée la chercher et j'ai pris dans mes mains un beau cheval blanc, le plus beau cheval blanc du monde. Papa m'a souri et m'a dit: « Il est pas tellement bien réussi, j'avais pas de modèle, mais regarde, il a une petite bedaine et quand même, il a l'air encore assez fort et il se tient debout! »

Je lui ai dit: « C'est le cheval blanc de quand j'étais petite! Te rappelles-tu, Papa, quand tu me disais...» Et, dans son rire de petit garçon gêné, j'ai senti clairement deux choses: premièrement, que oui, il s'en souvenait tout à fait et deuxièmement, que ça, il ne fallait surtout pas le dire... pour ne pas briser le charme. Alors je me suis tue parce que ce qui ne s'exprime pas, s'imprime, et puis on a souri tous les deux parce qu'on savait tout le merveilleux qui se cachait dans ce petit cheval blanc de carton.

C'était la plus jolie chose qu'il pouvait m'offrir. J'ai couru le mettre sur le foyer où je l'ai regardé si souvent jusqu'à la fin de ma grossesse. Bien sûr, c'est la première chose que j'ai mise dans ma valise en partant pour l'hôpital. Mon petit cheval blanc m'a suivi jusqu'à la salle d'accouchement et ensuite, sur ma table de chevet.

Quand il est accouru me voir à l’hôpital et faire connaissance avec sa première petite-fille en pleine santé, il a vu « notre » cheval blanc sur ma table de chevet. Il a souri peut-être un peu plus tendrement et de manière plus émue ce jour-là.

J'aurais voulu lui dire toute la beauté de mon enfance, toute la magie qu'il avait créée dans ma vie d'enfant et d'adulte aussi, toute l'espérance que j'avais de faire de même pour ma fille.

J'aurais voulu surtout lui dire mille mercis pour cette panacée universelle, cette enfance heureuse qui serait pour toute ma vie un gage de bonheur ou, comme il le dit lui-même,
« d'heureusité », mais je n'ai rien dit et j'ai souri parce que ça, c'est sûr, il ne fallait pas le dire. Ça aurait pu briser le charme...