mardi 6 février 2007

Aimer et laisser grandir


J'ai pris cette photo le samedi 1er juillet dernier à 19 h 45, en cette saison où tout abonde, même la lumière. (Je crois que vous pouvez cliquer sur la photo pour l'agrandir).

Au camp depuis la veille, en compagnie de mon homme, notre fille et son amoureux, il nous semblait qu'on vivait dans l'abondance, pourtant on n'avait rien d'autre que l'essentiel. Mon homme dit toujours en riant « Qu'à force de manquer de toutt' on manque de rien! » et c'est vrai, ça m'impressionne toujours de constater quand nous allons là-bas que le bonheur s'avère finalement si simple et si facile.

Alors qu'on étirait la tasse de thé après souper, Môman orignal et Ti-Caramel sont venus comme nous saluer très poliment, juste en face, de l'autre côté du « creek ». Notre rencontre plus tôt dans la journée sur la rivière lui avait probablement semblé trop brève et les avait surpris (et nous, donc!...) en train de déguster les nénuphars et profiter de la douceur de l'été. Nous avions arrêté le moteur du bateau en les apercevant mais quand même, 4 paires d'yeux écarquillés qui vous observent, ça gêne un peu la collation d'après-midi et ça coupe l'appétit malgré les délices des plantes aquatiques offertes dans les méandres de la rivière!

Donc, ils sont revenus faire connaissance plus officiellement. Elle nous a présenté son petit. En fait, peut-être qu'elle lui présentait plutôt les drôles de créatures que nous étions... Nous quatre, à l'intérieur du camp, figés autant qu'eux, nous assistions à un moment magique, un échange silencieux où passaient le respect et l'émerveillement. Pour ma part, j'étais déchirée entre le choix que je devais faire : observer la scène et m'en remplir la boîte aux souvenirs pour longtemps ou risquer de rompre le charme, me lever tranquillement, aller chercher mon appareil, ouvrir la porte très délicatement, sortir dehors, descendre les marches de la galerie, marcher dans leur direction par le petit sentier, m'approcher tranquillement jusqu'au quai, m'accroupir l-e-n-t-e-m-e-n-t et ... appuyer sur le déclencheur. J'ai choisi la première option.

Des secondes et des minutes se sont écoulées, enfin, c'est difficile à évaluer quand on se sent au coeur de la vie, hors des frontières du temps et de l'espace... Nous communiquions entre nous, j'ignore encore comment, mais il n'y avait aucune parole prononcée, aucun regard échangé, rivés comme nous l'étions à cette scène incroyable.

Puis, j'ai senti que c'était le moment de prendre la deuxième option, que j'avais l'approbation des autres autour de la table, j'ai alors accompli chacun des gestes maintes fois répétés dans mon esprit plus tôt.

Plus je m'approchais de leur univers, maintenant seule avec Môman orignal et Ti-Caramel, plus je comprenais l'urgence d'immortaliser ce moment fragile mais aussi, plus j'intégrais des milliers de choses sur le rapport étrangement profond et complice entre une mère et son enfant. Je sais, il n'y a pas de rapport réel mais c'est comme ça.

De les voir ensemble, Môman orignal et Ti-Caramel, à ce moment-là et d'autres fois après, a fait entrer dans mon coeur la certitude qu'un enfant, à tout âge, a besoin d'être accompagné, entouré, aimé mais pas protégé à outrance. On devrait mettre à sa disposition un environnement accueillant, rassurant, bienveillant, une abondance de ressources, mais surtout, une confiance en la Vie elle-même, en dépit de tout. Aimer et laisser grandir.

Entre mon enfant et moi, à cet instant, parce nous étions là, il s'est passé quelque chose d'indéfinissable qui nous liera encore et pour toujours, ça reste impossible à fixer sur image mais cette photo me le rappelle. J'ai donc pris ce soir-là un instantané pour le coeur en même temps qu'une image où cette lumière de soir d'été devenait si tant tellement révélatrice.

3 commentaires:

Esperanza "ExLibrex" a dit…

Presque trop beau pour dire "câlisse que c'est beau"! Trop belle histoire, trop belle photo, trop bien raconté, trop "ÇA"...

Je me contenterai de vous remercier *Dame Zoreilles* !

Accent Grave a dit…

Il est beau votre univers, je parle de celui qui est en vous.

En voyant la photo je me suis dit qu'aucun texte ne pourrait être à la hauteur, et pourtant, votre propos fusionne avec l'image qui parle déjà beaucoup.

J'ai longuement contemplé la photo au point de me sentir là, sur place.

« À force de manquer de tout, on manque de rien ». C'est vrai, surtout si on sait voir et apprécier.

Il est présentement 12h12, je déguste mon thé en regardant cette photo et c'est un beau moment.

Accent Grave

Zoreilles a dit…

@ Esperanza : T'es drôle, j'imagine ta binette expressive! Ça m'a fait pareil quand j'ai lu ton dernier billet, celui qui nous amenait visiter ton coin de pays.

@ Accent Grave : Vous étiez là, avec nous, à partager une tasse de thé? Oui, c'est vrai, nous avons passé un beau moment!