mercredi 16 mai 2007

Un sentier qui mène loin

Cette photo que j'ai prise la fin de semaine dernière montre le bras de rivière qui mène jusqu'à notre camp. Je vous ai souvent présenté la fin de ce bout de rivière, là où les orignaux nous visitent parfois. Ce qu'on voit ici, quand on regarde au bout de l'horizon, ce n'est que le rivage de la rivière des Outaouais, là où elle croise la rivière Darlens.

Cette rivière des Outaouais recèle pour moi tant de mystères et d'émerveillement. Elle est la plus longue rivière que nous avons au Québec, avec ses 1 270 km. Tout au long de son parcours, elle se calme ou s'agite, permettant ici ou là des centrales hydroélectriques, des usines de toutes sortes, spécialement celles en lien avec l'exploitation de la forêt et elle souffre de la pollution humaine et industrielle, particulièrement en coulant vers le sud, à mesure qu'elle s'approche de Gatineau et qu'elle poursuit sa course jusqu'au fleuve Saint-Laurent, étant son principal affluent.

Quand mon esprit se perd en rêverie, je mijote follement de partir en canot de notre camp pour me rendre jusqu'à vous tous. Bien sûr, je devrais faire beaucoup de portages mais c'est quand même le chemin qui mènerait de façon certaine jusqu'au fleuve et ensuite jusqu'à la mer.

Quand je me mets à voyager ainsi, sur les ailes de mon imaginaire, ça me plaît de penser qu'en ramant sans relâche, je pourrais visiter tout au long de ma route des amis, de la famille, dans la région des Hautes-Laurentides, de l'Outaouais, de Montréal, et qu'une fois rendue au fleuve, je poursuivrais ma route et j'arrêterais dans chacune des régions qui le bordent, jusqu'au Golfe Saint-Laurent, je retournerais enfin aux Iles de la Madeleine, pays de mes parents, grands-parents, arrière... où je séjournerais quelques temps. Après, j'attaquerais la grande bleue, j'irais de l'autre côté de l'Atlantique, je voudrais voir la France, l'Espagne, le Portugal, partout, partout, et je voudrais essayer de comprendre pourquoi j'aime tant l'Irlande sans l'avoir jamais visitée...

Mais je reviens sur terre. Ce n'est pas le chemin que je prendrai demain, ce serait plutôt la 117 sud, tout simplement, comme tout le monde. Je vais chercher ma belle-maman en vacances depuis une semaine à St-Jérôme chez sa fille, ma belle-soeur donc. Je la ramènerai chez elle, chez nous, à Rouyn-Noranda. Belle-Maman n'aime pas prendre l'autobus et moi, j'aime conduire ma petite voiture, j'ai donc offert de conduire ce trajet en guise de cadeau de la fête des mères.

Ça lui a plu. À 85 ans, bientôt 86 ans, ces voyages la fatiguent beaucoup et nous essayons de l'entourer du mieux qu'on le peut pour qu'elle puisse continuer de les faire. Je sais qu'elle aura profité de son petit voyage, des retrouvailles avec ses enfants, frères, soeurs, elle me le racontera en détails et je l'écouterai, ravie. Elle aura hâte aussi d'arriver à bon port, me parlera de son amoureux de 91 ans qui l'attend. À cet âge, l'amour est si tendre qu'il ne supporte pas la distance. Ça me rappelle un bout d'une chanson que j'avais écrite un jour :

Imagine... quand nous prendrons de l'âge
Quand nous aurons construit tous tes châteaux
Quand il y aura sur nos joues des sillages
Mais que nos âmes s'aimeront comme il faut

J'aurai gardé pour toi des projets et des rêves
Et je me souviendrai de tout ce que tu aimais
Et nous profiterons de ces heures trop brèves
Parce que nous saurons qu'elles ne reviennent jamais

Alors, je viens de me faire une promesse solennelle à moi-même : Si j'accepte si facilement de conduire pendant ces longues heures pour faire plaisir à une personne, je devrais aussi me traiter avec le même égard, moi qui aime tant voyager. Donc, cet été, je me promets de partir juste pour le plaisir de partir, au moins une semaine, toute seule, avec peu de bagages mais beaucoup de rêves, au gré du vent, au gré du temps. C'est comme ça que je choisis de célébrer mon 50e anniversaire, le 07/07/07. Ce sera l'occasion pour moi de faire le bilan de ce que j'ai vécu jusqu'à maintenant et surtout de ce que j'aimerais vivre pour me rendre jusqu'à mon 100e anniversaire de naissance...

10 commentaires:

Henri a dit…

C'est un fichu de beau projet que tu as là. Bravo !

Accent Grave a dit…

« À cet âge, l'amour est si tendre qu'il ne supporte pas la distance. »

Quelle belle phrase que celle-ci! À un certain moment, mes parents étaient hospitalisés à deux hôpitaux différents. L'un et l'autre se visistaient, même si les déplacements étaient pénibles. C'était touchant de voir mon père, à peine capable de marcher, s'habiller «proprement» pour rendre visite à ma mère dans un autre hôpital que le sien. Celui qui visistait l'autre faisait semblant de ne pas être malade et prenait soin du conjoint. Cette image restera en moi toute ma vie.

Mais dites-moi. Quand vous descendrez le fleuve en canot, remonterez-vous le Richelieu (petit détour) pour qu'on se prenne un café à hauteur de Mont-St-Hilaire?

Accent Grave

Zoreilles a dit…

Vous savez, quand je voyage sur les ailes de l'imaginaire, je vais où je veux. Un petit détour pour remonter le Richelieu jusqu'au Mont St-Hilaire me plairait assez, l'invitation est notée, je vous en remercie! Je suis pourtant passée par là souvent (en voiture)...

L'histoire de vos parents est touchante, je comprends que ces images demeurent gravés en vous et vous inspirent, les amours qui savent durer m'émeuvent aussi. Vous en parlez au passé, sont-ils décédés ces amoureux si tendres?

Quant à moi, j'ai eu le bonheur jeudi soir d'assister à ces retrouvailles d'amoureux. Comme je le prévoyais, elle m'a parlé de lui à partir de Grand-Remous, tout au long du Parc La Vérendrye aussi, à travers les anecdotes vécues avec ses filles, son frère, etc. À partir de Val-d'Or, elle a commencé à se regarder dans le miroir du côté du passager, replacer ses cheveux, mettre de la couleur sur ses joues, du rouge à lèvres... puis remettre du rouge à lèvres... puis en remettre encore... Une fois à la résidence, pendant que je montais ses bagages, elle n'a pu résister à aller à la rencontre de son cher Ambroise qui l'attendait.

Les sourires, les yeux brillants, les mains qui tremblent, j'ai tout vu. Il prenait son visage dans ses mains en lui répétant : « T'es revenue! ». Elle lui bécotait les joues en disant : « Ben oui, je suis revenue! » et je me sentais un peu voyeuse même si pour eux, je n'existais pas, alors, je suis partie sur la pointe des pieds, les yeux pleins d'eau.

Ce moment restera aussi gravé dans ma mémoire.

marc a dit…

histoire émouvante et troublante. A bientôt.

Accent Grave a dit…

Zoreilles,

Mon père est décédé depuis plusieurs années, ma mère vit toujours comme si mon père était encore là. Il y a des choses que même la mort ne peut faire disparaître.

Accent Grave

Zoreilles a dit…

Je crois que dans certains cas, l'amour est si fort qu'il peut durer au-delà des frontières du temps et de l'espace...

Très touchant, vraiment, cet amour entre vos parents. Vous êtes privilégié d'être né de cet amour-là.

Anonyme a dit…

tu sais, je n'avais jamais eu l'occasion de visiter ton blog en profondeur jusqu'à maintenant. Mais en lisant tes textes, je me rends compte du merveilleux cadeau que tu nous fais... J'écris beaucoup, moi aussi, mais de partager mes textes, et, du même coup, mes idées, mes rêves, mes sentiments, ça me fait peur... Alors ça me touche beaucoup que tu nous donnes à travers ce site un petit bout de toi! Ça m'encourage à faire la même chose. ce texte me touche particulièrement, je ne sais pas exactement pourquoi... C'est peut-être parce que moi aussi j'aime bien voyager dans ma tête! Continue ton beau travail!
XxXxXxX Noémie

Zoreilles a dit…

@ Noémie : Ma si belle et si douce Noémie... Je suis touchée en plein coeur et je t'ai lue comme on déballe un cadeau.

Un jour, tu partageras ce que tu écris, les merveilles qui sont en toi, je sais que c'est là, je le vois dans tes yeux et ton sourire. D'ici là, tu sèmes du bonheur partout autour de toi avec ta musique, ton amour des chevaux, des êtres humains, de la vie.

Oui, tu m'as fait un grand cadeau, encore une fois!

Ta marraine x x

macamic a dit…

Bonjour Zoreilles,
Nous avons beaucoup de point en commun effectivement. J'ai lu votre réponse pour le petit pont couvert de Macamic. C'est gentil. Merci, je ne manquerai pas de vous revisiter. Vos textes sont très inspirant et empreint de grande sagesse, d'amour de la vie et des autres et votre esprit est très ouvert sur le monde et riche de culture. ET, là je viens de lire votre texte sur la rivière des outaouais, votre belle-maman etc.. Très intéressant, j'y ai demeuré tout près de la rivière et je l'ai traversé à plusieurs reprise en bateau passeur de St-andré D'Argenteuil pour m'y rendre de l'autre coté dans la belle région de Valleyfield y voir mon fils qui, lui demeure sur le bord du lac St-François, grand pêcheur comme il aimerait l'abitibi et ces grand lacs plein de brochet et de doré tout frétillant. je demeurais à Lachute à ce moment, maintenant je suis à St-jérôme une rue voisine de la 117 sud !!! Ce qui s'appelait Lafontaine, maintenat fusionné avec St-Jérôme. Le 7 juillet ces bientôt, laissez moi vous souhaiter un heureux anniversaire et vous souhaitez aussi que la vie continue à vous aimer et a vous comblez de ces richesses.La mienne sera le 27 août, 59 ans déjà. Et la retraite en même temps. Dieu que la vie passe vite. Il faut vivre pleinement l'instant présent.!!!

St-Jérôme
le 21 juin 2007

Zoreilles a dit…

Bonjour Macamic!

Comme vous m'écrivez de jolies choses... À mon tour maintenant de vous souhaiter une belle retraite qui vous comblera de beaux moments de liberté, de voyages peut-être!

Je vais souvent à St-Jérôme, j'ai une belle-soeur, un beau-frère qui sont aussi de merveilleux amis. Ils habitent Bellefeuille qui fait maintenant partie de St-Jérôme, comme Lafontaine, je crois.