Deux photos prises hier après-midi, au bout du lac Dufault, par moins trente-cinq degrés, peut-être moins trente-neuf, je sais pas trop, quand on aime, on compte pas! La pêche blanche, chez nous, au bout de notre lac, est plus qu'une activité hivernale. C'est un lieu de rencontre et d'amitié, une chaleur immense dans la froidure de l'hiver.
J'aurais voulu vous parler d'amitié mais le sujet est trop vaste, il m'émerveille et je suis consciente, à ce chapitre, d'être née sous une bonne étoile... J'en aurais trop long à dire sur la place importante que ça prend dans ma vie. Je vous raconterai plutôt notre dimanche à la pêche blanche, avec nos amis, Gilles et Martine, qui sont... vraiment... tellement des amis, je dirais même comme de la famille.
Nous habitons sur le bord du même lac depuis à peu près le même temps. Nous nous sommes connus quand nos filles (qui sont toujours des amies, des soeurs, des compagnes de voyage et des co-locs) étaient en maternelle ou en première année, parce qu'on s'impliquait comme parents dans les activités de leur petite école. Le coup de foudre amical avait été instantané et on n'a jamais arrêté depuis de découvrir des qualités et des forces vives chez nos amis, leurs trois enfants, dans leur façon d'être et de vivre, de partager les bons moments et les passions communes, de constater leur amour de la vie et de la nature, célébrer les petites victoires, ou simplement le solstice d'été, d'être là dans les moments moins joyeux, les chagrins et les deuils. Toutes les raisons sont bonnes pour s'improviser un souper de Gaulois, une veillée autour du feu, une partie de volleyball de plage, une tournée des îles, une récolte de bleuets, un mini voyage, une sortie nature, un ti verre de drigne en ville le vendredi soir, bref, nos vies se croisent et s'entremêlent, dans le plus grand des respects, depuis longtemps et pour toujours...
Pour des raisons que nous comprenons et parce qu'un géant se meurt, nous nous sommes perdus de vue depuis décembre dernier. Gilles et Martine nous manquaient et nous savions que c'était réciproque. Vendredi soir, quand ils nous ont donné rendez-vous, nos retrouvailles ont été un tel bonheur... Tellement que nous avions planifié pour dimanche matin, au bout du lac, une rencontre à la cabane à pêche. Est-ce que nous allions nous priver de ça à cause du froid glacial? Notre amitié est bien au-dessus de ça!!!
Habillés chaudement, des petites surprises à bouffer dans nos sacs à dos, une bonne bouteille de rouge, nos coupes incassables (qu'ils nous ont offertes en cadeau vendredi soir en nous précisant : « Vous savez ce que ça veut dire, hein? ») mon numérique dans son étui sur mon ti coeur, dans mon trop grand manteau de duvet (souvenir de Papa) on avait oublié qu'il faisait si froid. Pas grave, on allait rentrer se réchauffer dans la cabane plus souvent. À travers les vitres givrées, on allait surveiller nos lignes et continuer à faire la mise à jour de nos vies qui vont trop vite.
En prime, comme un bonheur n'arrive jamais seul, nos filles, qui avaient eu vent de l'affaire et qui n'ont peur de rien, sont venues nous rejoindre à la cabane, parce qu'elles sont ultra débrouillardes, qu'elles n'ont pas froid aux yeux (!) et qu'elles n'auraient manqué ça pour rien au monde. Là, quand elles sont apparues, les vitres de la cabane ont commencé à dégivrer pas mal!
On était heureux d'être ensemble. Simplement. On a ri. On a été plus sérieux aussi. On mettait une bûche de temps en temps dans le petit poêle, on se garochait dehors quand une ligne descendait, on se faisait voler des ménés à tout bout de champ, on remplaçait les appats, on dégageait la glace des trous de pêche avec la cuillère à trous, c'était presque du travail à temps plein hier, mais on allait et on venait à notre guise, dehors et dedans, au gré du vent, dans la plus grande liberté, souvent dans le silence, avec juste des sourires. Ouais, on était bien. Juste bien mais totalement bien. On aurait pu se dire qu'on s'aimait mais c'est pas trop notre genre et puis, on n'en sentait pas le besoin, ça nous semblait très évident qu'on s'était ennuyés les uns des autres. Au risque de me répéter, j'écris encore cette phrase de Maman : « Ce qui ne s'exprime pas s'imprime... »
Nous sommes repartis en fin de journée, dans le soleil couchant, chacun vers son rivage, en nous souhaitant une belle semaine. Nous avons pris deux brochets mais même si nous étions revenus bredouille, ça aurait été quand même la journée la plus merveilleuse de l'hiver. Et je n'ai jamais eu froid... pas plus que Gilles et Martine, Crocodile Dundee, Isabelle et Audrey, Martin et son cousin Émile.








