jeudi 5 décembre 2013

Le pouvoir évocateur d'une chanson


Mars 1965, devant notre roulotte enterrée de neige, sur la rue Rupert, à Matagami. Ce que je raconte ne se passe pas vraiment à ce moment-là mais quelques années plus tard. Celui qui a un sourire coquin, c'est Yves, dans les bras de Maman, on voit Jocelyn qui a l'air d'étouffer dans son nid d'ange. Je suis assise comme Yves sur le capot de la voiture. J'imagine que Papa doit avoir pris la photo. D'après les mines réjouies de toute la famille, on devait s'apprêter à « descendre » à La Sarre... 

Le pouvoir évocateur d'une chanson

Ça y est, ils l'ont fait jouer cette semaine à la radio et ils la feront jouer encore, chaque fois qu'on nous annoncera une tempête de neige d'ici Noël. De quelle chanson je parle?

http://www.youtube.com/watch?v=zRtGXwYBBkQ

« Le sentier de neige ». Version originale par le groupe Les Classels. 

Pourtant, je n'aime pas particulièrement les classiques et sempiternelles chansons de Noël, surtout qu'on commence à les entendre trop de bonne heure à mon goût mais celle-là évoque un moment particulier dans lequel je me replonge avec bonheur, comme si je la revivais, à chaque fois que je l'entends. Je ne m'en lasse jamais. 

On habitait à Matagami depuis quelques années, petite ville minière qui en était au début de son existence. Papa travaillait à la Orchan Mines. Maman n'avait plus le temps de travailler avec les trois enfants que nous étions. J'allais à l'école Galinée et mes petits frères étaient trop jeunes pour aller à l'école. On était heureux à Matagami. On ne le savait pas dans le temps mais oui, on était heureux. 

On « descendait » souvent les fins de semaine à La Sarre pour visiter nos grands-parents et nos familles. La Sarre est à 3 heures de route de Matagami et il nous fallait passer par Amos, la seule route possible. 

Ce 24 décembre, on part tôt pour arriver pas trop tard chez nos grands-parents Poirier à la maison du rang VII où toute la famille allait se réunir. Chacun arriverait avec les siens et il y aurait les cousins cousines, chacun aurait sa marche d'escalier pour le souper. Par ordre d'âge, j'héritais de la deuxième marche du haut, parce que mon cousin Michel avait deux ans de plus que moi mais la 3e et la 4e marche étaient celles de mes cousines Lise et Solange, presque de mon âge, suivies de près par Raymonde, sur la 5e marche, Luc sur la 6e, Ti-Gilles sur la 7e, etc. Pour nos parents, oncles et tantes, il y aurait au moins deux tablées si c'est pas trois et pendant que les uns mangeraient, les autres commenceraient à réchauffer les guitares, les harmonicas, les violons et les voix. Plus tard en soirée, il y aurait les cadeaux pour les enfants. Chacun un cadeau. Pas plus. De la part de nos parents. Et ce n'est pas le Père Noël qui viendrait faire la distribution, on n'a jamais cru au Père Noël chez nous. Encore moins à la Fée des Étoiles!

Le 25 décembre, on irait chez nos grands-parents Turbide, au p'tit village Bienvenue, toujours à La Sarre. Les familles étaient encore plus nombreuses à tel point que certains venaient souper et veiller sans leurs enfants mais ce n'était pas trop grave, la plupart ne restaient pas loin et on pouvait les voir quand même. Du côté de la famille de Papa, il y avait plus de monde, plus d'humour et moins de musique. Une autre dynamique familiale! 

Donc, ce 24 décembre, tous fringués en dimanche avec l'avertissement de Maman pour ne pas se salir durant le voyage, on décolle de Matagami. Les petits frères se chicanent pour s'asseoir où il y a «  la bosse du char », au milieu du siège arrière et Maman tranche la question, c'est moi qui ai le privilège de m'asseoir au milieu, mais ça vient avec une obligation, celle de jeter un oeil sur les petits pendant le trajet. De temps en temps, Papa fait sa grosse voix (pour essayer de nous impressionner mais ça ne marche pas, on le trouve drôle!...) : « Heille, vous autres, faites-moi pas arrêter le char pour démêler vos chicanes parce que vous allez le regretter ». Grosse menace!!!

La route est belle, malgré ce temps gris suspendu qui nous annonce de la neige à venir très bientôt. On voit défiler le chemin de la New Hosko, de la Mattagami Lake Mines, du Ready Mix, de la Orchan Mines. Et plus loin, la rivière Allard et ses cabanes en bois rond, au millage 95, la fourche du millage 72 qui mène à Joutel, et là, au milieu de nulle part sur cette route déserte, au millage 57... « Le 57 » un restaurant-bar-motel où nous sommes peut-être arrêtés, je ne me souviens pas de cette fois-là précisément mais Papa aimait bien prendre un petit remontant, « one for the road » en jasant avec le monde, pendant qu'on allait à tour de rôle à la salle de bain, avant de rembarquer dans le char et continuer la route. 

Vous ai-je dit qu'on n'avait ni ceinture de sécurité ni siège d'auto à cette époque? Bien vrai! 

Après la grande côte du 42, on sent qu'on approche d'Amos, on commence à voir des villages et des paysages de « par en bas », St-Dominique du Rosaire, la rivière Harricana, St-Félix de Dalquier, Pikogan...

Définitivement, on approche d'Amos, la grosse ville du bouttttt... Papa dit à Maman qu'il veut arrêter chez P. A. Périgny pour se choisir une belle pipe neuve, la sienne est rendue pas fumable. Maman est bien d'accord, elle a un petit achat à faire elle aussi dans ce beau grand magasin qui nous change du Hudson's Bay de Matagami. Ils décident que nous autres, on va rester dans l'auto, c'est moi qui serai en charge des petits, Maman trouve que c'est trop de trouble de débarquer toute la gang. Après, on ira dîner au fameux restaurant en sortant d'Amos, sur la route de La Sarre, là où la madame nous reconnaît, qu'elle est si gentille et fait de la si bonne tarte au sucre. 

Puisqu'on approche d'Amos, Papa ouvre la radio et syntonise CHAD. On n'entend que du grésillement pour commencer mais ça s'éclaircit, on dirait. Papa est tellement de bonne humeur, Maman chantonne, ils se sourient tous les deux, les petits jouent ensemble avec leurs petites voitures Matchbox et moi, au milieu d'eux, je rêve les yeux ouverts à tout ce qui s'en vient, la maison du rang VII si joyeuse et remplie de musique, et ces retrouvailles familiales avec les cousins cousines.

C'est à ce moment précis que je me dis que je suis une petite fille tellement heureuse, tellement chanceuse dans la vie! 

Tout à coup, le décor et la lumière changent comme par magie, il se met à neiger à plein ciel, des flocons si gros, si blancs, si doux, alors qu'on entre dans la ville, qu'on passe devant l'hôpital l'Hôtel Dieu où je suis née, que j'aperçois la cathédrale Christ-Roi avec son toit arrondi, on arrive sur le coin de l'hôtel Queen et la radio renaît avec un son tellement clair lorsque l'animateur présente cette chanson que j'entends pour la première fois : Le sentier de neige... si pur et si doux... 


18 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour Zoreilles .
J `aimes bien ton récit .... cela me ramène à nos voyages en famille pour se rendre au Lac St Jean ..... en traversant le Parc National des Laurentides ..... c`était toute une époque n `est ce pas ?
Comme on ne pouvait pas avoir la radio et bien mon père nous faisait chanter ... entre les chicanes et les tracasseries de mes frères et soeurs ..... Étant
l `ainée et bien je me devait de donner l `exemple et de surveiller les plus petits ...
Que de souvenirs de ces rencontres de familles !
Aujourd `hui ... je fais un petit voyage pour aller rejoindre mon fils et sa petite famille pour aller fêter Noël avec eux ..... et ces randonnées sont toujours aussi merveilleuses que lorsque j `étais enfant ...
Merci à toi pour ces doux souvenirs .
Capucine .
P.S. Ta petite fille est toute mignonne ..... tu as bien raison d`être fière ....

Solange a dit…

Un beau récit de ces souvenirs marquants.Je n'ai pas eu le plaisir de ces grandes fêtes de famille, nous étions les seuls à vivre à Montréal. Mais les longues routes en voiture j'ai connu l'été. Merci aux Classel qui nous ont permis de lire ce récit du temps des fêtes.

Zoreilles a dit…

@ Capucine : Oh que ça devait se ressembler, ces voyages en famille, dans le parc des Laurentides ou sur la route Matagami-Amos! J'aurais aimé mieux chanter mais les petits étaient trop petits, on se contentait de la radio qui grichait... Par contre, il y a quelque chose d'assez universel dans nos souvenirs, les aînés (es) se doivent toujours d'être raisonnables et responsables!!! Tu dois revivre les souvenirs de ces trajets quand tu vas vers ton fils et sa petite famille!

Merci pour la mignonne, je suis bien d'accord avec toi.

Zoreilles a dit…

@ Solange : Tu connaissais peut-être ces grandes fêtes de famille durant l'été? Je me souviens que tu avais déjà raconté ces chansons que vous chantiez en chœur dans la balançoire...

Te souviens-tu, Solange, qu'on n'avait pas de ceinture de sécurité dans les voitures? Encore moins des sièges d'auto!!! C'était l'époque où l'on faisait du vélo sans casque, sans genouillères ni aucun équipement de protection. On ne savait même pas que ça existait!!!

P.-É. Larivière a dit…

Ce sont de beaux souvenirs que ce temps des fêtes d'antan. Ils s'ancrent dans nos mémoires.

Les miens reculent plus loin en arrière, nos voyages se faisaient alors avec carrioles et chevaux. C'était des temps heureux.

Zoreilles a dit…

@ P.-É. Larivière : Eh que ça doit être magnifique dans votre boîte à souvenirs... Carrioles et chevaux... C'était dans le temps que vous étiez au Témiscamingue, je suppose.

Je ne l'ai pas vécu mais je l'ai vu... une fois... au début des années 80... Nous étions au réveillon chez ma belle-soeur à Lorrainville et nous étions allés à la messe de minuit à pied de chez elle. Une autre famille des alentours était venue avec un attelage de chevaux et une carriole, le bruit des clochettes... C'était de toute beauté!

Le factotum a dit…

Comme nous étions treize enfants à la maison, c'est toujours maman et papa qui recevaient ses frères et soeurs.
Cela nous permettaient de voir beaucoup de monde et de savourer cet esprit familial.
Beaucoup de beaux souvenirs sont rattachés à cette période mémorable.

Zoreilles a dit…

@ Le factotum : Même sans la visite, la maison devait toujours être remplie de monde chez vous!!!

Peut-être de là que te vient ton esprit de solidarité, de partage et de générosité? Ipso et toi, vous avez 4 enfants et combien de petits-enfants déjà? En tout cas, ça doit te sembler une petite famille, avec ce que tu as connu...

Oui, tu dois avoir énormément de bons souvenirs rattachés à cette période.

Richard le Joutellois a dit…

ahhhh retourner dans les banques de memoires. Moi aussi je me souviens quelques voyages de Joutel pour voir mes grand parents a Val D'or pour les fetes. Pas souvent par contre parce que les parents de mon papa demeuraient aussi a Joutel. En plus, ma maman etait la deuxieme enfant de 8 donc avec tout les oncles, tantes et cousins, cousines en une place, c'etait tres serre mais tres chaud d'amour.
En tout cas, joyeux Noel a toi et ta famille. Comme tu vois, je visite et lit tes histoires regulierement :-)
A bientot.

Zoreilles a dit…

@ Richard le Joutellois : Ah que ta visite me fait plaisir. C'est drôle qu'on faisait le même trajet jusqu'à Amos, sur la même route, avec les mêmes repères, pour aller voir nos grands-parents, toi à Val-d'Or et moi, à La Sarre!

Je te souhaite aussi de très joyeuses fêtes entouré des tiens, avec plein d'amour, comme dans le bon vieux temps de Joutel et Matagami!!!

canneberge14 a dit…

Bonsoir Zoreilles!

Un très beau récit de Noël et une photo que j'aime beaucoup! Un récit qui réchauffe le cœur. J'ai pensé à toi au Concert de Noël d'un ami dimanche dernier. Les choristes ont interprété "Le sentier de neige". ;-)
En passant, le facteur et parti vers le Nord!

À la prochaine!

Zoreilles a dit…

@ Canneberge : T'as pensé à moi en écoutant « Le sentier de neige » au concert de Noël??? On fait de la télépathie, puisque moi, c'est rendu que je pense à toi en relisant des extraits de « Chers nous autres »!!! Je passe mon temps à penser : « Tiens, mon petit fruit préféré va aimer ce bout-là ».

Ces temps-ci, j'attends toujours le facteur avec enthousiasme, j'ai des surprises des fois... ;o)

Anne-Marie a dit…

Allo Belle-Sops!

Faisait longtemps que j'étais pas venue ici!!! J'en ai eu pour mon argent! Vos sorties de filles, le temps des cadeaux et...celui-ci!!!

C'est pas mêlant, j'ai voyagé avec vous! J'étais là! J'ai tout vu! J'ai tout entendu! La grande sœur au milieu qui surveille ses 2 p'tits frères, la voix de ton père, ta mère qui est heureuse d'être aux côtés de son tendre amoureux, les flocons et...LA CHANSON!!!

Cette chanson que je trouve tellement quétaine, mais que j'aime tellement!!! S'agit que je l'entende pour l'avoir dans la tête pendant des heures, voir des jours!!! Tiens, juste l'évoquer et c'est parti! Je suis seule et je chante!!!

:)

Zoreilles a dit…

@ Anne-Marie : Ben oui, c'est vrai, ça faisait longtemps... T'as retrouvé la trail? Hahaha!

Bon. Là, je t'ai semé une chanson poison dans tes zoreilles pour quelques jours mais je t'ai amenée en voyage avec nous autres pour que tu voies Yves quand il était un petit garçon, t'as pas tout perdu!

J'espère que Adam a eu une belle fête.

Nous autres, Gilles vient d'arriver de Rapide Deux, on s'en va à la fête à Céline, sa sœur, mais c'est pas chez Ouistiti pis on boira pas juste du jus de pomme!!!

Anne-Marie a dit…

Adam a eu une superbe fête!
Regarde les photos sur ma page! On y voit même ta belle puce!

Tu sais, moi qui irais au bout du monde avec ton frère, j'ai pas mal aimé ma "ride" avec vous autres!!!!

Je vous souhaite un beau souper de fête! Moi aussi j'ai une belle soirée qui se présente! Petit 5@7 chez une bonne amie!
xx

Zoreilles a dit…

@ Anne-Marie : Félixe et Isa sont venues déjeuner avec nous autres ce matin et effectivement, la fête à Adam a été « très magnifique » selon l'une des invitées!!!

J'espère que t'as eu un beau 5 à 7 avec ton amie. En tout cas, nous autres, c'était « super magnifique » aussi chez Céline et Luc... ;o)

Félixe a tellement hâte à Noël pour revoir Clara et Adam, c'est beau de voir ça.

Mijo a dit…

Un instant, un endroit, une chanson.
Très beau récit.

Zoreilles a dit…

@ Mijo : Tu dois en avoir toi aussi des souvenirs de ce genre : Un instant, un endroit, une chanson!