jeudi 17 juin 2010

L'empowerment




Photos 1, 2 et 3 : Hummm... Difficile d'illustrer l'empowerment, même avec mon nouvel appareil photo! Ça aiderait peut-être que je vous dise que la philosophie de la chose ne tient pas tant aux réalisations qu'aux processus qui rendent possibles ces réalisations... Pas clair non plus, hein? Regardons-y de plus près... C'est comme en canot. On fait corps avec le véhicule, on est à la fois le moteur et le gouvernail, on mène sa barque à bon port. Tout seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin!

L'empowerment

Il y a des rencontres qui tiennent lieu de révélations. Madame Carmen a incarné quelque chose du genre pour moi, tant j'avais soif de tout ce qu'elle me racontait des résultats de ses travaux, de ses recherches et de la mission sociale qu'elle épousait avec enthousiasme pour « faire plus et mieux ensemble », selon ce qui était écrit sur l'affiche à l'honneur dans son environnement de travail. Pourtant, je ne l'ai rencontrée qu'une seule fois, Madame Carmen, au début de l'année 2005. Elle était la coordonnatrice régionale d'un programme innovateur en santé publique et j'étais là pour recueillir l'essence de son propos, en faire un article informatif et mobilisateur pour Monsieur-et-Madame-Tout-le-Monde de l'Abitibi-Témiscamingue.

Tout en discutant de ce qui s'était fait ici, dans les petites collectivités, de ce qui s'en venait et de ce qui pouvait se faire encore, elle a laissé tomber ce mot, « empowerment » en regrettant qu'il n'existe pas l'équivalent en français qui voudrait dire autant. Mais elle n'avait pas besoin de m'expliquer longtemps pour que je comprenne, ses yeux brillants voulaient tout dire, et je comprenais l'étymologie du mot, même en anglais, assez pour imaginer l'infinitude du concept qui menait à cette trouvaille extraordinaire : un mélange d'autonomie, de responsabilisation de soi, de son environnement, de sa communauté, de sa région, de son pays, une sorte d'appropriation des ressources et des acquis par l'implication, le sentiment d'appartenance, le renforcement positif, la reconnaissance, la collaboration, la concertation des forces vives pour en arriver à « faire plus et mieux ensemble ».

Il me semblait que tout s'éclairait, s'illuminait, se magnifiait, en l'écoutant. J'y voyais tout à coup des applications dans le travail, dans la vie, en politique, sur l'avenir de ma région, mon pays, le Québec, dans les réseaux sociaux de toute nature, sur le sort qu'on réserve aux petites collectivités, les villages éloignés, nos villes monoindustrielles, nos régions qui se prennent en main, les universités, les causes environnementales et tout ce qui nous tient à coeur. J'y voyais même une panacée universelle pour ce qu'on doit affronter dans notre propre vie. Et c'est le seul lien que je ferai avec mon billet précédent mais l'empowerment a été à la base du long chemin qui m'aura permis de fermer la parenthèse : me réapproprier dans l'action la confiance perdue, l'estime baffouée, l'attitude libre et dégagée qui devait me servir encore.

Depuis la rencontre de Madame Carmen, l'empowerment veut dire tellement de choses pour moi. J'arrive difficilement à l'expliquer et en transmettre l'essentiel mais j'y crois dur comme fer. D'ailleurs, dans l'article que j'avais rédigé, ce mot n'était jamais là mais il était en filigrane tout au long, dans chaque phrase, chaque paragraphe.

Depuis, je me suis intéressée à cette façon de travailler, de penser et d'agir. Non pas pour mon gagne-pain mais pour l'ensemble de ma vie. Sur Wikipédia, on traduit ce terme anglais par autonomisation ou capacitation. C'est peu, trop peu, je trouve. On dit aussi qu'il s'agit de la prise en charge de l'individu par lui-même, de sa destinée économique, professionnelle, familiale et sociale. L'empowerment est le processus d'acquisition d'un « pouvoir » (power) sur son travail, son destin, cette autonomie qui lui permet d'exister dans sa communauté, de prendre part aux décisions, interventions et actions qui ont de l'impact sur sa vie et celle des autres.

À partir de là, on peut s'approprier la sorte d'empowerment qui nous convient et pour les causes qui nous intéressent. Par exemple, pour ma part, je ne suis pas très à l'aise avec les notions de contrôle et de pouvoir. J'aime mieux parler d'influence, de motivation, de collaboration, d'actions concertées, d'initiatives efficaces, de synergie, de transparence, de changement social à petits pas, de mettre des efforts à transformer un problème en solution, une intention abstraite en un objectif concret. Ce faisant, le processus proactif de l'empowerment est centré sur les forces, les habiletés des individus, plutôt que sur les déficits et les difficultés. Ça fait toute la différence du monde!

J'aurais tant voulu vous donner des exemples concrets pour illustrer le meilleur de cette philosophie d'alliances et de participation qui a obtenu ses lettres de noblesse dans l'univers du travail social, je crois, ou en sociologie peut-être? Ça me prendrait encore des pages et des pages pour y arriver comme je le voudrais. J'ajoute encore que dans un processus d'empowerment, tout le monde gagne. Et je vous laisse avec cet extrait de l'article que j'avais rédigé après ma rencontre avec Madame Carmen : « En partant du principe que la santé dépasse largement l'absence de maladie, elle se définit comme un état de bien-être supposant une capacité physique, psychologique et sociale qui permet à une personne de faire des choix et d'agir dans son milieu ».

14 commentaires:

Éléonore a dit…

« En partant du principe que la santé dépasse largement l'absence de maladie, elle se définit comme un état de bien-être supposant une capacité physique, psychologique et sociale qui permet à une personne de faire des choix et d'agir dans son milieu ». Très intéressant ! Je partage l'opinion de madame Cramen qui devait en effet être passionante.
Je ne connaissais pas le mode enpowerment, mais je connais les mots être au controle de sa destinée, prendre les renes. Je connais trop de gens qui sont à la remorque de leur vie et éternelle victime. J'envisage ma vie bien autrment et jusqu'à date ça me réussi.

Rosette ou Rosie, c'est pareil a dit…

Un billet à la fois magique et passionnant que tu as écrit là, ma belle Zoreilles! Et c'est toute une coincidence (pas de tréma ce matin, bordel!) que je viens récemment de terminer un bouquin intitulé : The Women's Book Of Empowerment de Charlene M. Proctor, PHd. Mais au lieu d'aller me taper cete brique, j'aurais pu venir te lire, puisque tu as réussi à résumer parfaitement ce que cette auteure a écrit en quelques paragraphes et au moyen de superbes photos qui captent bien ce que veut dire "L'empowerment".
Madame Carmen est une grande dame qui a saisi la subtilité de ce mot et surtout, comment l'appliquer dans la vie de tous les jours. Chose que tu fais avec la plus grande dignité, ma chère amie.
Merci pour ce partage, ma Zoreilles bien-aimée, et je t'embrasse bien fort!
Vive l'empowerment!

Zoreilles a dit…

@ Éléonore : Je crois comprendre que tu étais comme moi, tu ne connaissais pas le mot empowerment mais tu savais d'instinct tout ce que ça pouvait représenter de possibilités! Madame Carmen était une femme passionnante (elle est retraitée maintenant) elle dégageait un sourire, une force tranquille.

@ Rosie : Je crois au contraire que tu as bien fait de te taper cette brique, Dre Charlene M. Proctor est sûrement moins embrouillée que moi dans ses explications! Elle a dû donner plein d'exemples aussi et appliquer ce concept dans la vie des femmes, comme elle aurait pu l'appliquer aussi dans les petites collectivités, les régions, etc. Donc, tu t'intéressais à ça, toi aussi? Je sais pas pourquoi, ça m'étonne pas! ;o)

Claire a dit…

Pendant que je lis ton billet, j'écoute Neil Young...et quelle coïncidence (moi je les ai, Rosette...) voici ce qu'il disait il y a plus de trente ans:

To live a lot
You've got to be part of

C'est pas du beau empowerment, ça, madame!

A propos, les photos sont magnifiques! Je peux aisément t'imaginer sur la terrasse, sirotant un bon café...Chanceuse!

Solange a dit…

C'est un article très intéressant Mme Carmen a eu une belle influence sur toi. C'est pour moi un mot nouveau, mais ses effets ne me sont pas étrangers.

Claire a dit…

Bon...
OK, Neil dit:
To live a love...
Mais j'aime bien "live a lot"

Bon week-end!

Accent Grave a dit…

J'apprécie vos propos au sujet de l'autonomie, de ce qui se fait chez vous et ailleurs, de votre philosophie de vie.

La façon de vivre que vous préconisez et les mots que vous employez pour en parler dépassent les expressions et mots à la mode.


Capacitation (de l'anglais):

Processus par lequel une personne à capacité réduite développe le sentiment de pouvoir exercer un plus grand contrôle sur sa vie.

- Lu dans Antidote

J'ignore ce que signifie le mot «Empowerment», même si je l'entends souvent. C'est un mot vendeur très employé en «managment» (et dans l'industrie de la croissance personnelle) depuis quelques années.

Mais attention: ce mot exprime un SENTIMENT, pas une réalité. Il s'agit d'un SENTIMENT de contrôle et non pas d'un contrôle, de là un certain bien-être.

Ce dont vous nous entretenez, c'est d'une forme de prise en charge de nos responsabilités individuelles et collectives. Et ces mots me plaisent d'avantage.

Cela à tout à voir notre capacité à agir, dans la mesure du possible. Le problème c'est qu'on ne voit que rarement ce qui nous est possible d'accomplir.

Accent Grave

Nanou La Terre a dit…

Tellement intéressant ce billet! Merci... Alors, de ce que j'en comprends, c,est que ça voudrait dire que je suis en plein contrôle de moi-même et de ma propre vie, ça c'est certain.

Rosette ou Rosie, c'est pareil a dit…

T'as peut-être les trémas, ma belle Claire d'amour, mais j'attendais que tu corriges les paroles de Neil Young avant de laisser mon deuxième grain de sel...;)

Et oui, en effet, l'empowerment serait à son summum s'il disait To Live A Lot, mais à mon humble avis, c'est surtout You've Got To Be A Part Of qui compte, non?

Et pour toi, ma bien-aimée Zoreilles, j'ajoute une citation que mes parents me répétaient souvent, au cours de mon adolescence, quand je croyais pouvoir changer le monde et qu'ils m'encourageaient à le faire... Elle ne date pas d'hier, puisqu'elle vient de de Mahatma Gandhi et va comme suit :

“We must become the change we want to see.”

Et ça, pour moi, c'est de l'empowerment à l'état brut! ;)

Je vous embrasse et vous aime toutes les deux, mes adorables Claire et Zoreilles!

Air fou a dit…

Zoreilles, c'est le mot « pouvoir » et ce qu'on en fait qui me cause problème. Les « féministes » propornos réclament l'empowerment de leur sexualité en s'affichant à l'intérieur de stéréotypes pour moi dégradants. C'est un mot avec lequel je fis connaissance dans les années 80 et qui me fait de la peine. On a aussi vécu la mode « synergie », qui réglait par magie tous les conflits au travail, dans le but de mieux servir le « client » et de produire davantage.

Mais comme Accent, ce que TU prônes, ouiiiii. Je me suis demandé tout ce temps comment te dire ça. Bien, c'est Accent qui m'a « délivrée » (il va se rouler par terre) du problème et a mis le doigt dessus.

Zed ¦D Bon dimanche!

Zoreilles a dit…

@ Claire : Je pense que j'aimais mieux ta version non corrigée! Neil Young et toi, vous sublimez l'empowerment, vous faites une sacrée belle équipe!

@ Solange : Le mot était nouveau pour moi aussi en 2005, la première fois que j'en ai entendu parler. Et ce sont tous ses effets et bienfaits qui ont été pour moi une révélation.

@ Accent Grave : Très importante nuance que vous apportez là. C'est peut-être parfois plus un SENTIMENT qu'une réalité, de s'approprier ou se réapproprier certains aspects de nos vies mais encore là, l'effet sera positif tout de même parce qu'il viendrait contrer le SENTIMENT d'impuissance qui nous envahit trop souvent et nous condamne au désintérêt, au désengagement, à la déresponsabilisation, au je-m'en-foutisme, à l'individualisme dans lesquels on stagne d'abord puis on s'éteint ensuite. Je n'aime pas beaucoup les mots contrôle, pouvoir et je trouve que capacitation ne serait pas non plus la traduction fidèle. J'aime mieux l'autoresponsabilisation, la réappropriation, l'implication, les actions concernées, la solidarité, l'appartenance au milieu, etc. Là-dessus, on semble privilégier l'empowerment dans ce qu'il a de plus constructif. Pour une personne comme pour une société.

Zoreilles a dit…

@ Nanou : Si tu le ressens comme ça, c'est que tu as dû travailler sur ton empowerment tout au long du chemin parcouru. Pour moi, ce serait comme une sorte de liberté d'action, du choix de prendre et d'assumer les décisions qui s'imposent au moment où il le faut et plein de trucs qui nous font se sentir bien. Pas nécessairement en contrôle mais juste... bien.

@ Rosie : Tes parents te citaient des gens inspirants et des phrases constructives... C'est bien ce que je dis toujours, la pomme ne tombe jamais très loin du pommier! Ça, c'est de l'empowerment comme je l'aime en effet.

@ Zed : Accent est venu à ton secours et au mien en même temps, dans le même commentaire. Comment il fait? ;o)

Malheureusement, il y a des mots et des concepts, comme empowerment, synergie, et plein d'autres qui, à force d'être cités, galvaudés, accolés à des affaires croches, finissent par perdre tout leur sens qui était noble au départ. On salit certains mots ou idées originales en les employant à mauvais escient.

Mijo a dit…

Je ne pense pas avoir déjà rencontré ce mot auparavant.

Zoreilles a dit…

@ Mijo : Effectivement, c'est un mot anglais qui n'a pas encore trouvé, selon moi, son équivalent en français. Ce qu'il faut retenir surtout, c'est sa signification dans notre vie de tous les jours, les choix qu'on fait, les décisions qu'on prend et ça, je suis certaine que tu l'as bien compris!