Cette photo que j'ai prise hier n'est pas vraiment réussie, la lumière n'abonde pas du tout et on ne peut y reconnaître vraiment les personnes. C'était parfait pour que je puisse l'insérer ici et vous raconter ce qui me trouble encore ce matin...
En fait, la journée d'hier a été riche en événements et en émotions pour moi. Tellement que je ne sais plus trop quelles conclusions en tirer mais ça me chatouille le coeur quand même, d'une drôle de façon et je ne sais pas comment je vais réussir à intégrer tout ça dans les prochains jours. Crocodile Dundee a vécu tout ça au même titre que moi, étant impliqué au même niveau dans les deux événements. Oui, nous aurions pu en discuter ensemble mais nous sommes rentrés trop tard et ce matin, il est déjà au boulot, alors, c'est en votre compagnie que j'essaierai de démêler tout ça en vous le racontant.
Retrouvailles
Ça faisait quelques mois déjà que ces retrouvailles des 50 ans se préparaient pour notre groupe d'une cinquantaine de personnes qui avons fait notre secondaire ensemble, joué dans les mêmes équipes de volleyball, handball, hockey, ou encore, fait partie des Vagabonds, sorte de collectif culturel et créatif en musique, théâtre, spectacles de toutes sortes. Une gang un peu floue : Qui en faisait partie, qui formait le noyau dur, qui était satellite ou membre allié? Difficile à trancher mais il suffisait que trois ou quatre personnes se souviennnent de vous pour que vous soyiez invité. Ainsi, Crocodile Dundee et moi, avons eu la chance d'avoir plusieurs invitations mais pas des mêmes personnes.
Évidemment que j'ai participé à envoyer mes meilleures photos de l'époque pour le montage, à retracer des personnes, donner des renseignements, faire circuler les messages, etc. L'événement des retrouvailles se déroulait pendant deux jours, les 1er et 2 septembre. Nous ne pouvions être aux retrouvailles de samedi mais on nous attendait hier, dimanche, chez l'un de nous qui habite au bord du lac Dufault, de l'autre côté du lac d'où l'on pouvait apercevoir notre maison. Juste avant de partir, Crocodile Dundee n'avait plus le goût d'y aller du tout et moi, je me sentais fébrile et anxieuse, j'avais peur que personne ne me reconnaisse après tout ce temps, parce qu'il faut vous dire que si nous croisons encore quelques-uns de ces amis parfois, pour d'autres, ça faisait un méchant bail que nous ne nous étions pas revus...
En arrivant au lieu des retrouvailles, on aperçoit des véhicules de toutes sortes. Le coeur me débat un peu. Autour d'un Harley Davidson sont rassemblés 7 ou 8 gars, Crocodile Dundee panique, il n'en reconnaît aucun. Il me dit : « Il est encore temps de virer de bord, on s'en va tu? » lorsque je reconnais de loin notre beauf, je m'empresse de rassurer CD, « Heille, c'est Luc, c'est son Harley! » et à ma grande surprise, quand on arrive tout près, tous les gars me reconnaissent et à mesure qu'on se salue et qu'on se fait la bise, je les reconnais tous moi aussi. Sauf un. Et là, je cherche au fond de ma mémoire, ça presse, parce qu'il s'en vient vers moi avec un grand sourire, les bras ouverts, « Heille, les gars, tassez-vous, ça fait 35 ans que je l'ai pas vue, Francine! »
J'ai plein de trucs d'habitude quand ces choses-là m'arrivent mais là, j'étais désarçonnée et tentais que ça ne paraisse pas mais entre vous et moi, je n'avais aucun souvenir de ce Robert pour qui je semblais être une vieille connaissance. Par contre, en jasant avec lui, je me rendais compte que c'était un gars très intéressant, ça devait être pareil à l'époque mais ça ne m'avait pas marquée... Puis, j'ai continué mon périple à travers les gens sur place. On venait à moi, on me faisait des bisous, des câlins, on me disait de belles choses, comme « T'as pas changé une miette », « J'avais tellement hâte de te voir » et autres cadeaux du même genre. Ça fait plaisir, je sentais que c'était sincère mais ça me bouleversait aussi.
J'ai perdu de vue Crocodile Dundee qui faisait la même chose que moi, à son rythme et à son pas. On redevenait des vieux chums, très indépendants l'un de l'autre, deux célibataires... de 50 ans. Les conversations se multipliaient à travers les rires, les éclats de voix, les vieux souvenirs racontés et les mises à jour de nos vies en résumé. Les deux phrases les plus entendues : « Attends, ta face me dit quelque chose » et « Où t'es rendu maintenant? ».
Quelques constats qui m'ont frappée : 1) Tout le monde m'a reconnue et sauf Robert, c'était réciproque. 2) Les couples durent beaucoup plus dans cette gang-là que dans les statistiques, même si hier, nous étions tous redevenus un peu célibataires. 3) À 50 ans, ceux qui étaient pleins de vie à 15-20-25 ans le sont encore, c'en était rassurant. 4) Beaucoup ont quitté la région mais y reviennent toujours avec un bonheur renouvelé une fois l'an, la plupart du temps à la Fête du travail et en quittant l'Abitibi-Témiscamingue, pour le travail ou pour l'amour, on se dirige tout naturellement vers l'Outaouais plus qu'ailleurs. 5) Aussi, plusieurs d'entre nous sont déjà papy ou mamie.
Finalement, j'aurai reçu hier une immense vague d'amour en allant à ces retrouvailles, moi qui avais peur que personne ne me reconnaisse ou se souvienne de moi. Crocodile Dundee a apprécié aussi revoir les vieux amis même s'il a réalisé que plusieurs avaient « pris un coup de vieux » et qu'il connaissait beaucoup plus de gars et très peu de filles, toutes époques confondues!
Révélations
Et comme si ce n'était pas suffisant comme émotions, nous avons dû partir du lieu des retrouvailles, Crocodile Dundee et moi, pour aller à un spectacle dans le cadre du FME, le Festival de musique émergente à Rouyn-Noranda. Isa, notre fille, partageait la scène avec un groupe puisqu'elle avait fait des textes et la voix féminine, tant sur leur album CD, lancé hier soir, que sur scène où ils se produisent de temps en temps.
Nous avons toujours entendu Isa chanter, à la maison comme au cours de nos soirées d'amis, qu'on appelle nos « soupers de Gaulois » parce qu'ils se déroulent toujours dehors avec des grandes tablées. Oui, elle est auteure compositeure interprète à ses heures, elle fait parfois des spectacles improvisés et dans son entourage, on connaît toutes ses chansons. Mais là, elle participait au show de d'autres amis, elle n'allait pas chanter son matériel, elle avait peur de prendre trop de place, étant la seule fille du groupe, elle voulait se la jouer « low profile ».
Mais la salle était bondée, survoltée, conquise, avant même l'arrivée sur scène du groupe. Lorsqu'elle chantait, la foule scandait son prénom, applaudissait, allumait des briquets, les projecteurs l'éclairaient et sa voix retentissait, pure et puissante, je la trouvais... je ne peux pas vous dire... mais là, Crocodile Dundee et moi, on n'était plus deux célibataires, notre coeur battait au même rythme, on était émus et troublés, émerveillés aussi. Elle nous a fait un petit signe, nous sommes les seuls à l'avoir vu mais le courant a passé entre nous trois à cet instant. D'ailleurs, après le show, elle est venue vérifier. Oui, définitivement, il s'est passé quelque chose à cet instant.
Elle enregistre bientôt un CD, un producteur lui court après. Elle a son style, unique, ses chansons, ses mélodies, son petit public fidèle. Elle tient à poursuivre ses études mais des spectacles sont prévus cet automne. Guitare et voix, elle donne tout ce qu'elle a quand elle chante. Elle vient de faire des arrangements musicaux pour inclure le violon de son amoureux à ses chansons, ils se produiront en duo, elle préfère toujours partager la scène... et le trac.
Bien sûr que je l'aime, que je l'encourage et que je suis fière d'elle mais j'ai peur. Elle a un talent fou et des choses à dire, c'est ça qui me fait peur. N'essayez pas de me rassurer, vous ne pourriez rien me dire que je ne me suis pas déjà dit moi-même dans mon coeur de mère. Le mieux que j'ai pu faire jusqu'ici, c'est de ne pas lui dire mes craintes, ne pas lui faire mes mises en garde. Mais le monde artistique est un univers difficile où l'on peut se faire mal, ça lui est déjà arrivé quand elle a publié son livre à l'âge de huit ans, j'en ai parlé dans un billet précédent, en février dernier. Alors, ce matin, j'essaie de mettre de l'ordre dans mes émotions et la seule chose qui me vienne en tête, c'est elle, sur scène, qui rayonne, souriante, si belle, et sa voix si chaude...


