mercredi 31 août 2016

LE FILM DE MON HISTOIRE

L'histoire de mes familles acadiennes commence du côté maternel dans le Poitou en France, d'où sont partis mes ancêtres Poirier pour venir s'établir en Acadie, en 1604, à Beaubassin. Quant à mes ancêtres paternels, les Turbide, ils étaient descendants de pêcheurs basques et bien avant de venir s'établir en Acadie, à Port Royal plus précisément, ils venaient pêcher le long des côtes des provinces maritimes et sur la Côte-Nord québécoise. 

À partir de 1755, il y a eu la Déportation des Acadiens sur une période d'à peu près 7-8 ans et tous mes ancêtres se sont retrouvés après quelques années d'errance aux Îles Saint-Pierre et Miquelon, petit coin de France en Amérique, mais qui, à l'époque, passait aux mains des Anglais et des Français, selon les conflits armés gagnés ou perdus. 

Un jour, je vous raconterai l'histoire incroyable d'une femme, Anne Boudreau (ou Anne Boudrot selon certains documents officiels de l'époque) qui a marqué mon destin puisqu'elle se retrouve, à partir de 1790, à faire partie de tous mes arbres généalogiques. Après un peu de recherche, et par un coup de chance fabuleux, j'ai obtenu la preuve de ce que mon intuition m'avait fait soupçonner. 

En 1793, se sentant pris au piège par une flotte anglaise qui avait encerclé les Îles Saint-Pierre et Miquelon, tous mes ancêtres qui faisaient partie d'un groupe de plus de 200 hommes, femmes et enfants, ont fui, en pleine nuit, dans des goélettes qui pouvaient encore naviguer, pour échapper à cette menace qui planait et aller s'établir aux Îles de la Madeleine. Ils étaient pacifiques mais ils refusaient de se soumettre à la domination anglaise ainsi qu'à une autre religion que la leur.

Depuis 1793 qu'on est Madelinots et Madeliniennes... 

L'histoire de l'archipel madelinot et de ses habitants est fascinante, toute faite de courage, de foi, de solidarité, d'entraide, de résilience et d'espérance. Tout au long de cette histoire, et parce qu'on est des insulaires, on a dû faire face à plusieurs problématiques, entre autres la surpopulation de l'archipel, l'isolement, les moyens de transport et de communication avec la grande Terre qui étaient difficiles en toutes saisons et tout ce qu'on peut imaginer de particulier au fait de vivre sur des îles en plein golfe Saint-Laurent. 

Ainsi, au XIXe Siècle, plusieurs contingents madelinots sont partis des Îles pour aller fonder plusieurs villages sur la Côte-Nord. Ils ont été suivis par d'autres contingents partis s'établir au Nouveau-Brunswick et puis dans le comté de Matapédia, au Québec. Au XXe Siècle, un autre contingent madelinot est allé s'établir à Lac-au-Saumon, suivi d'un autre dans la grande région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Et c'est sans compter tous les Madelinots qui partaient simplement aux études ou pour aller en rejoindre d'autres de leurs proches déjà installés à Québec, par exemple, ou encore à Verdun, près de Montréal. 

Le dernier contingent parti des Îles pour aller s'établir ailleurs fut celui de l'Abitibi. En fait, ce sont plutôt deux contingents : celui de 1941 comprenait 102 Madelinots qui partaient des Îles sans espoir de retour pour aller s'établir à l'Île Nepawa. L'année suivante, 104 Madelinots allaient les rejoindre et s'établissaient à quelques kilomètres des premiers, à Sainte-Anne de Roquemaure. Mon père était du premier contingent et ma mère, du deuxième. On était en pleine Deuxième Guerre Mondiale. 

LE FILM DE MON HISTOIRE


Cette photo d'archives a été prise à la gare de Québec, en 1941, où les Madelinots étaient de passage, en provenance des Îles de la Madeleine, qu'ils avaient quitté en bateau jusqu'à Pictou, en Nouvelle-Écosse, avant de poursuivre le voyage par train jusqu'à Québec.

Quand j'avais mis la main un jour sur cette photo, mon père était décédé, et j'avais eu une grande vague d'émotion quand je l'avais tout de suite reconnu, à 13 ans, juste à côté de son cousin et meilleur ami, Évé, du même âge exactement. Deux frères de coeur qui n'allaient jamais se quitter, qui ont vécu tant de choses ensemble. Leurs visages et leurs expressions correspondaient en tout point à ce que mon père m'avait raconté de ce voyage qui les avait déracinés et amenés en pays neuf. J'aurais tellement voulu montrer cette photo à Papa qui n'a jamais su qu'elle existait.



1941, port de Pictou, Nouvelle-Écosse, sur le SS Lovat. Des Madelinots en route pour l'Île Nepawa.


De Pictou, ils prenaient un autre train pour se rendre jusqu'à La Sarre, en Abitibi. Ils se rendaient avec des chevaux jusqu'au lac Abitibi. Avant la construction du pont de l'Île Nepawa, ils s'embarquaient sur un chaland pour se rendre jusqu'à l'île qui deviendrait leur nouvelle patrie.


1941, lac Abitibi. Des Madelinots, après un long voyage, vont s'installer à l'Île Nepawa.  





En 1942, ce sont 104 Madelinots qui quittaient les Îles de la Madeleine pour s'en venir en Abitibi. Cette photo d'archives montre « la goélette à Clopha » sur laquelle s'étaient embarqués la plupart d'entre eux. 


Août 1942, une partie des Madelinots embarqués sur la goélette à Clopha. J'y reconnais ma mère, avec son béret et le bout de son nez qui dépasse, cachée en partie derrière une grande fille de laquelle elle se sentait proche. J'y reconnais aussi de mes oncles, tantes, leurs cousins et cousines, qui étaient à l'époque des enfants ou de jeunes adolescents pour la plupart. Ma mère avait 10 ans et elle avait toujours rêvé de prendre un jour un de ces gros bateaux qu'elle voyait passer au large et qui ne revenaient pas. 


Août 1942. Même jour, à quelques minutes d'intervalle. 


Réplique du SS Lovat que j'ai photographiée en 2008 au Musée de la mer, à Havre Aubert, aux Îles de la Madeleine. Les enfants qui étaient en âge de voyager seuls, les jeunes adolescents et quelques hommes responsables voyageaient à bord de la goélette à Clopha mais il y avait quelques places disponibles avec des cabines pour quelques exceptions qui ont fait le voyage à bord du SS Lovat, ce qui était le cas pour ma grand-mère maternelle, enceinte de 8 1/2 mois, mon grand-père maternel qui devait transporter son vieux père dans ses bras puisqu'il était incapable de marcher. Ils avaient aussi avec eux quatre de leurs six enfants trop jeunes pour embarquer sur la goélette à Clopha. Autrement dit, de sa famille, seulement ma mère et son petit frère de 8 ans ont fait le voyage sans leurs parents. 


Sur cette photo d'archives qui a été prise à quelques heures du grand départ des Îles, on peut voir ma grand-mère maternelle, enceinte de 8 1/2 mois même si ça ne paraît pas, mon grand-père avec son petit dernier dans ses bras, son père, donc mon arrière grand-père assis sur une chaise parce qu'il était incapable de marcher, et trois de ses petits-enfants qui l'entourent. Seuls ma mère et son petit frère Edwin ne sont pas sur cette photo, ils étaient partis courir dans les buttes une dernière fois... 

Îles de la Madeleine, juin 2008

En voyage aux Îles en solitaire, à la fin de juin 2008, partie faire le deuil de mon père trois ans après son décès et voulant me rapprocher de tout ce qui me rappelait cet homme que j'ai tant aimé et qui me manquait beaucoup, j'ai vécu tant de retrouvailles et de moments heureux là-bas que j'ai eu l'impression d'y avoir vécu tout un été. Par une journée de grisaille, j'ai été faire une visite au Musée de la mer pour essayer d'y trouver des traces de cette histoire du dernier contingent madelinot parti des Îles pour l'Abitibi et ainsi pouvoir documenter davantage mon histoire de famille. 

J'avais discuté longuement avec le directeur du Musée, un homme passionné et passionnant, avec lequel j'avais eu plusieurs réponses à mes questions. Quand j'ai voulu savoir ce qu'ils avaient dans leurs archives à propos des deux contingents qui concernaient mes parents et mes quatre grands-parents, j'ai appris avec stupeur que si tous les autres contingents d'avant étaient plus ou moins bien documentés, il n'y avait absolument rien à propos des deux contingents de l'Abitibi. Rien du tout. Pas la moindre trace de notre histoire ne subsistait officiellement aux Îles. 

Devant mon étonnement et ma stupéfaction, le directeur m'avait lancé une invitation : « C'est parce que c'est toi qui dois l'écrire et la documenter, c'est ton histoire! ». J'avais pris son invitation comme une mission dont j'étais la seule à pouvoir m'acquitter, un devoir de mémoire dont je me sentais responsable, au nom de tous les miens. Je lui ai fait la promesse que j'allais revenir aux Îles et que la prochaine fois, je n'arriverais pas les mains vides. 


Fin juin 2012, je reviens aux Îles de la Madeleine, cette fois en compagnie de mon mari, de mon frère Jocelyn et ma belle-soeur Guylaine. Depuis des mois que je corresponds avec le directeur du Musée de la mer. Ce jour-là, il m'attend, j'ai rendez-vous avec lui et avec mon histoire. Il sait que je viens livrer la marchandise et remplir ma promesse faite quatre ans plus tôt, à son invitation. 


Le directeur me reçoit et je dépose aux archives du Musée de la mer tout ce que j'ai de documents audio, entre autres les entretiens que j'ai eus avec ma grand-mère maternelle lorsque j'ai fait sa biographie en édition limitée, quelques mois avant son décès, en 1993. J'apporte aussi des photos, des documents de toutes sortes glanés ici et là, chez des Madelinots en Abitibi, tant à l'Île Nepawa qu'à Roquemaure et tout ce qui est pertinent à notre histoire qui, à partir de là, allait être au moins un peu documentée. C'était mon héritage et je n'avais pas le droit de le garder pour moi toute seule. 

Deux ans plus tard, Céline Lafrance et Sylvio Bénard, deux Madelinots, sont tombés en amour avec notre histoire et ils ont décidé de s'y investir corps et âme pour en faire un film documentaire qui sera suivi d'un livre à paraître à l'été 2017.

Sans relâche depuis 2014, ils y ont travaillé avec ardeur, passion et enthousiasme, autour de 4000 heures me disaient-ils récemment, rencontrant tous ceux qu'ils pouvaient interviewer pour leur laisser toute la place, une prise de parole signifiante et qu'ils racontent ce qu'ils ont vécu comme enfants et ce qu'ils sont devenus par la suite, ainsi que leurs descendants qui, encore aujourd'hui, retournent aux Îles régulièrement, dès qu'ils en ont la chance. C'est qu'on a besoin de retrouver nos racines, notre parenté, nos petites histoires dans la grande Histoire avec un grand H, nos paysages, nos trésors, nos très chères Îles de la Madeleine qu'on n'a jamais oubliées.

Je suis en lien avec eux depuis le début. Par courriel, par courrier postal, par téléphone, et même en personne, on s'échange des renseignements, des questions, des réponses, des photos, des bouts d'histoire, des coordonnées, des suivis, des nouvelles, etc. Je n'arrête pas de les remercier de faire ce qu'ils font puisque c'est un cadeau qu'ils nous offrent sur un plateau d'argent de faire revivre notre passé récent (cette pas pire épopée que je dis toujours!...) dont nous sommes si fiers et la transmission dont nous sommes les maillons survivants d'une chaîne qui n'est pas près de se casser ou de s'effilocher. 


L'été dernier, en août 2015, je retournais aux Îles, cette fois avec mon mari, notre fille, son mari et nos deux petites-filles. Je manque de mots pour exprimer tout ce que ce voyage signifiait pour moi. Une sorte de continuité, la transmission d'un héritage reçu que j'avais besoin de redonner à mon tour, comme un repère dans leurs vies, un phare dans la nuit, pour le jour où je ne serai plus là pour en témoigner. Nous avons fait encore un voyage merveilleux. Ils sont tous tombés en amour avec les Îles et les Madelinots. J'en étais sûre!


Pendant ce dernier séjour aux Îles, il était convenu que j'allais faire une journée de tournage avec Céline et Sylvio, en compagnie de Fred à mon oncle Will, à Havre-aux-Maisons, sur les terres où habitaient jadis mes deux parents et mes quatre grands-parents. 

J'ai un souvenir très flou de cette journée. J'étais là mais j'étais ailleurs en même temps, les deux pieds bien plantés dans ces terres entre buttes, dunes et sillons, à côté de la butte à Mounette, entre la Dune du Sud et la la Baie d'En dedans. J'avais la tête ailleurs et le coeur aussi, de l'eau salée dans mes veines, je me sentais habitée de ceux que j'ai tant aimés et qui nous ont quittés. Je puisais en dedans de moi les réponses aux questions qu'on me posait et je me souviens vaguement qu'à quelques reprises, il y a eu des silences éloquents parce que j'étais trop émue pour finir ma phrase et même si je n'avais pas de larmes qui coulaient, on a dû arrêter le tournage parce que Céline avait les yeux dans l'eau et Fred à mon oncle Will aussi. Sylvio restait très absorbé par les aspects techniques des images et du son ambiant, le vent étant aux Îles un personnage toujours présent.

Je ne me rappelle plus ce que j'ai raconté mais je sais que ça ne pouvait pas être plus vrai. 

Le film documentaire « Des Îles de la Madeleine à l'Île Nepawa » de Céline Lafrance et Sylvio Bénard, sera présenté en avant-première sur invitation dimanche le 4 septembre à l'Île Nepawa en après-midi, en présence des deux réalisateurs. J'irai là-bas avec ma mère qui a eu une invitation elle aussi parce qu'elle fait partie des personnes qui ont été interviewées et qui figurent dans ce documentaire qui nous tient beaucoup à coeur. Nous y serons réunis en compagnie de ceux et celles qui ont vécu cette histoire et qui ont pris part au tournage de ce film qu'on est certains d'aimer avant même de l'avoir vu. 

J'ignore quand et où le film sera présenté par la suite, s'ils pourront l'offrir en DVD ou s'il terminera sa carrière lorsqu'il sera acheté et diffusé sur une chaîne télé généraliste ou spécialisée. Tout ce que je peux vous dire, pour l'instant, c'est qu'il est lancé officiellement à l'Île Nepawa le 4 septembre, à La Sarre, le 5 septembre, au Mouvement social madelinot à Verdun, le 8 septembre, à Cap-aux-Meules aux Îles de la Madeleine les 18, 21 et 24 septembre. 

Le livre qui portera probablement le même titre et qui sera plus complet que le film de 72 minutes, sera publié aux éditions de La Morue verte, l'été prochain. 

32 commentaires:

Barbe blanche a dit…

Bon, encore une chanson qui me revient,"Une histoire comme la nôtre,
ça ne s'oubliera jamais"
Il me semble te l'entendre chanter,
en tout cas, tu la raconte tellement bien,
ton histoire, la tienne et celle de toute ta parenté.
Une grande histoire, qui avec ton action ne tombera jamais dans l'oublie,
tu en assures la pérennité.
Une belle histoire, j'espère un jour voir ton film.

Zoreilles a dit…

@ Barbe blanche : Ce n'est quand même pas « mon » film, je ne voudrais rien enlever aux deux réalisateurs qui s'y sont tellement investis, hahaha! Je fais des blagues, je comprends très bien ce que tu veux dire, ce film est très important pour moi, à tel point que je me le suis un peu approprié!

Tout au plus, j'ai collaboré avec eux chaque fois qu'ils me le demandaient et j'ai accepté de faire une journée de tournage aux Îles mais on sait ce que c'est que le cinéma, parfois on est coupés au montage et ce ne serait pas grave si c'était le cas. Si j'ai si hâte de le voir, c'est que tous ceux qui prendront la parole pour témoigner de leur vécu, je les connais, ils sont tous parents avec moi, de près ou de loin.

Malheureusement, puisque ça fait 75 ans ces jours-ci que ça s'est passé, ceux qui s'en rappellent assez pour en parler ont plus de 83-84-85 ans. C'est le cas de ma mère, entre autres, qui aura bientôt 85 ans. Il y a beaucoup de gens qui ont été interviewés en 2014 et en 2015, qui sont décédés depuis, avant la sortie du film. Ce sera très touchant de les revoir, de les entendre raconter.

Personnellement, je n'ai pas hâte de me voir sur grand écran si jamais on ne m'a pas coupée au montage... D'abord, je sens que j'ai été très émotive et ensuite, c'est qu'au moment du tournage, j'avais 30 livres de plus que maintenant mais ça, c'est de l'orgueil mal placé, le plus important, c'est que notre histoire revive à travers les souvenirs de ceux qui restent.

Zoreilles a dit…

Et moi, si j'ai une chanson qui me vient à l'esprit en revivant cette histoire, c'est celle qui avait été composée par ces gens courageux et entonnée avec cœur la veille du grand départ et au moment de s'embarquer sur les bateaux pour partir. Cette chanson, on la chante toujours dans nos rassemblements, les Madelinots d'Abitibi. Ma grand-mère la chantait, et tous les autres aussi, dans ces veillées-là, et la voix lui manquait à certains moments quand ses yeux s'embuaient...

Tiens, je te la chante, en même temps que j'en écris les mots :

Nous quittons les Îles de la Madeleine
C'est demain que nous devons partir
Du courage oublions toutes nos peines
Et gardons les meilleurs souvenirs
Ce sera le cœur rempli de larmes
Que nous ferons nos derniers adieux
À notre petit village
Et à tous ceux qu'on aime le mieux

Ce soir mes amis
Nous voilà réunis
Permettez-moi de vous chanter
Ce petit récit
De mon cher pays
Car demain la peine penchera votre tête
Et sur le bateau
Parmi les sanglots
Qui s'envoleront loin sur l'eau

Nous quitterons les Îles de la Madeleine
C'est demain que nous devons partir
Du courage oublions toutes nos peines
Et gardons les meilleurs souvenirs...

Barbe blanche a dit…

J'adore la dernière phrase,
"Et gardons les meilleurs souvenirs"
Et ces souvenirs,les descendants et descendantes de ces vaillants exilés
reviennent aux Iles les revivre.
Passant par dessus les peines,
il est bon de marcher dans les pas de ceux et celles qui nous ont tracé la route.

Solange a dit…

C'est une histoire bien intéressante et j'espère avoir le plaisir de voir ce film un jour. Ça prenait beaucoup de courage pour tout quitter et s'en aller vers des terres inconnues. Merci pour ce beau récit.

Zoreilles a dit…

@ Solange : Tu as de la patience de tout me lire jusqu'au bout, il était long ce billet mais je voulais l'écrire quand même sans trop en occulter des bouts, reprendre l'histoire du début et je ne savais pas trop comment me résumer. Moi, tu sais, quand je parle de ça, je m'emballe tout le temps!

Oui, ils avaient du courage mais comme mon mari dit souvent à propos de tout « des fois, le courage, c'est un ti peu d'inconscience! ».

Ma grand-mère me racontait qu'ils partaient sans espoir de retour et qu'à partir de ce moment-là, sa famille, c'était son mari et ses enfants, le 7e étant né quelques jours seulement après leur arrivée ici. En 1942, elle a laissé aux Îles père et mère, frères et sœurs et beaucoup d'amis. Sur le quai, c'était des adieux, pas des au revoir... Mais en fin de compte, ils sont retournés à plusieurs reprises aux Îles, en voyage ou en séjour d'été, et même ceux des Îles sont venus se promener ici, en visite. C'est ainsi que j'avais accompagné mes grands-parents (mes deux grands-parents paternels et ma grand-mère maternelle qui était veuve depuis peu) en 1972 aux Îles. J'ai célébré là-bas mon 15e anniversaire de naissance. Dans l'avion qui nous menait de Charlottetown (Île du Prince Edouard) à Havre-aux-Maisons, je me souviens d'avoir vu l'archipel madelinot (en forme d'hameçon) du haut des airs. Ça a été un choc... dont je ne me suis jamais remise complètement, hahaha!


Le factotum a dit…

Une très belle histoire de vie.
"...sur invitation dimanche le 4 septembre à l'Île Nepawa."
Profite bien de ce moment intime en présence des tiens.
De tout coeur avec toi.

Zoreilles a dit…

@ Le factotum : Toi aussi tu as de la patience si tu as lu tout ça! Je te reconnais bien là, cher ami...

C'est sur invitation seulement pour la première projection du film qui n'est pas annoncée, ce sera tout intime dimanche après-midi, mais toutes les autres représentations du film sont ouvertes au public. Je te redonne les coordonnées au cas où :

Centre communautaire de l'Île Nepawa, dimanche le 4 septembre, à 19 h et à 21 h
Théâtre de poche à La Sarre, lundi le 5 septembmre, à 13 h 30 et 15 h 30.

Ici, on est en plein FME, tout Rouyn-Noranda vit depuis hier au rythme de ces grands rassemblements de partout. J'ai ma grande visite qui arrive tout à l'heure, de Berthier-sur-Mer, nous avons un mariage demain qui donne lieu à un grand rassemblement familial également, c'est pas en fin de semaine que je vais me reposer, hihihi!

Bonne fin de semaine à toi et à ta douce xx xx

Une femme libre a dit…

C'est ta grosse fin de semaine et en plus, on est en plein dans la journée de présentation du film que tes vaillantes recherches ont inspiré, alors je ne te retiendrai pas longtemps!

Sache que tu m'impressionnes. Ça en prend de la patience pour colliger tout ça, ordonner des vies passés et les rendre actuelles, passer de l'avant pour mieux comprendre le maintenant et le demain. Félicitations!

Ces femmes d'avant qui avaient tant d'enfants tout en travaillant sans relâche, étaient-elles heureuses? Probablement qu'elles n'avaient aucunement le temps de se poser la question. Qu'en penses-tu?

Pour ce qui est de te voir avec trente livres de plus que maintenant dans le film, je pense que ça va surtout te rendre super fière de les avoir perdues. En tout cas, moi qui sais à quel point c'est difficile, je suis fière de toi!

C'est drôle parce que les Îles de la Madeleine, j'avais justement comme projet de m'y rendre l'année prochaine. Tu m'en donnes encore plus le goût!

Zoreilles a dit…

@ Une femme libre : J'allais te dire « oui, quelle fin de semaine! » mais je suis certaine que la tienne a été tout aussi intense...

J'irai prendre de tes nouvelles, j'atterris à peine sur la même planète que le reste du monde.

C'est qu'on avait un grand mariage en fin de semaine qui donnait lieu à un rassemblement familial qui a duré 3 jours. L'un de nous, un très proche, est maintenant à la Maison des soins palliatifs et on se succède à son chevet. Et le film... J'y étais avec ma mère sur invitation à l'Île Nepawa dimanche mais il fallait s'y rendre et en revenir, c'est à 90 minutes de route de chez moi, en plus qu'on connaissait tout le monde là. Hier, lundi, le film était présenté à La Sarre, à 1 heure de route de chez moi, je devais m'y rendre et en revenir, passer par la Maison des soins palliatifs et me rendre chez ma mère où tout le monde était encore. Je ne l'ai pas laissée toute seule avec ses sentiments et sa visite, tu comprends? Et encore ce matin, une représentation du film en privé s'est organisée à la dernière minute, tous les gens qui y ont été conviés étaient de ma parenté pour la plupart, comme je te dis, j'atterris à peine et je suis en train de ramasser la maison et changer mes lits à la suite du départ de ma visite...

Mais pour faire ça court, je te dirai seulement que ce film est un véritable cadeau pour moi et pour nous tous.

Au cours de la fin de semaine, j'ai appris qu'on allait constituer un fond d'archives qui portera mon nom avec tout ce que j'avais laissé au Musée de la mer de Havre Aubert. Pour que cette histoire ne soit jamais oubliée...

Mais le film atteint déjà cet objectif. Et le livre qui sera lancé l'été prochain fera de même.

J'aurais tant à en dire! J'ai vu tant de monde en fin de semaine, j'ai vécu tant de choses!

Ces femmes d'avant, comme tu dis, j'en ai connues plusieurs, dont mes deux grands-mères et leurs sœurs et belles-soeurs. On le voit dans le film et moi, je parle en leur nom pour certaines, elles avaient du courage, de la résilience, une vie difficile mais elles étaient heureuses, ça, je n'en doute pas. C'était peut-être dans leur génétique de l'être en toutes circonstances.

Tu vois, dans le film, plusieurs s'expriment ainsi : « On a décidé qu'on ne ferait pas une vie malheureuse... Maman était toujours inquiète quand Papa était en mer, du temps qu'on était aux Îles, elle était contente, rendue en Abitibi, qu'il rentre chaque soir... On était une grande famille mais on était heureux, on s'entraidait beaucoup, chaque fois qu'on avait l'occasion, on se rassemblait, on faisait de la musique, de la danse, des corvées pour canner des légumes de nos jardins... »

Bref, je te raconterai pas le film, ce serait trop long... et trop émotif!

Me revoir avec 30 livres de trop, finalement, ne m'a pas trop dérangée. C'était le message qui était important, ils ont bien choisi au montage mes interventions qui se révélaient, en fin de compte, pertinentes. Ma petite personne, on s'en fout!

Si tu vas un jour aux Îles, tu vas toujours vouloir y retourner, je te jure...

Pierre Forest a dit…

Quel plaisir ce doit être de voir la continuité que prend cette initiative, de voir en image cette histoire de courage que tu avais sans doute déjà imaginé. Il en faut du courage pour s'expatrier, encore plus quand on vient de la mer et qu'on s'expatrie dans les terres. Je pense que ce courage se transmet ensuite, de génération en génération. C'est souvent ainsi, que l'homme a étendu son territoire, poussé par les défis de son environnement, qu'ils soient naturels, tels les pénuries, famine ou forcé par la menace d'un ennemie ou d'un futur plus périlleux. C'est ainsi que des gènes marins des Iles ont rejoint la terre.

Zoreilles a dit…

@ Pierre Forest : C'est plus qu'un plaisir en effet, c'est mission accomplie avec ce film documentaire qui fait connaître aux principaux intéressés et à tout le monde notre histoire. Je la savais de bonne source, par mes parents et grands-parents qui l'ont vécue et qui me l'ont racontée, du temps qu'ils vivaient. Je l'ai plus qu'imaginée, je la porte en moi, comme un phare, un héritage, un trésor, une ligne de vie, un destin, une âme d'insulaire, même à l'intérieur des terres. C'est inscrit dans mon code barre!

En plus du courage, c'est de la résilience qu'il leur fallait et cet amour de la vie incommensurable qui coule dans leurs veines, comme l'eau salée, mêlée à de la graine de pionniers, d'aventuriers, de bâtisseurs de pays.

Au moment où ils sont partis des Îles, c'était la crise, en temps de guerre, on manquait de tout parce que tout le monde ne peut pas vivre de la pêche et à cette époque, l'industrie touristique n'était pas encore inventée! Tout était mieux que de rester aux Îles dans ces paysages extraordinaires auprès de ceux qu'on aime, quand on n'a pas de quoi vivre, se chauffer et passer l'hiver. Alors, des terres inconnues éloignées comme celles qu'on trouvait à l'époque en Abitibi, représentaient l'espoir d'une vie nouvelle.

Le Québec est jeune, on le mesure bien quand on se compare « aux vieux pays » qu'on aime à visiter. Le Québec tout entier a été fait de cette manière, le besoin de conquérir l'espace était moins nécessaire que la volonté de subsister. Et l'Abitibi, c'est le petit bébé du Québec, notre région a à peine 100 ans d'existence alors ils sont venus de partout et même de plus loin pour défricher des terres, ériger des villages, bûcher des forêts (j'ai passé proche d'écrire forest!...) et trouver de l'or, de l'argent, du cuivre, du zinc, du manganèse, du lithium, etc.



Guy Vandal a dit…

Sérieux j'ai tout lu. Mais bon... ostie que j'aime « des fois, le courage, c'est un ti peu d'inconscience! »

J'aime l'histoire et les histoires. Bizous Zoreilles.

Une femme libre a dit…

"On a décidé qu'on ne ferait pas une vie malheureuse." J'aime beaucoup ça. Le bonheur, en effet, on peut le décider! Il y a des gens qui "ont tout pour être heureux" qui dépriment, et d'autres, qui ont en apparence une vie plus difficile, mais qui sont heureux parce qu'ils l'ont décidé! Belle leçon.

Zoreilles a dit…

@ Guy : Je suis contente que tu sois passé par ici et je te trouve patient toi aussi d'avoir pris la peine de lire toute mon histoire (et en plus je l'avais résumée!...)

Oui, « des fois, le courage, c'est un ti peu d'inconscience » un peu comme « la crainte, c'est le début de la sagesse » et celle de Crocodile Dundee que je répète souvent « à force de manquer de toutttt, on manque de rien »! En veux-tu d'autres? J'en ai en masse!

Tu repasseras, Guy, on n'est pas sorteux! Bisous xx

Zoreilles a dit…

@ Une femme libre : Moi aussi j'avais accroché sur cette phrase-là qui est dite dans le film et que j'ai entendue souvent de la part de ces grands-mères que j'ai tant aimées. C'est une façon de voir la vie, une manière d'être, de penser et d'agir, je trouve que c'est gagnant!

Oui, belle leçon, on prend des notes!

canneberge14 a dit…

Chère Zoreiiles!

Je suis une amoureuse des Iles. La première fois que je suis entrée dans ta maison virtuelle, il était écrit à la porte
Chez Zoreilles
« L'espérance n'est pas un leurre, c'est le pouvoir de rêver grand. » (En hommage à mes quatre grands-parents Madelinots venus s'établir ici, en Abitibi-Témiscamingue, en 1941 et 1942).
En lisant tes billets, j'y ai toujours senti l'âme, l'espérance, le pouvoir de rêver grand...d'une femme des Iles. L'immense fierté de tes origines, la continuité dans ton Abitibi natale et ta grande volonté de transmission des valeurs qui te tiennent à coeur.
Puis, il y a eu nos rencontres, nos écrits, nos discussions à propos de personnages plus grands que nature qui t'habitent aujourd'hui. La lecture de tes entretiens avec ta grand-mère m'ont passionnée. Un pan de notre histoire, de votre histoire qui m'était inconnu et qui m'a incité à faire des recherches. J'ai vu tes yeux briller comme jamais lors de notre repas avec tes Zamours, au Café de la Grave aux Iles de la Madeleine, l'an dernier.
Je suis tellement heureuse pour toi...que ton pouvoir de rêver grand ait pu interpeller Sylvio et Céline et tous ceux et toutes celles qui ont participé au film. Voilà bien l'illustration que l'espérance n'est pas un leurre.
J'ai lu ce billet très significatif pour toi avec beaucoup d'émotion...

C'est ce soir que je verrai le film à Verdun au Mouvement social des Madelinots. Je t'amène avec moi..

C'est toute une belle journée aujourd'hui... "Ton" film et l'achat des passeports et des billets pour la soirée d'ouverture du Festival Internationnal du Cinéma en Abitibi-Temiscaminque.

Câlins et bisous!

Zoreilles a dit…

Ah ma sœur de cœur, mon petit fruit préféré, « ma » Chantale!

Si tu savais comme je pense à toi et je te sens toute proche ces jours-ci, j'aurais tant à te dire, il y a des développements au sujet du film, comme les avant-pendant-après qui n'arrêtent pas, des sollicitations de partout auxquelles je ne peux me soustraire, en plus que je passe beaucoup de mon temps avec Maman à la Maison des soins palliatifs où son frère le plus proche (que tu verras dans le film avec elle, ils sont tellement complices que c'en est encore plus touchant dans les circonstances) et en sachant que tu te rendras au Mouvement social madelinot à Verdun ce soir, comme je sais que tu me connais autant que mon histoire, j'en suis toute émue!

Tu me rappelles qu'en haut de mon blogue, depuis le tout début, il y a cette petite phrase qu'on ne remarque plus, mais qui reste toujours mon identité la plus profonde, ce à quoi tu vibres autant que moi, c'est pourquoi on est sœurs de coeur. Le jour du tournage, vers la fin, c'est cette émotion qui m'habitait le plus profondément aussi, j'avais même oublié la caméra et ceux qui étaient là, j'étais habitée de tout ça si intensément. Tu ressentiras mon émotion, parce que tu la connais mieux que personne...

Tu te retrouveras dans ce film comme chez toi, je le sais, je le sens.

C'est drôle, il y a mes deux belles-soeurs, Gisèle et Claudette, qui partent de St-Jérôme et Ste-Anne des Lacs cet après-midi pour aller à Verdun, elles m'écrivaient ce matin, dans le même état de fébrilité que toi, elles y seront toutes les deux, et comme je leur parle de toi souvent, elles qui sont mes sœurs depuis 40 ans et que j'aime tellement aussi! Gisèle m'écrivait que si elle osait, elle aurait eu envie de crier dans la salle « C'est qui Chantale, la sœur de cœur à Francine? » pour que vous puissiez vous rencontrer. Et j'aimerais être avec vous autres pour faire les présentations, hahaha!

Oui, c'est une belle journée aujourd'hui, ce 8 septembre. Belle-Maman aurait 95 ans, c'est son anniversaire... Beaucoup de gens que j'aime seront au même endroit au même moment à voir le film de mon histoire, c'est toute une preuve d'amour, j'en suis touchée. On a mis en vente les passeports du Festival du cinéma de chez nous, c'est la promesse qu'au pire pire pire, on est certaines de se voir fin octobre même si je voudrais te voir avant ça.

Je t'embrasse et te serre très fort dans mes bras en te souhaitant une projection qui te fera passer du rire aux larmes, en passant par la fierté, la reconnaissance, l'inspiration, l'authenticité, le charme et le charisme de tous ces Madelinots et descendants que tu aimes tant. Ce serait chouette si tu rencontrais mes belles-sœurs, hein? En tout cas, Céline et Sylvio, les deux réalisateurs, tu vas les adorer, j'en suis sûre.

Francine xx (à Léo à Avila à Julien à Jos Turbide) et du côté de Maman (à Rita à Aubin à Emmanuel à Léon Poirier) de la Dune du Sud, à Havre-aux-Maisons jusqu'à l'Abitibi.

Le factotum a dit…

Passe une belle journée avec ta maman auprès des tiens.

Zoreilles a dit…

@ Le factotum : Oh merci mon ami, c'est gentil ce petit mot de toi dans les circonstances.

J'ai passé l'après-midi et la soirée d'hier à la Maison des soins palliatifs auprès de Maman, de son frère bien sûr, celui qui est en fin de vie, et on était au moins tous ensemble, je sais que je suis utile auprès de mes cousins cousines, entre autres. Gilles est même venu avec moi en soirée, c'est fou comme ils étaient contents de le voir, certains encore plus que d'autres, ils avaient besoin de lui pendant que d'autres avaient besoin de moi.

Quand nous avons quitté hier soir, vers 21 heures, nous étions certains qu'il partirait avant minuit ou peut-être, s'il y avait un miracle, qu'il passerait une partie de la nuit mais pas plus.

Mais oui, on ne comprend pas encore mais il a passé la nuit alors j'en conclus que mon oncle, même dans une sorte de coma où il ne communique plus, attend demain avant-midi l'arrivée de sa petite dernière, en provenance du Nouveau-Brunswick, qui arrivera sur l'avion de Val-d'Or où nous irons la chercher, quelqu'un d'entre nous. Elle ne pouvait pas venir plus vite et on a l'impression qu'il l'attend, inconsciemment.

C'est fort, la vie, hein? C'est fort, l'amour aussi... Et que dire de l'amitié...

Fitzsou, l'ange-aérien a dit…

Wow! Wow! Wow! Quelle histoire que la tienne, que la vôtre! Et quel beau dénouement: un film et un livre! Félicitations Zoreilles! Tu es une "vraie-de-vraie" Madelinienne de coeur!
J'espère avoir l'occasion de voir "ton" histoire un jour!

Jackss a dit…

Elle est bien fascinante ton histoire, Zoreilles

Tu as de quoi être fière. Tu es une ambassadrice extraordinaire et ta fierté est contagieuse. Je t'envie. Cette énergie que tu dégages, elle fait tellement de bien. Et, c'est sûr que nous irons respirer l'air des Iles l'an prochain.

Moi aussi, j'ai tout lu, y compris les commentaires.

Le factotum a dit…

Une pensée spéciale ce matin. Fais attention à toi.
Un beau bonjour à ta maman.

Zoreilles a dit…

@ Fitzsou : Je saute sur l'occasion pour te dire que si tu veux voir ce film de mon histoire (pas seulement la mienne mais celle de tous les Madelinots en Abitibi) maintenant on peut l'annoncer officiellement, le documentaire Des Îles de la Madeleine à l'Île Nepawa a été sélectionné comme film d'ouverture au Festival de cinéma des gens d'ici à Val-d'Or (je sais que tu vas souvent à Val-d'Or) où il sera présenté :

Jeudi, le 29 septembre à 19 heures au Conservatoire de musique de Val-d'Or.

Les deux réalisateurs, Céline Lafrance et Sylvio Bénard, seront là pour le présenter. J'en reviens pas encore, je viens de les quitter, mardi dernier, on a dîné ensemble avant qu'ils repartent de la région mais... ils reviennent!

Ils ont soumis leur film à plusieurs festivals, ils sont en attente de réponses...

Zoreilles a dit…

@ Jacks : Encore un autre qui a une patience d'ange! Tu as tout lu? J'en reviens pas!

Notre histoire ressemble beaucoup à celle qu'ont dû vivre les Madelinots de Havre-Saint-Pierre, ceux qui s'appellent les Cayens, même si pour eux, c'est au XIXe Siècle que ça s'est passé. Les premiers contingents madelinots sont allés sur la Côte-Nord où ils ont fondé plusieurs villages, dont Havre-Saint-Pierre, Natashquan et plusieurs autres. On reconnaît encore l'accent des Îles chez eux ainsi que de l'eau salée dans leurs veines, comme tu l'as toi-même constaté là-bas.

Notre chance à nous, c'est que notre histoire est quand même plus récente, 1941-1942, alors ceux qui l'ont vécue comme enfant peuvent encore en témoigner et ça fait des témoignages riches et pertinents, drôles et touchants à la fois. Ils sont très inspirants!

Si je dis que nous sommes chanceux, c'est qu'on en a fait un film alors notre histoire ne sera pas oubliée. Et l'été prochain, aux éditions de La Morue Verte, un beau livre sera publié par les mêmes personnes, Sylvio et Céline, qui ont fait le film. Pour ma part, j'ai collaboré aux deux et j'endosse leur travail. C'est notre histoire mais c'est aussi et surtout notre héritage.

Zoreilles a dit…

@ Le factotum : Merci beaucoup, cher ami, pour ces pensées affectueuses.

Comme je viens de parler du film, je ne peux m'empêcher de revoir en pensées certaines images qui nous ont tous touchés, c'est que ma mère (84 ans) et son frère Edwin (82 ans) étaient ensemble et si complices dans leurs témoignages, comme ils l'ont toujours été dans la vie. Ils sont même voisins encore aujourd'hui et on l'a été du temps qu'on restait à Matagami. Je suis donc très proche de mes cousins cousines qui viennent de perdre leur cher papa... J'ai passé toute la semaine avec eux, avec toute la famille, à la Maison des soins palliatifs où nous avons vécu des moments intenses qui n'étaient pas faits que de peine mais d'entraide, de tendresse, de souvenirs partagés, de retrouvailles émouvantes, de câlins réconfortants, etc.

La plupart des entrevues réalisées pour ce documentaire se sont faites au cours de l'été 2015. À ce moment-là, ma mère et son « p'tit frère » étaient en pleine forme tous les deux. Ma mère perd encore un gros morceau, encore une fois.

OX Jerry a dit…

Bonjour Zoreilles, voila un beau récit familial ! Encore mieux qu'un film de Coppola et tout débute dans ton arbre généalogique en 1604 . Il y a tant à dire alors et le récit en technicolor que tu nous sers est un beau partage .Merci pour cette tranche de vie qui me fait penser à ma chanson "la grande maison"(que tu connais je suppose ) , l'enfance est un bien si précieux qui nous poursuit tout au long de l'existence et nous guide comme un phare.

Zoreilles a dit…

@ Jerry OX : Quel poète! Tu parles d'histoire, d'enfance, de grande maison et du phare qui est un symbole très fort dans ma vie.

Je discutais du film hier avec une grande amie qui a fait beaucoup de chemin pour aller assister à cette projection et on se disait toutes les deux que cette histoire est universelle et intemporelle, que tous les immigrants qui laissent tout derrière eux pour se construire une vie meilleure, ailleurs, ont beaucoup en commun. Ils cherchent toujours à faire des liens pour se retrouver en pays de connaissance sans pour cela oublier d'où ils viennent.

Grand-Langue a dit…

Le principal matériau pour la Grande Histoire, c'est la Petite Histoire. Grâce à votre travail acharné, vous apportez de la matière première de laquelle notre histoire sera faite.

Félicitations et bravo pour cette belle énergie.

Je félicite aussi les vôtres sans qui, tout ne serait pas facile.

Grand-Langue

Zoreilles a dit…

@ Grand-Langue : En fait, je dirais plutôt que la passion qui m'anime depuis toujours quand je parle de cette histoire est bien plus grande que le « travail acharné » auquel vous faites allusion.

Et le film documentaire est magnifique, très bien reçu partout où il passe, il contribue déjà à faire mieux connaître notre Petite Histoire qui prend sa place dans la Grande Histoire du Québec.

Dans la foulée du lancement de ce documentaire, et en prévision du livre sur le même sujet qui sera publié l'été prochain, les réalisateurs Sylvio et Céline ont entrepris des démarches pour créer un fonds d'archives à mon nom avec tout ce que j'avais laissé au Musée de la Mer, aux Îles de la Madeleine.

Et au même moment, parce que nous eu plusieurs rassemblements des familles de Madelinots d'Abitibi dernièrement, plusieurs m'ont demandé d'avoir la bio de notre grand-mère maternelle, ce que j'avais fait en 1993. Ce qu'on appelle « le livre de Grand-Maman », je l'avais distribué (copies papier) partout dans la famille mais ça n'avait pas eu l'impact que ça peut avoir aujourd'hui.

J'ai bien essayé de mettre la main sur ces fichiers que j'avais, à l'époque, gravés sur une disquette 3.5. J'ai payé une vingtaine de dollars pour l'avoir sur une clé USB mais malheureusement, ces fichiers sont aujourd'hui illisibles par nos ordinateurs qui n'ont plus les logiciels qu'il faut... Dommage, je devrai la refaire, sans y changer la moindre virgule mais j'en profiterai pour y ajouter des photos, ce sera ainsi plus vivant et je respecterai tout aussi fidèlement sa mémoire et ses souvenirs.

Je suis très heureuse que ma passion pour cette histoire qui est la nôtre soit aujourd'hui partagée et qu'elle suscite un nouvel intérêt. Ce sont les mêmes sentiments que je ressentais lorsque je pratiquais mon métier d'écrivain public. Je m'effaçais pour devenir un instrument efficace au service de ce qu'il y avait de plus authentique et beau dans la nature humaine.

mijo a dit…

Et j'apprends en plus au début de ton texte que du côté de maternel, tu as des origines poitevines. Je suis poitevine ;-)

Zoreilles a dit…

Bonjour Mijo!

C'est toujours une belle surprise de te voir apparaître en commentaires même si c'est sur un ancien billet et je me trouve chanceuse d'en être avertie par une alerte dans ma boîte de courriels mais comme Blogger n'est pas fiable à 100 %, si jamais tu interviens et que je ne réponds pas, c'est tout simplement que je n'en aurai pas été averti. Tu sais que j'aime toujours à répondre pour continuer de renchérir sur cet élan d'amitié qui nous lie, chacune sur notre continent. On est si près et si loin à la fois...

Oui, effectivement, du côté de ma mère, avant d'être des Acadiens qui sont venus s'établir en Amérique, en 1604, ils habitaient la région du Poitou. Ça remonte loin n'est-ce pas? Mais nous avons des origines en commun et ça ne m'étonne guère!

Toujours un plaisir de te voir apparaître ici, chère Mijo. De mon côté, j'essaie d'aller visiter ton blogue mais j'ai beaucoup de difficulté à y avoir accès et pour y laisser un commentaire, je dois faire plusieurs essais, je ne réussis pas tout le temps mais je ne t'oublie pas.