vendredi 22 février 2013

On va à la pêche?


On va aller à la pêche tantôt, Papi? 


Oui oui, ma ti-minou mais on va commencer par préparer nos hameçons... 


Ah moi je veux celle-là, Papi, la jaune! Toi, tu veux laquelle? Moi, je vais mettre un ver de terre. 


Viens me voir... Viens sur ma main...


T'as pas peur de moi, hein? 


Il est doux doux doux... Ça chatouille!


Veux-tu retourner dans ta maison avec tes amis? 


Faut pas faire de bruit, hein Papi? Les poissons vont venir... shshshshut


C'est Papa qui a le premier poisson!

On va à la pêche? 

C'était l'été dernier, au P'tit Château. Une fin de semaine hors du temps et de l'espace, où la Vie se respire à pleins poumons. Où le bonheur est partout présent. Discrètement. Sans faire de vagues. En toute simplicité. Il faut si peu de choses... et tellement à la fois... pour être heureux. Juste d'être ensemble. 

Et ça, personne ne pourra jamais altérer ou diminuer ces moments-là. Ils nous appartiennent. 

S'en rappeler au coeur de ce dur hiver, c'est espérer dans l'allégresse le prochain printemps et l'été qui s'en vient.

Silence

Je vous partage une chanson qui nous a été offerte par notre fille, Isabelle... Ses mots simples et beaux, pleins de nos images, sa musique nous berce, sa guitare si douce et sa voix enveloppante, chaude, aimante... Sa chanson est plus longue que ça mais ce sont les trois couplets dont je me souviens par coeur.

Silence

Une cordée de silence
Pour passer l'hiver
Une poignée de bon sens
Pour garder les pieds sur terre
Et brûle brûle douleur sauvage
La détresse
Ça se met pas dans une cage

Je vais comme un voleur
Piller la forêt
M'emparer de ces bonheurs
De ces morceaux de paix
Et vont et viennent
Des vagues sur les rivages
Le chagrin
Ne passe plus dans le barrage

J'ai fait et refait
Des milliers de fois
Les sentiers le trajet
Où j'ai inscrit ma foi
Et je n'ai plus peur
De vos mots et de vos lois
Ainsi va
Mon coeur souverain dans le bois

mercredi 20 février 2013

Tout dort et je veille


Samedi dernier, fuyant la civilisation, nous sentions le besoin de nous isoler en forêt profonde pour panser nos blessures, comme deux ermites, au camp Fra-Gilles, à deux kilomètres plus loin que le P'tit Château, (nom comique et affectueux que nous donnons à notre camp sur le bord de la rivière que nous utilisons l'été) dans le secteur de Rapide Deux. 


Le camp Fra-Gilles, une perle dans son écrin de forêt boréale, avec le petit atelier qui se réchauffe en 15 minutes à peine, le temps que l'autre diffuse sa chaleur suffisamment pour qu'on puisse défaire nos pack sacs, enlever nos vêtements d'hiver et réchauffer la soupe. 


Vue arrière du camp, avec sa shed à bois. C'est fou comme la marotte de Crocodile Dundee, « À force de manquer de toutttt, on manque de rien » prend ici tout son sens. Les bâtiments sont tout petits mais fonctionnels, éclairés, bien pensés, construits de matériaux récupérés, réutilisés ou recyclés sur divers chantiers de construction où il travaille. J'ai toujours admiré ce talent naturel qu'il a, mon menuisier-débrouillard-homme-des-bois-respectueux-de-la-nature-et-de-tout-ce-qui-vit. 


Une arcade enneigée... 


Une dentelle fine... Tiens, des lièvres sont passés dessous!


Une invitation subtile à voir la lumière... au bout du tunnel. 


Crocodile Dundee est heureux comme un roi dans son royaume de liberté, il distribue ce qu'il appelle « du lunch gratisssss » à ses martres, pékans, écureuils, dans les cabanes qu'il a disséminées au fil des années à la grandeur du territoire. Est-il besoin de préciser que ses cabanes ne comportent aucun piège ni collet. C'est sa tournée! Ces animaux survivent difficilement à l'hiver rigoureux, alors on les aide un peu, avec les surplus non compostables de nos cuisines (par exemple les restes d'un poulet désossé) surtout que les martres auto-régulent les naissances en fonction de la nourriture qu'elles trouvent, en abondance ou pas. Elles ne vivent qu'en forêt boréale mature, cette ressource qu'on viendra piller prochainement chez nous, les forestières ayant obtenu toutes les autorisations dont elles avaient besoin. 


Comme dans ce jeu d'ombres et de lumières, nous allons vivre le mieux possible chaque étape du chemin de croix qu'on nous a balancé au visage lors du verdict de culpabilité rendu par Madame la juge, le 12 février dernier. Nous avons la conscience en paix, malgré la rage au coeur qui nous envahit, et foi de Zoreilles, nous retrouverons notre légèreté, en dépit de l'acharnement, du manque de jugement et d'humanité dont ont fait preuve depuis le soir du 12 juin 2010 des hommes en uniforme qui n'ont jamais cru un seul instant qu'on pouvait avoir un code d'éthique plus élevé et plus juste que leurs lois sur papier. 

Tout dort et je veille

J'ai bien essayé d'écrire autre chose ou de ne pas écrire du tout. Mais je suis habitée d'un sentiment de rage et de révolte depuis la semaine dernière. Je ne me reconnais pas. Et je n'aime pas ça. 

J'étais là, j'ai tout vu, tout entendu, tout vécu depuis le début de cette sordide histoire d'horreur où l'on nous a traités comme des criminels. Jusqu'à la fin, j'avais cru (naïvement) que la vérité et la justice allaient  finir par émerger de ce chaos. Je dois avoir trop vu de films de Walt Disney dans ma vie. J'avais pris pour acquis qu'au Québec, on était présumés innocents jusqu'à preuve du contraire dans notre système de justice. Mais non. J'errais. Je n'avais pas compté sur le fait que des fonctionnaires mal intentionnés, avec des obligations de résultats coûte que coûte, pouvaient interpréter leurs lois et certains faits isolés sans aucun rapport entre eux, s'en faire des preuves bien étayées dans la menace et leur bêtise sans limite, les soumettre aux autorités de justice en mal de gain de cause, avec l'aide d'un Procureur de la Couronne zélé comme un jeune loup s'acharnant sur une proie facile et sans défense, en train de jouer sa carrière, et que Madame la juge en étant impressionnée, n'y verrait que du feu.

C'est dans cette société-là qu'on vit mais ça, on le découvre seulement le jour où l'on y est confronté. Les faits réels, les circonstances, personne ne s'en soucie, tout le monde joue sa « game » pour la gagner, tous les coups sont permis et chacun veut ses petites étoiles dans son cahier à la fin. 

J'ai perdu toutes mes dernières illusions sur l'intégrité de nos institutions quelles qu'elles soient. Toutes. Il ne m'en reste plus aucune. Je n'en dirai pas davantage sur les détails de la cause ni sur les conséquences coûteuses et terribles qu'elles entraînent dans nos vies. 

Pourtant, depuis plus de six ans que vous me lisez et partagez mes photos, vous le savez parce que je n'arrête pas de vous le dire sur tous les tons, qu'il est possible et merveilleux de passer du temps en forêt, sur une watch (un mirador qu'on dit en français) ou dans les sentiers qu'on défriche et entretient, sans nécessairement chasser ni en avoir la moindre intention, avec des jumelles, un appareil photo et de la lecture pour seules armes, en étant contemplatif et heureux d'y être, pour se fondre quelques heures au décor, au milieu de cette faune, cette vie-qui-bat, cette nature qui s'offre à nous, comme un baume sur une plaie vive, en toutes circonstances. 

Pendant ce temps, les braconniers courent librement en forêt et les bandits en ville. On trouve ça normal, on ne sait rien, donc on ne dit rien, on essaie de se construire ou de se reconstruire, dans le silence, le calme, la paix, un univers épargné de cette civilisation de béton et de tape-à-l'oeil qu'on a besoin de fuir plus que jamais. Ah ils auront beaucoup de petites étoiles dans leur cahier, les vainqueurs qui savouraient la victoire sans ménagement lorsque la juge a tranché :  « Coupable ». Ils sont sûrs d'avoir bien travaillé, que la justice a triomphé. Tout le monde est content. 

Et moi, je fais de l'insomnie. Tout dort et je veille... 

lundi 11 février 2013

Sucre en poudre et sucre d'orge


J'ai pris cette photo de l'intérieur de mon bureau au cours de la semaine dernière. 


Fin janvier début février, nous avons connu des épisodes de grésil et de verglas suivis de grands froids, ce qui a ajouté de la dentelle aux arbres et enjolivé nos paysages. C'est joli à voir mais ça reste une épreuve pour les feuillus comme pour les conifères qui « ploient sous la douleur ». 


En y regardant d'un peu plus près, on remarque que les branches des arbres sont écrasées sous le poids de la neige et de la glace accumulées. 


Ainsi, notre hiver a des textures et des allures de...

Sucre en poudre et sucre d'orge

Ces temps-ci, avec une maison à vendre et une autre en grandes rénovations, sans compter les aléas du quotidien, je ne me sens pas tellement littéraire, disons. Mais j'ai toujours le goût de communiquer avec les eaux...tres, alors me voilà, fidèle au poste, pour ne pas que mon blogue s'étiole trop après 6 ans d'existence!  

Nos récents échanges et bons souvenirs au sujet de nos jeux d'enfants m'ont fait penser aux bonbons et gourmandises qu'on avait peut-être en commun également, du temps où il y avait au moins un dépanneur par quartier. Vous souvenez-vous de ces vitrines pleines de taches de doigts, remplies de toutes sortes de friandises à hauteur d'enfants, proches de la caisse? À mon premier job d'étudiante, chez Lou's Tobacco Shop, ces petits clients étaient mes préférés et il m'arrivait souvent de fournir des sous de ma poche quand des enfants hésitaient trop longtemps entre des caramels Kraft ou des réglisses rouges, je leur donnais les deux et ils repartaient contents, encore plus que les autres clients qui attendaient leur tour pour payer leurs cigares et leurs journaux! Ces enfants de l'époque sont remplacés aujourd'hui par les acheteurs de billets de loterie et personnellement, je trouve ça pas mal moins charmant! 

Je me demande si les cigarettes Popeye existent encore? Et les Koo Koo Bar? Vous savez, ces grandes barres minces de la longueur d'une règle à peu près, en trois couleurs, les mêmes que dans la crème glacée napolitaine? Les boules noires, j'aimais moins ça, elles étaient une aubaine, à 3 pour un cent, mais elles tachaient les lèvres, la langue, tout l'intérieur de la bouche et puis, quand ils en ont sorti des plus grosses, nos mères avaient peur qu'on s'étouffe avec, parce que des légendes urbaines couraient que c'était déjà arrivé!

Les réglisses. Les rouges aux fraises et les noires... à la réglisse! Même qu'il y en avait en forme de pipe, à l'époque, c'était politiquement acceptable qu'un enfant se régale de bonbons en forme de pipe ou de cigarette...  Aujourd'hui, on appellerait la DPJ pour moins que ça et on poursuivrait le confiseur en justice! 

Les caramels Kraft... La plupart étaient au caramel mais quelques-uns plus bruns que dorés goûtaient le chocolat. Bien chanceux ceux qui tombaient dessus parce qu'ils partaient toujours en premier, ceux-là. Les soucoupes volantes contenaient des petits bonbons minuscules inclus dans une forme bombée en retailles d'hosties de couleur pastel. Les colliers de bonbons coûtaient 5 cents, je m'en achetais parfois, soit pour m'en faire un collier ou encore mieux, les tourner trois fois autour de mon poignet pour m'en faire un bracelet mangeable. 

Les gommes Bazooka. Et leur petite bande dessinée avec leurs farces pas drôles qui ne se renouvelaient jamais! Je suis certaine qu'ils ont encore les mêmes, je devrais faire l'expérience... 

Mes p'tits frères, eux, dès qu'ils avaient des sous, couraient s'acheter des paquets de cartes de hockey. Comme de raison, il n'y en avait pas toujours mais quand les cartes d'hockey arrivaient, ils le savaient des semaines à l'avance parce que ça se parlait en ville et surtout dans les cours d'écoles! Ça fait partie de leurs plus beaux souvenirs d'enfance, ils ont tellement fait des collections et des échanges, je vous dis que ça négociait serré des fois. Ils ont inventé des jeux avec ces cartes de photos de leurs joueurs préférés de toutes les équipes ainsi que leur fiche de performance qu'ils connaissaient par coeur. Il y avait dans chaque paquet une gomme mince qui sentait et goûtait bizarre, il me semble. Je me souviens qu'en période d'abondance, ils en avaient des grosses chiques! 

Les framboises en jujubes... Ah celles-là étaient mes préférées. Je m'en suis acheté un petit sac encore dernièrement, elles se vendent en enveloppes transparentes sous le nom de « framboises nordiques » mais je ne retrouve plus leur goût d'avant. C'est peut-être moi qui ai grandi?  

Les Pop Sicle. Friandise idéale qui se coupe en deux par un coup solide et bien précis sur le glaçon convoité, appliqué sur le coin du frigidaire à Coke pour le partager avec un(e) ami(e) et se rafraîchir délicieusement par une journée d'été un peu trop « collante ». 

Les lunes de miel coûtaient cher mais valaient leur prix. Bonheur suprême, il y a quelques années, dans une exposition d'artisans, j'ai vu qu'une miellerie de ma région en offrait en assortiments d'une douzaine. Quinze dollars pour une douzaine... mais elles valent toujours leur pesant d'or, encore plus qu'avant. Le succès qu'elles ont eu, ces lunes de miel, faites de bon miel/caramel et recouvertes d'un chocolat noir de qualité? J'en ai acheté 3 assortiments du coup, deux pour offrir et un pour moi... à partager, bien sûr. Une lune de miel non partagée, ce n'est pas vraiment une lune de miel, n'est-ce pas? Parce que c'est bien meilleur quand on? Partage! Le propriétaire de la miellerie me disait qu'il ne fournit pas d'en faire juste avant les Fêtes, ils partent comme des petits pains chauds et on ne les retrouve pas ailleurs que dans ces salons d'artisans où ils attirent la clientèle... comme des mouches sur du miel. 

Vous souvenez-vous des fraises en guimauve? Elles aussi, elles nous tachaient la bouche, mais ça nous faisait comme du rouge à lèvres. Peut-être pour ça qu'elles avaient plus de succès auprès des filles que des gars? Les Cracker Jacks, ces boîtes à moitié vides... euh... à moitié pleines je devrais dire plutôt, contenant du maïs soufflé au caramel avec arachides, et une surprise dedans! 

J'ai toujours aimé les sucres d'orge, leur douceur et leur transparence. Il paraît qu'on peut s'en faire à la maison. Il faudrait bien que j'apprenne cet art un jour. 

Et vous, quels étaient vos bonbons préférés? Existent-ils encore? En achetez-vous parfois? Est-ce qu'ils goûtent comme avant? 


mardi 29 janvier 2013

Nos jeux d'enfants


C'était l'été dernier, au campe à mon frère, à un kilomètre du nôtre, à Rapide Deux. Nous étions à faire des travaux extérieurs pendant que les enfants jouaient autour de nous. 


Y a-t-il quelque chose de plus attirant qu'une balançoire aussi rustique en plein bois?


Adam, Félixe et Clara ont eu un plaisir fou ce jour-là!

Nos jeux d'enfants

En classant mes photos ce matin, je me faisais la réflexion que les jeux d'enfants les plus mémorables qu'on a connus quand on était petits ne s'achètent nulle part dans les magasins. Vous souvenez-vous de ces jeux-là? On n'avait rien mais on avait tout!

Les familles étaient si nombreuses que nos parents avaient bien d'autres choses à faire que de nous divertir et nous amuser. C'est tout juste s'ils nous surveillaient, on avait la responsabilité de se surveiller entre nous autres et de régler nos différends sans qu'ils s'en mêlent. D'ailleurs, on aimait mieux qu'ils ne s'en mêlent pas, on aurait pu se faire chicaner, on ne prenait pas de chance. « Jette un oeil sur tes p'tits frères » que Maman disait. Et Maman était très représentative de tous les parents de l'époque. 

On n'avait pas besoin de bébelles, on avait plein d'amis! 

Jouer à la cachette était une activité très populaire. Des heures de plaisir. Comme la tag. Fallait courir vite et anticiper les déplacements. On a déjà poussé le raffinement jusqu'à jouer à la tag Bar-B-Q. Je me souviens de soirées complètes à jouer à Police délivrance aussi. Et aux Drapeaux. Le summum du bonheur, c'était quand l'une de nos mères cassait son manche à balai ou à moppe. Là, on héritait du manche cassé et on demandait à l'un de nos pères de le couper droit avec une scie pour en faire un petit et un grand bâton, on se divisait en deux équipes et on était repartis pour au moins une semaine! 

À Matagami, on construisait des campes au bout de la rue Rupert qui était encore boisée et plus tard, sur le boulevard Matagami, où il y a aujourd'hui un bar très populaire. Ils ont dû en trouver des bouts de planches et des 2 par 4 quand ils ont construit ce bar! On en avait semé partout, des campes, et on ne coupait jamais d'arbres. Au pire, on en pliait quelques-uns des petits rabougris pour s'en faire un toit. On construisait écolo avant la mode et pour nous autres, le développement durable, ça voulait dire le temps d'un été... 

La corde à danser... Il suffisait qu'un parent, dans un grand élan de générosité printanière, en trouve une en faisant l'épicerie et la mette dans son panier avant de passer à la caisse. C'était d'ailleurs un signe de printemps quand une fille arrivait à l'école avec une grande corde à danser toute neuve. « C'est pas moi qui tourne stampette », ça voulait dire que c'est pas moi qui tourne, stamp it, genre c'est coulé dans le ciment, c'est pas moi qui tourne, je suis la première à le dire. On n'aimait pas ça tourner, on aimait juste sauter à la corde mais ça en prenait deux qui tournaient pour que les autres puissent jouer. On pouvait être jusqu'à huit, dix, douze, à s'amuser avec la même corde. 

Je sais pas pourquoi, les petites chansons de corde à danser, je m'en souviens de toutes. « Ah ah ah que je t'aime/Viens ici ma très chère Claire à ma porte/J'ai un secret à te dire dans l'oreille/Que je t'aimerai toute ma vie/Ah oui chérie youpi ».

Quand mes parents sont déménagés de Matagami à Noranda, (j'ai eu tellement de peine, si vous saviez, je ne vivrai plus jamais pire déracinement...) les filles de ma nouvelle rue jouaient à la corde à danser en scandant : « Thinker taylor soldier sailor richman poorman bigman chief/A doctor/a lawyer/a pow wow chief ». J'avais compris que j'étais alors dans une ville minière où il fallait devenir bilingue au plus vite si on voulait se faire des amis. On avait de la misère à se faire servir en français chez Woolworth, Vic's Handy Store, Superior Food Market mais nous autres, on achetait toujours Chez Dumont! Heureusement, quelques années plus tard, le Parti Québécois et la Loi 101 ont changé la donne et dans ma famille on lisait plus La Frontière et L'Écho Abitibien que le Northern Miner et l'autre dont j'oublie le nom, sinon j'aurais été complètement perdue.

La balle. Vous souvenez-vous des balles bleu blanc rouge? Je m'excuse de vous taper sur les nerfs avec ça mais je vais vous la rechanter, celle-là aussi : « Allons dîner chez le Chinois/Rien à faire/Sans parler/Sans rire/Sans bouger/D'une main/De l'autre main/D'un pied/De l'autre pied/Tapez en avant/Tapez en arrière/En avant en arrière/En arrière en avant/Salut les garçons/Salut les filles/Salut les Scouts/Awinchigo! ». Magali nous avait dit que ça s'appelait la balle au mur. 

Je ne vous ai pas parlé de Magali... À Matagami, sur la rue Rupert, on habitait dans des maisons mobiles. On disait « les roulottes de la mine ». Une fois, Papa nous avait dit que la roulotte de biais à la nôtre allait être habitée prochainement, un nouveau mineur venait d'arriver, directement de la France, il travaillait à la Orchan Mines lui aussi. C'est là qu'on a connu Magali et son p'tit frère Bernard. Ils étaient adorables. Avec un accent très fort du Midi de la France. Ils ne jouaient pas aux mêmes jeux que nous. Ils nous ont donné de grandes leçons d'intégration ces deux-là. 

Au début, Magali disait à toutes les deux phrases : « Nous autres, à Toulouse, en France... » mais on lui a vite fait comprendre que jouer à la marelle, ici, ça s'appelait « jouer aux carreaux » mais c'était pareil. Ils nous ont montré de si belles chansons... dont je me souviens encore mais je ne vous les chanterai pas toutes! Et puis, la mère de Magali et Bernard a cassé son manche de moppe  presque en arrivant et on leur a montré à jouer aux bâtons. Ils savaient jouer à la cachette mais ils appelaient ça « à cache-cache ». Fallait tout leur expliquer, à Magali et Bernard, mais ils apprenaient très très vite. Aujourd'hui, je comprends qu'ils devaient beaucoup s'ennuyer de leur pays d'origine... à Toulouse, en France. Et me reviennent tous ces récits qu'ils nous racontaient parfois quand on leur posait des questions sur leur vie d'avant Matagami, parce qu'en pays neuf, on venait tous d'ailleurs et eux venaient d'encore beaucoup plus loin que nous. Ils aimaient à en parler et nous, on les écoutait avec des envies de voyages... avant de retourner jouer. 

Une fois, Papa était devenu le héros instantané de la rue Allard. Là, on avait eu un loyer de la mine et on se trouvait beaucoup mieux logés que dans la roulotte, c'était immense il me semble. Papa s'était construit un garage et avec les restes de 2 par 4, il m'avait fait des échasses. Le grand luxe! Tout le monde voulait les essayer, avoir son tour, alors Papa en avait fait d'autres jusqu'à ce qu'il ne lui  reste plus de 2 par 4. On avait grandi de 18 pouces tous en même temps dans la même semaine! 

Je sais pas pourquoi je vous raconte ça... Ah oui, je le sais, c'est parce que je me trouve chanceuse d'avoir vécu ces belles années d'enfance où l'on n'avait besoin de rien pour s'amuser, juste des amis... Savez-vous quoi? Cela construit une vie, je crois. Aucun jeu éducatif et coûteux ne nous en apprendrait autant sur la vie et sur le monde. 

Si j'avais un souhait à faire, ce serait que nos petits d'aujourd'hui connaissent de temps en temps ces plaisirs démodés. 

lundi 21 janvier 2013

L'art de ne pas travailler


Un tétras mâle (perdrix) perché dans un pin gris, l'été dernier. 


Je m'approche à pas de loup (très mauvais choix d'expression pour ne pas effrayer mon tétras qui a plusieurs prédateurs, dont le loup). 


Il ne craint rien, visiblement, puisqu'il me fait face. 


Il ne craint tellement rien qu'il vient me montrer ses plumes! 

L'art de ne pas travailler 

Encore une fois, mes photos n'ont rien à voir avec mon billet mais j'avais le goût de partager un petit bout d'été en ce matin de froid sibérien! 

« L'art de ne pas travailler », par Ernie Zelinski, publié chez Stanké en 1998, arbore en sous-titre « Petit traité d'oisiveté active à l'usage des surmenés, des retraités et des sans-emploi ». Je me souviens de l'avoir acheté et d'avoir eu le goût de le lire à l'époque où j'étais dans la catégorie des surmenés! Maintenant dans la catégorie des sans-emploi, je devrais le relire pour voir si ça me parle encore... 

Ce que j'avais beaucoup aimé de ce livre, c'est qu'il posait des questions essentielles et que chacun y répondait à sa manière. La valeur sociale du travail n'y est pas remise en question mais plutôt décortiquée, soupesée, évaluée, en suggérant des pistes pour mieux équilibrer nos vies, entre le travail et notre vraie nature. Tout un programme... 

Depuis que je ne travaille plus, en fait depuis le début de l'année 2013, on dirait que je n'ai jamais tant réfléchi à cet aspect très important de notre vie, le travail. D'en être libérée m'amène à tellement voir et comprendre des choses que je ne saisissais pas encore il y a à peine quelques mois. Beaucoup de personnes autour de moi vivent des situations très difficiles par rapport à leur travail, ce qui ne repose pas du tout le petit hamster que j'ai dans le ciboulot, qui reçoit plein d'informations contradictoires et qui essaie de faire du ménage là-dedans, entre mythes et réalités. 

Dans les années 70, il y avait un succès qu'on pouvait entendre à la radio et dont le refrain me projetait toujours dans une réflexion qui durait bien plus longtemps que la chanson : « On perd sa vie à vouloir la gagner/Tu devrais y penser ». 

Les plus mal pris, à mon avis, sont ceux qui bossent pour des grosses institutions, où ils ont des conventions collectives, des droits et des avantages de toutes sortes. Vient un moment où la structure et l'organigramme les étouffent à tel point qu'ils se sentent comme des numéros et qu'ils finissent par agir comme tels, parce que des décisions administratives totalement imbéciles sont prises ailleurs, loin loin loin de chez nous, et qu'ils doivent en payer le prix, au péril de leur vie personnelle, amoureuse, familiale et sociale. Ceux-là, j'ai peur qu'ils perdent leur vie à vouloir la gagner. 

Ils seraient plus jeunes et moins bien payés qu'ils penseraient à remettre en question tout ça. Ils disent qu'ils ne peuvent pas. Quand je les écoute, je pense aussi qu'ils perdraient beaucoup en quittant leur travail, et sûrement qu'ils perdraient trop. Mais ils ne perdraient pas tout. On a tort d'accorder tant d'importance au travail, surtout quand il nous rend si malheureux. 

Je connais un gars de mon âge qui, s'il quittait tout de suite son enfer qui le rend malade, aurait un fonds de pension amputé de 18 %. En boutade, je lui ai dit que ça lui ferait quand même toujours bien 82 % de plus que moi... Ça ne l'a pas fait rire. D'ailleurs, il ne rit plus beaucoup, c'est ce qui m'inquiète. Il va donc endurer son enfer au péril de sa santé et de sa vie pour encore 4 ans, sans savoir s'il sera toujours vivant à ce moment-là pour profiter de son fonds de pension à 100 %. 

Peut-être que c'est juste sa conception du travail, comme valeur sociale et personnelle, qu'il devrait remettre en question? Je n'oserais jamais opposer mes arguments aux siens, s'il y a une question intime et grave, c'est bien celle-là et j'ai trop peur de me mettre les pieds dans les plats, surtout que je me suis toujours reconnue dans la cigale plus que dans la fourmi. 

Évidemment, l'idéal, c'est quand on aime ce qu'on fait, qu'on a le sentiment de participer à construire quelque chose de signifiant pour notre société et qu'on trouve un sens à notre vie dans notre gagne-pain. J'ai entendu dire qu'il y avait même des gens qui se sentaient valorisés dans leur travail. Oui oui, ça existe encore, il paraît. Mais autour de moi, il y a beaucoup de personnes qui ont déjà été heureuses au travail et qu'on a réussi à complètement démotiver et éteindre, à rendre esclaves d'un univers qui leur fait perdre leur vie au lieu de la gagner. 

À ceux-là que j'aime et que je respecte énormément, je leur souhaite de lire « L'art de ne pas travailler », en espérant qu'ils y trouvent une petite lumière qui, dans le temps, m'avait beaucoup aidée à faire des choix plus éclairés et des pas dans une direction plus heureuse.

* * * * *

Petite anecdote personnelle pour vous illustrer combien je suis libérée du travail : Fin décembre, la personne avec laquelle j'étais en lien 10 fois par jour, par téléphone et par courriel, depuis 8 ans, m'avait fait promettre que lorsque j'irais en Abitibi-Ouest en janvier, j'allais passer au bureau les saluer et qu'on irait dîner ensemble. J'avais promis. 

Mardi dernier, je lui envoie un courriel pour l'aviser que j'y allais jeudi. En lui disant deux jours d'avance, je me trouvais pas mal fine! J'ai eu une réponse courriel de sa part le mercredi en fin de journée. Elle s'excusait d'avoir un horaire vraiment trop chargé pour le lendemain (elle me donnait la liste complète de ses réunions, obligations et déplacements) mais qu'elle aimerait beaucoup que je vienne plutôt le vendredi. 

Bzzzzztttt, mauvaise réponse! J'ai simplement réagi (par courriel aussi) en lui disant que je ne pouvais pas retarder d'une journée ce déplacement mais qu'on se reprendrait... à une prochaine!

Je me sentais tellement soulagée. Je sais fort bien que... « la prochaine » arrivera par hasard ou n'arrivera pas du tout. 

dimanche 6 janvier 2013

Libération!


Le phénomène des trois soleils s'est reproduit encore devant mes yeux, au matin du 20 décembre dernier. J'aime toujours y voir un heureux présage... C'était le jour où ma mère célébrait ses 81 ans, j'ai pensé qu'elle allait avoir encore beaucoup d'années de bonheur devant elle. 


Mitraillant le paysage avec ma caméra, j'essayais de capter cette lumière pour m'en imprégner comme j'en avais besoin. Un soleil n'était pas assez, j'en avais besoin de trois pour terminer l'année et me rendre jusqu'à la fin de ces quarante années où j'avais donné le meilleur de moi-même sur le marché du travail. 



J'avais avisé mon client au début du mois de septembre, ils avaient amplement le temps de réagir et de voir à se trouver une autre consultante en communication pour me remplacer. Comme travailleuse autonome, on sait qu'on doit faire partie d'une équipe tout en n'en faisant jamais partie vraiment. On donne tout ce qu'on a et on ne reçoit jamais autre chose que le paiement de la facture mensuelle qui devrait faire office de claque dans le dos. 


N'empêche qu'à l'approche de ma retraite, je trouvais dommage que ça finisse ainsi, en queue de poisson, dans le silence et l'indifférence. Je n'en étais pas démolie mais un peu triste tout de même et je me faisais la réflexion qu'au fond, dans notre travail comme dans la vie, on est souvent tout seul. 


Et finalement, ces trois soleils au matin du 20 décembre étaient vraiment un heureux présage mais pour moi... Dans la même journée, juste avant d'aller célébrer l'anniversaire de Maman, je suis passée prendre mon courrier postal où m'attendait un écrit qui a fait toute la différence, un écrit sensible, touchant, reconnaissant et chaleureux de la part de mon client, une lettre signée par le directeur général et la directrice générale adjointe, au nom de l'ensemble du personnel. Jamais je n'aurais même imaginé recevoir pareille claque dans le dos. J'en étais fière, un peu émue même, et je pouvais, grâce à cette lettre,  passer à cette étape de ma vie de manière sereine et assumée. 

Libération!

Pourtant, s'il y en a une qui a toujours été consciente du pouvoir des mots, c'est bien moi... Mais ça m'étonne encore chaque fois de constater combien une lettre, un message, une carte de voeu, un mot de remerciement, une « présence » écrite, peut faire toute la différence dans la vie d'une personne ou même d'un groupe de personnes. 

Le jour où je suis devenue écrivain public, en 1993, ma grand-mère qui venait de vivre toutes les réactions de sa très grande famille à sa biographie qu'on avait faite ensemble, m'avait pris les deux mains dans les siennes et m'avait regardée droit dans les yeux avec un air solennel que je ne lui avais pas vu souvent. Elle m'avait dit : « Bon, maintenant, tu ne vas plus jamais arrêter d'écrire, tu n'as pas le droit, parce que tu sais comme les gens en ont besoin... » et on savait l'une comme l'autre tout l'engagement que ça représentait et la nécessité de le faire de tout son coeur. Grand-Maman avait toute sa vie rapproché des familles, tissé des liens, aidé des gens, grâce à ses lettres, de l'Abitibi jusqu'aux Îles de la Madeleine, en passant par le Nouveau-Brunswick. Elle connaissait encore bien plus que moi le pouvoir des mots, ceux qu'on écrit. 

L'intensité de son regard bleu, ce jour-là, ne m'a jamais quitté. Ça fait partie de mon héritage. Elle est décédée quelques semaines plus tard. Je la sens toujours avec moi quand j'écris quelque chose de difficile, de délicat, quelque chose qui pourrait faire la différence, qui pourrait rapprocher des gens, donner un peu d'espoir, de répit ou une mince consolation.  Je n'ai jamais d'attentes mais j'ai souvent des surprises. Comme cette lettre que j'ai reçue le 20 décembre de mon dernier client et qui m'a permis enfin de dire et de ressentir « mission accomplie ». 

Depuis, je me sens libérée. Encore plus depuis le 31 décembre.

Je mesure tellement l'esclavage qu'était devenu mon travail. La responsabilité était lourde... Je devais être disponible chaque fois qu'on avait besoin de moi mais je ne pouvais compter sur personne ni prévoir à l'avance. Ils étaient 800, je faisais affaire avec une trentaine de gestionnaires et j'étais seule dans mon bureau. On m'appelait toujours en cas de catastrophe, je devais être calme, à l'écoute, rassurer et voir la situation dans son ensemble pour mettre en place des stratégies de communication et des relations de presse qui feraient la différence. Ma marque de commerce a toujours été la transparence. C'était non négociable et c'est ce qu'on a retenu de moi, disponibilité, rigueur, professionnalisme et transparence.

Mon rôle était celui de la consultante en coulisses. Jamais on ne m'a vue ou entendue dans les médias, en tout cas pas dans le cadre de mes fonctions avec ce client, je n'étais pas autorisée à être une porte-parole mais je devais former les porte-parole. C'est la partie de mon travail que j'ai le plus aimée, parce que j'étais en lien avec des gens. J'aime le monde, que voulez-vous et le monde me manquait, toute seule dans mon bureau.

La partie la plus difficile était la vigie médiatique, surtout ces dernières années. Qu'est-ce que la vigie médiatique? Surveiller, être aux aguets, écouter, lire, voir, analyser, décortiquer et résumer en quelques lignes ce qui se dit, s'écrit, se rapporte, et se diffuse dans les médias, en lien avec le réseau pour lequel je travaillais, pour en informer le client qui n'a pas le temps ou la disponibilité de se taper l'écoute, le visionnement et la lecture de toutes ces sources d'information qui se multiplient de manière exponentielle, la presse écrite, radio, télé et web. Un esclavage qui me minait de plus en plus. Une surinformation de laquelle je m'éloigne avec grand soulagement.

Et c'est commencé depuis le 1er janvier! Libération!

Les hebdos régionaux du mardi et du mercredi, je les ai lus seulement vendredi, deux jours en retard. Bonheur!

Les hebdos du vendredi matin qu'on doit résumer avant midi? Je les ai lus seulement hier soir au souper et rien que les grands titres, en plus. Youpi!

Les actualités régionales télévisées de cette semaine? Je les ai manquées deux soirs d'affilée, ça me dérangeait même pas!

Je n'ouvre plus la radio en me levant le matin. Je me fous de l'heure des bulletins de nouvelles. C'est fini, ce temps-là!

Je ne traîne plus crayon et papier systématiquement quand je m'informe et qu'est-ce que je m'en fous du titre exact de la personne qui donne l'entrevue à la caméra! Je retiendrai ce qui m'intéresse, c'est tout.

Je serai toujours à l'affût de ce qui se passe dans ma ville, dans ma région, dans les autres régions, au Québec, et dans le monde mais je ne suis plus concernée autant ni responsable d'en rendre compte à d'autres en trois lignes et d'un point de vue sans parti pris. Je peux penser.... librement. Je peux m'en sacrer pas mal aussi, si je veux!

J'ai encore beaucoup de réflexes automatiques d'une travailleuse autonome, consultante en communication. J'en aurai encore pour un petit bout, je pense, il me faut désapprendre tellement de paramètres qui ne me serviront plus à rien. Tenez, par exemple, je prenais rendez-vous au téléphone avec ma coiffeuse pour la semaine prochaine et lorsqu'elle m'a proposé une plage horaire qui normalement ne m'aurait pas convenue, j'ai presque dit non mais je me suis ravisée. Mais oui, je suis libre vendredi avant-midi, pourquoi pas?

Je me sens un peu exaltée, c'est vrai. Je voudrais m'en excuser auprès de ceux et celles qui sont encore pris pour des années dans leur travail, en leur souhaitant que ce ne soit pas un esclavage pour eux comme ça l'était pour moi, à la fin. Continuer à travailler quand on ne trouve plus le sens ni la motivation et qu'on ne croit plus à ce qu'on fait, tout en demeurant professionnelle et efficace, c'était au-dessus de mes forces. Si j'avais continué encore, j'aime mieux ne pas savoir ce qui aurait pu m'arriver. J'ai fait des choix. Que je vais assumer. Être libre, c'est aussi ça, ASSUMER quoiqu'il arrive. Je me sens d'attaque!

Me reviennent aujourd'hui encore ces mots de Grand-Maman qui me disait que je n'avais pas le droit d'arrêter d'écrire, parce que les gens en avaient besoin. D'accord, Grand-Maman, je vais continuer à écrire, à mon rythme, à mon heure et à mon pas, mais sûrement pas des communiqués de presse qui ne servent qu'à nourrir la grosse machine médiatique dans laquelle je ne me reconnais pas.

Il y a tant d'autres choses à écrire... 

mercredi 2 janvier 2013

Passages et repères


Le 24 décembre, en après-midi, chez l'arrière grand-mère de Félixe, qu'elle appelle affectueusement sa Grand-Maman Elise, celle qui vit dans un grand château (une résidence privée pour personnes âgées semi-autonomes). Félixe le sait d'instinct qu'elle a beaucoup de chance d'avoir deux parents qui s'aiment, deux papis, deux mamies, et trois arrière grands-mères, dont celle-ci, à 91 ans, qui adore toujours autant les tout petits. 

Le 27 décembre, juste avant souper. Pendant que les grands se « retrouvaillent » à qui mieux mieux, les enfants bricolent des oeuvres avec des couleurs et des brillants. Un moment de douceur... pour Clara, Félixe et Adam, sous la supervision d'Isabelle. 


Le 28 décembre en après-midi, pendant que je suis aux préparatifs du souper, je surveille de ma cuisine les premiers pas de Félixe... sur ses patins. On pourra dire qu'elle aussi, comme sa mère jadis, aura appris à patiner sur le lac Dufault. 


Le 28 décembre. Le dragon (Adam) faisait une super équipe avec la princesse (qui vous pensez?...)  Lui vient tout juste d'avoir 4 ans, elle les aura le 14 janvier prochain, ils ont un mois de différence d'âge. Ils sont cousin et cousine en quelque sorte et s'entendent comme larrons en foire. Ils habitent aussi le même quartier.  


Le 28 décembre, pendant le souper. Comment faire pour que les enfants patientent en s'amusant jusqu'au dessert? On leur fait préparer chacun leur cupcake! Quelle idée géniale tu as eue, Anne-Marie! Et merci à Yves de m'avoir piqué mon appareil-photo pour capter tous ces moments-là... 


Le 28 décembre, la patinoire joue son rôle rassembleur, tant le jour que le soir. Les grands m'ont envoyé jouer dehors pendant qu'ils s'occupaient de la vaisselle. Merci à Isabelle, Dominic, Noémie, Hubert, Jean-Michel, Louis-Vincent. 


Le 28 décembre en soirée. La photo n'est pas claire mais elle représente tout un monde pour moi. Mes deux « p'tits frères »,  Yves et Jocelyn, jouant au hockey ensemble, l'un avec l'autre ou l'un contre l'autre, c'est pas important de le savoir, en essayant de déjouer le chien du voisin, Lucky. Voilà l'une des images que j'emporte dans mon coeur à jamais. 


Le 31 décembre, 13 heures. La fameuse partie de hockey traditionnelle sur le lac Dufault... Je prends toujours les premières photos de ma cuisine.


Le 31 décembre, 13 h 30. Cette année, nous n'avions pas fait d'invitations mais ils sont venus, nombreux et reconnaissants, joyeux mais tout de même un peu nostalgiques. Une moitié qui jouait au hockey en donnant tout ce qu'ils avaient dans le ventre, et au moins autant qui jasaient autour de la patinoire en jouant dans la neige et en suivant le match. 


Le 31 décembre, au plus fort du match, un match enlevant! Si RDS, en manque de hockey, avait envoyé une équipe ici, ils auraient eu de quoi remonter la cote de notre sport national. 


Le 31 décembre, autour de 15 heures... Le ciel s'est tout à coup assombri, le vent s'est levé et un méchant blizzard a forcé pour une quinzaine de minutes l'arrêt du match... Moment étrange et beau... Les joueurs de hockey ont ressorti les grattes, se sont mis en gang pour « passer la Zamboni » et le match a repris de plus belle. Au premier plan, on voit Dominic et Félixe qui courent rejoindre les autres.


Le 31 décembre, après le fameux blizzard, entre deux périodes du match de hockey. C'est toute une page qui se tourne... Mais on la tourne ensemble, nous cinq. Nous pourrions devenir six au cours de l'année 2013, j'ai entendu dire ça entre les branches enneigées des sapins, des épinettes et des bouleaux. 

Passages et repères

Que sont les débuts et fins d'années? Des passages, des repères, des moments pour se souvenir, se revoir, se remettre à jour, se fixer de nouvelles balises et reprendre nos chemins qui vont de l'avant, en se croisant et se recroisant aussi souvent que possible. 

Le 31 décembre marquait la fin de l'année 2012 pour tout le monde. Pour moi, cette date marquait ma dernière journée de travail « À VIE ». À 11 heures 20 précises, je cliquais sur « envoyer » ma dernière intervention par courriel à mon client. C'était ma facture numéro 226, celle de décembre 2012, la dernière!

Juste avant, celle avec laquelle j'étais en lien dix fois par jour depuis 8 ans, a tenu à me téléphoner, me parler de vive voix, disait-elle. Ce fut une heure de conversation douce, franche, sereine et très étonnante où, curieusement, il n'a jamais été question de santé et de services sociaux! 

Donc, à 11 h 20, j'ai pris conscience du moment, le regard hypnotisé au coin droit de mon ordinateur où figure l'heure qui avait tant d'importance pour les heures de tombée des différents médias. Tout à coup, le temps s'arrêtait à 11 h 20 et plus jamais je n'aurais à me préoccuper des minutes et des heures en lien avec mon travail. J'ai ressenti une telle bouffée de liberté...

L'après-midi s'est déroulé dans la douceur du temps avec toutes les personnes aimées qui étaient venues, dont des surprises fort émouvantes. Personne ne m'a parlé de ma « retraite » et je n'en ai pas soufflé mot non plus. Ça n'avait d'importance que pour moi. Il se vivait tant de choses sur cette patinoire...

À ceux et celles qui se souhaitaient déjà une Bonne et Heureuse Année 2013, pour ma part, je me sentais en harmonie avec le Monde en souhaitant aux autres comme à moi, la Santé, la Paix, la Sérénité. Pas plus. Mais pas moins. 

Est-ce qu'on n'a pas déjà tout pour être heureux à condition d'y mettre du sien?