mardi 27 avril 2010

La Fureur... m'énaaaaaarve




Photo 1 : Ça vient juste... Il était 20 h 15. Il veut me faire rire, il fait semblant de tomber, d'être déséquilibré, il chante « I'm singing in the rain » avec la barre à clou en guise de parapluie, je trouve pas ça drôle, alors, il en rajoute jusqu'à temps que je craque. Il était pareil à l'école!

Photo 2 : Je sais pas ce qui jouait dans son Ipod mais il a l'air de trouver ça bon. Assez pour faire du air guitar avec sa barre à clou.

Photo 3 : Y m'énaaaaaaaarve quand il fait ça!!!

lundi 26 avril 2010

La fureur




Photo 1 : Il était 17 h 10

Photo 2 : Il était 17 h 15 ou 17 h 16

Photo 3 : Il était 17 h 20

La Fureur

Ça s'est passé tout à l'heure, juste avant souper. J'ai tellement trouvé ça drôle que je vous le raconte. Crocodile Dundee, c'est un gars qui opère en Simonac!

Menuisier d'expérience dans la construction et la rénovation, deux choses le caractérisent : Faut que le client soit heureux absolument et il prend son métier très à coeur. Dans tout ce qu'il fait et dans tout ce qu'il est, il ne fait jamais rien à moitié. On appelle ça un gars entier!

On a parlé récemment qu'on devait refaire avant l'été le patio d'en haut. Il était archi dû et on vit là pendant les mois d'été, on ne pouvait plus se fier que c'était sécuritaire et c'est souvent là que se font nos soupers de Gaulois ou nos anti soupers.

Crocodile Dundee arrive de travailler, il est près de 17 h 10 :

- On soupe tu de bonne heure, y a une game de hockey à 7 heures, c'est p't'être la dernière?

- Dans une dizaine de minutes à peu près. As-tu faim?

- Ouep!

- Où c'est que tu t'en vas de même, avec ta barre à clou?

- Dix minutes, t'as dit? J'ai le temps de démancher le patio...

- Mais comment ça? Quand est-ce qu'on fait ça, le patio?

- Tu suite!

- ... ... ...

- Check ben ça revoler!

Le téléphone sonne... C'est Alain, il veut parler à Crocodile Dundee. Je lui passe le sans fil. Et lui, il parle à Alain sans s'arrêter une seconde de travailler.

- Ben oui, certain que ça me tente, c'est tu la dernière d'après toi? Oui oui OK, je vais être là à 7 heures... Comment? Ah, c'est parce que je démanche le patio d'en haut, t'entends tu ça de t'chez vous? Ah tu vois ça revoler de t'chez vous? Hahaha. On va avoir en masse de quoi se faire des beaux feux!

samedi 24 avril 2010

Passages



Photo 1 : Hier matin, j'avais de la misère à me concentrer sur mon travail, ayant retrouvé mon lac depuis peu, mon regard et mon esprit sont toujours prêts à se sauver dehors ces jours-ci. Et puis, tout à coup, en plein milieu d'une phrase trop longue, j'ai entendu les huards, j'ai tout laissé tomber et j'ai aperçu ce voilier. C'était le début de la saison nouvelle!

Photo 2 : Mon clin d'oeil à Guy Vandal qui déménage à Matagami, petite ville minière de la région Nord-du-Québec, où nous avons été des petits pionniers. C'était à l'époque où l'on ouvrait des villages plutôt que d'en fermer...

Passages

Ça vous arrive tu des fois? Comme une vague qui vous submerge... Un sentiment tellement envahissant de bonheur et de reconnaissance envers la vie et le monde? Ça m'est arrivé plusieurs fois cette semaine. Juste de même. Je prends pas de dope, j'ai pas gagné à la loterie, ma vie n'est pas parfaite mais des petits événements de toutes sortes se sont multipliés comme par enchantement tout au long de la semaine pour me faire vivre cet état d'âme si doux et si puissant à la fois. Je ne cherche pas trop à l'expliquer quand ça m'arrive, je veux juste y goûter sans penser à rien.

Personnellement, amoureusement, professionnellement et socialement, j'avais l'impression d'être au summum de ma vie. Fragile et forte. Je le sais, c'est fou. Pour un instant, une drôle d'idée m'est passée par l'esprit : je pourrais mourir là tout de suite que j'aurais l'impression d'avoir tout accompli, je me retirerais en pleine gloire, comme Maurice Richard!

Alors, j'ai chassé cette pensée épouvantable pour ne pas tenter le diable. Et là, je m'en vais voir une pièce de théâtre pour enfants avec des grands de mon âge, des parents plus jeunes et des tout petits.

Ouais, y a des passages qui valent la peine d'être soulignés.

mardi 20 avril 2010

Le culte inculte


Photo 1 : Début mars 2010, à Varadero, un gars faisait du kitesurfing sur la mer agitée. Seul à défier les éléments ce jour-là, il se prenait pour un héros. Quand j'ai pris ma photo, un vieux touriste qui semblait le connaître m'a souri avec complicité : « This guy is crazy » m'a-t-il lancé avec, manifestement, pas trop d'estime ni de respect pour celui qui croyait nous impressionner.

Photo 2 : Félixe qui danse sur la plage, toujours à Varadero. Pour elle, impossible de résister à cette musique cubaine partout présente, ce rythme qui invite à bouger en toute liberté, elle y participait simplement pour le plaisir de faire corps avec l'environnement sonore et visuel. Pas du tout consciente de son corps ni du regard des autres, je souhaiterais qu'elle reste ainsi toute sa vie... Mais c'est mal parti, dans la société où elle va grandir.

Le culte inculte

J'ignore par où commencer, j'en aurais trop à dire. Peut-être par un peu d'histoire pour me situer dans ce qui m'achale?

Avant moi, des générations de femmes ont vécu leur vie et m'ont inspirée. Elles sont toujours mes repères et mes ancrages les plus solides. Ma grand-mère maternelle a fait partie de mon enfance, de mon adolescence, de ma vie d'adulte. Nous avons souvent parlé ensemble de son époque, de sa vision des choses, de la société dans laquelle elle avait évolué. Elle a connu un grand amour, a mis au monde beaucoup d'enfants qu'elle a aimés et fait grandir, elle a enseigné avant de se marier et même après, en pays neuf, parce qu'il le fallait et qu'elle était la seule à pouvoir le faire.

Ensuite, il y a eu ma mère, qui ne se considérait pas comme féministe, enfin, elle ne donnait jamais de nom aux actions qu'elle posait et aux choix qu'elle faisait dans sa vie mais c'est clair pour moi qu'elle a toujours eu les mêmes droits assortis des mêmes obligations que n'importe qui, homme ou femme. Elle a toujours été l'égale de mon père. Ça, c'était indiscutable, on le sentait bien dans notre vie quotidienne! Elle a enseigné, elle a occupé d'autres emplois aussi, elle était maîtresse de sa destinée. Elle a connu un grand amour, avec lequel elle a choisi de fonder une famille, elle a désiré tous les enfants qu'elle a mis au monde, ce qui ne l'a jamais empêchée de se réaliser.

Et moi, à mon époque, j'ai choisi le métier que j'ai voulu faire en ayant accès à tout ce qui s'offrait dans ma région, et même ailleurs si j'avais voulu. Oui j'ai été libre de tous mes choix, professionnels, personnels et sociaux. J'ai travaillé dans des milieux d'hommes, de femmes, certains plus mixtes que d'autres, et quand j'ai vu ou vécu des inégalités et des injustices, elles n'étaient jamais reliées au fait que c'était d'un homme ou d'une femme qu'il s'agissait. Mais je suis restée vigilante quand même, pour celles qui n'avaient pas eu la même chance, le même parcours et le même bagage que moi.

Je suis consciente que ma mère était avant-gardiste en son temps, que si j'ai toujours eu la certitude d'avoir une chance égale, comme femme, c'est que d'autres s'étaient battues avant moi pour qu'on ait une société plus juste et je sais très bien que c'est loin d'être gagné encore aujourd'hui pour que tout le monde ait la même impression que moi. N'ayez crainte, je ne l'oublie pas.

Des caprices?

Ça fait longtemps que j'entends parler de chirurgie esthétique, de seins refaits, de botox et de facelift. Ça signifiait pour moi jusqu'à tout récemment des caprices de madames riches qui n'acceptaient pas d'être ce qu'elles étaient, qui vouaient un culte beaucoup trop grand à leur apparence ou qui ne savaient pas cultiver autre chose dans la vie qu'un beau body et une face de publicité de ti pot de crème. Je l'avoue, j'ai beaucoup de préjugés là-dessus et j'irais même jusqu'à dire que je les entretiens...

Celle-là oui, celle-là peut-être

Quand j'étais à Varadero, c'est ma fille qui m'a ouvert les yeux et les zoreilles sur cette réalité devenue très actuelle chez les filles de son âge. J'en suis tombée en bas de ma chaise longue! Quoi? Ces belles filles-là, toutes jeunes et désirables, ont eu recours à la chirurgie esthétique pour se faire refaire les seins? Elle voyait ça, elle, juste de même, chez plusieurs beautés qui défilaient en maillot « on the beach ». Elle savait me dire « celle-là, celle-là et celle-là, oui, la bleue, je suis pas sûre, c'est peut-être juste bien fait ». Le pire, c'est qu'elle m'a expliqué comment elle devinait ça et c'est vrai, quand on le sait et qu'on le remarque, ça devient évident.

Pour me rassurer un peu, je lui disais que là, c'était différent, on était en vacances, en pays étranger, sur une plage de Varadero, le royaume de l'artificiel et du tout inclus, pas du tout le même échantillonnage de madames qu'on verrait chez nous. Là-dessus, elle m'a encore mis les yeux vis-a-vis de cette réalité nouvelle pour moi : plusieurs de ses amies, de très jeunes femmes dans la vingtaine, se sont déjà fait refaire les seins et d'autres rêvent du jour où ce sera leur tour de passer sous le bistouri. Il paraît que c'est devenu tellement courant que c'en est presque la norme chez ces jeunes femmes que je trouve déjà superbes, articulées, brillantes, avec la vie devant elles.

Même elle?

Dernièrement, j'ai eu des nouvelles d'une nièce par alliance que je ne côtoie pas beaucoup depuis qu'elle vit dans une autre région. Début trentaine, policière, amoureuse, maman de deux jeunes enfants, elle incarnait pour moi la jeune femme moderne : équilibrée, magnifique, bien de son temps, à l'aise dans un métier non traditionnel, libre et fière, solide, assumant ses choix. Je suis tombée de haut quand j'ai appris cette semaine qu'elle allait bientôt se faire refaire les seins et redraper le ventre, (quel ventre?...) elle que je trouvais si belle, même en maillot de bain, quand elle m'a fait parvenir ses dernières photos de vacances pas plus tard qu'au mois de février.

Mais qu'est-ce qu'elles ont, toutes?

Être ou paraître?

Pour les filles de mon âge, j'entends parler de botox et de facelift. On n'accepte pas dans notre société de prendre de l'âge... On veut nier le passage du temps à tout prix comme s'il s'agissait d'une honte, d'une tare, d'un défaut à corriger. On pratique le déni. On voudrait le corps parfait, le visage lisse, le paraître prend toute la place, à tel point qu'on oublie que la beauté n'a pas d'âge, que le charme ne vieillit pas, que le sourire éclaire le visage plus que n'importe quoi d'autre, que l'expression séduit et fascine, que ce qu'il y a de plus attirant, c'est ce qui émane de l'intérieur de la personne. Quand je revendique ça, on dirait que je viens d'une autre planète!

Heureusement, ma fille nage à contre-courant dans ce qui grouille et grenouille autour d'elle. Sinon, j'aurais eu vraiment l'impression d'avoir raté quelque chose dans l'éducation qu'on lui a donnée, dans la confiance qu'on a pu lui inculquer en ses propres ressources. Elle est resplendissante, je trouve, à 23 ans, avec ses mille projets qu'elle mène de front, son enthousiasme dans la vie. Elle est très soucieuse de sa santé et de son apparence, mettant en valeur ce qu'elle a de plus beau, soignant son alimentation et faisant du sport, investissant ses énergies dans ses amours, ses amitiés, ses études, ses travaux, ses ambitions, ses implications, sa musique et tout ce qui fait qu'elle est elle, naturelle à 100 %, pas photoshoppée du tout, bien réelle, et surtout qui ne ressemble à personne d'autre. Ça me console un peu...

Une suite logique

Mais cette réalité du culte qu'on voue bien trop à l'apparence chez les jeunes femmes d'aujourd'hui m'inquiète aussi parce que dans quelques années, elles vont sûrement se ruer à nouveau chez les chirurgiens esthétiques quand elles n'accepteront pas d'avoir 40 ans, 50 ans, 60 ans, 70 ans.

La question qui tue

En pensant à ma grand-mère, à ma mère, à moi qui ai 52 ans et qui les porte fièrement, à toutes ces femmes qui ont voulu, vécu et agi pour qu'on ait des chances égales dans la vie, à toutes celles qui luttent encore pour nos libertés individuelles et collectives, je ne peux m'empêcher de poser cette question : « A-t-on fait tout ce chemin-là, comme femmes, pour en arriver à ça? »

mardi 13 avril 2010

De près ou de loin



Photos 1 et 2 : La même île sur la même rivière (des Outaouais) qu'on s'en approche ou qu'on s'en éloigne, quand le ciel s'assombrit...

De près ou de loin

Vous souvenez-vous où vous étiez quand vous avez appris la mort de René Lévesque? Moi oui. Avec mon petit bébé tout neuf, on jouait sur le tapis du salon, la télé ouverte avec le volume très bas, et j'ai compris tout à coup qu'il se passait quelque chose de grave. On annonçait le décès de celui qui pouvait nous rallier à cette cause de la souveraineté un jour. J'aurais voulu pour ma petite ce qu'il y avait de plus beau, un pays immense comme le Québec, j'avais tout l'espoir du monde, et même pas encore 30 ans. Et là, tout s'effondrait...

Il y a eu le décès de Bourgault. Dernièrement, Falardeau. Aujourd'hui, c'est Chartrand. J'avais beaucoup aimé aussi Simone Monet, sa compagne de vie. Chaque fois qu'un de ces grands monuments nous quitte, j'ai l'impression de perdre un proche. Comme si mon ciel s'assombrissait.

Hier, on entendait quelques bribes de confidences des coulisses du pouvoir, d'une époque pas si lointaine, par l'ex-ministre Bellemare, au sujet de la nomination des juges, du financement des partis politiques et quoi encore? Il vise Jean Charest, son gouvernement, son parti. Lui, il se défend avec les moyens qu'il a, politiques et juridiques, il perd la face, on s'en fiche pas mal, on se doutait bien de tout ça. Il y a longtemps qu'on n'a plus confiance, ni à ce parti-là ni aux autres non plus qui le picossent, même si c'est de bonne guerre, on sait d'avance qu'on ne saura rien en fin de compte. Ce qu'on se demande, c'est plutôt ce que Bellemare peut gagner dans cette affaire et pourquoi il s'ouvre la boîte à souvenirs tout à coup, avec une si grande conscience et tellement d'intégrité. Et puis, on supposera encore pire que ce qui sera dévoilé au grand jour.

Peut-être que je mêle tout aujourd'hui, le politique, le syndicalisme, le social, l'environnemental, le culturel, le je-m'en-foutisme généralisé, la magouillerie patentée, qui finira par avoir une apparence légale mais si tant tellement immorale.

Ce qui me cause le plus grand cafard, c'est que je ne vois vraiment plus personne qui puisse incarner ici et maintenant des convictions solides, des positions claires, des objectifs louables, des idées plus grandes que sa petite carrière, une vision de notre société qui aille au-delà d'une éventuelle campagne électorale et du pouvoir, de la petite politicaillerie à laquelle on assiste, impuissants, tous les jours.

Vous en connaissez, vous, de ces hommes et de ces femmes dignes de représenter nos espoirs et qui pourraient me faire mentir? Si oui, dites-le moi, ça m'aiderait à faire mon deuil.

Je vous laisse sur ces mots de Georges Dor qui s'incarnaient merveilleusement pour moi dans l'Homme de Parole qu'était Michel Chartrand : « Tout homme qui se tient debout est le plus beau des monuments ».

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Parlant de monuments, d'hommes de parole et d'action qui se tiennent debout, les mots de Georges Dor s'appliquent aussi à Claude Robinson qui a besoin de notre soutien dans sa lutte contre la grosse machine infernale.

Je vous invite sur le site http://clauderobinson.org

Soutien et solidarité s'expriment de plusieurs façons, si vous souhaitez le faire financièrement aussi, c'est possible par carte de crédit et le site est sécurisé par Desjardins.

mardi 6 avril 2010

En attendant l'été...




Photos 1, 2 et 3 : Elles n'ont pas besoin d'être décrites, je crois. Mais si une question vous brûle les lèvres, ça me fera plaisir d'y répondre.

En attendant l'été...

... j'anticipe tous les plaisirs qui seront bientôt à ma portée. L'été n'est pas nécessairement ma saison préférée mais disons que j'aime profiter de ce qui s'offre à moi en toutes saisons.

Sinon, rien à signaler! Ah oui, peut-être... Avez-vous entendu la dernière chanson sur l'album de Fred Pellerin?

M'en vas t'amener où c'est silence
Pour entendre juste la murmurance de ta voix
Une fois

dimanche 4 avril 2010

L'eau de Pâques

Photo : À la fonte des neiges, quand le processus est enclenché pour de bon, l'eau des montagnes ruisselle du haut du ciel jusqu'au lit de toutes les rivières, poussée par une force qui s'appelle la Vie, creusant des sillons dans le printemps tout neuf. La nature se réveille en sifflant un air joyeux et sautillant, elle se pare de ses eaux vives, l'amour se pomponne le coeur de tout ce qui est vivant...

L'eau de Pâques

D'aussi loin que je me souvienne, la fête de Pâques voulait dire folie, printemps et renouveau. Dans ma famille si grande parce que ma grand-mère vivait avec nous, ils arrivaient de partout, les plus éloignés venaient de l'Ontario (Sudbury). Maman cuisinait des choses à l'avance tant qu'elle le pouvait, Papa allait faire ses provisions à la « régie des liqueurs », tout le monde avait été à confesse, la semaine sainte était l'apogée du carême qui s'achevait, les plus chanceuses allaient étrenner une petite robe du catalogue Sears printemps-été ou des souliers en cuir verni, on était prêts à faire nos Pâques!

Les cocos de Pâques et poules en chocolat n'étaient pas à la mode dans ma famille, on aurait dit que ça ne nous concernait pas. En revanche, nos traditions et notre histoire parlaient beaucoup plus d'aller chercher de l'eau de Pâques. Il y en a qui disaient que c'était comme magique, que ça se conservait indéfiniment, qu'il fallait aller en chercher là où ça coule, dans la nuit de Pâques, avec la pleine lune, juste au bon moment, avant le lever du soleil.

Mes tantes et mes oncles avaient des chansons neuves dans leur répertoire pour l'occasion, à travers celles des Iles qu'on connaissait si bien et qui étaient nos hymnes au pays tant aimé. J'entends encore ma tante Yvonne et ma tante Pauline, mêlant leurs voix pour « Belle rose du printemps », mon oncle Marcel et mon oncle Paul qui s'échangeaient la guitare ou accompagnaient au vol celui ou celle qui se levait debout, enfin décidé à nous envoyer la sienne. Les premiers arrivaient samedi saint, à partir de midi, et la fête pouvait commencer. Quand les guitares étaient bien réchauffées, mon oncle Claude arrivait après tout le monde, quand le party était ben pogné, comme un héros, avec son 40 onces de Five Stars un peu entamé, il s'annonçait en criant à Papa : « Chu venu te chercher, mon Léo, pour qu'on aille crire de l'eau de Pâques »!

Évidemment, personne n'allait se coucher de bonne heure ce soir-là. Il fallait veiller tard pour se rendre jusqu'au lever du soleil, parce que l'eau de Pâques, à minuit, ça comptait pas et puis, qui aurait lâché le party en plein milieu pour aller se trouver un trou d'eau pas trop stagnante proche de chez nous? Ça fait qu'on se couchait toujours plus tard à Pâques qu'à Noël.

Crocodile Dundee trouvait les traditions pas mal drôles et pleines de folie chez nous. Combien de fois avons-nous été chercher de l'eau de Pâques au petit jour, juste avant le lever du soleil, pour en partager plus tard des grandes lampées, pour s'hydrater le lendemain de la veille, entre deux verres de drigne des mononks, dans nos rassemblements familiaux des deux bords...

Quand Isabelle était petite, on a continué la tradition sympathique et plus ou moins sérieuse, à laquelle on faisait semblant de croire. Et peut-être qu'on y croyait un peu! Elle trouvait que c'était formidable de se lever avant l'aube, de partir en pyjama avec nos manteaux chauds vers le ruisseau du lac Dufault, de cueillir l'eau de Pâques dans des gros pots de verre qui mettaient en valeur la pureté du liquide magique, de croiser plein d'autres fous comme nous à la même place au même moment et pour les mêmes raisons, de se sourire avec complicité sans un mot et de revenir à la maison avec notre précieuse cargaison, se faire un gros déjeuner avec des cocos bacon pitoute pitoute, en attendant d'aller rejoindre nos familles. Bien sûr, on avait la primeur avant les autres, notre privilège pour s'être levé en pleine noirceur et avoir respecté la tradition. Que ça goûtait bon, l'eau de Pâques...

Au dîner, c'était souvent dans la famille de Crocodile Dundee qu'on allait. Un petit apéritif d'eau de Pâques pour tout le monde! Mon beau-père était en révolte contre tout ce qui était pratique religieuse mais il adorait les traditions. Alors, quand on arrivait avec notre butin, il sortait les verres pour tout le monde, nous souhaitait une bonne santé, nous demandait de faire chacun un voeu dans notre coeur en levant nos verres et on les calait « cul sec » dans un petit moment solennel avant que les rires fusent à nouveau et que Belle-Maman nous dévoile son fameux gâteau au chocolat trois étages avec des lapins aux grandes zoreilles sculptés dans la guimauve.

Chez nous, c'était plutôt au souper que ça se passait. Moins de rituel, rien d'officiel mais on se garrochait dans l'eau de Pâques comme dans le reste et on y allait de toutes les histoires, croyances, souvenirs et hypothèses qu'on connaissait sur le sujet. Parce qu'on est tous pareils dans ma famille, ça ne prend pas grand-chose pour nous faire rire, se faire des scénarios moqueurs et partir des discussions enlevantes qui vont dans tous les sens. On est de même, nuzôte!

Hier, on était avec notre petite famille autour de la table pour prendre de l'avance pour aujourd'hui. Au dessert, dans un esprit de partage (!) on a fait goûter à Félixe des petites lichettes de lait glacé. Oh la la, elle adore ça, le lait glacé... Isabelle a reparlé de l'eau de Pâques, elle a voulu qu'on y aille ensemble cette nuit, au petit matin, au ruisseau du lac Dufault, comme avant... Ça nous a fait plaisir qu'elle en ait gardé le souvenir et le goût de recommencer. Elle voulait que Félixe connaisse ça. Et Dominic aussi...

Mais parce qu'on devait veiller tard et qu'elle travaillait aujourd'hui, notre petite miraculée de l'eau de Pâques devenue maman, on a trouvé qu'à 14 mois, Félixe était bien trop jeune pour se faire réveiller avant l'aube et nous accompagner dans cette sortie un peu folle en pleine nuit. Mais n'empêche, on va se reprendre, on ne laissera pas filer beaucoup de fêtes de Pâques sans la contaminer elle aussi. Déjà, pendant qu'Isabelle travaille, Dominic et Félixe viendront nous rejoindre dans ma famille où je m'en vais dans quelques minutes. Et nous irons aussi dans la famille de Crocodile Dundee. Pâques, c'est Pâques. Personne de nous n'a acheté de chocolat mais ce qui nous fait envie aujourd'hui, et qui ne s'achète nulle part, ce sont ces traditions familiales pétries de rires, de magie, d'aventures loufoques, de bonne humeur et... d'eau de Pâques.

jeudi 1 avril 2010

Poisson d'avril?

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On me jure que c'est vrai pour le vrai... Ça se passe à la baie James. Je ne connais pas les gars...

Mais s'ils faisaient partie de mon entourage, je leur suggérerais de saupoudrer les jurons, ça a toujours plus d'effet un bon sacre, rien qu'un, bien placé, stratégiquement, de manière expressive, plutôt que d'en enfiler 4 ou 5 de suite, ça beurre trop épais, ça tombe su'l'coeur!

Savoir sacrer, c'est tout un art!!!