jeudi 12 avril 2007

LE PONT



J'ai pris cette photo du petit pont couvert à un kilomètre du village de Macamic mardi dernier, juste avant de me rendre à un colloque auquel je devais participer en Abitibi-Ouest.



Je le dis souvent et assez fièrement que personne ne peut plus l'ignorer, je suis native et profondément enracinée dans ma région, l'Abitibi-Témiscamingue. Pour le bénéfice des gens qui la connaissent moins bien, j'ajoute que ma région se subdivise en 5 secteurs différents (MRC) qui ont chacun leur « personnalité » propre : Abitibi, Abitibi-Ouest, Abitibi-Est (Vallée-de-l'Or), Rouyn-Noranda et le Témiscamingue. Aujourd'hui, j'habite un petit village tout près de Rouyn-Noranda mais je suis née en Abitibi-Ouest, à 90 km de chez moi ou une heure de route, si vous préférez.

Le pays de mon enfance

Chaque fois que je retourne là où je suis née et où j'ai passé ma petite enfance, (0-7 ans) je ressens quelque chose d'indéfinissable, entre la joie profonde et la nostalgie, entre la fierté et la compassion, une très grande familiarité aussi avec les gens et les lieux, des impressions de déjà vu à chaque tournant. Il faut dire qu'à l'époque où j'y ai vécu, Papa m'emmenait souvent avec lui dans le gros camion pour aller livrer des meubles qu'il avait vendus au magasin où il travaillait et qu'ensemble, lui et moi, on a sillonné tous les coins de l'Abitibi-Ouest!


D'habitude, je passe devant la petite maison qu'on habitait et ma première école, qui s'appelle toujours Victor-Cormier, au bout de la rue Déry qui a changé de nom pour un beaucoup moins joli : 1re Rue est, à La Sarre. J'aimerais avoir le courage de cogner un jour à la porte et leur demander si je peux revoir la cuisine si éclairée, ma chambre douce et tranquille, la cour arrière où avec mes petits amis on a inventé des mondes féériques, des constructions de choses recyclées, des châteaux de sable immenses et d'autres projets fous. Que sont devenus Patrick, Alain, Micheline, Danielle, Christine?



Ma journée de travail

J'arrive donc au lieu du colloque avec assez d'avance pour refaire mes liens avec les 120 participants, c'est là, tout de suite, que débute mon implication, d'ailleurs, mon travail va en bénéficier toute la journée durant. Tout me semble facile, agréable, dynamique, généreux, chaleureux et certains me font des bisous, des accolades, des compliments, des déclarations drôles et touchantes, on veut que j'aille m'asseoir avec eux pour dîner, on me fixe rendez-vous à la pause, bref, je reviens dans ma famille chaque fois que je suis en présence des gens d'Abitibi-Ouest. Là-bas, mon nom de famille est connu, je n'ai pas besoin de l'épeler! Il y a toujours quelqu'un qui demande si je suis la soeur de, la fille de, la nièce de, la cousine de, etc. On me traite comme « une fille du boutte » et on m'inclut dans les groupes, les ateliers, on ne m'explique rien du tout, on pense que je sais, parce que ça va de soi...



Cette journée de travail a été un vrai bonheur pour moi, ça non plus, je ne peux l'expliquer. Pourtant, j'ai travaillé très fort, il fallait que je sois présente, allumée et créative en permanence, je devais rédiger plein de choses sur les coins de table, sur mes genoux, les tableaux à feuilles, sur demande, en vitesse, et même des fois en catastrophe, des lignes de presse, des ébauches de communiqués de presse, des résumés d'atelier, des listes de priorités, etc. Ça aurait pu être infernal mais non, je participais, commes les autres, avec tout ce que je suis et de toute mon âme, à l'amélioration des services de santé et des services sociaux dans la région qui m'a vue naître et à laquelle j'appartiens toujours en quelque sorte.



Faire le point ou faire le pont?


En revenant chez moi, pendant le trajet d'une heure sur cette route que je connais comme le fond de ma poche, je n'avais pas le goût d'écouter rien d'autre que la parfaite musique qui jouait dans mon coeur. J'ai cherché à comprendre d'où me venait ce sentiment de bonheur très doux qui m'envahit quand je reviens de l'Abitibi-Ouest et je crois avoir mis le doigt dessus mardi dernier. Quand je retourne au lieu de mon enfance, je fais LE PONT entre l'enfant que j'ai été et la femme que je suis devenue. En fin de compte, quand je fais LE POINT, je crois que les projets et travaux auxquels je participe restent toujours un peu dans la même veine que ceux auxquels je consacrais toute mon énergie et ma vision, tous ces jeux d'enfant dans la cour arrière de la petite maison de la rue Déry ou dans la cour de l'école Victor-Cormier où tout le monde était de la famille...

mercredi 4 avril 2007

Chez Dumont


La photo n'est pas de moi, je l'ai trouvée sur un site qui s'appelle Le Québec en images et qui offre des photos libres de droits à condition qu'on en mentionne la provenance.

Pas très original comme sujet à chanson vous me direz mais je vous répondrai que le magasin du coin, dans tous les quartiers ouvriers, est un endroit que tout le monde fréquente au quotidien! Richard Desjardins m'écrivait un jour (et j'ai gardé ça en souvenir vous pensez bien) que pour rejoindre l'universel, je ne devais avoir peur de partir du particulier. Alors, voilà, je vous propose mon particulier qui pourrait être le vôtre, dans cette chanson que j'ai écrite il y a plusieurs années, dont la musique ne comporte que 5 accords de guitare assez rythmés. Allez, un, deux, trois, quatre...

Chez Dumont

Au coin de la Carter pis d'la Huit
Y a tant de souvenirs qui m'habitent
Survit encore, bénédiction!
Dépanneur-Épicerie Dumont

Entre la caisse et pis la porte
Moé, j'en ai vu de toutes les sortes
Je m'en ai tu posé des questions
Entre la maison pis Chez Dumont

Sept cent trente pas, je les ai comptés
Les fois où j'étais pas pressée
Quand je gardais le change de la commission
Pour le dépenser Chez Dumont

Dix cennes de bonbons mélangés
C'est long avant de se décider
On fait le rapport qualité/prix
Cécile est patiente en maudit

Va donc m'acheter une pinte de lait
Pis fais ça vite, j'attends après
Tant qu'à être là pis tant qu'à faire
Ramène L'Écho pis La Frontière

Papa qui veut ses Export-A
Ça va me prendre un papier signé
Elle me les donnera jamais sinon
Elle est stricte là-dessus Madame Dumont

C'était comme un supermarché
Empilé dans dix pieds carrés
Les tablettes ploient sous la douleur
M'as prendre un chip pis une liqueur

Souvent j'ai vu les soirs d'hiver
Des clients s'acheter de la bière
Pis trouver ça ben plusse meilleur
D'la boire direct dans le dépanneur

Dans ce quartier où j'ai grandi
Le pur symbole de la vraie vie
C'est pas l'école ni la maison
Ni l'église ni les traditions
C'est pas le hockey dans la ruelle
La plus belle chose dont je me rappelle
Ce qui fait monter mes émotions
C'est encore d'aller Chez Dumont

Au coin de la Carter pis d'la Huit
Y a tant de souvenirs qui m'habitent
Survit encore, bénédiction!
Dépanneur-Épicerie Dumont

Et juste pour l'anecdote, le fils Dumont avec qui je suis toujours amie m'a demandé ces paroles imprimées sur un beau papier qu'il a fait laminer pour l'offrir à sa Maman, cette chère Madame Dumont, et vous savez de quoi elle était le plus fière? C'est que la chanson atteste du fait qu'elle avait toujours exigé des papiers signés de nos parents pour acheter des cigarettes, parce qu'elle ne voulait pas être responsable si des enfants se mettaient à fumer!

Ça vous dit quelque chose, nos petits magasins du coin? Là où l'on dépensait nos quelques sous, où les cordes à danser, au printemps, arrivaient dans une caisse qu'on déposait sur le bord du comptoir, après que les cartes de hockey étaient remisées jusqu'à la prochaine saison? Là où l'on s'achetait durant l'été un « Pop Sicle à deux » et qu'on vargeait dessus en l'accotant sur l'angle droit du cooler, en tâchant de ne pas le briser en 4 morceaux! Il s'appelle comment vous autres, votre Chez Dumont?

lundi 2 avril 2007

Un peu inquiète du p'tit...




Samedi dernier, je prenais ces photos en fin de journée alors que nous revenions de notre camp de Rapide Deux. Ces pistes d'orignal dans la neige m'ont ravie mais m'ont aussi un peu inquiétée... Je vous explique.

Le 24 janvier dernier, j'écrivais un billet qui vous parlait de ma voisine et son p'tit, l'été dernier. Il s'agissait de Môman orignal et son Ti-Caramel, né un peu tard dans la saison et sûrement prématurément, qui ont passé une grande partie de l'été autour de notre bras de rivière, près du camp. Je me suis beaucoup attachée à eux. Le 6 février, sous le titre « Aimer et laisser grandir », je vous redonnais de leurs nouvelles mais surtout, je vous racontais comment elle était venue me présenter son p'tit.

Pendant l'automne, nous ne les avons pas revus, ni elle ni Ti-Caramel mais c'était normal parce que la saison des amours (aussi saison de la chasse) amène toujours des comportements différents et plus sauvages chez les orignaux. Par contre, nous avons souvent vu leurs pistes tout autour, ce qui me rassurait sur la santé du p'tit et de sa Môman. Elle est si jeune et pourtant si maternelle cette Môman-là. L'hiver, on le sait, ces animaux vivent dans un rayonnement plus restreint, là où ils peuvent trouver de la nourriture et un peu de protection. C'est leur saison la plus difficile parce qu'ils sont moins mobiles à cause de la neige et qu'ils peuvent être la proie des loups ou d'autres prédateurs affamés. Mais heureusement, nous avons vu leurs pistes et le p'tit semblait grandir assez rapidement, prendre des forces auprès de sa Môman.

La nature est ainsi faite que seulement les plus forts survivent. Nous avons eu peur pour le p'tit, parce qu'étant plus fragile que les autres, il aurait pu ne pas passer l'hiver...

Samedi, sur le chemin du retour, quand j'ai pris cette photo, j'ai eu peur que notre Môman orignal soit maintenant seule. On ne voit pas les pistes de Ti-Caramel qui suivent les siennes. J'espère donc qu'il s'agisse d'une autre bête, un mâle qui serait dans les parrages. C'est sûr que Ti-Caramel, elle le poussera à l'autonomie dès qu'elle aura mis bas autour du mois de mai. C'est qu'à ce moment-là, il sera devenu assez fort pour survivre tout seul. Mais j'ai peur qu'il lui soit arrivé quelque chose pendant ces dernières semaines...

Par contre, celui que j'appelle mon macho, un tétras mâle qui essaie toujours de m'impressionner, a réélu domicile tout près du camp, où il séduit toutes les poulettes des alentours. Lui, en tout cas, semble avoir passé l'hiver bien à l'aise et être au-dessus de tout!



lundi 26 mars 2007

La confiance, c'est toujours un cadeau...

J'ai pris cette photo samedi dernier, à notre camp, où nous passons toujours de si beaux moments. Je vous présente mon bras droit, en fait, plutôt, celui de mon amoureux qui donnait à manger aux pies qui viennent inmanquablement nous accueillir quand on arrive, trop heureuses d'avoir un repas gratuit et différent de ce qu'elles trouvent d'habitude en forêt. Avec nous, elles se sentent en confiance...

Et dimanche, je continuais de m'acharner dans le sablage de ma vieille chaise pendant qu'à la radio, j'écoutais quelqu'un raconter qu'en France, comme au Québec, les biographies familiales connaissent un engouement sans précédent depuis quelques années. Même qu'au Québec, une maison d'édition s'est spécialisée en ce domaine. Ça m'a ramenée en arrière de plusieurs années, au temps où j'étais une écrivain public et que je gagnais ma vie à écrire toutes sortes de choses pour le compte de mes clients, des particuliers comme des petites entreprises. Le plus beau métier du monde, c'est celui d'écrivain public, je le redis, et ça m'a permis de vivre des expériences humaines dont la richesse compensait largement le chiche salaire que j'en retirais.

J'offrais déjà ce service, unique à ce moment-là, de faire ce que j'appelais des biographies en édition limitée, c'est-à-dire qu'auprès de la personne qui le désirait, je me faisais pour quelque temps biographe, en étant complètement à son écoute pour réaliser son projet de transmettre à ses proches le livre qui racontait sa vie mais qui révélait surtout la personne qu'elle était et ce qu'elle voulait léguer comme héritage humain. J'entrais alors dans un univers qui n'était pas le mien et avec beaucoup d'humilité, je m'effaçais complètement pour laisser toute la place à cette personne, en réalisant les entrevues, la recherche, la coordination et tout le reste, jusqu'au produit final, assez souvent livré en une cinquantaine d'exemplaires. J'en ai réalisé 7 de ces biographies en édition limitée pendant ces trois années, de 1993 à 1996.

Il me fallait établir d'abord avec mon sujet une relation de confiance absolue, toute intime et chaque fois, quand le miracle se produisait, je recevais ça comme un cadeau inestimable. On me racontait des choses profondes, authentiques, merveilleuses, douloureuses, des secrets de famille aussi, bref, le testament spirituel d'une vie et moi, je devais choisir ou taire, mettre un peu en sourdine des moments, tricoter de la fine dentelle autour de certains faits pour ne froisser personne, embellir juste ce qu'il faut pour donner de la valeur aux confidences et bien d'autres subtilités qui avaient pour but de sublimer une vie bien ordinaire vécue par une personne extraordinaire qui se donnait sans compter à ceux qu'elle aimait, de la manière qu'elle souhaitait, dans cet ultime héritage écrit.

Je procédais toujours différemment puisque je m'adaptais à chaque personne mais il y avait des constantes : avant chaque rencontre, je me concentrais sur la personne en réécoutant l'intégrale de l'enregistrement de l'entrevue précédente. Presque du recueillement! Puis, la rencontre commençait tout doucement, sans le dictaphone d'abord, alors qu'on choisissait ensemble des photos, lettres, documents de toutes sortes et là, on glissait lentement vers les souvenirs racontés, ponctués de mes questions, reformulations ou demandes de précision. Ils ne se rendaient jamais compte du moment où j'appuyais sur le bouton de mise en marche. La fin de la période des rencontres représentait toujours pour moi un deuil et je me consolais en travaillant à mettre de l'ordre dans les mots, phrases, faits, souvenirs, événements, chapitres, recoupant, peaufinant, élaguant, regroupant, cherchant à mettre en valeur cette personne à laquelle je m'étais réellement attachée. Quand je soumettais à cette personne le produit final, dans sa version originale, pour approbation, c'était toujours extrêmement émouvant. La plupart du temps, on n'y changeait rien, même pas une virgule ou alors, si peu, pour être tout à fait certain de livrer le meilleur et la vérité. Commençait ensuite mon vrai deuil, puisque le reste du travail était plutôt sans âme, comme d'assurer l'impression, la reprographie, le montage, la vérification méticuleuse des annexes, etc., jusqu'à ce que j'aille finalement remettre à cette personne le nombre d'exemplaires qu'elle voulait offrir à son entourage.

Je ne signais jamais ces biographies, comme tous les autres documents que produisent les écrivains publics d'ailleurs, mais les membres des familles et les proches de mes sujets savaient bien qui était cette écrivain public qui se substituait à leur mère, grand-mère et je suis toujours touchée lorsqu'on me manifeste de la reconnaissance pour cela, même des années plus tard. J'ai connu de cette manière des êtres exceptionnels, je les ai aimés autant qu'ils m'ont fait confiance, soit d'une manière absolue. Oui, j'ai été en lien très intime avec eux et j'ai parfois reçu des gestes et des mots d'amour qu'ils n'avaient même jamais partagés avec leurs propres enfants.

Je me souviens d'un couple qui célébrait 50 ans de mariage. Pour la circonstance, leurs enfants avaient voulu que je fasse leur biographie, donc, leur histoire de famille à travers leur vie de couple. Ce n'était pas courant que le client et le sujet soient deux personnes différentes. Il me fallait donc convaincre ces deux personnes, mon sujet, et j'y suis arrivée sur la pointe des pieds. Ah, un couple simple et charmant, discret, assez âgé, qui s'aimait si profondément et depuis longtemps. Lors de notre deuxième rencontre, en cherchant une lettre d'amour qu'il lui avait jadis écrite, elle est tombée sur la chanson qu'elle avait chantée à leur mariage. Je lui ai demandé si elle s'en souvenait encore, si elle voulait me la chanter... Elle est devenue émue un peu, c'est sûr, alors que lui ne disait plus un mot, avait déjà la gorge nouée par l'émotion mais la regardait avec tellement d'espoir. Alors, en dépliant sa feuille jaunie, de sa voix tellement douce, un peu chevrotante au début, elle s'est mise à fredonner la mélodie d'abord, puis sa voix s'est élevée avec une telle pureté, avec puissance... qu'il pleurait à chaudes larmes dans mes bras pendant qu'elle me souriait en chantant avec tellement de tendresse... pour lui. Ce jour-là, il y a eu de la magie dans nos confidences pendant toute la matinée, j'avais récolté au moins 90 minutes d'entrevue de ce qui allait devenir le coeur de cette biographie, le moment où ils m'ont révélé combien ils aimaient l'autre et pourquoi, la force de la vie, l'amour, pour leurs enfants et petits-enfants, en ayant pour chacun d'eux des fiertés, des tendresses et des espoirs de bonheur.

Aujourd'hui, ce monsieur est décédé mais sa dame vit toujours. Elle me dit qu'elle relit souvent leur biographie, qu'elle a l'impression chaque fois de revivre nos rencontres de ce temps-là, de le retrouver un peu à ses côtés et elle me prend à témoin pour se remémorer les bouts qui ne sont pas écrits. Quand elle m'en parle, on se sourit avec une grande tendresse, parce qu'on sait bien, l'une comme l'autre, qu'on a vécu quelque chose de très particulier et que j'ai été un témoin privilégié de l'amour infini qu'il y avait entre elle et lui et aussi de cette confiance qu'il y aura toujours entre eux et moi.

jeudi 22 mars 2007

Donne, donne


Je n'ai pas pris cette photo moi-même mais elle me rappelle qu'en dépit de tout, quelle que soit la facilité qu'on me prête parfois à exprimer des idées avec des mots de tous les jours, il m'est arrivé souvent d'être en panne et de devoir créer une chanson pour livrer le fond de mon âme quand je ne trouvais plus les mots et la manière de dire ce que j'avais besoin d'exprimer. Et si je peux créer des textes sur commande pour mon travail, mes chansons, elles, se sont toujours imposées d'elles-mêmes, en lieu et place des larmes que j'étais incapable de verser, parce qu'il y a des chagrins qui ne se pleurent pas. Ma guitare, fidèle compagne en ces moments-là, a toujours été bonne conseillère...

Donne, donne

À ma petite poupée blonde
Mon bel enfant, mon coeur sucré
Tu vas voir en quelques secondes
Combien les grands peuvent se tromper
Ma consigne était donne, donne
Donne, donne toujours sans compter
Donne, tu verras, ça fonctionne
Donne, donne pour te faire aimer

Comme si le monde était rose
Comme s'il n'y avait que de la beauté
Et qu'il n'y avait en toute chose
Que de la générosité
Faut surtout faire plaisir au monde
Toujours sourire, jamais pleurer
User ton coeur et tes secondes
Te donner aux autres en entier

Quand ils oublieront tes sourires
Et ce que tu leur as donné
Quand t'auras plus le goût de rire
Qui c'est qui voudra t'écouter
Quand t'auras épuisé ton âme
À force de trop t'oublier
Le monde te semblera infâme
Mais chez moi tu pourras pleurer

Maintenant que tu as de la peine
Et que tu te caches pour pleurer
Déçue de la nature humaine
Tu fais un peu regretter
Que dans mes leçons de partage
J'avais oublié de mentionner
Qu'il fallait surtout que tu t'en gardes
Qu'il fallait aussi te protéger

À ma petite poupée blonde
Mon bel enfant, mon coeur sucré
Faut pas se donner à tout le monde
Tu vois, Maman s'était trompée

jeudi 8 mars 2007

La huite marse


Photo que j'ai prise à l'été 2006, aux chutes Quinn, entre la sortie sud du parc de la Vérendrye et Grand Remous, région de l'Outaouais.

Comme l'eau vive, depuis sa source, elle suit son cours... Parfois langoureusement entre les méandres d'un ruisseau, puis d'une rivière qui sillonnera jusqu'au fleuve, à l'estuaire, au golfe et à la mer... sa mère, parfois avec fracas lorsque des obstacles se mettent en travers de son chemin ou qu'une dénivellation trop soudaine la surprend et la fait tomber. De très haut qu'elle peut tomber, des fois, l'eau vive, mais elle sait toujours poursuivre sa course infinie!

Elle l'ignore trop souvent mais elle est force, puissance et énergie aussi, c'est parce qu'on fait appel à elle plutôt pour purifier, abreuver, soigner, détendre, donner la vie et bien d'autres tâches, souvent humbles, qu'elle exécute de toute son âme d'eau vive, parce qu'elle sait combien elles sont essentielles à la vie.

J'aime l'eau vive et j'en ai besoin, j'en suis moi aussi quand je pense à Isabelle, Rita, Éva, Luce, Élise, Noémie, Guylaine, Martine, Jolyne, Sylvie, Lise, Francine, Claudette, Céline, Nicole, Gisèle, Nathalie, Danièle, Joanne, Véro, Sophie, Audrey, Virginie, Maggy...

Bonne fête à vous toutes : celle à qui j'ai donné la vie, celle à qui je la dois et aux autres qui me l'embellissez tellement...

mardi 6 mars 2007

Comme pour étirer le temps...


J'ai pris cette photo samedi dernier, aux lendemains de la tempête de neige, à notre camp de Rapide Deux et s'il vous semble qu'il n'y a rien à y voir et pas de quoi écrire à sa mère, vous aurez raison. Il m'arrive souvent de prendre des clichés pour moi-même, sans penser à autre chose qu'à fixer sur pellicule et à jamais un instant de bonheur fugitif que je voudrais voir s'éterniser.

J'ai la chance d'avoir plusieurs passions dans la vie, certaines palpitantes, d'autres moins, les unes plus faciles à comprendre que les autres. Il y a mes jardins secrets aussi, tellement secrets en fait, que je les ignore moi-même! J'aimerais un jour en arriver à saisir pourquoi je mets une telle ardeur à redonner vie à ce qui n'est plus, aux cas désespérés, aux rejets.

Au hasard de nos transactions immobilières passées, j'ai fait de belles trouvailles, laissées pour mortes, abandonnées sur place par les anciens propriétaires des maisons, chalets, camps, remises et garages qui ont été les nôtres au fil du temps. J'ai pu redonner vie à des vieilles berçantes aux barreaux cassés, des courtes-pointes décousues, faites par des grands-mères depuis longtemps décédées, des lampes à l'huile anciennes à nettoyer et réparer, des coffres de bois ayant contenu des trésors probablement, des tables à battants qui, une fois ouvertes, pouvaient accueillir des soupers de Gaulois, des chaises avec l'assise brisée, tressées en foin de mer, qui m'ont obligée à fouiller dans des vieux livres et apprendre cet art démodé, des gramophones qui font de fort jolis meubles même quand ils ne font plus entendre leur musique et bien d'autres choses encore qui n'ont pas de prix pour moi, parce que je les ai sauvées d'une mort certaine. Souvenez-vous du Petit Prince... « Ce qui donne du prix à ta rose, c'est le temps que tu as consacré pour elle... »

J'ai toujours un petit chantier en marche. Là, ma table à battants est revenue en vie, elle trône, discrète et toute mignonne dans un coin du salon maintenant, avec sa belle couleur caramel, révélée au fur et à mesure des heures de sablage passées dans le garage et j'ai pu la conserver ainsi avec un mélange spécial de thérébentine et d'huile de lin. Elle retrouve tout son sens et son essence quand la maison s'emplit et qu'on doit la jumeler à celle de la cuisine pour en faire un lieu de rencontre où chacun a sa place et tous l'ont tout entier!

Au camp, j'avais mis la main sur une vieille chaise finie dans le vieux camp abandonné qu'on avait acheté en l'an 2000 et qu'on a débâti pour le reconstruire. L'abandon total. Rien à faire avec ça. Il paraît qu'il n'y avait que moi pour essayer de ressusciter pareil cas. Ça m'a juste motivée davantage de me l'entendre dire! J'ai cru que j'aurais l'admiration de mes proches en m'y attaquant avec conviction mais à la place, on commence à me laisser entendre que ce serait de l'entêtement de m'y acharner, alors, j'ai d'autant plus l'ambition et l'obligation d'en faire la plus belle chaise qui soit. Il me faut sauver mon honneur!

Chaque fois que je sévis, dans ma folie, j'y vais à ma manière, « à' mitaine », à l'ancienne, avec le temps, la douceur, la patience. Jamais, au grand jamais, de décapants, d'outils électriques (on n'a pas l'essstristé là-bas) ou d'affaires qui vont vite. J'ai mon code d'éthique. Non, moi, je fais ça pour étirer le temps, j'utilise du papier sablé, des outils de métal et de bois... et de l'huile de bras. Cette chaise était quand même solide, j'ai vérifié avant de m'investir autant, il ne restait plus qu'à la déshabiller, lui enlever ses couches successives de maquillage rouge, jaune pâle et turquoise, pour y trouver sa vraie personnalité, ses noeuds, ses courants, le grain de son bois, ses imperfections aussi, donc, sa matière noble qui a su défier le temps...

Il n'y a rien que j'aime mieux l'hiver, en revenant au camp après avoir fait le tour des sentiers enneigés, que de remettre une bûche dans le poêle, me préparer un café dans la cafetière qui fait bloup-bloup, sentir l'arôme qui s'en dégage tranquillement pas vite, pendant que j'écoute la radio à la première chaîne de Radio-Canada et que je m'attaque à ma chaise avec mes vieux outils, comme pour suspendre le temps, voler un petit moment d'éternité. Tout dort et je veille. Si vous saviez comme j'y règle une foule de problèmes, petits et grands, parfois même universels. Et puis, je regarde dehors aussi, au cas où... Mes jumelles ne sont jamais loin.

Mais je prends des pauses, par exemple, faut quand même pas se rendre la vie trop misérable. D'abord, il faut remettre une bûche dans le poêle de temps en temps, puis me verser mon café et m'allumer une cigarette aussi, comme récompense, pas souvent, juste si j'ai bien travaillé, comme après avoir fini un des barreaux, par exemple. Et parfois, mon Crocodile Dundee vient voir ce que je fabrique, attiré lui aussi par l'arôme du café bloup-bloup qui se rend assez loin en forêt paraît-il, il me jette alors un regard attendri mais étrange, que je ne saurais qualifier plus précisément. Dehors, il y a les pies qui me réclament un bout de croûte de pain ou mes perdrix qui font voler la neige dans ma direction, espérant attirer mon attention mais en vain, je m'accroche désespérément à ma chaise et mon papier sablé... Allez donc savoir pourquoi.