Photo 1 : Le soleil couchant samedi dernier, jour de la Saint-Valentin, dans un sentier près de notre camp à Rapide Deux. Photo 2 : Au même endroit, au même moment exactement, je n'ai eu qu'à pivoter de 90 degrés pour être moins aveuglée et pouvoir immortaliser ce bleu du ciel si caractéristique de l'Abitibi-Témiscamingue (un ciel plus haut qu'ailleurs) que je trouvais tout aussi magnifique. Du même coup, j'ai vu mon ombre. Ça me fait bien de longues jambes, je trouve!
Les soupers de filles
Je me demande souvent ce que je ferais sans mes amis(es). Ils et elles embellissent ma vie depuis toujours. Il y a les amis d'enfance, ceux et celles avec qui on a été à l'école, on a grandi, on a fait du sport, on a « jeunessé », on a fait des voyages, on a sorti, bamboché, veillé tard, travaillé, fait de la musique, chanté, dansé, rêvé, milité, refait le monde, marché pour la paix, contre la pauvreté, vécu nos amours et nos désamours, élevé nos enfants, pêché, exploré, organisé des soupers de Gaulois, des veillées au feu, des pique-niques dans les îles, des expéditions de canot, partagé des secrets, pleuré quelques chagrins, célébré la moindre des petites victoires, etc.
Mais c'est de nos soupers de filles que je veux vous parler aujourd'hui parce que c'est là une facette de l'amitié qu'on n'aborde pas souvent. Évidemment, il y a autant de sortes de soupers de filles qu'il y a de filles mais je vous en raconte un des miens que j'ai particulièrement aimé, il avait lieu un samedi soir de cet hiver, alors qu'on se le promettait depuis longtemps et qu'on n'avait particulièrement rien à célébrer, sauf le bonheur de se retrouver entre filles en fin d'après-midi pour partager des entrées, gueuletons, fromages, vins et délices. L'idée venait de mon amie Lise qui nous avait invitées chez elle, à deux maisons de chez moi.
Des affinités naturelles
Nous étions cinq. Approximativement du même âge. Toutes dans différents domaines d'activités professionnelles. Je connaissais très bien deux d'entre elles mais pour les deux autres, j'avais très hâte de les rencontrer. Lise m'avait dit : « Tu vas voir, tu vas tellement les aimer là... » et elle leur avait dit la même chose de moi. Il était convenu que chacune apporte à son choix quelque chose à bouffer et à boire. Notre table improvisée avait une apparence si délicieuse, harmonieuse et parfaite, comme si on s'était consulté, qu'on a flâné en discutant et en rigolant quelques heures autour de l'îlot de la cuisine avant de passer à table...
De l'humour
Il y avait dans notre souper de filles des lois non écrites mais naturelles auxquelles on se pliait avec humour et sérieux à la fois. Lise avait prévu quelques sujets de discussion qu'elle avait mis dans un chapeau, mais un beau chapeau de fille par exemple, et s'il y avait le moindre temps tranquille, on devait piger un sujet de discussion. Aussi, à tout moment, chacune pouvait interrompre l'apéro ou le souper en cours par un geste de « time out » en criant : « les filles, j'ai une grande révélation à vous faire » ou bien « les filles, j'ai un potin ultra croustillant pour vous autres » ou encore « les filles, j'ai trouvé ce qu'on fête ce soir ».
Oups, désolée, il faut que je parte, je reviendrai terminer ce billet demain, je m'en vais chouchouter la petite Félixe le temps que sa maman aille à l'université. Il y a des priorités dans ma vie quand même, un certain ordre à respecter dans mes petits bonheurs...
Voilà, je reprends où j'avais laissé mon souper de filles, nous sommes mercredi matin, je viens de me faire un deuxième café pour me remettre dans l'ambiance...
La première à faire un coup d'éclat, ça a été Line. Elle a grimpé sur une chaise, brandissant le signe « time out », et la phrase magique, « les filles, j'ai une grande révélation à vous faire », elle a laissé un petit silence nous intriguer avec ses yeux en points d'interrogation : « Réalisez-vous que ça fait deux heures qu'on est ensemble, cinq filles, et y a encore personne qui a parlé de ses enfants? » et l'une de nous a rajouté : « ou de son chum? ». Alors, Line a fait mine d'être chaudasse en s'exclamant : « Ben, I drink to that 'stie! » et elle a rempli nos verres!
Le souper allait bon train, de rigolades en fous rires, en discussions plus sérieuses, on réalisait qu'on avait en commun la fin quarantaine ou la jeune cinquantaine, une passion pour notre région, son développement, l'environnement, la paix dans le monde, la vie de plein air, un monde plus équitable, l'éducation, la santé, la justice, une job qui prenait de la place mais pas trop, une vie amoureuse d'une moyenne de 30 ans, des enfants, des projets et des rêves.
On a eu droit à plusieurs révélations, potins croustillants et raisons de célébrer. À un moment donné, j'ai demandé à l'une des filles si elle aimait les cours de baladi qu'elle m'avait dit qu'elle prendrait. Oh oui, elle adorait ses cours et elle a voulu nous montrer ses apprentissages. On a décidé à l'unanimité qu'on devait prendre une pause bougeotte avant d'attaquer le dessert!
Fantaisie et douce folie
Lise a mis de la musique de circonstance et nous voilà toutes les cinq à essayer de comprendre et reproduire les mouvements de base de la danse du ventre, un huit qu'il faut faire avec ses hanches mais sans bouger les épaules, ce qui a fait dire à l'une d'entre nous : « Ça va être facile pour moi, chu bonne dans les chiffres! ». On s'est promené en dansant à la queue leu leu de la cuisine à la salle à manger au salon, jusqu'à ce qu'on ait pas mal chaud. Deux filles ont enlevé leur chandail pour danser en soutien-gorge, pour cause de ménopause disaient-elles, et je me faisais la réflexion que si un homme était apparu à cet instant dans la porte vitrée de la maison à aire ouverte chez Lise, il aurait eu tout un spectacle!
Solidarité féminine
Après ces exercices, comme ça faisait 4 ou 5 heures que je n'avais pas fumé, j'ai mis mes bottes et mon manteau pour aller en griller une dehors. Deux filles m'ont accompagnée. Je leur ai offert chacune une grande effilée au goût menthol, elles m'ont dit : « Non, on vient pas fumer, c'est parce qu'on te lâche pas une seconde ». C'est ça aussi, les soupers de filles, une sorte d'acceptation inconditionnelle de qui on est, avec nos travers et nos défauts tout mignons, juste parce qu'ils sont les nôtres et qu'on s'aime tendrement.
Comme pour goûter la vie
On a bien jasé, bien mangé, bien bu, beaucoup ri, été attendries, touchées, bercées et plus encore, c'était un fameux souper de filles. On a veillé tard, ça ne nous tentait pas de partir, on aurait voulu arrêter le temps. Moi, j'étais à deux maisons de chez moi, je pouvais rester jusqu'en dernier. Deux autres prenaient la route ensemble jusqu'à Duparquet, quarante-cinq minutes à rouler dans la nuit alors qu'il neigeait des peaux de lièvres, on a voulu les garder à coucher mais puisqu'elles ont décliné aimablement notre invitation, on a toutes bu que du café et de l'eau à partir de là. Mais le party était tellement pogné de toute manière...
Et puis, sur le bord de la porte, ce furent les accolades, les tendresses, les mots d'amour de filles, les remerciements à Lise pour l'initiative géniale, l'accueil, les promesses de se reprendre une autre fois, d'inviter nos chums pour qu'ils regardent le hockey ou quelque chose, puisqu'ils ont des affinités aussi.
La seule question qui s'est posée
Oh j'oubliais... Une seule fois on a fait appel aux petits papiers dans le chapeau mais c'était pour que Lise n'ait pas préparé ça pour rien. La question était : « Aimerais-tu ça revenir à 30 ans? » et croyez-le ou non, seulement une fille sur cinq a répondu oui, en nous expliquant pourquoi, les quatre autres, dont je fais partie, étaient heureuses de leurs 50 ans!













