dimanche 18 février 2007

Une question de perception

D'abord, cette photo, je ne l'ai pas prise moi-même et je vous explique pourquoi je n'aurais pu en être l'auteure. Je dois en attribuer le crédit à un groupe de quatre touristes Français que nous avons reçus chez nous en début d'année. Une longue histoire... Sur la route qui les menait chez nous, la 117, ils sont arrivés sur les lieux d'un accident et ils se sont arrêtés. « Pas de blessés » qu'ils nous ont dit fièrement! Une fourgonnette avait frappé un orignal et nos touristes étaient trop heureux de pouvoir fixer sur pellicule l'animal qui avait été la cause de tout ça. Mais de pouvoir approcher ainsi un si bel animal était contre nature et ce faisant, ils étaient loin d'être des héros pour moi. Je n'ai vu dans leur photo que la détresse de cet animal, le sang sur la neige, l'impossibilité pour cet orignal de se sauver. (Vous pouvez cliquer sur la photo pour l'agrandir si vous voulez).

Avec les pattes brisées, l'animal est condamné à mourir à brève échéance. La nature a ceci d'impitoyable que sa beauté sauvage n'a d'égale que sa cruauté devant tout ce qui ralentit la vie.

Si j'étais arrivée sur les lieux de l'accident moi-même, je n'aurais jamais pu conclure qu'il n'y avait pas de blessés, il aurait fallu que je précise que sauf l'animal, aucun être humain n'avait été blessé. Je n'aurais jamais pris ce cliché non plus, par respect pour la bête qui aura à subir les pires attaques des prédateurs, probablement des loups qui luttent aussi pour leur survie, qui deviendront les bourreaux de sa condamnation à mort. Non, si j'avais été là, j'aurais demandé au policier sur les lieux de l'accident d'utiliser son arme de service pour abattre d'un seul coup de feu le bel animal, sachant pourtant qu'il n'en avait pas le droit lui non plus.

Nos touristes ont pris des photos pendant toute la durée de leur séjour dans notre région. Quand nous les avons reçus chez nous, deux jours de temps, ils ont réalisé leur rêve de faire de la motoneige, passer une journée à la cabane à pêche à l'autre bout du lac, visiter un petit camp qu'on a en forêt là-bas, voir de près des cabanes de castors, les pistes des coyotes, des lynx et même que mon Crocodile Dundee leur a fait une vraie conférence instructive dans son atelier de trappeur, où il a répondu à toutes leurs questions sur la gestion de la ressource faunique dans un grand territoire. Ils ont été accueillis et bien reçus à notre table avec tout ce qu'on a de meilleur et d'unique à partager, en toute chaleur et simplicité, en compagnie de nos amis d'ici, des Témiscabitibiens écrivains, conteurs, bons vivants et tous très attachants. Pour nous remercier, ces touristes ont laissé sur mon ordinateur une copie de toutes les photos numériques prises dans notre région et celle-ci, ils la considèrent vraiment comme leur meilleure...

Mais moi, elle me brise le coeur.

6 commentaires:

André Bérard a dit…

Je trouve cette histoire pathétique. Je trouve les photographes pathétiques. C'est le genre d'histoire qui me met hors de moi. Cette indifférence face à la vie. Cet anthropocentrisme qui finira un jour par nous perdre. Tout ça me désole. La bête humaine est parfois la pire, et parfois, elle peut faire de si grande chose.

Désolé pour vos amis, mais moi, je leur aurais fait avaler la photo!

Zoreilles a dit…

@ André : Petite précision, ces gens-là n'étaient pas nos amis, nous les choisissons mieux que ça, quand même!

Il s'agissait plutôt de touristes qui voulaient rencontrer « un vrai coureur des bois » et nous les avons accueillis à bras ouverts en rassemblant autour de nous nos amis, des vrais, des gens d'ici qui, comme nous, avaient à coeur de faire découvrir et apprécier les merveilles du Québec, d'abord, et de l'Abitibi-Témiscamingue ensuite...

André Bérard a dit…

Désolé! ;-)

alainsteadele a dit…

Vous savez,les touristes n'ont pas le monopole de la connerie.Ce sont des gens de la ville qui sont a la recherche d'exotisme ,et nous sommes bien heureux de les voir dépenser leurs Euro chez nous.
Pour ce qui est de la connerie,il y a des Quebecois qui en ont a revendre.
Je connais un gars qui fait des randonnée pour touristes avec des chiens.Il doit avoir au moins 80 chiens.UN jour , je lui demandais combien cela lui coûtait pour le véto , Pas beaucoup m'a-il dit ,c'a coûte 30 sous pour une balle.
MOn voisin a Sainte Adèle c'est vanté d'avoir piégé 27 écureuils avant l'hiver.Il y avait un couple de castors qui venait sur son terrain,il a fait venir un trappeur et les deux castors sont morts.
La semaine derniere il y a eu la découverte de chiens maltraités aux nouvelles.
C'est sur que prendre cette photo n'est pas très subtil ,mais quand je vois ce qui se passe autour de moi ,je me dis.C'est qui le plus innocent dans tout ça?.
Alain

Accent Grave a dit…

Cette photo est triste, elle fait mal. Sensiblerie? Peut-être. Quoi qu'il en soit j'imagine mal le plaisir éprouvé à la vue d'un animal souffrant.

Trop loin de la scène, je ne commenterai pas la réaction des touristes. Néanmoins, je sais qu'en appercevant un animal debout, bien des hommes voient un gibier, un trophée, une cible, un défi. Ça non plus je ne peux le comprendre.

L'humanisme se mesure, entre autre chose, par le respect que l'on accorde aux animaux.

Accent Grave

Zed Blog a dit…

Zoreilles,

quand quelque chose me touche de trop près, je suis précipitée dans le silence. Les animaux...

Puis-je reprendre, en m'y référant et non en le volant, les paroles d'André... Car je n'y changerais que le mot « amis », puisque ce n'en sont pas.

Peut-être aussi suis-je moins optimiste. Je me dis souvent qu'il est trop tard.

Cet anthropocentrisme est de plus, encore de nos jours, caractérisé par le fait qu'une moitié des humains domine l'autre moitié du fait de son sexe et qu'une poignée de ceux-ci domine le monde du fait des systèmes économiques en place ne faisant que reprendre à leur compte la domination sexuelle et distribuant toutes sortes d'idéologies, dont les idéologies religieuses, afin de faire avaler la couleuvre.

Quand on appelle cela simplement « répartition des richesses », on dirait que par un pur hasard, l'argent et les richesses ont été mal distribués. On dissimule l'exploitation humaine.

C'est vrai comme Alain Saint-Adèle le dit, les touristes n'ont guère le monopole de la stupidité. Aussi mon commentaire s'adresse-t-il à tous ceux qui agissent de cette manière.

Pour les castors, par contre, ils sont capables de détruire énormément de forêt et de provoquer l'érosion des sols et des terres environnants (détruisant notamment l'habitat des autres espèces et des sources d'oxygène, aussi dans l'eau qui ne circule plus) quand ils se retrouvent sans prédateurs naturels. Il faut souvent les déplacer et même les éliminer, ce qui est bien triste. Donc, un couple, on n'y touche pas mais ne serait-il pas temps d'arrêter de briser les environnements naturels qui déséquilibrent faune et flore, évitant ainsi la multiplication exagérée et nuisible de certaines espèces au profit d'autres?
Je crois bien qu'ici, nous le pensons tous.

Dans ce même ordre d'idée, il y a bien trop d'humains sur cette planète. Nous aussi il faudrait nous gérer et ne pas attendre les catastrophes naturelles que nous avons déjà commencé à provoquer, nous-mêmes.

Si tu permets, je vais revenir sur tes billets précédents :

Sécurité Internet : je possède sur mon ordi d'énormes dossiers souvent incopiables et je dois donc expliquer régulièrement les règles de sécurité. Je compte en faire un billet à court terme.

Le sourire dispendieux : ouiii, j'ai trois dents brisées en ce moment. Elles attendent que je gagne au casino, où je n'ai jamais mis les pieds.

Se faire voler, ce n'est jamais drôle. C'est notre intégrité qui perd un morceau.

Visiter Sainte-Adèle, les Laurentides, le Mont-Tremblant (à la rigueur, peut-être, j'irais voir deux ou trois images avant sur Internet), je suis comme Accent. Juste à penser que mes souvenirs seraient encore plus attaqués, c'est non.

À+ zoreilles! Zed :D