jeudi 2 septembre 2010

Mine de rien




Photo 1 : Mars 1965, c'est même imprimé dans le cadrage blanc à droite sur la photo. Dans l'ordre, Yves, Maman, Jocelyn dans ses bras, et moi. Comme beaucoup de familles de mineurs, on habitait dans une maison mobile Nordik, au 4, rue Rupert, à Matagami.

Photo 2 : À l'été 1967 je crois, d'après notre âge. Tiens, Maman posait en couleur là... On aperçoit Yves, moi au milieu comme toujours, et Jocelyn. Le soleil tapait fort cette journée-là, à Matagami!

Photo 3 : Du belvédère construit par la mine Agnico Eagle, à Preissac, un paysage typique de notre région minière, avec le ciel si haut, les lacs, les rivières, les forêts, le « shaft » qu'on aperçoit au loin, comme un signe de ponctuation toujours présent dans notre horizon.

Mine de rien

Rassurez-vous, je ne vais pas aujourd'hui fustiger les mines ni les compagnies minières qui exploitent nos gisements, j'ai bien compris le message que m'a transmis dernièrement un ami qui me veut du bien : « Là, faudrait que t'en reviennes ». Non, ces temps-ci, c'est l'actualité internationale qui, mine de rien, me met de la mine dans le crayon et me mine suffisamment l'existence pour me faire revivre mes souvenirs d'enfant, ceux d'une fille de mineur.

Au Chili, depuis le 5 août, un éboulement a rendu prisonniers à 700 mètres sous terre 33 mineurs, dans une mine de cuivre et d'or à San José, 800 kilomètres au nord de Santiago. Au début, on ignorait même s'ils étaient vivants. Ensuite, on en a eu la certitude et l'assurance, grâce à des images rapportées par une caméra qu'on a réussi à glisser jusqu'à la galerie où ils ont trouvé refuge, sains et saufs, apparemment. Mais on connaît la suite, ces 33 hommes ne devraient pas revoir la lumière du jour avant plusieurs mois, le temps qu'on aille les secourir d'une manière sécuritaire.

Chaque jour, on nous donne de leurs nouvelles, on nous informe de l'échéancier prévu des travaux, ce qui n'a rien de rassurant, on consulte des ingénieurs et spécialistes de toutes sortes pour leur venir en aide, on craint pour leur santé psychologique, physique, les familles s'inquiètent, les soutiennent, leur écrivent des mots d'amour et d'encouragement, des promesses, de l'espoir et des prières... Aux quatre coins du globe, on est sensible à ce qui se vit là-bas, dans cette communauté chilienne qui devient la nôtre. Qui pourrait bien être la nôtre. Des catastrophes dans les mines, il s'en produit ici aussi. On n'a qu'à penser à ce qui est arrivé à la mine Belmoral* dans notre région, où plusieurs mineurs ont trouvé la mort, sans compter tous les accidents de mine qui se sont produits et qui ont signifié la fin ou le drame humain pour un homme à la fois, une famille à la fois.

Si je pense à ces 33 mineurs emprisonnés dans le ventre de la terre au nord du Chili, je pense encore plus à leurs enfants qui tour à tour les espèrent et en désespèrent à la surface. Je m'identifie à eux...

Fille de mineur... majeure

Quand j'étais une petite fille, Papa était mineur, il travaillait sous terre, « en d'sour » qu'on disait, à la Orchan Mines, à Matagami, et plus tard, à la Noranda Mines, dans la ville du même nom, sans doute parce qu'elle leur appartenait. Tous mes amis avaient un papa mineur, nous avions les mêmes références culturelles imbibées de ce langage qui nous était particulier, de cette enfance qui l'était tout autant, de ces histoires de catastrophes minières qui guettaient nos pères et qu'on connaissait trop bien, de ces rumeurs constantes d'une ville monoindustrielle, de cette peur au ventre qui s'installe quand la sirène de la mine retentit et que ton père est sur le « shift » de jour, de 8 à 4.

La sirène qui retentissait signifiait un incident ou un accident à la mine. Mais laquelle? La Matagami Lake, la Orchan ou la New Hosko? Dans mon souvenir de la petite école, il me semble que la classe se divisait en deux catégories d'enfants dans ces moments-là : ceux dont le père travaillait de jour cette semaine-là et qui devenaient blêmes, taciturnes, et ceux dont le père était dans sa semaine de soir, qui poussaient discrètement un soupir de soulagement, respectueux quand même des autres qui angoissaient à l'idée de ne plus jamais revoir leur papa.

Et plus souvent encore à la Noranda Mines, la maudite sirène lugubre et lancinante venait déchirer en miettes nos plus belles journées, elle retentissait à tout bout de champ pour avertir d'un début d'incendie à la surface, d'un déversement de quelque produit chimique qu'on allait très vite identifier parce que différent du SO2 habituel qu'on respirait à pleins poumons et qu'on appelait « la boucane de mine » ou le pire des scénarios, un accident quelconque sous terre qui mettait la vie de nos pères en danger.

Oui, on respirait la mine, au sens propre comme au figuré. Et on jouait tout à coup tellement plus à l'aise quand on voyait notre père arriver, avec sa boîte à lunch, le sourire rassurant de celui qui a survécu à une autre journée.

Pour les enfants des mineurs, un papa qui revient de travailler avec son sourire et sa boîte à lunch, c'est un moment de soulagement qu'ils n'oublient jamais. C'est comme, à l'inverse, la peur de le voir partir vers les profondeurs de la terre quand t'arrives de l'école en courant et qu'il s'en va prendre son « shift » de 4 à minuit. Ces soirs-là, ta mère est plus nerveuse, les petits sont plus agités et ne veulent pas aller se coucher. Quand t'es petit, que tu te réveilles en sursaut dans ton lit en entendant un « blast » plus fort que d'habitude, même enfant, tu ne te rendors pas tant que ton père n'est pas revenu. Comme la sirène de la mine qui paralyse toute la classe et qui fout la trouille même à la maîtresse, cette peur qui te tenaille le ventre jusqu'à ce tu saches ce qui s'est passé à la mauvaise mine. Comme les histoires que se racontent les papas entre eux en prenant une bière, que t'entends sans faire exprès et sans comprendre tout à fait. Comme la signification des mots anglais qu'on croyait français parce qu'ils faisaient tellement partie de notre univers familier : « stopes », « hoist » « shaft », « smelter », « rush », « long hole », « shut down », « copper », « gold », « sample », « boom town », « cross shift » et les plus effroyables, « loose », « collapse » et « blast ».

Pour la fille de mineur que je suis, les mots de plusieurs chansons de Richard Desjardins sont empreints d'images évocatrices d'une réalité qui nous marque au fer rouge : « J'entends la fonderie qui rushe/Pour ceux qui le savent pas/On y brûle la roche/Et des tonnes de bons gars/Les grandes cheminées/Éternelles comme l'enfer/Quand le gaz m'a pogné/Chu venu tout à l'envers/Entendez-vous la rumeur/La loi de la compagnie/Il faudra que tu meures/Si tu veux vivre mon ami ».

Je pourrais continuer longtemps mais comme me disait cet ami qui me veut du bien, « Là, faudrait que t'en reviennes ». C'est quand même plus fort que moi, mon coeur de petite fille se souvient de tout et c'est avec beaucoup d'émotion, d'espoir au coeur et de peur au ventre que je m'associe à toutes les petites filles et les petits garçons de ces 33 mineurs au nord du Chili qui reverront peut-être seulement à Noël la lumière du jour, leur femme et leurs enfants. Des profondeurs de la terre, à 700 mètres sous San José, eux autres aussi, eux autres surtout, ces papas mineurs, faudrait qu'ils en reviennent...

********************

* Extrait de « L'Affaire Belmoral », par Caroline Cyr, assistante de recherche au Département de criminologie de l'Université d'Ottawa :

« Le 20 mai 1980, jour de référendum au Québec, vers 22 h, le toit de la mine Belmoral à Val-d'Or s'effondre, emprisonnant dans ses débris 24 mineurs. Seize d'entre eux ont la chance d'échapper de justesse au déferlement de boue et de glaise; huit de leurs camarades demeurent coincés. L'eau, la boue et la glaise retardent sans cesse les mesures de sauvetage. Le 3 juin, les dirigeants de la mine déclarent qu'il ne reste de l'espoir de retrouver vivants que deux des huit hommes ensevelis. Le lendemain, trois hommes sont déclarés morts. Au même moment, le président de Belmoral, M. Clive Brown, affirme qu'il désire reprendre la production le plus tôt possible. Dans les jours qui suivent, un microphone inséré dans un trou foré ne révèle aucun signe de vie. Le 21 juin, soit un mois après l'effondrement, une caméra descendue dans une galerie souterraine découvre deux corps partiellement couverts de boue : deux jours plus tard, un premier cadavre est remonté à la surface. Ce n'est que deux mois après la tragédie, soit le 30 juillet 1980, que les deux derniers corps des victimes seront retrouvés. Des autopsies révèlent que les huit mineurs auraient succombé à l'asphyxie ou à la noyade. Comme il est d'habitude dans de telles circonstances, on ne manquera pas de rappeler, sans doute en guise de consolation, que si l'accident s'était produit au cours de la journée, le nombre de morts aurait triplé. »

30 commentaires:

Ren du Braque a dit…

C'est une histoire majeure sur les mines et les familles dont le père y travaille. Merci pour avoir partagé cette histoire avec nous.

Esperanza a dit…

C'est une histoire importante que celle-là Zoreilles. Oui, au-delà des drames environnementaux et sociaux que l'exploitation minière sauvage (n'en déplaise à "ton ami") cause, les drames humains sont là, l'angoisse aussi.

Ce qui est le plus chagrinant dans tout ça, c'est l'indifférence des financiers qui dirigent. Ils s'en foutent. Pour eux, l'important c'est de recommencer à exploiter; recommencer à se servir de petits travailleurs qui trouvent dans ces trous leur petit Klondike à salaire de crève-faim pour faire leurs frais, pour faire des profits mirobolants en pillant un pays occupé par la bourse et la spéculation.

N'en déplaise à "ton ami", l'exploitation de nos ressources ne se fait pas dans le but de faire prospérer notre pays. Ça c'est de la bouillie pour les chats et encore. C'est pour faire du fric! On monnaye la vie de personnes et de familles qui n'ont pas vraiment d'autres choix que celui de gagner un minimum vital, parce que c'est de ça qu'il s'agit.

Ça me fout en rogne ces affaires-là. Osisko à Malartic me fout en rogne; les explosions de puits de pétrole dans le Golfe du Mexique me foutent en rogne; l'exploitation sauvage du gaz de schiste qui s'annonce clairement dans le sud du Québec me fout en rogne. Voilà.

J'ai entendu aujourd'hui qu'il y a des gens qui songent à nationaliser l'exploitation des hydrocarbures. En fait, ils veulent juste donner bonne haleine au gaz de schiste. C'est tout. Encore, on se fera berner. On veut nationaliser le pillage!!! Soyons fiers, institutionnalisons la honte!

Quant à "ton ami", je préfère te le laisser. Jouer ainsi à l'autruche ne sert que les intérêts des pilleurs. Et avec "des amis" comme ça, on n'a pas besoin d'ennemis. Et des ennemis, nous en avons suffisamment.

Mais je vais terminer ici parce que "quand les downs de tes high te défoncent l'intérieur, tu t'engages comme bétail. Pas d'malheur, pas d'bonheur".

Esperanza a dit…
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Solange a dit…

Je comprends ton état d'âme, vivre chaque jour avec la peur au ventre ça marque pour la vie. Je trouve que ces mineurs ont beaucoup de sang froid pour ne pas paniquer, moi qui suis claustrophobe, je n'aurais jamais pu faire ce travail.

Zoreilles a dit…

@ Ren du Braque : Tout le plaisir était pour moi, si vous saviez!

@ Espéranza : Même quand je raconte mes souvenirs d'enfant, de fille de mineur, on comprend d'où je viens et on peut facilement savoir où je me situe dans tout ça, au moment où la Loi des mines se discute loin d'ici, en commission parlementaire. C'est clair comme l'eau de roche (pas de l'eau de shiste, j'ai dit de l'eau de roche!...) que si j'ai bien reçu le message de « mon ami » qui dit que là, faudrait que j'en revienne, j'ai une sacrée de tête de mule, je devrais plutôt dire, la tête dure comme du roc qui ne menace même pas de s'effondrer, à moins qu'on me « blaste ». Je suis contente d'avoir ton point de vue là-dessus, surtout avec le point de vue que t'as, ça me rassure au sujet du sens critique de mes amis! En plus, tu fais des rapprochements, les mêmes que moi, avec ce qui se passe dans d'autres régions du Québec, le gaz de shiste, les compagnies minières, pétrolières, ça procède de la même manière tordue, avec les mêmes objectifs inavoués qui font qu'on se vend pas cher, qu'on paie les taxes nous-mêmes et qu'on livre gratissssss avec le sourire, en disant merci patron. On vient de m'envoyer en coulisses cet article de Foglia :

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/pierre-foglia/201009/01/01-4311832-les-valises.php

Ces phrases que tu ajoutes à la chanson de Desjardins montrent bien que tu sais exactement de quoi il s'agit. Dans une autre, Les Fros, il lance ce cri du coeur d'un mineur à la fin : « Le jour où c'est qu'on me trouvera mort/Enterrez-moué debouttt la tête dehors/ Au soleil ».


@ Solange : Tu vas trouver ça curieux mais mon père était un peu claustrophobe, on l'a su après. Peut-être qu'il l'est devenu alors qu'il était mineur? On le saura jamais. Un jour, il est revenu à la maison plus tôt, il ne souriait pas, il a garroché sa boîte à lunch en arrière de la porte, il n'a pas dit un mot... Ça ne lui ressemblait pas du tout. Après souper, ma mère s'affairait à lui préparer son lunch du lendemain. Il a dit : « Non laisse faire, pas besoin ». Elle a insisté : « Non, c'est correct, ça me fait plaisir ». Il a redit : « Non laisse faire, pas besoin ». Il a pris une grande respiration et il a dit : « J'irai plus jamais à la mine, c'est fini, je ferai pas un shift de plus » et le lendemain matin, il se cherchait du travail, n'importe quoi, il en a trouvé aussi. Tout plein tout plein.

Zoreilles a dit…
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Zoreilles a dit…

C'est moi qui vient de supprimer mon commentaire publié en double...

C'est tu fatiguant, ces sacrés doublons de Blogger?

Esperanza a dit…

Oui. Enterrez-moé d'boutte, la tête dehors. C'est ça qui est ça.

Barbe blanche a dit…

Oh oui, enterrez moi debout, que je puisse les surveiller encore longtemps...
quand on entend Jean Charret qui riposte à ceux qui demandent un moratoire sur l'exploitation des gaz de shistes, "les compagnies ont investis tellement d'argent la dedant, il n'est pas question d'arrêter."
C'est tout simplement écoeurant...
Il y a des moments de vie, qui dans notre enfance, marquent à vie. Craindre au jour le jour pour la vie de son père en est un des plus forts...

Éléonore a dit…

Moi aussi je suis profondément triste pour les mineurs Chiliens et leurs familles, je souhaite de tout coeur qu'on les sorte de là ua plus vite, parce que c,est pas croyable ce qu'ils vivent, c'est pas humain :(

Le factotum a dit…

Cela me rappelle malheureusement une partie de ma jeunesse du temps où je demeurais à Malartic.
Mon père travaillait à la East Malartic. Il fut pris prisonnier captif par des gaz dans une des galeries souterraines. Sorti vivant par des compagnons de travail, il dû demeurer à l'hôpital de Macamic plus de six mois sans aucune rémunération.
Il n'est plus jamais retourner sous terre après cet évènement.
Il a toujours bien gagner sa vie à l'air libre à titre de travailleur autonome très loin des mines.

Air fou a dit…

Voilà un très beau et très puissant billet, Zoreilles, qui vient tellement du cœur.

De ton cœur à toi toute seule, de ton cœur de Québécoise et de ton cœur de Terrienne.

Je te veux du bien, mais je te remercie de ne jamais en revenir. Comme tu le disais l'autre jour, on prend le bonheur, chaque moment, c'est nécessaire pour garder son énergie et j'ajoute un certain sens à la vie.

Si personne n'en revenait, il ne serait pas possible de ne pas changer certaines choses, non? Arrêter, au contraire de passer à « autre chose » sans régler celles qui sont là.

Zed

Zoreilles a dit…

@ Esperanza : Ça ne peut pas être plus ça que ça...

@ Barbe blanche : Plus on observe nos élus, moins on a confiance, plus on pose de questions, moins on a de réponses, parce que des réponses plates comme celles-là, ça vole pas haut. Je m'ennuie tellement d'un(e) politicien(ne) chez qui on sentirait un peu de sincérité, un soupçon de bonne volonté, je serais pas difficile, il(elle) pourrait être de n'importe quel parti, je m'en contenterais. Faut-il qu'on soit désespérés, hein?

@ Éléonore : Cette fois-ci, parce qu'ils sont 33 et qu'ils font face à une situation extrême, on se sent interpellés. Pour le moment, on ne souhaite qu'une chose, qu'ils les sortent de là au plus vite. Après, dans ce pays au moins, le Chili, on cherchera à expliquer ce qui a provoqué cette catastrophe minière. Était-ce prévisible, évitable? Dans le cas de la Belmoral dont je parlais dans mon billet, la suite de l'histoire a démontré que des mineurs avaient relevé des failles et avisé les autorités concernées de la mine et que rien n'avait été fait pour éviter ça... C'est toujours la course au profit qui importe le plus et ça, c'est universel. Que vaut la vie d'un mineur?

@ Le factotum : C'est donc du vécu pour toi aussi? Ton commentaire résume à merveille une réalité que plusieurs vivent ici ou l'ont déjà vécu comme enfant, ce qui marque encore plus. La East Malartic... Connais-tu ce bouquin écrit par Gilles Massicotte, « East Malartic, 1947 »? Je t'en cite un extrait : « En 1947, cette mine d'or a connu un feu meurtrier sous terre, une explosion, un puits inondé et un effondrement du plafond constituant la trame de la pire catastrophe minière à se produire au Québec au XXe siècle ». C'est écrit comme un roman, avec beaucoup de recherche et de rigueur, édité par la Société d'histoire de Val-d'Or. Finalement, ton père et le mien ont connu le même destin professionnel par la suite, « à l'air libre » comme travailleur autonome.

@ Zed : Que je suis contente, tu dis complètement le contraire de « cet ami qui me veut du bien » et j'aurais comme qui dirait un peu comme un genre de tendance à pencher plus de ton côté (!!!), de celui d'Esperanza et de bien d'autres qui n'en reviennent pas non plus et qui font le parallèle avec d'autres industries où la vie humaine, la santé, la qualité de vie et l'environnement ne pèsent jamais aussi lourd dans la balance que la course au profit à tout prix, à n'importe quel prix. Merci de ne pas en revenir toi non plus!

Zoreilles a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
andré Bérard a dit…

Encore un magnifique texte. En le lisant, je me disais que c'est ce genre d'histoire qui nous permet de réaliser que les actionnaires des mines sont bien loin des petites fourmis besogneuses qui leur rapportent les œufs qu'ils feront croître pour «le bien de la communauté», le coup serti de cravates et vêtu de trois pièces «charcoal». À cet ami qui veut que tu en reviennes (alors que tu en es issue), dis-lui qu'à se mettre la tête dans le sable, on expose une autre partie de son anatomie!

"Le factotum" a dit…

Je vais me procurer le bouquin de Gilles Massicotte " East Malartic " que tu suggères.

Je vais l'offrir à mon père à la retraite qui demeure chez moi depuis quelques années.

Je suis entièrement d'accord avec le commentaire D'esperanza. On comprendra facilement pourquoi.

Jackss a dit…

Bonjour Zoreilles,

Moi aussi j'ai sourcillé en lisant ton commentaire j'ai bien compris le message que m'a transmis dernièrement un ami qui me veut du bien : « Là, faudrait que t'en reviennes ».

J'étais sûr qu'il fallait le prendre avec un grain de sel, sachant bien que tu allais rebondir.

Je veux tout de même dire que ce serait faire un trop beau cadeau aux dirigeants qui nous exploitent que de passer à autre chose, à bout de souffle. Notre seule chance, c'est de maintenir la pression. Je suis sûr que tu en es aussi convaincue que moi, même comme noble fille de mineur.

Il n'y a pas de mal à exploiter des mines et développer des sources d'énergies diversifiées. Le problème, c'est la magouille, le manque de consultation, de plan de restaurations du milieu, le respect de l'environnement. Dans le dossier de la Presse sur le gaz schiste, on dit que le Québec s'est fait avoir. Pendant que l'Ouest du Canada touche des milliards en redevance, nous ne toucherons que quelques centaines de milliers de dollars.

Ce n'est pas la collectivité québécoise qui va s'enrichir avec le gaz, mais quelques individus bien places. Voir On a manqué le bateu.

Tes photos sont vraiment adorables, Zoreilles. J'adore toujours voir des photos qui nous font voyager loin dans le temps. Ça m'émeut toujours.

Je m'empresse d'ajouter que la photo couleur existait même à la fin des années 50. Comme disait l'autre madame, il n'y avait pas de dinosores quand j'était jeune.

Accent Grave a dit…

Votre texte constitue une pièce d'anthologie. J'ai l'impression de mieux comprendre ce que vivent les proches d'un mineur. Métier comportant des risques mais aussi des attraits pour ces derniers.

Pour revenir aux compagnies minières, tout le monde est conscient de leurs intérêts financiers sauf que nous oublions que c'est notre mode de vie qui exige toujours plus d'exploration, plus d'exploitation.

Il y a des entreprises qui agissent en « sauvage », ça c'est une chose qui devrait être plus réglementée mais on ne peut se dissocier de l'ensemble de l'industrie. Les employés et leur famille profitent des salaires, les commerçants profitent des retombées et les consomateurs consomment. Chaque personne qui trouve son «profit» oublie rapidement l'intérêt commun.

C'est ce qui rend la chose à la fois complexe et intéressante. On aime détester les compagnies pétrolières et en même temps on se balade en consommant toujours plus de pétrole, pas toujours de façon obligée.

Voilà un côté de la médaille qui m'intéresse. Il y a les intérêts malsains et les bons intérêts. onaime nos petits cochons mais on veut aussi les manger. Comment faire la part des chose?

Accent Grave

Fitzsou, l'ange-aérien a dit…

Ça me fout la trouille moi, de penser me balader sous terre... Je l'ai fait à quelques reprises alors que je travaillais en santé au travail... Heureusement, ce n'était pas mes entreprises donc temporaire... Je préfère et de beaucoup, l'air pur!...
Mes pensées s'envolent vers ces mineurs et leurs familles...

Zoreilles a dit…

@ André Bérard : J'aime beaucoup cette boutade à la fin de ton commentaire, je la retiens pour la resservir à ma propre sauce au moment jugé opportun! As-tu des droits d'auteur sur le concept? Parce qu'il peut s'appliquer dans tellement de domaines, c'est plein de gens qui vivent la tête dans le sable... Évidemment, le point de vue que j'ai sur le sujet est fortement teinté de mon vécu. Maintenant qu'on sait d'où je viens, on comprendra mieux que ces choses me tiennent à coeur.

@ Le factotum : Je comprends tout à fait. Quand on vit ici, on a eu forcément un papa mineur, un conjoint, un ami, un frère, un voisin, etc. Ces réalités nous touchent au quotidien, dans tous les aspects de notre vie.

@ Jacks : Comme je dis souvent, et je sais que tu le comprends, il n'y a que le domaine qui diffère, qu'on parle de mines, de forêts, de pétrole, de gaz de shiste, d'énergie hydroélectrique, parce que partout où il y a une piasse à faire, il se trouvera toujours deux catégories de personnes : ceux qui y investissent de l'argent et ceux qui y investissent tout de qu'ils ont d'autres, leur vie, leur santé, leur environnement. Ces objectifs sont souvent irréconciliables.

@ Accent Grave : La part des choses est toujours difficile à faire et chacun tire la couverture de son bord, vous en êtes très conscients. Oui, c'est fascinant à suivre et fort complexe mais l'injustice est parfois criante et nous devons parfois réagir, tenter de se protéger un minimum, se défendre, ne pas baisser les bras. On pourrait très bien vivre sans l'or, nous, c'est une valeur refuge mondiale, ça se passe beaucoup au-dessus de nous autres. D'accord, on a besoin du pétrole, de l'énergie, du bois de nos forêts et nous serions tous d'accord pour une exploitation de ces ressources au profit de quelques-uns qui tiendraient compte de deux ou trois petites choses importantes. Si vous parlez des petits cochons, je repense à cette histoire d'un déjeuner où il y a un oeuf et du bacon. La poule participe de tout son être mais le cochon, lui, doit s'investir pas mal plus que ça... Dans une mine, l'exploitant, c'est la poule qui a fabriqué l'oeuf mais le mineur, le travailleur, c'est le cochon qui fournit le bacon.

@ Fitzsou : Dans ton patelin, St-Mathieu d'Harricana, il se discute beaucoup plus que des histoires d'eau des eskers à protéger. Des mines de lithium, de nickel et autres rencontreront des oppositions qui les empêcheront de faire de l'exploitation sauvage comme il s'en est fait dans le passé. Heureusement que les choses changent. Pas au rythme où je le voudrais mais ça change.

Zoreilles a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
André Bérard a dit…

Zoreilles, en fait, l'expression est de ma copine qui avait lancé ce trait d'esprit lors d'une conversation portant sur les politiciens adélois. Je l'ai adopté sur-le-champ! Alors, ne te gêne surtout pas et soit créative! ;-)

André Bérard a dit…

Désolé pour les fautes dans mon précédent message!

Zoreilles a dit…

@ André Bérard : Quand on a de l'esprit, de l'allure, du contenu, des arguments ou de la répartie, je compte jamais les fautes!!!

Air fou a dit…

Zoreilles, j'adore ton commentaire sur la poule et le cochon.

Végétarienne Z ¦D

Zoreilles a dit…

@ Zed : La différence entre participer et s'impliquer n'est pas de moi, je n'ai fait que l'appliquer au contexte minier! Végétarienne, toi? Je m'en doutais pas mal... ;o)

Soisig a dit…

Évidemment, je me suis reconnue dans ton tes propos!

"Pour les enfants des mineurs, un papa qui revient de travailler avec son sourire et sa boîte à lunch, c'est un moment de soulagement qu'ils n'oublient jamais. C'est comme, à l'inverse, la peur de le voir partir vers les profondeurs de la terre quand t'arrives de l'école en courant et qu'il s'en va prendre son « shift » de 4 à minuit."

Alors je compatis au centuple à l'angoisse vécue par ces familles. L mien s'est retrouvé avec le bout du nez qui pendait et qu'on a recousu, en plus d'orteils manquants une autre fois...

Zoreilles a dit…

@ Soisig : Il me semblait bien que tu allais te reconnaître dans ce propos, comme beaucoup d'enfants de mineurs. C'est une réalité dont on n'entend jamais parler ailleurs que dans une région minière. J'ai voulu témoigner de ça. La mine Normétal a connu des accidents, même ton père a été blessé dans le cadre de ses fonctions. À Matagami, les papas disaient que la mine Normétal, comme la Kerr Adison, c'était pas « safety ». Il y avait tout un univers là, je trouve qu'on a peu écrit là-dessus...

Mijo a dit…

Un monde que je ne connais pas du tout. Un monde que je découvre par tes mots, tes billets et certaines lectures.

Ce devait être tellement atroce d'entendre l'alarme et ne pas savoir pour qui, pour quoi elle retentissait.
Devoir vite se remémorer si son papa était de semaine de jour ou de nuit. Parfois quand on est gosse on doit vite se mélanger. Quoique dans un univers pareil, on doit vraiment bien se rapeller si son papa est en d'sour ou non.

Quand j'ai appris l'histoire de ces 33 mineurs, j'ai exprimé un grand ouf de soulagement puis j'ai crié ouille quand j'ai su que leur calvaire était loin d'être fini.
J'ai pensé aussi à la joie des familles. Mais pour ces familles, je n'ai pas "creusé" plus loin, n'imaginant pas ce que les proches peuvent endurer jour après jour depuis des années en ayant toujours peur de ne pas voir remonter l'être aimé du trou.

Merci Zoreilles. Mine de rien est un texte riche d'enseignements.

Zoreilles a dit…

@ Mijo : Ton commentaire me touche en plein coeur. Tu sais, quand on est devenue une grande fille, ce n'est pas si terrible que ça mais enfant, on est facilement impressionnée, on a des peurs pas toujours raisonnées et ce que je raconte dans ce billet, plusieurs enfants de mineurs l'ont vécu et s'y sont reconnus.

Pour ces 33 mineurs ensevelis au Chili, quand on a de leurs nouvelles, c'est comme si on parlait de gens que je connais, qui me sont proches. Les nouvelles de ce côté-là sont encourageantes, apparemment qu'ils peuvent communiquer avec leurs proches à l'aide de caméras, de lettres, et toutes les technologies modernes, ils ne manquent pas d'eau, de nourriture, de médicaments, etc. Quand on y pense, c'est comme aller en mission dans l'espace mais eux n'étaient pas préparés pour ça. Leurs proches doivent vivre d'espoir et ces mineurs aussi, je reprends courage... à leur place.

Merci de ton passage ici, tu es toujours si adorable, toi!